COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc

Billet invité.

Peut-on parler de la catastrophe de Fukushima et de la crise financière comme de deux sujets n’ayant rien à voir, ou faut-il déceler dans leur nature commune l’expression du système dans lequel nous vivons ? De profondes similitudes ont déjà été relevées entre les deux industries de l’électronucléaire et de la finance : une opacité partagée, assortie de conduites endémiques de secret, et le caractère oligarchique de leurs systèmes de pouvoir. La comparaison ne s’arrête pas là, en raison de l’ampleur des catastrophes et des désastres humains qui peuvent être dans les deux cas déclenchées. C’est déjà beaucoup, mais cela ne s’arrête toujours pas là.

Car, pour prendre la question par l’autre bout, qu’y a-t-il de commun entre la réglementation financière de Bâle III et les nouvelles normes de la NRA (Nuclear Regulatory Authority) japonaise, qui vient de succéder aux deux anciens organismes trop compromis, la NISA et le NSC ? Tout simplement l’idée bien ancrée que les catastrophes ne peuvent pas être empêchées et qu’il est au mieux possible de créer des cordons sanitaires. Dans un cas en renforçant les fonds propres et les normes de liquidité des établissements bancaires, afin de circonscrire les crises, et dans l’autre de protéger les populations, en élargissant les périmètres et moyens d’évacuation en cas de gros pépins. Si on voulait employer les grands mots, on dirait que c’est l’expression de la même philosophie, en plus terre à terre de la même famille.

Petit point d’information qui ne change rien à la chose dans son principe : la NRA vient d’élargir de 10 à 30 Kms la zone au sein de laquelle les villes qui s’y situent doivent se doter d’un plan d’évacuation, faisant de la mise en oeuvre de cette nouvelle disposition un préalable à toute nouvelle relance de centrales nucléaires arrêtées. Il serait aussi question de réviser la définition de « faille active », imposant de revoir la résistance sismiques des centrales, mais c’est à confirmer étant donné les bagarres et la confusion actuelles… Que ne ferait-on pas pour retrouver sa crédibilité perdue, et pour finalement justifier le redémarrage des centrales arrêtées ?

Ayant beaucoup à se faire pardonner pour n’avoir rien vu venir et rien su empêcher, les autorités de régulation tentent de donner le change, mais en pratiquant ce qu’elles considèrent être l’art du possible. Les crises ont acquis un statut reconnu de fatalités – de fatum, le destin – qui arrange bien les choses. Un peu à la manière de ces cycles économiques, contre lesquels la science économique se déclare impuissante, puisqu’ils sont assurés de revenir, pour se raccrocher à la confortable idée qu’ils expliquent tout, mais sans savoir quoi.

L’important n’est pas d’agir mais de convaincre, pas d’être efficace mais de surfer sur la vague de l’opinion. Quitte à ce qu’enflent non seulement des bulles financières, ou bien des coriums et des masses d’eau contaminée, mais aussi un monde anxiogène, que les mêmes s’emploient à rassurer, trouvant là une raison d’être officieuse à défaut d’être une mission officielle. La prévention est investie par ceux qu’elle réglemente et contrôle, dévoyée et instrumentalisée. On n’observe pas autre chose lorsque l’on suit l’actualité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et bien entendu de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA).

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FUKUSHIMA, LA FATALITÉ NUCLÉAIRE vient de paraître aux éditions « Osez la République sociale ! » [148 pages – 11 euros.] Vente en ligne ici

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52 réflexions au sujet de « COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc »

    1. Merci pour ce billet. Il faut s’interroger sur les fabricants d’hégémonie comme d’autres fabriquent des savonnettes. Qui sont-ils? Comment sont-ils sélectionnés?Comment les idéologues du système font passer leur salade? Par quels canaux? Avec quels arguments? Pourquoi une partie élevée de la population leur fait confiance?

