L'actualité de la crise : POURRAIENT VRAIMENT MIEUX FAIRE ! par François Leclerc

Billet invité

L’hypertrophie du monde financier est apparue au grand jour avec la crise, découvrant une gigantesque accumulation de dettes enchevêtrées qui repose sur des garanties de remboursement fragilisées : la dette d’États réputés solvables mais qui le sont de moins en moins.

Afin notamment d’éponger la dette privée et de faire face à la crise économique, les États se sont fortement endettés. Leur dette a brutalement augmenté, et le risque de son non-remboursement également. Le rôle fonctionnel qu’elle jouait s’en trouve fragilisé. La dette souveraine est devenue à son tour objet d’enjeux spéculatifs, perdant à cette occasion son rôle de référence dans la détermination des prix et la valorisation des instruments financiers.

Il faut désormais trouver de nouvelles règles du jeu pour gérer ce marché. Car s’il est possible, veut-on croire, de ne réguler la finance qu’au minimum, c’est une toute autre question quand il s’agit de ses fondements. Alors que les banques centrales, dans leur rôle de prêteur en dernier ressort, assurent la liquidité mais n’ont pas les moyens de régler une crise de solvabilité majeure qui résulte de la disproportion entre la masse de la dette financière et le poids de l’activité économique. À tel point qu’il est même envisagé de faire garantir la dette des banques centrales par les États, en dernière instance, comme s’il fallait encore un échelon au dessus du dernier…

La fuite en avant actuelle enregistrée de partout, qui n’est que tempérée en Europe, devra bien finir par trouver un aboutissement. Deux solutions sont classiquement offertes : l’inflation qui réduit la dette, ou une restructuration ordonnée de cette dernière. Dans les deux cas, la maitrise des processus enclenchés et de leurs conséquences est soulevée, renvoyant au choix de la réponse qui représenterait le moindre risque. C’est pourquoi le G20 va se pencher, parmi d’autres tâches impossibles, sur « la modernisation des systèmes d’endettement public et de gestion de la dette souveraine », tel qu’inscrit à l’ordre du jour de sa prochaine réunion de septembre 2013. En application d’une logique implacable : s’il se révèle décidément impossible de parvenir à se désendetter, il ne reste plus comme solution que de restructurer la dette pour éviter l’aventure ultime de l’inflation.

Cette dernière option a bien été revendiquée par l’économiste en chef du FMI. Olivier Blanchard avait préconisé d’adopter comme objectif d’inflation 4 %, au lieu des orthodoxes 2 %, heurtant les intérêts des financiers qui ont fait depuis des décennies de la lutte contre l’inflation leur combat principal (car elle amoindrit la valeur de leurs actifs). Mais les injections monétaires pourtant massives de la Fed ne l’ont pas déclenchée, comme il était pourtant craint. Aujourd’hui, toujours pris dans la déflation, le Japon envisage cette solution faute d’autre issue.

Mais la restructuration de la dette est un exercice tout autant délicat. Parce qu’elle a été disséminée, mais aussi car elle déstabiliserait un système financier dont elle est le point d’appui. Il ne suffit donc plus, comme l’avait proposé une directrice générale adjointe du FMI, dès 2002, d’instaurer un tribunal international chargé des arbitrages de sa restructuration, mais de modifier un droit aux règles inadaptées et d’en inventer d’autres, et surtout d’étudier où l’on va, car l’édifice ne peut pas être déconstruit sans précautions… Avec comme enjeu d’éviter le double piège de la récession économique et de la déflation, et de redonner à la dette publique ses lettres de noblesse de garante du système financier.

Il n’est pas étonnant de constater que si cette perspective commence à être envisagée comme sujet d’étude, elle n’est pas assortie d’une quelconque remise en cause de la machinerie destinée à fabriquer de la dette, et encore moins de sa raison d’être. Présentée récemment comme « la vertu du capitalisme » (1), la dette pourrait pourtant conduite à sa perte ! Il n’y a en effet pas pire catastrophe pour le système financier que la disparition du « risque nul » de la dette souveraine.

En combattant farouchement des mesures de régulation qui ne touchent pas au vif du sujet, et en n’acceptant des restructurations de la dette qu’au compte-goutte, quand il ne peut plus être fait autrement, le système ne fait pas preuve d’une grande capacité à se réformer de lui-même. Doit-on s’en étonner ?

—–
(1) Éditorial du supplément éco&entreprises, Le Monde du 4 décembre 2012.

50 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : POURRAIENT VRAIMENT MIEUX FAIRE ! par François Leclerc »

  1. Il n’y a en effet pas pire catastrophe pour le système financier que la disparition du « zéro risque » de la dette souveraine.

