L'actualité de la crise : DES BANQUES AUX PIEDS D'ARGILE, par François Leclerc

Billet invité.

L’actualité financière semble dominée par une compétition qui ne dit pas son nom, opposant Wall Street à La City. Chacun suspecte l’autre de chercher à se donner un avantage compétitif en montant en épingle ses petits travers. Avoir un ennemi héréditaire que l’on peut à l’occasion charger de tous les péchés est une commodité permettant de dévier les coups.

Si l’on dresse la liste de cette suite interrompue de révélations et de scandales, en essayant de ne pas avoir le tournis et ne rien oublier, on trouve de tout et surtout du pas bien beau. Quand un indice financier de base n’est pas collectivement manipulé, des transactions illicites avec un pays au ban des nations sont suspectées ou bien des fonds de la drogue sont blanchis à grande échelle. Les facilités offertes aux candidats à l’évasion fiscale en sont reléguées au second plan comme des fautes vénielles.

Quel florilège ! on en vient à se dire que c’est comme une seconde nature qui s’exprime ainsi ! On en oublierait presque les difficultés de désendettement du secteur bancaire, à croire qu’une opération de diversion a été montée pour la circonstance.

Pourtant, à voir comment les banques prennent avec des pincettes les futures règles de Bâle III définissant leurs ratios de fonds propres et normes de liquidité, cherchant à les adoucir et à en retarder l’application, on comprend qu’il y a du souci dans l’air. Aux Etats-Unis, la Fed vient de prolonger la « période de commentaires » qui permet aux banques de faire valoir ceux-ci. Du temps de sa splendeur, Jamie Dimon, le PDG de JP Morgan Chase, n’avait pas hésité à qualifier ces règles d’« anti-américaines ». Les banques allemandes ont de leur côté réclamé un moratoire d’un an, afin que les nouvelles normes ne soient progressivement applicables qu’à partir de début 2014.

L’argument est tout trouvé : ce renforcement du dispositif prudentiel aurait des conséquences néfastes sur le financement de l’économie. Car, les conditions de marché étant peu favorables pour lever des capitaux, il ne reste aux banques comme possibilité que de diminuer le crédit ou bien vendre des actifs pour réduire la taille de leur bilan.

De nombreuses banques européennes cherchant à en vendre, les acheteurs américains et asiatiques en profitent pour imposer leurs conditions : on préfère donc jouer sur le volume du crédit. La BCE l’a déploré, le FMI s’en est inquiété, et Douglas Flint, le nouveau président de l’Institute of International Finance (le lobby des mégabanques), s’est interrogé à voix haute sur l’opportunité d’une « pause dans le cycle de désendettement », une manière de demander l’assouplissement de Bâle III.

La priorité donnée à la protection des actionnaires dont il ne faut pas diluer les actions, ne fait pour sa part pas débat. On ne s’en étonnera pas, déjà que les résultats des banques sont à la baisse et que le retour sur fonds propres n’est pas brillant.

Des deux côtés de l’Atlantique, et aussi de la Manche, les banques se battent sur un autre front, celui des projets de séparation de leurs métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. Aux Etats-Unis, l’application de la loi Dodd-Frank de régulation financière est « encore en chantier », deux ans après son adoption. Il en est de même de la règle Volcker, qui statue sur cette séparation et pour laquelle on attend toujours la rédaction et l’adoption des décrets qui en permettront la mise en œuvre.

Au Royaume-Uni, les conclusions de la commission Vickers ont été adoptées par le gouvernement britannique, mais leur application a été dans un même mouvement repoussée. Le temps pour le diable de se mêler de détails tels que le tracé exact des frontières entre les activités qui doivent être strictement séparées et la hauteur des barrières élevées à cet usage… Il est pour l’instant prévu que la réforme commence à être appliquée en 2019 afin que les consultations puissent se dérouler en toute sérénité.

Les banques françaises ne sont pas en reste pour défendre leur modèle de « banque universelle » mis en cause par ce vent de réforme mondial. L’argument est qu’il ne faut pas faire dépendre les banques d’investissement uniquement du marché pour se financer et de continuer à les adosser aux banques de dépôts afin de les protéger et de leur permettre de tenir leur rang dans la compétition internationale. Heureusement, Frédéric Oudéa, président de la Société Générale et de la Fédération bancaire française, se déclarait à ce propos récemment rassuré : « J’ai l’impression en ce début du mois de juin qu’aucun pays ne va mettre en oeuvre un Glass-Steagall Act qui conduirait à une séparation stricte entre les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement, ni au Royaume- Uni, ni aux États-Unis, ni à mon avis en Europe ».

