L'actualité de la crise : ILS JOUENT LES PROLONGATIONS, par François Leclerc

Billet invité

La réunion de l’Eurogroupe à laquelle est suspendu le sort de la Grèce se poursuit à Bruxelles. Maria Fekter, la ministre autrichienne des finances, a déclaré à son arrivée : « il faut qu’on trouve des solutions créatives ». Le trou qui doit être financé en contrepartie d’un délai de deux ans pour revenir dans les clous du plan de désendettement serait finalement de 32,6 milliards d’euros, imposant de faire preuve d’une grande créativité. Mais il n’est pas question de se lancer dans un troisième plan de sauvetage politiquement injouable, ni de faire subir à la BCE les pertes correspondant à une restructuration de la dette. Le FMI n’est pour sa part pas prêt à remettre au pot.

Que reste-t-il en magasin ? Un abaissement des taux d’intérêt sur les prêts déjà consentis ou un rachat par la Grèce de sa dette, qui est cotée à 25 % de sa valeur d’émission sur le marché. Pierre Moscovici, le ministre français, a déclaré qu’il faut « sortir de la réunion avec un accord politique », ce qui signifie concrètement qu’il n’espère pas qu’une solution financière sera trouvée. L’échéance obligataire de 5 milliards de la Grèce tombe vendredi. Christine Lagarde a de son côté déclaré : “Nous sommes là non pour une solution à la va-vite mais pour une solution réelle”, ce qui laisse augurer d’une concertation qui va se prolonger, impliquant probablement une nouvelle réunion dans la semaine.

Ils n’en sont même plus aux bouts de ficelle. Combien de temps vont-ils mettre à reconnaître que leur stratégie est irréaliste ? David Lipton, le numéro 2 américain du FMI, vient de reconnaitre, évoquant la situation générale, que « mettre un terme à la crise s’avère très difficile » et que les gouvernements faisaient face à un véritable « casse-tête ». « Le désendettement est nécessaire mais il doit être mis en œuvre à un rythme et selon un modèle qui minimisent son impact sur la croissance » a-t-il préconisé sans plus d’explications sur le modèle en question. Mais encore ?

La soutenabilité de la dette grecque est en question et désormais discutée comme telle. C’est un premier pas qui va en amener d’autres.

32 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : ILS JOUENT LES PROLONGATIONS, par François Leclerc »

    1. Selon moi François, vous commettez une petite erreur parce qu’ils ont décidé une chose, ne rien faire, comme souvent vous l’avez constaté.
      Car il est certain que la situation de la Grèce ne changera pas. La position de l’Allemagne ne changera pas plus, tous le savent.
      Donc ils se préparent et nous préparent, à acter la mort de la bête qu’ils ont mis au monde, à savoir “l’Euro grecque” avec les risques plus qu’évident pour l’avenir de l’Euro tout court.
      Comme il se doit, ils ne peuvent le faire que devant l’évidence.
      La difficulté est d’en formuler la raison sans que soit mise en cause leur responsabilité.
      Autrement dit qu’il soit bien entendu que tous ce gâchis est dû uniquement au comportement passé des grecques et sûrement pas à la conception même de l’Euro.
      Est-ce grave?

  1. c’est quand même incroyable avec quel aveuglement on s’accroche à l’euro qui ne peut apporter aucune solution, jamais, nulle part!
    Alors qu’il suffirait d’acter la faillite et d’émettre des monnaies nationales pour que l’on puisse respirer à nouveau.
    Cela vaut aussi pour la France.
    Au diable l’euro!
    Ce ne serait pas du tout la fin du monde ni de l’Europe, mais au contraire la condition même de sa survie pacifique!

    1. Vous auriez peut-être raison si la crise n’était que financière ou économique, mais elle est tout autre : c’est une crise de l’économie , de cette économie séparée de la vie qui, devenue toute aussi puissante qu’elle est folle, marque depuis quelques décennies l’achèvement des temps modernes.
      Aucun remède, à l’exception d’un changement de paradigme total, encore nommé Révolution, ne peut envisager un sauvetage et encore moins un sauvetage par retour en arrière.
      Si la situation fait encore, pour les optimistes, les naïfs et les menteurs stipendiés (médiatiques, experts, politiques, etc.) mine de tenir, c’est uniquement parce que les dominés n’ont pas su se constituer en force pratique.

