L'actualité de la crise : LE NEZ SUR LEURS CONTRADICTIONS, par François Leclerc

Billet invité.

Entouré par des dizaines de milliers de manifestants, le parlement grec a de justesse adopté la nuit de mercredi à jeudi les nouvelles mesures de rigueur du gouvernement Samaras portant sur 18 milliards d’économies à réaliser d’ici 2016, au prix de nouvelles défections au sein du Pasok. Wolfgang Schäuble, du Financial Times, signale que toute décision de déblocage des 31 milliards d’euros d’aide en suspens va devoir encore attendre « plusieurs semaines ».

C’est que les ministres des finances européens, qui se réunissent lundi prochain à Bruxelles, ne savent toujours pas comment financer les deux ans de rallonge au calendrier qui s’imposent (pour commencer), alors que les prévisions d’augmentation de la dette publique grecque ne cessent d’augmenter en dépit de tout, déjouant les prévisions officielles. Selon la Commission, son ratio par rapport au PIB devrait atteindre 188,4% en 2013, puis culminer à 188,9% en 2014, rendant totalement irréaliste l’objectif de 120% en 2020 fixé par le FMI. Une conclusion à laquelle celui-ci est déjà arrivé en préconisant sa restructuration.

Plus d’un quart de la population active est au chômage, selon l’Autorité des statistiques grecques (Ase), un taux de 25,4%, contre 18,4% un an plus tôt. Les jeunes et les femmes sont particulièrement touchés, ainsi que certaines régions où il frise les 30%. Selon les données du gouvernement, le niveau de vie a déjà chuté de 35% au cours de ces trois dernières années.

La situation n’est guère plus brillante en Espagne, dans un genre différent mais pour de mêmes résultats. Les pertes bancaires dues à l’éclatement de la bulle immobilière ne cessent de s’accroître, alimentées par la récession et l’augmentation du taux de créances douteuses qui en résulte. Seules les grandes banques comme Santander ou BBVA ayant une activité orientée vers l’étranger – en particulier l’Amérique latine – peuvent prétendre tirer leur épingle du jeu tout en enregistrant la chute de leurs bénéfices. Le reste du système bancaire est profondément sinistré et la création de la Sareb, la bad bank mise sur pied par le gouvernement, ne va offrir qu’un répit, comme d’ailleurs l’aide financière européenne calibrée a minima.

L’assainissement du secteur bancaire tenté est porteur d’effets pervers, entraînant vers le bas les prix sur le marché immobilier en raison de la décote réalisée à l’occasion du transfert des actifs douteux à la Sareb, impliquant des provisions supplémentaires des banques afin de s’aligner sur celle-ci pour les actifs qu’elles conserveront. Afin d’améliorer leur rentabilité, les banques achètent de la dette publique espagnole, qui leur rapporte plus, au détriment de l’octroi de crédits à l’économie. Le pays s’enfonce irrésistiblement, le gouvernement ne pouvant que retarder le moment où il faudra solliciter une aide après avoir vainement tenté de la négocier. Il faut se rendre à l’évidence : l’accalmie enregistrée sur le marché obligataire n’est pas en mesure d’arrêter le moteur de la crise espagnole.

Dette publique ingérable en Grèce, dette privée qui ne l’est pas moins en Espagne, la zone euro est aux prises avec ses deux démons, symboles accomplis d’une crise dont elle parvient moins que jamais à se dépêtrer. Les discours passent, la crise reste. Les belles paroles sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), l’Outright Monetary transactions (OMT) de la BCE qui reste suspendu en l’air, le pacte budgétaire qui est ratifié et l’union bancaire qui est détricotée avant de voir le jour, ne mènent qu’à une seule simple constatation : rien n’est toujours réglé.