Un dernier dossier menace, celui du projet d’union bancaire de la Commission, qui prévoit une taxation des activités bancaires afin de financer un fonds de soutien à celles qui seraient dans le besoin. Mais les banques n’apprécient pas les modalités futures du sauvetage qui se dessine : il serait question de mettre à contribution les détendeurs de créances obligataires, sur le modèle de ce qui est prévu en Espagne. Enregistrant déjà une désaffection des investisseurs pour la dette « senior » qu’elles émettent pour se financer – ce qui les oblige à garantir avec des actifs leurs emprunts – elles craignent que ce mouvement soit encore accentué. De leur point de vue, ce ne sont pas seulement les actionnaires qui sont intouchables, mais également leurs créanciers. Si l’on suit cette logique, il ne reste plus que les Etats pour les renflouer… comme on croyait d’ailleurs l’avoir déjà compris.

Frédéric Oudéa, de nouveau sur le pont, a immédiatement réagit en déclarant que ce projet « n’apporte pas de réponse à la question de la crise de confiance dans les dettes souveraines », se réfugiant derrière la réalisation préalable d’une intégration politique et économique plus poussée. C’est cette fois-ci derrière le gouvernement allemand que les banques françaises se réfugient, fondant leurs espoirs dans la lenteur du processus entamé par la Commission, dont le premier volet consistera à accorder à la BCE des pouvoirs élargis de surveillance du système bancaire, en espérant que les choses s’éternisent ensuite.

Toutes les contradictions sont bonnes pour se faufiler et obtenir gain de cause. En particulier en se servant de l’argument du désavantage compétitif qui permet d’être aligné sur le moins-disant en matière de régulation. Mais à ce jeu le système bancaire se fragilise à force de vouloir se préserver et continue de peiner à se désendetter, lui aussi.

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56 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : DES BANQUES AUX PIEDS D'ARGILE, par François Leclerc »

  1. L’argument est tout trouvé : ce renforcement du dispositif prudentiel aurait des conséquences néfastes sur le financement de l’économie.

    …Comme si « financer l’économie » avait encore le moindre sens pour un banquier aujourd’hui…

  2. en echo aux propos de:
    « Frédéric Oudéa, président de la Société Générale et de la Fédération bancaire française, [qui] se déclarait à ce propos récemment rassuré »:

    ‘Dans leur étude, les analystes d’AlphaValue estiment aussi que les seules « parties prenantes » qui tirent profit du modèle actuel sont les dirigeants des banques et quelques traders. « Déguiser leurs intérêts personnels comme étant dans l’intérêt général n’est plus une situation acceptable », écrivent-ils’

    1. Si l’instauration d’un « Glass-Steagall européen », c’est la fortune, alors imaginez dans quel monde d’abondance nous pourrions vivre avec l’interdiction de la spéculation !

      P.S. Je sais, je répète la même chose depuis cinq ans, mais la spéculation, c’est un tabou, il faut conduire les gens à se dire petit à petit : « Et si… et si tout ce baratin sur « la spéculation, c’est la nature humaine », n’était que de la propagande diffusée par les prédateurs eux-mêmes ? et si on osait y toucher ? »

      Vous êtes déjà choqué par ce que raconte jducac ? Alors, vous êtes prêt psychologiquement : il n’y a plus qu’à faire le saut !

      1. Autre argument entendu hier sur la fameuse télé allemande, ARD, un contrat d’assurance privé est spéculatif, puisque l’assuré et l’assureur parient sur des événements contraires.

      2. Bonjour ,
        La spéculation a toujours existée , vendre un produit au meilleur moment me parait une chose assez normale , ce qui l’est moins c’est la spéculation papier . Ils faudrait seulement interdire celle-ci , et obliger nos joyeux drilles de la finance à stocker le dit produit jusqu’à sa vente . Ils auraient l’air propre avec leur 500 tonnes de maïs à la City .
        Un dicton de spéculateur matière dit que la spéculation est la loi des trois P : Pognon , Patience , et de la Place

        1. Mais non : c’est récent que la spéculation soit autorisée. Ça date de 1885 en France. Cette idée que « la spéculation a toujours existé », c’est le slogan le plus éculé de la propagande que répandent les spéculateurs. Réveillez-vous !