      1. On choisi les individus qui disent ce que nous voulons entendre, ou qui ont une apparence semblable à la notre, ou qui ont un parcours pareil au notre, ou qui ont les mêmes fréquentations, ou qui appartiennent à la même famille.
        Dans une société comme la notre, torturée et opaque, il est difficile de distinguer les moyens utilisés par les individus pour se mettre en avant, et de vérifier leurs compétences, avant de les choisir comme leader.
        A défaut on s’en remet à l’individu qui s’exprime le mieux et qui montre le plus d’assurance, sans se demander si cette assurance provient d’une maîtrise de la situation ou d’un égo mal maîtrisé.

      2. « Dans une société comme la notre, torturée et opaque, il est difficile de distinguer les moyens utilisés par les individus pour se mettre en avant, et de vérifier leurs compétences, avant de les choisir comme leader. »

        Ainsi, on s’en remet au fait accompli, et le corporatisme prend naissance, avec l’impression, lorsqu’on en est, d’avoir tous les droits, jusqu’à ce que cela cause préjudice à tous.

        On voit les financiers jouer avec l’argent des autres sans même être réprimés… Les médecins se gaver sans se soucier véritablement de leur mission de service public, les patrons vouloir taper sur les salariés pour obtenir le choc de compétitivité, les instituteurs et professeurs ne jamais vouloir se remettre en question (préservons les vacances d’été surtout), les grandes écoles, à l’instar de Sciences Pô, être dirigées par des barbouzes… Le notariat, gardien de la propriété, agir sur la base d’un tarif qui relègue la notion d’escroquerie à une gâterie de Mickey… J’en passe et des meilleures.

  1. « Les crises ont acquis un statut reconnu de fatalités – de fatum, le destin – qui arrange bien les choses. Un peu à la manière de ces cycles économiques, contre lesquels la science économique se déclare impuissante, puisqu’ils sont assurés de revenir, pour se raccrocher à la confortable idée qu’ils expliquent tout, mais sans savoir quoi. »

    Même le mot « crise » pourrait s’apparenter à un mot camouflant celui de « responsabilité ». Cela paraît être un bon moyen de se laver les mains pour les décideurs, et même de passer pour des victimes à en croire l’appel des mille et un patrons.

    1. D’aucuns nomment le « crise » le « casse du siècle ». Beaucoup plus approprié, et qui enlève cette notion de fatalité, et d’irresponsabilité bien sûr… à qui profite le crime ?

  2. Complètement d’ac.

    En ajoutant que les autorités de régulation, plus précisément « les autorités » tout court… surtout les têtes, sont des systèmes de cooptations où chaque bipède responsable trouve tout son intérêt à se maintenir là où il est, avec ses copains. Surtout ceux qui sont de son avis..

    Statu quo.

  3. bonjour mr Leclerc, le lien entre Fukujima et le désastre financier mondial c’est l’absence de réfléxion profonde sur les « maudites questions éternelles » dont parlait Dostoïesvki soit  » qui sommes nous ? d’où venons nous ?, et où allons nous ?, résumées dans le fameux »Connais-toi toi même » de Socrate . Tant qu’on ne réfléchira pas vraiment à ces questions et qu’on les laissera aux seules mains des religieux on n’avancera pas et le désastre programmé de l’économie mondiale sur fond de pénurie de matiéres premières et de conflits internationnaux sera inévitable .

    1. « Laisser ces questions aux seules mains des religieux » ne leur a pas permis pour autant de trouver une pensée et un langage intelligibles pour les temps présents.

      1. Pour ma part, tant qu’on ne verra pas que, quoi que l’on puisse croire, la vie est religion, et que se prosterner devant l’homme conduit à tout ce merdier…
        Il faudrait de nouveau trouver la force d’ériger nos rêves, que l’on blottit dans le regard de nos enfants, comme principe de vie pour changer la donne. Créer une nouvelle Eglise.Et fuir le monothéisme.
        L’Art me paraît prophétique , et peut montrer le chemin.