L’ « Europe émergente », comme est parfois appelée celle de l’Est, a selon les mots de Suma Chakrabarti, le président de la Banque européenne pour le reconstruction et le développement (BERD) « fait beaucoup au nom de l’intégration économique et financière » (traduisez, elle a servi de base d’appui à la croissance de l’Europe de l’Ouest). C’est pourquoi celle-ci vient de s’associer à la Banque européenne d’investissement (BEI) et à la Banque Mondiale pour financer un « plan d’action » de 30 milliards d’euros étalé sur deux ans, en 2013 et 2014. Il était temps de prendre le relais des banques de l’Ouest qui, après avoir fait leur marché à l’Est en y achetant leurs consœurs, avaient rapatriés dans l’urgence leurs fonds, les laissant sans moyens. Encore un bel élan de solidarité qui a été brisé, auquel il n’est que faiblement remédié…

41 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : LE NEZ SUR LEURS CONTRADICTIONS, par François Leclerc »

  1. La seule alternative d’ici quelques petites années:
    un soulèvement général des peuples contre l’Europe du capital.
    Un bon jalon avec la journée d’actions dans toute l’Europe le 14 novembre
    Ici la carte Google des actions prévues:
    http://www.etuc.org/r/1897

    1. dans des situations de crise, nous sommes tous le nez dans le guidon. Et si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, le pire n’est jamais certain. Les nuages s’accument de toutes parts. Dexia, démantelée et renflouée et au bord de la faillite à nouveau. La Grèce ne peut pas s’en sortir pour une raison toute simple: le découragement. L’Espagne, le Portugal et l’Irlande prennent le même chemin Les banques américaines sont menacées par les « prêts étudiants », à environ de 1000 milliards de $, et environ 20% ne seront pas remboursés en l’état . Autrefois, en Russie, on mesurait la richesse et la puissance en âme: un tel possède 300 âmes, il est riche. Aujourd’hui, une société qui licencie 300 ouvriers est considéré et son cours de bourse s’envole. L’ivresse puis la folie. Certains n’y voient que du noir, d’autres le bout du tunnel. Et c’est pourquoi nous avons des raisons d’espérer. Le premier état important qui décide de ne plus payer les intérêts de la dette entraine pas effet de domino (et d’aubaine pour ceux qui souhaitent le faire mais qui recherchent une excuse)les autres, y compris les USA, les BRICS. C’est la raison des taux d’intérêts à 0% pour l’Allemagne (qui fait croire qu’elle fait le sale boulot ), la France, les USA, le Japon. Essayer de gagner du temps, retarder l’échéance. Donc ceux qui ont le plus à perdre, c’est ceux qui vivent de la rente, nos speudo-créaciers.
      Il n’existe que 3 solutions: 1) effacer la dette (je n’y crois pas) 2) l’hyper-inflation (personne n’y a intérêt) 3) effacer les intérêts et payer le capital (c’est vers cette hypothèse qu’il faut regarder car les plus gros resteront les plus gros et on repart pour un tour)

  2. le parlement grec a de justesse adopté […] les nouvelles mesures de rigueur

    De justesse peut-être, mais ça fait un loooong moment que cela continue toujours « de justesse ». Ce qui me fait penser que la belle victoire du système sur ceux qui le subissent n’est pas franchement « de justesse », mais plutôt écrasante.

    Les discours passent, la crise reste

    CQFD

    Restructuration massive ou popérisation ? On dirait bien que le chemin vers la seconde option soit tout tracé.

    1. En effet, c’est toujours « de justesse » et par une « poignée de voix » que leurs projets passent.

      1. Ya mieux que popériser le populaire, plus fun encore : le popperiser – euh pas à cause de Karl hein (surtout qu’c’est un peu déjà fait…) ?

  3. Un seul tout petit point — une nuance — de désaccord : ce « rien n’est toujours réglé ». Oh que si, l’affaire est réglée, pliée ! Aussi sûr qu’un nez au milieu d’une figure. Juste une toute petite question de temps.

      1. Vous voilà clown blanc aujourd’hui, c’est aussi comme cela qu’on vous apprécie.
        Mes yeux et mes oreilles d’enfant restent grand-ouverts pour la suite…

      2. Nous nous rapprochons du point critique ; on peut ajouter au billet de F.Leclerc les articles parus sur Presseurop ,les derniers en date : l’aide européenne dans la poche des oligarques russes 7/11 der spiegel -à propos de Chypre . la crise grecque profite aux banques estoniennes 8/11 …….le séïsme semble tout proche

      3. En première partie pour faire patienter :
        Crédit Agricole SA a perdu près de 3 milliards au 3e trimestre.
        Les gouvernements français et belge se sont donc mis d’accord pour réinjecter 5,5 milliards d’euros aux 6,5 déjà versés : au total 2,915 milliards à la charge de la Belgique et 2,585 pour la France.
        Le contribuable français doit encore débourser 4,48 milliards d’euros d’ici 2014 pour solder la débâcle du Crédit Lyonnais en 1993.
        Pendant l’entracte quelqu’un passera avec une corbeille , merci d’avance pour vos dons !!!!!