    Et lorsque l’on sait que le « risque zéro » n’a jamais existé que dans la tête de financiers rétifs au risque (erreur d’orientation du conseiller d’éducation au collège…) et par le truchement de SPV, CDS et autres ingéniosités, on doit se rendre à l’évidence : on est pas sortis de l’auberge espagnole.

    1. Julien, François, Paul et les autres, pourquoi l’occident conserve son appellation de « pays riches » alors que le surendettement est là ?
      Julien, tu vas me dire : l’actif est supérieur au passif 😉

      1. l’actif est supérieur au passif

        En êtes-vous certain ?

        Si nous considérons que pour la quasi totalité de l’activité humaine, et pas seulement pour ses projets pharaoniques, les vrais coûts ne sont connus qu’a posteriori, c’est-à-dire quand il est trop tard, le passif est déjà incalculable et en progression continue.

        L’appellation « pays riche » est une expression publicitaire en comparaison de pays qui sont encore plus pauvres quoique que peut-être riches de moins de dettes.

      2. merci pour vos éclairages, je cherchais à piquer Julien sur le plan comptable pur et dur. Et puis, malgré la dette, on viendra pas nous saisir nos puissantes et imposantes infrastructures (autoroutes, aéroports…) pour rembourser le créancier. Quoique… ! Et pour la superstructure, on a le blog et la nouvelle mission de Julien…

    1. Et encore ce pourrait être pire.
      Imaginez que des emplois supprimés en france l’aient été parce que certaines productions ont été délocalisées en Chine !

    1. Il est gentil le gars, mais c’est marrant, il ne parle pas de la révolte Hongroise de 56, ni celle de Pragues en 68, ni celle de Solidarnosc, ni celle des marins du Crondschtad, ni de la « Revolution Culturelle »,
      Genre d’oubli qui disqualifie complètement un propos.

      Merci beaucoup de faire perdre du temps avec ce genre de lien.

      1. On essaiera de faire mieux une prochaine fois .

        Merci d’avoir complèter la liste ( encore largement incomplète) .

  2. C’est pourquoi le G20 va se pencher, parmi d’autres tâches impossibles, sur « la modernisation des systèmes d’endettement public et de gestion de la dette souveraine », tel qu’inscrit à l’ordre du jour de sa prochaine réunion de septembre 2013.

    J’ai des doutes que cela tienne jusqu’en Septembre 2013 vu la vitesse à laquelle la crise s’étend.

  3. Les règles monétaires ne sont pas favorables aux populations… ni les stratégies mondialistes

    Il y a quelques années, un analyste chevronné du renseignement économique commentait ainsi « la crise » :

    « Il y a essentiellement deux types de systèmes dans le monde aujourd’hui. Dans un système de crédit, (…) l’argent est émis par le gouvernement, au nom du gouvernement, et il est soutenu par l’engagement du gouvernement à reconnaître ce crédit. Ce crédit peut alors être légalement monétisé et servir de devise aussi bien que de crédit pour le développement. Par contre, dans un système monétaire, l’argent est en dehors du gouvernement et peut être ou non en accord avec la politique du gouvernement. »

    Malheureusement, nous savons vers quel sens le vent a tourné et qui contrôle les banques centrales.

    Plus que cela, les politiques criminelles des banquiers centraux sont soutenues par de nombreux politiciens nationaux hyper dépendants des lobbies, eux-mêmes sous la coupe de qui l’on sait.

    Dans un tel contexte, peut-on espérer en une sortie de crise favorable aux populations ?

    « L’effondrement du système est largement reconnu, et pourtant on a décidé, volontairement, de ne rien faire pour l’empêcher. Il est donc clair que ces gouvernements préféreraient mourir, en condamnant des milliards de gens à mourir avec eux, d’une mort terrible, plutôt que de changer le système. »

    Le banquier qui a écrit ce commentaire en août 2008 a préféré quitté l’une des quatre plus grosses banques françaises où il travaillait, et regarder la suite de notre histoire commune à l’extérieur du monde bancaire.

