L'actualité de la crise : UNE JOURNÉE TOUT COMME LES AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

Le terrible suspens dont nous ne nous lassons pas se poursuit : le gouvernement espagnol va-t-il ou non faire sa demande aux autorités européennes, afin de bénéficier d’un plan de sauvetage et quand ? Les signaux convergent, on approche du dénouement : Mariano Rajoy a choisi les colonnes du Wall Street Journal pour annoncer qu’il fera celle-ci « à 100% », si les taux obligataires consentis restent « trop longtemps à un niveau trop élevé ». Il a également ajouté qu’il voulait toutefois être certain « que tout le monde l’approuverait », référence masquée à la volonté des gouvernements allemand, finlandais et néerlandais de la repousser.

Olli Rehn, le commissaire européen, et Luis de Guindos, le ministre des finances espagnol, sont à la manœuvre. Le premier vient d’affirmer que les aides aux banques espagnoles, qui transitent par le budget espagnol et en alourdissent le déficit, ne seraient pas prises en compte dans le calcul de la diminution de celui-ci, car elles ne se répéteront pas (elles rendraient impossible toute respect des objectifs de désendettement, il est donc nécessaire de modifier les données pour conserver le principe). Opportunément, la commission ne rendra de toute façon son verdict sur le projet de budget espagnol 2013 que le 7 novembre, soit après les prochaines élections régionales espagnoles du 21 octobre, ce qui permettra au gouvernement de ne pas nécessairement tenir ses promesses électorales, notamment l’indexation des retraites sur l’inflation.

Véritable enjeu de cet épisode, le gouvernement italien pousse de son côté à la roue, afin que les choses se fassent au plus vite, soucieux de tester les effets sur le marché obligataire – et plus particulièrement sur ses propres taux obligataires – du programme de la BCE d’achat de titres sur le second marché (OMT). L’exemple espagnol fait école, le gouvernement poursuivant l’adoption de mesures au prétexte de démontrer que l’Italie n’a pas besoin d’un plan de sauvetage, s’engageant sur la piste tracée par Mariano Rajoy car convaincu que l’accalmie actuelle n’est que provisoire. Mario Monti voudrait y ajouter un volet « développement » en utilisant des fonds communautaires au bénéfice du Mezzogiorno, le sud de l’Italie, l’éternel problème sans solution du pays.

Et la Grèce ? Le même jeu s’y poursuit, la Troïka repoussant le flou de la solution proposée par Antonis Samaris – après d’ardues négociations au sein de la coalition gouvernementale – pour trouver les deux derniers milliards d’euros d’économie nécessaires selon elle…

Après la douche froide du communiqué commun des ministres des finances allemand, néerlandais et finlandais, un round d’observation est en cours à propos de la mise en œuvre de l’union bancaire, une fois admis que des déclarations d’intention encore générales pourront au mieux être adoptées d’ici la fin de l’année, afin de permettre à ceux qui pressent le mouvement, dont les Français, de sauver la face. Les plans de la construction sont loin d’être achevés et la deuxième marche de l’intégration européenne d’être gravie. Il est toujours possible de signer un traité budgétaire en se disant qu’il sera de toute façon revu (en jouant par exemple sur le distinguo du « déficit structurel » prévu dans le texte du traité), mais s’attaquer au cœur du problème, l’état du système bancaire, c’est une autre affaire !

A cet égard, de premières fuites permettent d’anticiper ce que vont être les préconisations du rapport européen sur la séparation des activités des banques – dépôts et spéculation – confié à Erkki Liikanen, l’ancien gouverneur de la banque centrale finlandaise : selon elles, il sera possible de les rassembler sous une structure de tête type holding, cette restructuration n’étant nécessaire que dans certaines conditions, ce qui laisse encore des marges de manoeuvre qui pourront être élargies, tout n’est pas perdu !