  4. Bonsoir à tous
    @F. Leclerc

    Les crises & les catastrophes récurrentes ont ceci d’intéressant pour le pouvoir qu’elles permettent de mettre en place des mesures de plus en plus contraignantes pour les populations un plus grand contrôle et une diminution des libertés individuelles…Tout ça pour les « protéger » bien sur!
    L’opacité et le mensonge pratiqués par le monde de la finance et de l’industrie n’est que la répétition,à leur échelon, des pratiques séculaires des pouvoirs politiques….

    Pour la france le modèle premier d’exercice du pouvoir fut la monarchie de droit divin qui s’est transmis à l’industrie et a donné les patrons paternalistes de droit divin d’antan ( modèle perdurant dans les PME) Seuls ceux qui se sont confrontés au modèle démocratique protestant du monde anglo saxon ont pu évoluer…..

    Rien de neuf sous le soleil!

    Une révolution menant une autre classe sociale au pouvoir ne changerait pas essentiellement cet ordre , il le perpétuerait par d’autres personnes avec des aménagements cosmétiques pour épater la galerie car ce modèle de pouvoir est intégré dans les structures inconscientes
    de la collectivité….

    Cordialement.

    1. Steve parle de révolution de palais.
      La révolution, autrement dit la sortie du cadre capitaliste,
      dont la crise nous rappelle l’urgence,
      ce n »est pas le remplacement d’une classe par l’autre dans la même structure,
      c’est le changement du cadre justement, de la structure même,
      Autrement dit, la fin de l’accaparement privé des grands moyens de production
      et destruction de la nature, l’appropriation sociale, la démocratie réelle.

  5. Bonjour,

    « Crise » financière et « crise » nucléaire ont ceci de commun qu’elles ont été initiées par des experts, lesquels étaient censés savoir ce qui est bon pour nous.

    Il s’avère, à l’usage, que ce qu’ils savaient, en fait, c’est ce qui n’est vraiment pas bon pour nous.

    Les temps précédents avaient pour dupeurs des gourous religieux, nous nous avons des gouroux experts. C’est moderne car c’est plus efficace en tromperie et en énormité de conséquence, ce qui tombe bien car notre époque est celle de l’efficacité.

    Delphin badin

    1. Pour l’instant, lesdits experts en retombées radioactives japonais n’ont pas été lynchés par la foule. En cas de vague de décès massive de jeunes enfants au goitre suspect, cela pourrait changer.
      On verra alors les responsables politiques s’égarer dans la nature … du côté de la forêt d’Aokigahara.

  6. Le capitalisme ne passe plus que par la rémunération indécente, en comparaison des revenus précaires distribués, et maximiser le profit à court-terme, qui sont les seules mesures du succès même si les lourds dégâts sociaux et environnementaux sont bien réels et de plus en plus grave.

    Les banques et les multinationales, soutenues par les institutions politiques (nationales et international) et économiques, dictent les règles du jeu de la mondialisation. Ouverture des frontières par la baisse des droits de douanes et concurrence déloyale pour réaliser plus de profits en exploitant la pauvreté, précarisation de masse des contrats de travail,ect…avec un marchandising médiatique pour dire que c’est inéductable. Un conflit d’intérêt qui permets de rendre plus « acceptable » ses dérives.

    Toutes rigueurs scientifiques et morales sont détruites au profit de l’argent et valider par la loi ou la faiblesse des sanctions qui sont volontairement marginales. Des expertises sont faussées dans l’alimentaire, les produits de fabrication ou la santé, pour avoir plus de ventes et donc de rentabilité. Les mesures contre le réchauffement climatique ou la surexploitation des ressources naturelles sont mises aux oubliettes ou vider de leurs contenus lorsqu’elles font face à des intérêts économiques, même si tous ceux-ci va à l’encontre de l’intérêt général.