  4. Des informations concernant la Grèce émanant d’un praticien d’origine grecque installé en France:

    Information sur la crise sanitaire en Grèce

    Les conséquences sanitaires des mesures d’austérité appliquées en Grèce depuis
    environ 2 ans et demi ciblent en priorité le secteur sanitaire et social et les revenus
    des couches sociales les plus défavorisées de ce pays.
    Est particulièrement inquiétant non seulement l’état sanitaire actuel en Grèce,
    déjà sévère, et son aggravation prévisible dans le futur immédiat, mais
    aussi l’éventualité d’une diffusion en Europe de choix qui érigent au premier plan
    les principes budgétaires au détriment des besoins humains vitaux de la
    population.
    Voici quelques éléments de la situation sanitaire actuelle en Grèce résultant de
    l’application des choix optés par le pouvoir actuel:
    1. Les coupes sèches dans les allocations handicap et les pensions d’invalidité ainsi
    que dans les frais de transport des malades chroniques (insuffisants rénaux,
    diabétiques, malades du cancer) vers les seuls centres spécialisés compétents.
    2. Le ralentissement, voire l’arrêt des campagnes de vaccination obligatoire pour les
    enfants, des suivis de grossesse, des suivis des maladies chroniques notamment
    malignes
    3. L’instauration d’un paiement à l’acte exigible au préalable pour toute consultation
    ou acte dans les structures publiques de soins (notamment de soins psychiatriques)
    4. L’instauration d’un ticket de 25 € exigible au préalable de toute hospitalisation
    5. La fermeture brutale de très nombreuses structures de réhabilitation
    psychiatrique
    6. La réduction annoncée de 10% du nombre des médecins hospitaliers du secteur
    public
    7. Le déremboursement d’un grand nombre de médicaments et l’augmentation pour
    tous de la partie à charge du patient
    8. Les retards de paiement des médecins par la caisse d’assurance santé des
    consultations et actes.
    9. Les retards de paiement des pharmaciens par la caisse d’assurance santé des
    médicaments conduisant ces derniers à l’impossibilité de renouveler les stocks
    nécessaires minimums, les poussant même vers la faillite.
    10. Le refus d’accès aux soins des personnes non assurées selon l’esprit et la lettre
    des mémorandums avec des menaces proférées à l’encontre des médecins qui ne
    respecteraient pas cette consigne honteuse de leur faire supporter à titre
    individuel la charge des frais des soins qu’ils auraient donnés à ces patients.
    11. Enfin la tolérance inacceptable vis-à-vis de discours voire de pratiques qui prônent
    le refus de soins (notamment des transfusions) aux citoyens de religion, de
    nationalité ou de couleur différente.
    Tout ceci dans un contexte social où le seuil de pauvreté a été franchi par environ
    40% de la population, le chômage touche plus de 25% de la population active et
    de 50% des jeunes, le nombre de foyers dépendant de la distribution de colis
    alimentaires a quintuplé, le taux de suicide plus que triplé. Cette situation,
    installée pendant une période d’à peine 2 ans et demi, frôle la catastrophe
    humanitaire.
    Dans le contexte décrit la société civile, seule et sans l’aide ni l’encadrement de
    l’état ni d’aucune instance internationale, a mis en place un réseau de structures
    de solidarité fondées sur le seul bénévolat et le sens de responsabilité civique.
    Malgré les menaces des instances officielles les médecins grecs ont décidé de
    donner des soins aux personnes non assurées sociales dans les hôpitaux et autres
    structures de soins publiques sur des plages horaires en dehors de leur temps de
    travail, dans d’autres établissements sur un jour ou une demi-journée de la
    semaine consacrée à cette activité.
    Pour faire face au plus urgent des Dispensaires Sociaux (Koinonika Iatreia) ont vu le
    jour dans tous les coins du pays encadrés de bénévoles de toutes les professions
    médicales, paramédicales et administratives. En décembre 2011 il en existait
    quatre (4), aujourd’hui quinze (15), près d’une quarantaine (40) sont sur la voie
    d’ici les mois à venir. A titre indicatif la file active mensuelle d’un des premiers
    Dispensaires Sociaux a plus que quintuplé depuis janvier 2012.
    La mise en place de structures bénévoles n’est pas une solution à long terme mais
    ceci permet aujourd’hui à un très grand nombre de citoyens grecs de survivre et
    de se soigner dans la dignité afin de pouvoir en parallèle revendiquer le droit
    d’accès aux soins (inscrit dans les textes se référant aux droits de l’homme) par de
    voies associatives, syndicales, juridiques, politiques, nationales et internationales.
    Il existe par ailleurs des besoins ciblés en médicaments (vaccins, insulines,
    anticancéreux), voire en matériel médical de diagnostic et de soins.

    1. A peu de choses près, c’est aussi la situation, ici, en l’Espagne…
      Madrid lance un hameçon en « confiant la gestion des hôpitaux publics à des sociétés publiques » (attention la bande à rajoy insiste bien sur le fait que ce n’est pas de la privatisation…)
      Bref, l’écœurement gagne peu à peu et on s’aperçoit que, pendant qu’on amuse le peuple avec des élections « démocratiques », il n’a toutefois que sa g… à fermer !
      Dans le coup, que reste il pour se défendre ? La justice, la politique, la police… Tous corrompus… Y aura t-il une autre issue que la violence pour achever toute cette vermine ???