    1. Cela commence : poker menteur à propos de l’échéance de remboursement de la Grèce ! Elle tomberait le 16 novembre et serait finalement de 4,1 milliards d’euros. « La Grèce fait ce qu’elle a à faire, et l’Europe le fera aussi, la tranche sera versée », a déclaré Yannis Stournaras, le ministre des finances. Athènes attend une « déclaration politique » de la réunion du 12 novembre de l’Eurogroupe. Il est question, dans les milieux bien informés, que la BCE autorise la Banque national grecque a acheter des obligations à court terme de l’Etat grec pour faire rouler cette dette en attendant, dans le cadre du programme « Emergency Liquidity Assistance » (ELA)…

      1. De toute manière, au jeu du poker, il faut payer, avec de l’argent, pour voir.
        Cela m’évoque toujours la guerre au sujet de laquelle Clausewitz dit que la bataille est le moment où il faut payer, avec du sang, pour voir.

        Que nous restera-t-il quand il ne pourra plus être crédible que la Dette* peut rouler éternellement ?

        * Dette avec D majuscule : l’ensemble des dettes financières privées et publiques sans oublier la dette que l’humanité doit à la nature qui commence à présenter l’addition.

      2. Effectivement, scénario on ne peut plus prévisible ! Je me souviens que lors des promesses d’aide illimitée tout azimuth de Super Mario Draghi, on avait dit que la vraie réalité apparaîtrait quand il s’agirait de les mettre en pratique. Ce qui apparaît déjà en filigrane, c’est qu’ils n’ont désormais plus la MOINDRE marge de manœuvre, sinon de multiplier les tergiversations. Dans les dictatures, on tarde toujours à annoncer la mort des dictateurs.

      3. « Il n’y aura pas de défaut accidentel ou prémédité de la Grèce », a affirmé à l’AFP un responsable non identifié, tout en envisageant que la réunion de l’Eurogroupe ne prendrait pas de décision. « Je suis sûr que tout le monde va prendre en compte le calendrier » a-t-il ajouté. (A suivre)

      4. Marianne Kothe, la porte-parole du ministre allemand des finances vient de déclarer en réponse à une question relative au payement de la tranche d’aide financière attendue : « je ne veux pas me perdre en conjectures ». (A suivre)

      5. AFP / 09 novembre 2012 13h30 / ATHENES – La Grèce va émettre mardi prochain un total de 3,125 milliards d’euros en bons du trésor sur un et trois mois, a annoncé vendredi l’agence de gestion de la dette publique (PDMA), alors que le pays à sec doit faire face le 16 novembre à des échéances de remboursement.

        Cette émission exceptionnelle a été annoncée par le PDMA dans un communiqué alors que le pays, qui doit rembourser le 16 novembre des emprunts à court terme de 4,1 milliards d’euros, est menacé de ne pas recevoir d’ici là comme il l’espérait une tranche de 31,5 milliards des prêts que lui ont consentis UE et FMI.

      6. ELA….Tout un symbole….

         » Elle regroupe des malades et des parents de malades souffrant de leucodystrophies, une catégorie de maladies rares s’attaquant au système nerveux ».

        Système nerveux atteint,grands Malades, tout ça, tout ça….

        Bon! C’est quand il arrive,Zizou,sur son cheval blanc ?

        « Mets tes baskets…et COOOOUUUUUUURS » !

  4. Je viens d’apprendre que la commission européenne demande plus de rigueur, pas moins, pour rassurer les marchés financiers. Ces gens montrent que les marchés financiers sont plus importants que les hommes. Si les second meurent à cause des premiers, il y aura la déclaration « c’est regrettable » parce que le dire est gratuit. C’est tout.

    L’argent est notre maître et nous n’avons pas fini d’en souffrir.