    Poursuivre vers l’idée d’une augmentation de son pouvoir d’achat alors que les prix sont en constante hausse pour que les multinationales et les banques continue sans cesse d’accroître leurs marges. Les salaires proposés sur le marché sont de plus en plus faible, les salaires publics et privés sont gelés, et on exige même que les salaires baissent pendant que le coût de l’inflation rends la vie de plus en plus cher et difficile.

    Saisissant, l’obsession de l’argent et de manière ostentatoire sont de plus en plus présent dans la société capitaliste.

    Le capitalisme ne fait plus que supprimer toute concurrence, le contraire même de sa publicité, et accumule des profits par la rente, qui détruit le tissu local et appauvrit les populations au détriment d’une classe capitaliste mondialisée qui bénéficie d’un vide législatif de l’environnement, d’une manipulation des prix et des taux sur le marché économique et financier et, de la mise en concurrence des citoyens par la pauvreté.

    1.  » Le capitalisme fait plus que … »

      Je ne veux pas contester le sens de votre intervention, surtout pas, mais vous proposer un changement à la lueur d’une remarque de notre ami Juan Nessy.
      Elle est simple: la capitalisme est un outil, le libéralisme est une idéologie pratique qui utilise cet outil, parmi d’autres.

      Que le capitalisme soit un outil, la notion ne soulève pas de problèmes insurmontables, en remarquant que des pays aussi divers que l’ URSS ou le Vénézuela, le Viet-Nam ou les USA l’utilisent ou l’ont utilisé.
      On notera que le Kampuchea ( Kmers rouge) l’ avait répudié. De même, le capitalisme n’a pas grand sens dans des sociétés sans circulation monétaire. A l’opposé, mes grands parents, quasi autonomes, étaient très faiblement insérés dans l’ économie monétaire ( ils étaient nombreux dans les campagnes entre les deux guerres). Mais ma grand-mère savait parfaitement ce qu’elle pouvait espérer de ses terres, en cas de vente forcée par un coup dur. Les tontines africaines sont elles aussi du capitalisme.

      Le capitalisme, sauf exceptions, est quasi universel. Il n’est que le moyen de réunir des capitaux pour un but donné, y compris la thésaurisation.

      Le libéralisme est tout autre chose. Pour faire court, c’est une idéologie totalitaire car elle n’accepte pas de compromis avec les financements collectifs au moyen de cotisations ou par l’intermédiaire de l’impôt.
      La volonté acharnée à faire disparaître nos services sociaux et grands services publics à caractère industriel pour y substituer des entreprises-privés-à-bénéfices est la marque du libéralisme européen. Il agite, au nom de l’efficacité, les séductions du calcul spéculatif.

      En confondant les deux, on se condamne à une sorte de paralysie. Le capitalisme est trop diffus et universel pour le condamner. De plus, une Société tendant vers la Démocratie idéale aura encore besoin du capitalisme. L’Europe pourrait cesser d’être libérale sans que ses structures politiques en soient altérées. Elle deviendrait acceptable. Et sauf à croire que 500 millions de citoyens-consommateurs vivent d’eau fraîche à la fontaine de village, le capitalisme sera toujours nécessaire.
      En revanche, le libéralisme désigne clairement des hommes et des méthodes; derrière cette idéologie politique, il y a des textes d’encadrement et des hommes pour la servir. Ces hommes incarnent cette idéologie. Ils sont l’objectif évident d’une lutte contre-idéologique et politique.

      Il est malheureux que ce système frôlant le totalitarisme se nomme « libéralisme ». Mais il est inutile de le qualifier ultra ou néo. Le libéralisme américain est différent. Les « Tea Party », qui remontent loin dans l’histoire des USA, sont des « libertariens » anti big governement. Ils représentent le triomphe de l’égoisme et de l’invidualisme avec une arme à tuer pour chacun. Ce n’est même pas de l’ultra libéralisme, plutôt du « far-west libéralisme ».

  7. Bonjour !

    J’ajouterai à cette comparaison le fait que, dans un cas comme dans l’autre, on essaie de tirer profit d’un système intrinsèquement divergent que l’on stabilise comme on peut. Une sorte d’explosion au ralenti, mais si les stabilisateurs sautent, l’explosion reprend de plus belle.