  5. Monsieur Leclerc,

    Quelqu’un a mis sur le blog l’affirmation de M Rocard dans Libération que la dette du système financier se monte à 800 trillions de dollars. Selon vous, est-ce que ce nombre est vraisemblable ? Je me demande également comment a-t-il été possible de se faire une dette pareille. Elle me semble impayable. Dans le cas où ce montant est dû, est-ce que les états ne chercheraient pas à éviter que cette montagne tombe et entraîne tout le système économique mondialisé. Les montants avancés par les états représentent une petite perte pour cette économie par rapport à ce que coûterait un effacement de ce montant délirant. Ce serait une explication de la détermination des états à nous faire payer les pertes de ces gens.

    1. C’était moi…et j »espérais pesée, constestation, explication, consolidation peut-être ?
      histoire de comprendre d’où vient le chiffre, et ce qu’il signifie…
      Pas trop tard. Help!

      1. Bonjour Charles A,
        voilà ses propos « Nous vivons dans un monde où 800 T (800 000 milliards de dollars) sont disponibles et prêts à s’investir dans n’importe quoi. »
        http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/02/michel-rocard-la-politique-exige-beaucoup-de-mensonges_864606
        Les estimations de la valeur notionnelle du marché mondial des produits dérivés vont de 600 trillions (échelle courte), soit 600x10e12 dollars à 1,5 quadrillions (échelle courte) c’est à dire 1,5x10e15 dollars. Si vous commencez à compter tout de suite un dollar par seconde, cela vous prendrait presque 32 millions d’années pour compter un quadrillion par exemple. En comparaison, les réserves mondiales de change sont estimées à environ 10 000 Milliards de dollars. Un effort concerté des politiciens et de la presse avait permis de cacher et de camoufler le rôle central joué par la spéculation dérivative dans les désastres économiques de ces dernières années. L’exposition en produits dérivés des banques européennes d’investissement est actuellement tenue en brèche par les contribuables américains….C’est un transfert de risques au contribuable fait par la banque sans contre partie légale, sans acceptation par les régulateurs institutionnels et sans la décision du public.
        Pour sûr que « Trichet et Draghi sont des génies » mais du crime ! Il n’y a pas un « yotta », ils n’auront plus qu’à utiliser l’échelle longue lorsqu’il faudra fuir à la vitesse du quadrillion (soit 10e24 pour cette échelle au lieu de 10e15)….

      2. Affirmatif, Olivier.
        1 500 000 milliards de dollars.
        On y arrive, tout doucement, à cette somme calculée fin 2008 par un cabinet comptable indépendant new-yorkais..

      3. Oui, 1.5 billiard pour parler simple entre les Europeens…

        C est quand meme incroyable qu un journal francais de grande diffusion, ainsi qu un ex premier ministre francais, economiste de surcroit, se pretent a des confusions pareilles des lecteurs.

    2. Monsieur Charles A.,

      J’ai lu attentivement ce que vous avez mis en ligne. J’ai été frappé par le ton péremptoire de Rocard. Il fait de très grosses déclarations sans la moindre trace de justification. C’est dans cette zone que je place sa déclaration que Trichet et Draghi sont des génies. Je me demande si les 800 T ne sont pas du même tonneau. Je comprends votre désir de vérification. J’ai posé ici la même question dans le même sens.

      Je ne sais que deux choses. Ce truc n’est pas du tout régulé au niveau du « shadow banking ». Personne n’a le droit d’aller voir ce qui s’y passe. Alors voir à quel niveau ce truc fonctionne est impensable. Si cette somme est due, comment a-t-elle été faite ou inventée ou justifiée ou je ne sais pas quoi encore ? Je ne connais pas le montant total de l’argent en circulation mais j’ai l’impression que c’est moins que 800 T.

      Ce monsieur Rocard a soit des sources étonnantes, soit il se prend pour un détenteur de la vérité passablement arrogant. Est-ce que sa carrière s’est construite sur sa capacité à déclarer de façon péremptoire ce qui n’est qu’une impression personnelle ? L’alternative est qu’il a du génie pour découvrir la vérité. J’aimerais que ce soit la vérité. Je me sens en manque de génies. Je doute que ce Monsieur en soit un.

      Je pense donc marcher ici dans une combine du style 3%, invention ad hoc des gestionnaires de Mitterand pour défendre plus facilement sa politique. De plus, Rocard pourrait bien avoir été dans ce coup. Cela situerait son niveau d’honnêteté intellectuelle. Je précise que cette idée me vient maintenant à l’esprit. Je me souviens que Rocard faisait « moderne » à l’époque. Les néo-libéraux le sont aujourd’hui de la même manière.

      Bref, cette valeur pourrait admettre comme marge d’erreur une puissance de 10, i.e. elle pourrait varier entre 80 T et 8000T. Pour être plus précis, je dirais qu’il y a beaucoup d’argent dans le truc et ça ce n’est pas vraiment une découverte.