Ce qui renvoie à un autre rapport de Martin Weatley, directeur du FSA – le régulateur britannique des activités financières – à propos du mode d’établissement du Libor, cet ensemble d’indices censé refléter les taux auxquels les banques se prêtent entre elles. Rassurons-nous tout de suite ! toute solution qui aboutirait à rendre transparent ce marché a été écartée, « car nulle d’entre elles n’a démontré être supérieure » selon ce qu’a déclaré au Financial Times l’honorable régulateur. Le marché doit rester de gré à gré, et il n’est pas question, par exemple, d’accepter les propositions de NYSE Euronext – le premier groupe mondial de places boursières – de prendre en charge son calcul.

L’essentiel du projet repose sur une augmentation du nombre de banques associées à son établissement, à la confidentialité accrue des informations qu’elles fourniront (au prétexte de leur éviter de montrer leur faiblesse en annonçant pour elles-mêmes un taux élevé), et de l’agrément des traders qui pour chacune y participeront. La British Bankers Association (BBA), qui a beaucoup fauté, ne sera plus en charge du processus. Ceux qui d’aventure se poseraient la question des suites à attendre des enquêtes engagées à propos des tripatouillages du Libor auront eu leur réponse côté britannique en écoutant Martin Weatley : « Le Libor doit redevenir ce qu’il était supposé être et non ce que des traders sans scrupules et des membres du personnel bancaire voulaient qu’ils soient ». Les Américains relèveront-ils le gant ? En attendant, on ne saurait mieux exonérer les banques elles-mêmes, toujours la même sempiternelle histoire…

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28 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : UNE JOURNÉE TOUT COMME LES AUTRES, par François Leclerc »

  1. Record de faillites, chômage en hausse… Mais où va-t-on ?

    Plus de 18 millions de chômeurs dans la zone euro, déjà pas loin de 8000 faillites depuis le début de l’année en Belgique… Les indicateurs se suivent et, hélas, se ressemblent. Ils tendent à montrer que la récession en double creux promise dès 2010 par certains économistes est en train de révéler toute sa férocité. Quelles sont dès lors les perspectives à court et moyen terme ?

    Tous les paramètres le démontrent: la crise économique s’installe et a même tendance à s’amplifier. Le nombre de faillites atteint des records. Et, évidemment, ces entreprises qui ferment, ce sont aussi des emplois qui disparaissent.

    1190 faillites en septembre, jamais on n’avait enregistré autant de faillites en un mois. Un nombre de faillites qui ne cesse d’augmenter: + 4,6% en un an.

    http://www.rtbf.be/info/economie/detail_au-dela-du-nombre-une-inquietante-contagion-des-faillites-en-belgique?id=7848521

  2. Le cadeau injustifiable que vont conserver les ultra riches : Le gouvernement a décidé de sortir du système de plafonnement des niches fiscales les défiscalisations dans les DOM-TOM qui bénéficient aux plus riches contribuables français. À la manière du publicitaire Séguéla, qui avait dénommé son voilier “Merci-Béré” à la fin des années 1980 pour saluer le maintien de la loi Pons, se trouvera-t-il aujourd’hui une grande fortune pour baptiser son investissement ultramarin “Merci-Mosco” ou “Merci-Cahuzac” ?

    Médiapart mais payant malheureusement.

    Véritables chiffres du chômage USA(U6):

    http://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

    Espagne: nouvelle hausse du chômage en septembre, 4,71 mio sans-emploi

    Madrid (awp/afp) – Le chômage en Espagne a encore augmenté en septembre avec 4,71 millions de demandeurs d’emploi, alors que la quatrième économie de la zone euro est sous la pression du marché pour demander son sauvetage financier, a annoncé mardi le ministère du Travail.

    Le pays a enregistré en septembre 79.645 chômeurs (+1,72%) de plus qu’en août, tandis que sur un an la hausse est plus prononcée, avec 478’535 demandeurs d’emploi supplémentaires (+11,32%), pour arriver à 4’705’279 chômeurs.