    2. Entendu hier soir un “expert” : si nous faisons défaut, le peuple perdra ses assurances vie, son pouvoir d’achat, plus question d’emprunter….bref, j’en ai oublié, mais si nous actons la faillite……on sera en faillite si j’ai bien tout compris. Ils disaient aussi que de grands progrès avaient été fait, qu’on ne pouvait pas sortir de l’euro, que l’Europe c’était super….Bref, ces gens là ne veulent rien voir, surtout pas le mur qu’ils vont nous demander d’afronter.

  2. La soutenabilité de la dette grecque est en question et désormais discutée comme telle. C’est un premier pas qui va en amener d’autres.

    Un pas pourrait être : ce ne sont pas les grecs qui ont braqués des banques allemandes, ce sont les créanciers étrangers qui ont prêté un peu trop volontiers, et trop.
    La BCE reconnaît son échec à juguler la faillite grecque et rend aux banques et investisseurs les créances qu’elle a rachetés, et que les gouvernements se débrouillent pour renflouer leurs banques.
    Si la BCE marque sa perte, ce sont toutes les banques centrales qui perdent une part identique (au prorata de leur contribution), ce qui est injuste pour les pays qui n’ont pas exagérés comme d’autres l’ont fait.

    Un autre : les agences de notation pourraient aussi devoir rendre des comptes aux investisseurs imprudents. Elles sont là pour les prévenir, pas pour répercuter un état visible par tous.

    Ou encore : si le gouvernement grec doit choisir qui rembourser, il pourrait déclarer certaines dettes odieuses ou contraintes ou injustes et tenter de jouer un pays contre l’autre. Il y a quelques stratégies qui pourrait être amusantes pour casser l’entente européenne sur leur dos, notamment isoler l’Allemagne.

    Et puis aussi, juste pour rire : les ministres décident d’éjecter la Grèce de l’Euro, avec son accord, et toutes les dettes sont comptées en drachmes au taux d’entrée. La drachme dévalue de moitié, et réadhère à l’Euro au nouveau taux, et rembourse en Euros “dévalués”. Le tout peut se faire en une heure.

  3. Paris, 7 juin 1942

    Dans la rue Royale, j’ai rencontré, pour la première fois de ma vie, l’étoile jaune, portée par trois jeunes filles qui sont passées près de moi, bras dessus, bras dessous, Ces insignes ont été distribués hier : ceux qui les recevaient devaient donner en échange un point de leur carte de textile. J’ai revu l’étoile dans l’après-midi, beaucoup plus fréquemment. Je considère cela comme une date qui marque profondément, même dans l’histoire personnelle. Un tel spectacle n’est pas non plus sans provoquer une réaction – c’est ainsi que je me suis senti immédiatement gêné de me trouver en uniforme.
    ERNEST JÜNGER

  4. Quand on prête des sous à quelqu’un , on prend le risque de ne pas être remboursé , les intérêts sont la contrepartie de ce risque ! Si on veut pas avoir à prendre cette perte on ne prête pas , ou alors on donne !
    Donner une nouvelle tranche de milliards pour rembourser des créanciers , lorsque l’on sait que l’Europe voulait diminuer Le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) alors qu’il n’est que de 500 millions €
    Apparemment l’Europe se soucie plus de ces créanciers que de ses démunis , et je suis européen , c’est à pleurer !!!!!!!!!
    En 2011, le PEAD distribue une aide alimentaire à plus de 13 millions de personnes dans 19 des 27 États de l’Union européenne (UE), en particulier en France, Pologne et Italie .wiki
    En France Banque Alimentaire, Restos du Cœur, Secours populaire français.

  5. Excellente collection de citations à propos de la presse :

    http://www.acrimed.org/article3899.html

    Exemple :

    “Personne ne s’est jamais fait traiter d’extrémiste pour avoir défendu le point de vue de la Chase Manhattan Bank. J’ai souvent dit que dans notre société industrialisée moderne, la voix de la classe aisée, notamment celle des cadres des entreprises, parce qu’elle a un meilleur accès aux circuits de communications, est régulièrement confondue avec la voix de la collectivité.”

    John Kenneth Galbraith, Tout savoir – ou presque – sur l’économie, entretien avec Nicole Salinger, Seuil, Paris, 1978, p. 65-66.

    1. C’est pour cela qu’il ne faut pas hésiter à appeler “idéologues d’extrême-droite”, les von Hayek et autres Friedman : leur Prix Nobel n’est rien de plus qu’un tampon ajouté à leur passeport par une coterie qui partage leurs opinions.