      Ce genre de déclaration me fait penser aux critiques adressées aux propositions de Paul Ryan et Mitt Romney durant la campagne présidentielle. Je les résume avec l’expression : « Ça ne tient pas debout ». Si Rocard a admiré le sérieux du plan économique de Romney – Ryan, alors je pense que ses déclarations sentent mauvais. Il est sur la même longueur d’onde. C’est possible.

      Une autre approche des déclarations de Rocard est qu’elles ne sont pas cohérentes entre elles. Elles ne construisent pas une vision de la réalité, juste son égo.

      J’aimerais que les 800 T soient vrais. L’économie mondiale pourrait perdre 784 T de sa valeur et continuer à tourner. Elle n’aurait que le 2 & de la valeur actuelle sans qu’un seul investissement productif soit supprimé. Tant que ces autres 98 % sont là, tous les plans de relance ne m’apparaissent que comme des moyens de fournir de l’argent à ces 98% de 800 T. 2 % en profiteront. Les autres, nous, paieront. Avoir une idée de la somme mise en spéculation permettrait de traiter les financiers et les autres défenseurs de ce système de fous avec preuves à l’appui. L’idée d’optimisation de l’allocation des ressources par le capitalisme apparaîtrait comme parfaitement ridicule. Ce serait la fin de la légitimité du capitalisme pour beaucoup de ses défenseurs. Nos élites devraient devenir franchement dictatoriales pour sauver ce truc. Une résistance pourrait être organisée. Etc… Ce serait bien de savoir combien d’argent est mis dans ces spéculations.

      1. @DidierF

        D apres http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/02/michel-rocard-la-politique-exige-beaucoup-de-mensonges_864606, il est ecrit precisement 800 T ( 800 000 milliards) donc, il me semble qu il y ait une erreur qq part, car ecrit comme cela, il s agit, en fait, de 800 billions, non ? Les trillions dont parle Roccard sont en fait des billions europeens.

        Cela m a frappe en lisant l article car c est, de plus en plus, difficile a s orienter correctement dans tous ces chiffres lances en l air, entre les millions, billions, trillions, quadrillions americains (calcul court) et les millions, milliards, billions, billiards, trillions europeens (calcul long), il y a de quoi se gourer…

        Il y a un monde de plusieurs zeros entre le trillion a 12 zeros americain et le trillion europeen a 18 zeros !

      2. Prague,

        Ce n’est rien de le dire. Pour unifier mes idées, je propose de parler en puissances de 10. Selon Olivier69, les réserves de change mondiale sont de 10^13 dollars. Il me donne l’impression que la somme de Rocard est vraisemblable.

        Si Rocard parle en américain de 800T (8 * 10^14), on est à 80 fois ce qui est disponible. Si jamais ce monsieur est francophone, il doit effectivement parler de 8*10^20 dollars. Là, nous en sommes à 8 * 10^7 la somme disponible.

        Dans les deux cas, une somme hallucinante d’argent est comptabilisée dans les deux cas. Si j’ai bien compris, cette somme d’argent est faite de produits dérivés et autres trucs de financiers. Elle sert de fortune à leurs détenteurs. J’associe tous ces produits à des taux d’intérêts car je ne peux pas imaginer ces gens en train d’accepter que leur fortune ne leur rapporte rien.

        En prenant, la version optimiste 8*10^14 (la version pessimiste est à 8*10^20), on se retrouve avec 1.25 % de cette somme si l’on a toutes les réserves de change en main. Un taux d’intérêt à ce taux exige d’utiliser toutes les réserves de change mondiales pour le payer sans toucher au principal. Tout l’argent disponible est utilisé en une année à ce taux pour enrichir les détenteurs de ces produits. Je crois savoir qu’un tel taux est considéré faible.

        Cela met en route la question de continuer à faire tourner la machine économique si tout l’argent disparaît dans le paiement d’intérêts sans toucher au principal. Une méthode simple est d’augmenter ce principal en le prêtant à nouveau aux débiteurs. Le hic est que cette somme est ajoutée au principal et les réserves de change ne suffiront plus à faire tourner la machine.

        C’est là que je vois très bien arriver les restructurations de dettes (diminuer le principal), les politiques d’austérité (augmenter le rendement fourni par les populations), les baisses des taux d’intérêts (demander plus est inutile), la nervosité des marchés (Citi vire 11000 personnes), la mise en compétitivité des pays (faire baisser les coûts de production pour augmenter la rentabilité et pouvoir payer un peu plus les créanciers), les gains de productivité absolument essentiels (même logique), l’obsolescence programmée (la même logique continue), le court termisme (pas les moyens de voir plus loin), la course nez dans le guidon toujours plus rapide, les énormes besoins d’argent des banquiers et des communautés. J’en oublie certainement.

        J’ai là un modèle tout simple des relations économiques. Il donne un sens à des phénomènes énormes et à beaucoup d’informations disponibles. C’est donc un bon modèle. Je le garde.