    Ceci étant, je suis moins d’accord sur la critique de « n’avoir rien vu venir ni rien su empêcher ». Il est vrai qu’il y a eu des carences, mais je pense qu’il faut aussi avoir l’honnêteté d’admettre qu’en matière naturelle, il y a des choses que l’Homme ne peut prévoir de façon fiable, et les tremblements de terre en font partie. De là, je pense qu’il faut distinguer deux types de « catastrophes » : celles d’origine purement anthropogénique, qui ont un caractère très prévisible, et celles-ci doivent être tuées dans l’œuf autant que faire se peut ; et celles qui revêtent un caractère trop imprévisible, les fatalités, dont nous sommes condamnés à ne pouvoir qu’en minimiser les effets.

    Autant il est absurde de tout ranger dans la case fatalité (on se dédouane trop facilement de notre responsabilité), autant il est dangereux de considérer que tout est prévisible (on se retrouve alors dans le cas de ces malheureux géologues italiens condamnés pour homicide involontaire en justice, là où ils n’ont fait que communiquer de façon scientifique) ou qu’on peut/doit se protéger de tout (on se retrouve alors dans l’extrémisme du principe de précaution, à ne plus rien tenter du tout de peur des conséquences)

    La médiété, disait Aristote.

    1. François Leclerc ne parle pas de phénomènes naturels, mais de décisions humaines et de manière brillante :
      On ne peut pas prévoir les tremblements de terre mais on sait qu’en construisant une centrale sur une faille sismique on risque de la voir péter. On sait qu’en permettant à la finance de faire n’importe quoi on va vers un désastre où quelques uns vont essayer de ramasser le gros lot et les autres morfler. Il n’y a là aucun phénomène naturel. Comme de construire en zone inondable et venir se plaindre lorsque la maison est noyée, ce n’est pas l’inondation qui est en cause, c’est la décision de construire là, toujours pas de phénomène naturel en cause.

      1. « Les inondations, les cyclones, le volcan islandais, la neige au mois de mai, les vagues de 6 mètres en méditerranée, les tremblements de terre en Haïti et au Chili, les medias relaient inlassablement ce qu’il est d’usage de nommer, sans plus se poser de question, des catastrophes naturelles. L’appellation est doublement impropre. Tout d’abord parce que tout évènement n’est une catastrophe qu’en ce qu’il touche l’homme. La chute d’une météorite dans l’atlantique ou dans le désert de Gobi et la même sur New-York n’auront pas le même sens. Du point de vue de la nature, le phénomène est pourtant identique. Ensuite parce que l’expression persiste à dissocier la nature de l’homme, renvoyant l’image des humains qui se battent contre la nature, puis la dominent, et finalement l’asservissent, comme s’ils prenaient une éternelle revanche sur le déluge.

        Que l’on cesse de penser les évènements naturels comme des catastrophes, que l’homme ne se place plus au dessus de la nature mais à l’intérieur de celle-ci à l’instar d’un caillou, d’une plante, du vent ou des nuages, et l’on peut parier que le nombre de « catastrophes » s’en trouvera réduit. Rappellons que Freud, qui subit les peu subtiles foudres d’Onfray ces temps-ci, mais le « vieux » en a vu d’autres, Freud donc identifiait les trois humiliations narcissiques subies par l’homme : il n’est pas le centre du monde (Copernic), il n’est pas le centre de la création (Darwin) et il ne maîtrise pas sa propre conscience (Freud lui-même). Et plutôt que de nous désespérer, cette triple nouvelle nous apporte en réalité une plus grande liberté en nous allégeant considérablement du poids de l’histoire universelle. Mais que la liberté passe par une diminution de l’ego, cela devrait être évident pour tous. Bien sur en voyageant dans quelques organisations, cette évidence ne saute pas aux yeux, et encore moins lorsque l’on écoute Claude Allègre. En fait, il y a des catastrophes humaines.