    Ces gens sont en train d’échouer mais cela rassure les marchés. Des gens en meurent mais cela n’inquiète pas les marchés. L’aube dorée arrive. C’est celle des peuples en colère. La commission européenne en fera des déclarations sur leur consternation et leurs regret que les Grecs et d’autres se comportent aussi mal. Je ne les vois pas du tout se sentir responsables de cette catastrophe.

    1. dernier billet ? dernier « en date » ,on espère ; je rappelerai le titre du dernier billet de michel Koutouzis ( mediapart) : « le monde s’écroule et le crétin se rase  » ( proverbe grec )

      1. Bonjour, merci à Paul pour son billet et également merci aux lecteurs de son blog. Je précise que ce n’est pas mon dernier billet (j’espère en tout cas !) mais mon dernier billet en date. Non je ne suis pas désespéré, loin de là, seulement, les humeurs de mon blog traduisent aussi l’air du temps, nos grand et petits moments depuis le bocal le mieux agité au laboratoire « austéromane » de l’U.E. Nous nous portons (au sens propre et figuré) bien, nous organisons notre survie concrète et quotidienne, nos solidarités, nos luttes et si possible nos idées ! Nous constituons par exemple nos réserves en bois de chauffage en attendant l’hiver (tout autre type de chauffage devient… impraticable), heureusement que notre météo reste clémente contrairement à la Troïka. Les dernières illusions sur la « gestion Samaras » s’effacent, l’avenir nous dira davantage par contre sur les déblocages prochains et probables. Paul a raison, la dette publique grecque est ingérable, je pense que l’implosion (ou explosion ?) de la société risque de l’être aussi ingérable.

      2. Nous constituons par exemple nos réserves en bois de chauffage en attendant l’hiver (tout autre type de chauffage devient… impraticable),

        Pensez à replanter, ça file vite le bois…

      3. ‘tain, s’il y a un gros coup de froid c’t’ hiver, j’suis mort, j’ai stocké du bois qui vaut rin du tout. Pas vraiment un détail pour la couche d’en bas. 🙁

  5. A propos de la situation désespérée du capitalisme.

    Relisant un de mes auteurs favoris je tombe sur ceci :

    Vous ne me direz pas que j’estime trop le temps présent ; et si pourtant je n’en désespère pas, ce n’est qu’en raison de sa propre situation désespérée, qui me remplit d’espoir.

    Karl Marx, lettre à Ruge, mai 1843.

    1. … Mai 1843…

      C’est vrai que dans le genre prophétie bidonnante pour se mettre l’âme en joie apéritive, difficile de trouver mieux.

  6. Les députés grecs qui n’ont pas voulu voter le nouveau plan d’austérité, ont été exclus du parti, comme au plus beaux jours du centralisme démocratique du PC.
    En fait l’ordo-libéralisme est une forme de totalitarisme.

  7. L’austérité ou la baisse du niveau de vie, ne se produit que lorsque les taux d’intérêts ne sont plus limités, à cause de choix financier monétaire pour augmenter les profits à court-terme des banques et des gros emprunteurs.

    Les restrictions budgétaires sont contre-productives aux sociétés, elles conduisent vers la récéssion économique et la hausse du poids de la dette. Ceci est dû au fait, que les taux d’intérêts sont élevés.

    Seule une limitation des taux d’intérêts permets de réduire la dette publique. Dans la situation actuelle, les profits de la dette peuvent être encore plus important, avec une destruction des services publics remplaçés par des grandes entreprises privées ou multinationales sur divers marchés ou secteurs d’activités (anciennement service public).

    De plus, la pression de la rigueur budgétaire s’étends au privé. Il y a une mise en place, d’une généralisation de la précarisation de la société, avec dérèglement du marché du travail avec plus de contrats précaires, écrasement ou baisse des salaires du privé, baisse des droits sociaux (ex : baisse du salaire par la CSG en France), discours sur la compétitivité pour justifier plus de productivisme,ect…Les profits pour les banques et les multinationales augmentent de nouveau, alors que l’austérité ou la baisse du niveau de vie se fait dans des conditions de taux d’intérêts non limités, qui ne peut qu’accentuer le poids de la dette (publique comme privé ex: les ménages).

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