        Ce modèle a d’autres conséquences. Il rend l’inflation insensée. Tout le monde court après l’argent. Personne n’en a assez car il disparaît dans les paiements d’intérêts. Imprimer de l’argent par milliers de milliards de n’importe quelle monnaie en devient sans importance. Cet argent disparaîtra très vite dans le système financier. Il faudrait imprimer toujours plus et toujours plus vite cet argent pour satisfaire les financiers. L’inflation chez nous ne peut pas arriver pour cette raison et elle est vraiment durablement et solidement installée chez ces gens. Elle est au niveau des taux d’intérêts qu’ils exigent. Cette inflation absente chez nous et délirante chez eux (elle est de l’ordre de grandeur des années 30 en Occident) rend ce système intenable.

        Une autre conséquence est que les investissements du genre reconstruire les infrastructures, assurer les services sociaux, éduquer les nouvelles générations, faire de la recherche fondamentale ou de l’exploration de l’espace ou de nouvelles ressources d’énergie sont de plus en plus difficiles à impossible. L’argent nécessaire pour cela n’est plus disponible.

        Une troisième conséquence de cette idée est que les hurlements néolibéraux sur la dette de l’état sont délirants. Ils fabriquent cette dette avec leur vision du monde. Elle est inéluctable dans le cadre de mon modèle vraiment simple. L’austérité est une solution impossible. Même en réduisant à zéro toutes les dépenses, le principal ne pourrait pas être touché.

        Tout le truc est une bulle spéculative, un processus de cavalerie, une pyramide de Ponzi. Intenable.

        PS : Si Rocard est français, la somme de départ est de 8*10^20 dollars. Les réserves de 10^13 ne suffisent à payer qu’un intérêt de 1.25*10(-6)%. Je pense donc que Rocard est américain.

      3. Bonjour didier
        « Je pense donc que Rocard est américain. », oui didier. D’ailleurs, prague le signalait, il est déjà à l’heure anglo-saxonne (le lapsus) avec son échelle courte.
        Vous avez bien compris que l’histoire des injections monétaires (QE qui deviennent illimités), c’est juste pour financer les intérêts. Une simple démonstration mathématique montre en effet l’absurdité du modèle. D’ailleurs, ils feront tout afin de contrôler complétement l’échange avec la monnaie électronique pour continuer et camoufler tous les abus (simple jeux d’écriture) comme une royauté financière. Ils contrôlent déjà presque tout avec visa, mastercard, et votre compte bancaire. Mais le secret bancaire et les rémunérations abusives sont réservés aux privilégiés.
        La monnaie fiduciaire (la confiance) nous permet justement d’observer tous les abus (c’est un thermomètre) et empêche le contrôle totale de la démocratie. Mais surtout de garder un degré de liberté dans ce que vous voulez ou pouvez acheter (ou faire avec votre fruit du travail) ! C’est le dernier maillon qu’ils vont vouloir faire sauter pour une dictature de l’argent plus effective que relative.
        Concernant les produits dérivés, peut-être que ceci pourrait vous intéresser :
        http://www.pauljorion.com/blog/?p=44474#comment-386841

      1. « Take Five » est une expression synonyme de « faire une pause de 5mn »
        Mais c’est aussi le nombre de temps battus par mesure… Je crois, sauf erreur, que Dave Brubeck a été le précurseur de compositions musicales à 5 temps… Mais peut être le saviez vous ? 😉

      2. En effet, la partoche n’a jamais été bien loin. Faudrait aller voir aussi côté Bartok. Mais j’ai appris à l’occasion de ce décès que le bougre avait étudié avec Darius Milhaud pendant trois ans ! Quel lien quasi sur un siècle !

  6. La notion de dettes enchêtrées me titillent depuis pas mal de temps. Je me demande si en démélant cet enchevêtrement, en les consolidant, on ne se rendrait pas compte qu’en face des prêts, il n’y a rien, aucune réserve. Je ne peux l’affirmer mais j’en ai l’intuition. Quand pensez-vous ? Un article a-t-il été rédigé sur ce sujet ?

    On nous dit qu’il y a trop de liquidités qui cherchent à se placer. Si nous vivions en Utopie, je proposerais une loi interdisant toute rémunération des liquidités, taux zéro, point final. Certains diront que c’est aberrant, anormal, anti-économique. Dans ces cas là… un petit peu d’inflation permettra d’offrir un taux d’intérêt réel négatif à ces liquidités. Pourquoi pas ? Ce n’est pas pire que l’ISF. Ce n’est pas pire qu’une restructuration de la dette. Tout le monde serait touché, je veux dire tout ceux qui ont la chance de détenir quelques liquidités… ca me convient. Ce n’est pas pire qu’une augmentation de TVA de 2 points qui toucherait même ceux qui ne disposent pas de liquidité.
    Qu’en pensez-vous ?