        Willems consultants, copie Delphin

        01:24 Pub

  8. Bonsoir et encore merci pour cette comparaison monsieur Leclerc?
    j’avais comparé dans un de mes messages les effets du corium aux effets de la dette sans fond…il est évident que de telles analogies peuvent être faites en ces périodes d’immense désespoir…
    Plus je vous lis et plus je lis de nombreux sites où la vérité est dite, plus je me sens obligé de proclamer un grand NON face à toutes les soi-disant propositions de réformes conjoncturelles et bla bla et bla bla…
    les réponses , si il y en a …, viendront après le grand balayage indispensable de tout ce fatras politico capitalo socialo économico de nos siècles avides et inconséquents!!!

  9. @ François :
    Je ferais la même analogie de manière spécifique avec les causes/effets de la crise en Europe et avec l’euro : explosion par surpression, piscines instables pleines de combustibles menaçant de s’effondrer à tout instant, corium formé et ayant transpercé la cuve, stabilité apparente par noyade du réacteur, diffusion de l’irradiation par fuites et rejets en ‘pleine mer’, constat d’une contamination sur une surface très vaste sous forme de ‘tâches de léopard’, incapacité des ‘instances dirigeantes’ à définir hors du cadre du lucre, défaillance des autorités de régulation, absence de politique définie à court/moyen terme (arrêt définitif/reprise des centrales), coffrage prévue des installations explosées afin de limiter l’irradiation (la science pourvoyant à la résolution du problème sur le long terme), absence de débats politiques réels malgré l’opposition massive des populations face au nucléaire, traitement superficiel des médias mainstream des causes/effets en dehors de la période de stress intense, etc etc etc
    Surtout, le risque défini par des probabilités était établi comme infime.
    Ayant survenu, il est pourtant de 100% aujourd’hui, avec une impossibilité évidente du ‘retour en arrière’ : la réactivation de Fukushima et plus largement, du système de production tel qu’il était auparavant.
    Pourtant, dans les deux cas, l’évidente réalité est niée.
    Stopper.
    (re)Définir.
    Construire.
    Démanteler.

  10. Par quoi remplacer la finance? Par quoi remplacer les centrales nucléaires? Je ne sais pas encore, ou si il faut simplement les supprimer sans remplacement? Ce que je sais c’est qu’il va falloir un jour ou l’autre prendre une décision et que, pour moi,la solution doit être locale. Assez des MegaBanks et assez des MegaWatts!Décentralisons nous pour une vraie démocratie.

    1. Pouvoir vouloir se casser la tête à « remplacer » la finance ? Soustraire à la finance son activité spéculative prédatrice – le reste est utile – cela suffit. Elle perd ses 80% de mauvaise graisse.

      P.S. Ne vous posez pas des questions inutiles : suivez « live » ou en ligne les excellents cours qui se donnent en ce moment à Bruxelles sur ce sujet.

      1. Malheureusement Bruxelles est un peu trop loin pour moi pour vous poser des questions ‘live’ Comme par exemple que pensez-vous des experiences des monnaies locales? Ont-elles un avenir? Peut on envisager de les utiliser dans une nouvelle societe , pour supprimer l’accumulation de capital,qui me semble etre a l’origine de la finance actuelle?

        1. La monnaie, « cause » ou « symptôme » ? J’ai beaucoup de respect pour la réflexion de Silvio Gesell (Keynes m’a précédé dans cette voie !) mais je penche pour « symptôme ». Du coup, les approches en termes de monnaie alternatives, complémentaires, me paraissent peu convaincantes. Je me méfie aussi de l’enthousiasme de von Hayek pour elles parce que je sais qu’il ne s’agit pour lui que de la méthode N° n de saper le pouvoir de l’État pour laisser le champ libre à l’aristocratie de l’argent qu’il appelle de ses voeux. Par contre, j’ai beaucoup de sympathie pour les systèmes économiques SANS monnaie, comme celui d’Ernest Solvay (1838 – 1922), fondateur d’un empire industriel mais aussi philanthrope et penseur anarchiste sincère.