    Selon l’Institut national de la statistique, qui utilise une méthode de calcul différente, le taux de chômage atteignait fin juin 24,63% (plus de 53% chez les jeunes), un record dans le monde industrialisé.

    http://www.romandie.com/news/n/Espagne_nouvelle_hausse_du_chomage_en_septembre_471_mio_sans_emploi85021020120930.asp

    120 économistes disent non au traité budgétaire européen.

    http://lexpansion.lexpress.fr/economie/120-economistes-disent-non-au-traite-budgetaire-europeen_342682.html

    Le Portugal pourrait bientôt recevoir une nouvelle aide européenne.

    http://lexpansion.lexpress.fr/economie/le-portugal-pourrait-bientot-recevoir-une-nouvelle-aide-europeenne_342365.html

    Moody’s met en doute l’audit sur les banques espagnoles.

    http://lexpansion.lexpress.fr/economie/moody-s-met-en-doute-l-audit-sur-les-banques-espagnoles_342002.html

    1. « Le gouvernement a décidé de sortir du système de plafonnement des niches fiscales les défiscalisations dans les DOM-TOM qui bénéficient aux plus riches contribuables français. »

      Pouvez-vous préciser de quelle niche il s’agit ? Car n’importe qui peut bénéficier de la Loi Girardin, et pas seulement les plus riches contribuables.

      1. @alkali

        Oui, mais il est évident que le seul intérêt de souscrire à une offre soumise à la Loi Girardin est de payer un impôt sur le revenu non nul. Ce qui est étonnant, c’est que certains se scandalisent parce qu’il y a des mécanismes permettant de réduire l’impôt sur le revenu, mais ils ne s’indignent pas que la moitié des contribuables en soient exemptés. Tout le monde n’est-il pas sensé contribuer, même modestement ou très modestement ?

      2. « Ce qui est étonnant, c’est que certains se scandalisent parce qu’il y a des mécanismes permettant de réduire l’impôt sur le revenu, mais ils ne s’indignent pas que la moitié des contribuables en soient exemptés. »
        Pouah …
        Mais il y a ça, aussi :
        « payer un impôt sur le revenu non nul »
        Tant il est vrai qu’il est nul (et non avenue Poissard) d’affirmer que nul ne peut s’exonérer de payer l’impôt quand bien même celui-ci serait nul.

        Pignol II, dans « L’indigne des impôts », gravé sur vos écrans d’ordinateurs.
        Bientôt déjà nul.

    2. « …are neither working nor looking for work but indicate that they want and are available for a job and have looked for work sometime in the past 12 months. »

      Génial…Wow!!

  3. Allez, prenons les paris. Sur ce coup du « sauvetage » de l’Espagne, je pose que la montagne promise par Super Mario va accoucher au pied du mur d’une souris étique (drapée dans de nouvelles promesses d’avenir pour soulager ces neuneus de « marchés »).

  4. « En limitant plus que jamais la capacité des pays à relancer leurs économies et en leur imposant l’équilibre des comptes publics, ce traité est porteur d’une logique récessive qui aggravera mécaniquement les déséquilibres actuels », estiment ces économistes d’un divers horizons.

    Parmi les signataires, on trouve Dominique Taddéi, Frédéric Lordon, Jacques Généreux, Paul Jorion, André Orléan, Jean Gadrey, Jean-Marie Harribey, Bernard Friot, Dominique Plihon, Guillaume Etievant et Jacques Rigaudiat.

    Cette tribune publiée dans le Monde offre un décryptage sans appel du nouveau traité européen dont l’Assemblée nationale se saisit ce mardi. Elle dresse un réquisitoire sévère:
    http://www.humanite.fr/politique/120-economistes-ereintent-le-traite-budgetaire-europeen-505377

    Dette publique : Peut-on effacer l’ardoise ? 1er octobre par Olivier Bonfond, Nicolas Errante
    http://cadtm.org/Dette-publique-Peut-on-effacer-l

  5. Une bonne blague

    10 raisons de penser que l’euro est bel et bien sauvé(par Sabine Syfuss-Arnaud-Challenges)