    1. @ Rémy
      J’ai transmis à Cahuzac, qui a demandé conseil à Parisot
      Sa réponse:  » Toucher au grisby ? mais c’est un scandale ! »

  7. L’hypertrophie du monde financier est apparue au grand jour avec la crise

    D’une certaine manière tout est dit dans cette première phrase !

    Si l’argent n’était que le moyen d’échanger les produits de l’activité humaine il est clair qu’il y aurait quand même beaucoup de problèmes puisqu’il n’est jamais facile de trouver des règles qui satisfassent tout le monde lors de ces échanges.

    Malheureusement il semble qu’en même temps que pratiquement tous les échanges devenaient dépendants de l’argent dont chacun dispose ou ne dispose pas, avoir de l’argent et avoir du pouvoir soit devenu exactement la même chose.

    Le pouvoir dont disposent les nations et leurs dirigeants, les banques, entreprises et autres « personnes morales » et aussi les citoyens ayant plus d’argent qu’il n’en ont besoin pour vivre ne provient plus que de l’argent: les autres sources de pouvoir semblent s’évanouir et la démocratie se vider de sa signification.

    Les marchés qui étaient au départ sensés se préoccuper des échanges de produits décident maintenant du pouvoir dont dispose tel ou tel pays. (Les marchés avaient depuis un siècle environ le pouvoir de renverser un gouvernement mais ils ont maintenant semble-t’il aussi celui de décider qu’un pays est ingouvernable.) Même Adam Smith n’envisageait pas de confier l’avenir des nations à la main invisible qu’il jugeait apte à régler au mieux les échanges économiques.

    Emanuel Todd juge lui ridicule que depuis quatre ou cinq ans les gouvernements des principaux pays européens consacrent l’essentiel de leurs efforts aux affaires financières et décident des autre affaires (quand ils ne les laissent partir à la dérive) en ne tenant presque uniquement compte que de critères financiers. N’est-ce qu’un point de vue d’historien et d’ethnologue que sa connaissance du passé empêche d’ajuster sa pensée aux réalités de l’époque actuelle?

    Si les marchés pouvaient se rencontrer régulièrement à l’OMU (Organisation des Marchés Unis) ça aboutirait peut-être à limiter la casse à laquelle nous assistons et à remettre les financiers à une beaucoup plus modeste place?

  8. Bonsoir,

    Il ressort visiblement de propos des uns et des autres, mais ce n’est pas cité clairement, que la dette est et a toujours été un instrument de pouvoir. Le problème majeur des états, c’est qu’ils ont tous abandonné, sans contrôle aucun, l’émission de l’argent lié à la dette au secteur purement privé.

    La solution qui se dessine, c’est le gouvernement mondial qui remettra la main sur l’émission et le contrôle de la monnaie.
    Certains parleront de la mise en place d’une dictature mondiale, mais n’est-ce pas aujourd’hui une dictature mondiale, puissante et incontrôlée, qui, entre les mains finalement de très peu de personnes, édicte sa loi du rendement financier imbécile et suicidaire de fait, car jouant de cette toute puissance infinie qui lui a été délégué par l’ensemble du monde occidental capitaliste.

  9. … D’où la nécessité (comme je le préconise) de faire coïncider le défaut généralisé mondial avec la reconstitution d’un ordre monétaire international.

    1. Rendez vous en Russie en septembre 2013 ?

      Si ça tient jusqu’à là . Mais c’est pire qu’un sparadrap sur les doigts ce truc .

    2. Etes vous réellement certain que les déviances actuelles ne proviennent pas de la dynamique globalisatrice ? ……ce qui en ce cas , serait soigner le malade avec le poison qui l’ a rendu malade .

    3. A 27 européens, on n’arrive déjà pas à s’entendre.. au niveau mondial, ça va être sportif.

      La France a réussi à le faire, plus personne s’étonne qu’on finance la Creuse ou la Lozère. La Corse n’est pas totalement intégrée, mais on va y arriver s’ils ne font pas tout péter.
      La Belgique part dans une autre direction semble t-il…., les Flamands « se vengeant » de dizaines d’années de suprématie Wallone peu partageuses, non ?
      Idem pour le pays Catalan en Espagne, non ?

      Le jour où l’Arabie Saoudite accepte de devenir un département français, nous sommes sauvés, mais en France seulement. Qui sait si nous ne déciderions pas de quitter l’Euro avec tant de pétrole dans notre sous sol ?

      Après ces quelques remarques d’humour grise… il va falloir trouver le fil conducteur de l’interêt commun. Supprimons déjà les financiers (leur rôle, pas les personnes), cela dégagera la route. Faisons preuve non pas d’imagination mais de bon sens.