      2. Anarchiste sincère et (accessoirement) gtand mécène de l’ULB devant l’éternel s’il en fut et fondateur de l’Institut de Sociologie… monsieur le professeur… 🙂

        1. Mon père a appartenu à l’Institut de Sociologie Solvay. Personnellement, je me suis inscrit à l’École de commerce Solvay en 1964, pour m’enfuir en courant après avoir assisté à quelques cours.

          P.S. vigneron, arrête de faire ce genre de remarques caustiques, qui vont faire dire à quelques conspirationnistes que nous sommes probablement des personnes distinctes, « toi » ( 😉 ) et « moi » ( 🙂 ).

      3. Seriez-vous d’accord pour supprimer l’accumulation du capital comme but dans la société du futur? Dans cette optique, la ‘dévaluation’ des monnaies qui perdent leur valeur avec le temps, me semble être une bonne solution?
        Merci,je ne savais pas que Solvay avait écrit sur des systèmes économiques sans monnaie. Pour moi il était seulement l’organisateur des rencontres des physiciens du début du siècle dernier et bien sur un chimiste, comme moi,la chimie mène a tout…

  11. Analogie pertinente!

    Poursuivons:

    *La question du ratio bénéfice/risque

    Certains croient qu’avec nos techniques hyper complexes, nous pouvons nous débarrasser définitivement de l’aléa.
    Se dresse donc notre civilisation probabiliste, confortable et vulnérable à la fois.
    Changer ses normes, financières ou sanitaires, c’est changer notre perception de ses failles, la méthode de calcul de probabilité, c’est écarter les données indésirables de l’équation. Mais depuis le temps, nous le savons: les technarques sont nuls en math…

    -S’agissant de la finance, le ratio bénéfice/risque est suffisamment grossier pour ne pas s’y attarder davantage.

    -Concernant l’énergie nucléaire, je serai plus circonspect. Certes nos amis japonais ont le chic d’installer leurs centrales sur les terres les plus chahutées par les catastrophes en tout genre; mais n’étaient-ils pas heureux, avec leurs distributeurs automatiques de petites culottes usagées?

    *La question de la prise de décision

    L’information est la première condition à la participation et à la prise de décision. Rien d’étonnant à ce que la concentration de pouvoir créer du secret, et vice et versa.
    Les solutions?
    Elles nous demandent un énorme travail de réflexion stratégique.
    Diluer les tâches, l’information et le pouvoir dès que possible.

    Immédiatement:
    -Quitter le couple stérile capitaliste/indigné. S’atteler (par exemple, il en existe d’autres) à l’économie participaliste, au post-capitalisme.
    -Idem du couple nucléocrate/catastrophiste. Ni l’un ni l’autre ne nous aiderons à la transition énergétique…

    Salutations anarchistes

  12. Je regardais l’autre jour la gestuelle de heyraud. Il est évident qu’il a été coaché pour apprendre à bouger en même temps qu’il parle : des gestes sans doute reconnus pour influencer les foules comme par exemple, lever les deux bras pour affirmer une « vérité, serrer les points et une nouvelle posture (utilisée par Hollande aussi), mettre un coude su le pupitre en se tournant un peu vers la droite….
    Ce qui est terrible, c’est que tout ça fait faux, surfait. J’ai l’impression de voir des enfants.
    Nous sommes dirigés pas de gands enfants coupés des réalités communes à la plèbe. Ils ne nous connaissent pas, ne nous aiment pas, sont totalement indifferents à notre sort et à celui de l’humanité : ils jouent leurs rôles, prennent des cours pour être meilleurs que le collègue, se regardent ensuite pour voir s’ils ont été bons, se chamaillent au parlement comme dans une cours d’école et mentent le plus souvent en croyant ces mots lénifiants et vides de sens écrits par d’autres.
    Ces enfants terribles sont interchangeables et naissent en capacité de s’approprier ce système : ils sont « fils de »…..comme les artistes qui prennent la place de leur parents, les politiques qui siègent à la place du père….c’est devenu une petite entreprise familiale….
    Il y a un vivier de politiques formatés et tout prêts à servir, ils deviennent les outils d’une poignée de loups, qui eux s’occupent de faire circuler les masses d’argent dans une minorité de poches, et il y a nous, spectateurs qui payons le système. Car le plus drôle, c’est que nous payons leurs infrastructures, leurs écoles, leurs médias, leurs salaires….
    Ces jeux là nous occupent tellement que nous en avons oublié l’essentiel : notre planète est un élément à prendre en compte, ce n’est n’y un acteur, ni un loup, ni un spectateur….c’est notre vie.