  6. Ils se donnent surtout le temps de négocier qui va déclarer la faillite et la sortie , c’est tellement énorme qu’ils ont peur d’eux mêmes.
    Et comme d’habitude ils ne prendront pas position ,ne verseront jamais les 30 milliards.
    Le 15 Novembre sera le jour du défaut , à Bruxelles ils se retrouveront le 20 pour constater la mort du pays.Ouf ils auront éviter le pire payer 30 milliards.
    Ils laisseront les choses s’enliser , les grecs faire défaut sur un petit remboursement de crédit .
    Les agences constater le défaut.
    Ensuite la machine se mettra en route.

  7. Comment peut-on pleurer pour avoir perdu de l’argent après un prêt.? ça s’appelle le risque et c’est assorti d’une prime (très chère d’ailleurs) alors qu’attendait-on de plus, des consolations peut-être.? Je pense qu’on peut appeller ça “de l’usure”.

    1. Comment peut-on pleurer pour avoir perdu de l’argent après un prêt.?

      C’est un phénomène somme toute assez commun, éternel, universel que de voir pleurer de l’argent perdu, intérêts ou pas. Le problème étant que ça ne s’arête que très rarement aux pleurs.

    2. ” Un homme pleurait: un passant lui demande pourquoi?- C’est que j’ai perdu un louis_- eh bien ! en voilà un , ne pleurez plus. L’homme pleurait toujours et disait :C’est que si je n’avais pas perdu ce louis ,au lieu d’un j’en aurais deux . Les italiens sont un peu comme ce pleureur .Après Rome , il leur faudra Venise et ils pleureront toujours.”

      C’est Prosper Mérimée qui le dit , pas moi ( j’habite trop près de l’Italie !)

      1. 🙂 Moralité : pleure pleure, surtout sans raison – et devant témoins, il en restera toujours quelque chose…

  8. Une bien étrange phrase vue sur Kapital.fr:

    Pour Wolfgang Schäuble, “cela ne nous aiderait pas de nous donner des notes les uns les autres”. “Ce n’est pas comme si nous faisions tout bien en Allemagne. Ce n’est pas comme si la France faisait tout bien, mais je ne veux même pas dire cela.”

    Y’a-t-il un quelconque sens à ce propos ? Un langage codé peut-être ou alors simplement vide !

    http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/la-france-n-est-pas-l-homme-malade-de-l-europe-declare-schaeuble-787368

    Keskidi le monsieur ?

    1. le monsieur dit qu’il sait où ça va merder en allemagne et que l’allemange est au même point que la france mais il ne peut pas le dire !

      si quelqu’un a des infos sur les placements de ce Schauble c’est le moment de faire tourner , il a du mettre son pognon en sécurité !

  9. En finance, les banques et les multinationales peuvent parier sur elle-même, ce qui est très rentable puisque même avec des faux (bons) chiffres, il est possible d’en retirer un maximum de profits en Bourse.

    Même si la situation financière n’est pas celle qui était désirer pour faire plus de rentabilité, en pariant sur un faux chiffres, on peut tout de même maximiser ses gains, et ce ne seront qu’une minorité d’actionnaires ou de propriétaires qui en bénéficieront. Pour les salariés, ils sont exclus de ce processus boursier, très rentable.

    Même s’il y a une enquête des autorités financières, avec possibilité de conflits d’intérêts ou de délits d’initiés entre ses parties, après enquête, une amende faible sera demander par rapport aux profits réalisés. L’enquête peut prendre des mois voire des années, alors que le gonflement des résultats ont déjà été réaliser plusieurs fois depuis.

    De plus, la bourse se caractérise par le fait que les acteurs (spéculateurs, gros actionnaires, propriétaires de gros porte-feuille…) les plus importants sur le marché, qui sont quasi-intégralement les mieux équipés, avec des ordinateurs performants (comme les échanges à haute fréquence), connaissent toutes les informations financières sur les acteurs du marché. Il s’agit des acteurs du marché qui ont des petits ou moyens porte-feuille, et qui sont désavantagés par rapport aux informations des gros porte-feuilles du marché financier. Comme les informations sont moins nombreuses, mais en masse, et très nettement plus facilement gagnable, ils sont logiquement désavantagés.

    Les hedges funds ou autres fonds d’investissements font d’ailleurs partie de cette logique à la fois de délocaliser les entreprises vers des secteurs sans ou à faible droits avec des salaires de misère, et d’augmenter les prix par la spéculation.

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