      1. @ Remy Wenost

        C’est parce que dans le système actuel, la compétition est une donnée d’entrée des processus économiques. Dans le système que nous pourrions proposer – un nouvel ordre monétaire, basé sur une monnaie de compte similaire au bancor keynésien et sur une chambre de compensation multilatérale – on favorise la substitution de cette donnée d’entrée par une approche qui encourage la solidarité et la collaboration et pénalise l’approche purement compétitive que nous connaissons.

        Il faut que le cadre permette d’être vertueux. A l’heure actuelle, celui-ci pénalise ceux qui font preuve de bonne volonté. Cela doit changer.

      2. @julien

        Banco pour le Bancor… tu nous fais du Paul, j’ai l’impression.

        C’est LA Solution mais ya du boulot.
        Va falloir commencer par redresser tout le « bordel financier » actuel.

        Pour ma part, j’épongerais toutes les dettes sous conditions suspensives.
        – rémunérations de toutes liquidités à -3% par rapport à l’inflation… ce qui revient à une imposition du mondial du capital à 3%.
        – plus de marché à terme
        – plus de fonds de pension –> retraite par répartition
        – fortune limitée à ??? le surplus revient à l’état
        – écart des salaires limités à 20 ?
        – revenu minimum décent pour tous avec contrepartie d’un travail social de proximité à préciser
        – excédent commerciaux limité à 3% du PIB du pays avec obligation de revenir à l’équilibre.
        – tout ceci étant valable pour la Chine bien sur
        – des banque au service des entreprises, des entrepreneurs : prêt à 0% (ce n’est plus un problème car elles se fiancent à -3%)
        etc…

        En gros, que du bon sens… et zéro laisser pour compte.
        Rien de révolutionnaire la dedans

  10. Quelqu’un connait il http://politique-alternative.org une sorte de plateforme de reflexions sur la base d’une association, dont l’objectif est je cite: « Construire une base de données open-source, multimédia (vidéo, audio, texte et hypertexte), évolutive et collaborative sur les thématiques liées à la conception de projets de société. »

    1. Ah ben c’est pas trop tôt!!!
      Ca fait 5 ans qu’on le demande.
      J’en connais qui vont être contents.
      Owni va mettre la clé sous la porte, mais bon.. même juste avec framasoft et rezo ça peut le faire. A moins que ça permette aussi de rattraper owni par la peau du cou.

  11. La justice joue un rôle dans le développement de la mondialisation, son influence par ses tribunaux de commerce ou ses décisions judiciaires sur les agissements des multinationales, des banques et autres grands groupes guident les choix avenir dans la société, car les nombreux conseils juridiques et conseillers d’avocats s’informent des précédents cas, et de la particularité de l’appareil judiciaire auxquelles ils seront confrontés s’ils ont des poursuites judiciaires, au niveau individuel comme en groupe (les class action).

    La coopérative des salariés qui favorise le tissu local, l’investissement de la population pour s’implanter sur son propre territoire (sous diverses formes parfois différentes) et permettre un developpement et une implication par l’auto-gestion n’ont que très souvent perdu face aux multinationales, qui pourtant payent le moins d’impôts possible pour faire plus de profits pour éviter d’en redistribuer à la collectivité locale et nationale. De plus il y a une dépendance aux investisseurs et aux investissements étrangers qui n’ont rien avoir avec la cohésion sociale d’un autre pays, et qui leurs permettent de créer une possibilité d’appauvrissement que les populations ne pourront pas combler. Les nombreuses de régions en désolation suite à un affaiblement économique ne manquent pas et qui ont aussi perduré dans le temps.

    La justice fait un choix économique, et ce sont les multinationales qui gagnent au lieu du tribunal de commerce (à de rare exception sinon). Pourtant les multinationales disent ouvertement qu’elles ne veulent pas contribuer à financer l’impôt (pour faire plus de profits-paradis fiscaux), les services publics et qu’elles peuvent délocaliser en très peu de temps. C’est privilégier la logique de l’actionnaire face à celle du citoyen.

    Ceci amène les conflits d’intérêts, les relations lobbys/juges/conseil d’administration, par la corruption des multinationales (et le manque d’éthique et de moyens aussi non judiciaire voulus pour contre-carré cette influence) ni les PMI/PME, TPE et personne ou groupe qui vont en justice ne feront le poids face à des masses d’argent du clientèlisme qui corrompts l’institution judiciaire.

    On retrouve ses problèmes dans les pollutions à la santé publique, l’environnement, le climat ou l’expulsion individuel ou collective (parfois en nombreuses masses) pour les banques et les multinationales, à faible coût ou jamais payer et sans suite.

    La justice favorise un système vers plus de profits malgré les dégâts sociaux et écologiques, et devient miner par la corruption à l’intérieur de l’institution judiciaire.

Les commentaires sont fermés.