  13. en gros:
    on continue tout pareil, on change rien
    on ralonge la jupe et refait des ourlets avec un volant à froufrou

    il va falloir s’occuper de la question de l’inertie
    c’est finalement moins la mauvaise voie, la mauvaise manière, le mauvais choix, la mauvaise volonté, la mauvaise dynamique, le manque de dynamique
    que l’inertie pure qui nous mène droit dans le mur
    et cette inertie siège dans la foule
    les uns l’utilise à leurs fins sans se poser de question sur le programme qui les animent comme des robots sans âmes (et dire qu’on rêve de donner une âme aux robots…)
    les autres la nourrissent, formatés pour, ils ont été et n’arrivent pas à se reprogrammer ( d’autant qu’on ne les y aide pas plus que ça)

    si un seisme de force 9, un tsunami ou une tempête de grande envergure n’y change rien
    que faut-il donc?
    que la terre s’arrête de tourner?
    n’ont -ils pas conscience que c’est ce qui est en cours?

  14. Effectivement bien vu par François Leclerc. Il y a des correspondances et plus nombreuses que cette philosophie Schumpéterienne sans cesse continuée.

    On pourrait considérer par exemple que les actifs toxiques sont l’exact équivalent du corium. Ils s’enfoncent dans le coeur des banques pour le brûler et les masses d’eau pour le refroidir trouvent leur pendant dans les masses d’argent déversées par les « experts » et autres irresponsables politiques.
    La pondération coupable, la désinformation réelle de Tepco sur l’ampleur de la catastrophe, ne trouve-t-elle pas un écho troublant dans les diagnostics apaisants et les analyses mensongères des « experts » ?
    Minc ou d’autres déclaraient quelques mois avant le début de la crise qui allait précipiter le monde entier dans une autre dimension de la pathologie capitaliste, qu’il n’y avait rien qui ne fut sous contrôle et que la crise n’existait pas, alors que les premières familles étaient expulsées depuis un moment aux USA.

    Les CDS ne demeurent-ils pas suspendus au-dessus de nos têtes comme les « piscines » tiennent en équilibre au-dessus de l’avenir du Japon et peut-être de la planète Terre, comme le disait Paul Jorion dans un article récent ?…
    On peut multiplier les correspondances, car les causes des catastrophes sont les mêmes et les conséquences générées ne s’écartent logiquement pas de l’homologie structurale initiale.

  15. Nos gouvernants et financiers nous proposent en effet une étrange vision du progrès.
    Ils aiment la luxure jusqu’à en sacrifier la civilisation……

    1. J’apprécie particulièrement cette citation

      Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile. Tchouang-Tseu, penseur chinois du IV siècle avant JC

       »

      A rappocher de la citation D’Albert Jacquard :

      L’oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l’excès de travail est le père de toutes les soumissions.

      1. « Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile. Tchouang-Tseu, penseur chinois du IV siècle avant JC » et devise de tous les rentiers avant et après JC van Damme.

  16. Merci !
    Souvent fécond, ce genre de regard transversal…
    On distingue encore mieux certains traits généraux de notre étrange folie.

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