    1. L’annonce du rachat des dettes à court terme (ou MTO)
    2. La non-démission de Jens Weidmann
    3. La réaction positive d’Angela Merkel
    4. Le feu vert de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe
    5. Le risque de contagion s’éloigne
    6. La Grèce fait moins peur
    7. Les Pays-Bas ont voté pour la raison
    8. La Finlande a cessé de faire de la surenchère
    9. L’Union bancaire prend corps
    10. Le Pacte budgétaire est sur la rampe de lancement

    1. L’euro est peut-être sauvé mais il n’est pas à l’abri d’amputations (sortie de plusieurs pays) ni d’une métamorphose (monnaie unique, monnaie commune ?), ou encore d’une réintégration (transformation de l’euro suite à un changement de système monétaire…

      Mais il est vrai que la désagrégation rapide et subite de l’euro (qui entraînerait de facto celle de la BCE) est un cas peu probable tant l’inertie est grande au niveau européen…

  6. N’attendons rien des autres : chefs d’entreprises refusez de livrer si vous n’êtes pas payé comptant.
    Vous dormirez mieux , votre entreprise sera soulagée , l’état pourra percevoir un double impôt , vous ferez +2% de profit sur votre CA.
    Par filières et régions défendez vos paiements.

    1. Travailleurs, soulagez-vous devant le nez de vos chefs. Et retournez tranquillement dans vos pénates. Le monde des mouches fera le reste. Lol !

      1. @ octobre
        C’est intéressant comme initiative , c’est un peu à l’image de M.Cahuzac qui met une taxe sur la bière pour réduire le déficit de la sécu , allez Octobre poussez fort Lol ,Mdr, Etc

  7. Moins de 3% des échanges financiers le sont sur des biens ou des services .
    La messe est dite : ce n’est pas nos hommes politiques qui vont faire quoi que ce soit , je ne connais personne qui scierait la branche sur laquelle il est assis .

  8. La politique est devenue l’une des composantes de la finance. En Grèce, le parti Syriza a gagné une élection, qui n’a pas été poursuivi par une assemblée, puisque les marchés financiers, dont l’ Union Européenne fait partie pour appuyer les décisions, ont finis par refuser la validation de l’élection du peuple votant grec.

    Le TSCG, n’aura même pas de consultation populaire, et certains pays comme l’ Angleterre ou la République Tchèque ont pu s’exclure de ce processus, pour des raisons. Comme pour le référendum de 2005 qui devait créer, à la suite du résultat, de nouveaux choix de société, c’est par le traité de Lisbonne voté par les politiques, que se décidera les choix financiers d’avenir, sous le signe de l’austérité, que les allemands soutiennent, après être revenu dans le leadership européen.

    Les grecs ont votés pour le parti Syriza, parce qu’ils ne prônaient pas une austérité dont la population ferait les frais. Comme la finance, par le biais de la Banque mondiale ou du FMI, soutenue par l’ Union Européenne, ont été en désaccord avec cette politique financière, l’élection a été annuler.

    Il n’y a plus de possibilités politiques pour les citoyens de faire entendre leurs voix, puisque les partis politiques, qui sont en désaccord avec des choix financiers des marchés ou des grandes holdings de la finance, ne peuvent accéder aux responsabilités de l’ Etat, et se voît refuser l’accès à la gestion des services publics.

    La Grèce a vu par la suite un ancien dirigeant de banque, de Goldman Sachs, accéder au poste principal de la République (il y a problème de conflits d’intérêts dans ce cas). C’est à dire pour appliquer les projets de la finance, avec notamment un marché rentable des dettes. L’ Union Européenne était à la base un commerce régional, pour favoriser les industries nationales et continentale, et est devenue un organisme européen mondialiste et financier.

  9. cher françois leclerc
    indépendamment du contenu je dois vous féliciter pour la finesse de vos titres
    rien que l’ensemble des titres sur un mois raccordés sur le mode marabout bout de ficelle, soit mis bouts à bouts pourrait composer un texte fort drôle sur l’ambiance du moment sur la planète économique.
    pas si simple de trouver de bons intitulés
    teintés d ‘humour en la circonstance

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