      3. Bon d’accord mais la crise de la tulipe , c’est bien de la spéculation
        wiki:
        Au plus fort de la hausse du prix des bulbes de tulipes fantaisie, en 1636, un seul oignon pouvait valoir l’équivalent d’un carrosse avec ses deux chevaux et tout leur harnachement. Cependant les économistes modernes ne sont pas tous d’accord pour qualifier l’épisode de bulle spéculative.
        Donc si je vous suis , avant 1885 la personne qui achetait un produit , le revendait sans plus-value et immédiatement , juste pour le fun !!
        « Réveillez-vous ! » là je vous l’accord, suis au bureau et j’ai tendance à piquer du nez 🙂

      4. Néanmoins , je suis complétement d’accord avec vous , sur le faite que la spéculation est une aberration du système capitaliste .
        Je suis dans un domaine lié au pétrole , et je n’ai jamais spéculé en 25 ans .La raison en est simple , le risque lié à la spéculation est très important , et je pense qu’une usine doit faire de la marge sans se servir de mouvements de spéculation . Si votre résultat dépend en grande partie de la spéculation , l’essence même (sans jeu de mots) de votre société , innovation , écologie , relation clients y perd toute sa valeur .Et je vais même plus loin en pensant que beaucoup de société a leur actuel ,se retrouvent mal en point aujourd’hui car elles ont privilégiées l’argent par l’argent , et non leur vrai cœur de métier .

      5. @Ardéchoix
        On est bien d’accord, le nord des Provinces-Unies ne faisaient pas partie du Royaume de France en 1636-37….à moins que vous n’ayiez des informations capitales à nous communiquer sur la manipulation de l’histoire de ces 3 – 4 derniers siècles… 🙂

      6. Dans la série éternelle: « il ne faut jamais rien faire pour la première fois » :

        La spéculation a toujours existée

        Bien entendu, on comprendra « A quoi bon faire la moindre chose contre ? »
        Ce n’est pas le porc, mais le conservateur ultime quand la raison a tout dépouillé, qui sommeille en nous.

      7. Mais non : c’est récent que la spéculation soit autorisée. Ça date de 1885 en France

        En cas de disette la spéculation (par exemple sur les grains) était très mal supportée par le peuple qui ne manquait pas de se révolter et d’aller se servir lui-même. Si on demande l’opinion des gens dans un pays où il n’y a pas à manger pour tous on ne vous dit pas que la production est insuffisante mais que les commerçants spéculent (qu’au lieu de vendre la nourriture ils la gardent en réserve pour la vendre encore plus cher plus tard.)

        A l’inverse il y a des « spéculations » qui aboutissent à une surproduction dont les clients profitent (comme les écrans plats pour télés et ordinateurs actuellement.)

        Beaucoup d’entreprises industrielles spéculent sur les marchés financiers parce que les actionnaires spéculent sur les dividendes que doivent leur servir ces sociétés.

        Ceux qui achètent un logement à crédit sans en avoir les moyens spéculent sur la hausse de l’immobilier (jusqu’à ce que la bulle éclate, dans ce cas tout le monde trinque ou presque.)

        Quelques personnes « spéculent » sur l’intérêt de la fusion froide: si ça marche on en profitera probablement tous.

        Si on avait un régime politique parfait on pourrait décider quelles sont les « spéculations » souhaitables et quelles sont celles qui ne visent qu’à concentrer la richesse et le pouvoir dans les mains de ceux qui les font. M’enfin, finalement, quand P.J. condamne la spéculation il me semble qu’on comprend très bien de quoi il veut parler …même si, avec les pouvoirs politiques tels qu’ils sont, il n’est pas possible d’interdire la spéculation.

        1. Employer le mot « spéculer » à tort et à travers comme vous le faites, ne fais pas avancer le schmilblick. Si vous voulez dire « espérer », écrivez « espérer » plutôt que « spéculer », ça rendra service à tout le monde.

      8. L’arrêt de la spéculation, soit !
        Que cela advienne !

        Mais au fait, comment cela peut il advenir ?

      9. En l’exigeant !
        Oui mais alors, qui et comment ?
        ( Notre « démocratie » représentative étant ce quelle est, je vous laisse préjuger de l’hypothétique date d’adoption d’un tel changement … )

  3. « Il est pour l’instant prévu que la réforme commence à être appliquée en 2019 »

    Vieux motard que jamais…
    Comme l’impression qu’Oudea a parfaitement raison, aucun pays ne s’attaquera à la nécessaire et urgente révolution à accomplir dans le système bancaire. Tous, de toute façon, vont s’aligner sur Obama, qui va se coucher comme d’habitude, vu qu’il est largement et royalement financé, en campagne électorale, par les méga-banques et toutes les entreprises qu’elles tiennent serrées dans les filets des crédits..

  4. L’argument de la City … du désavantage compétitif avec Singapore, Hong Kong … Égal pour les autres multinationales.
    On tourne en rond, et les les lois sont pour « l’avenir ».
    Sur les faits: « cartel du Libor » avec réductions, baleines au cas que la loi …, procès subprimes-GS n’aura lieu ….)

    « Comment hésiterions-nous à confier notre argent à des banques qui mettent des petites chaînes à leurs stylos à bille. » Louise de Vilmorin

  5. incroyable, c’est l’absence de régulation qui les met au tapis, et ils veulent protéger leur pire ennemi ; encore un coup de GS 😉

  6. Dans le premier paragraphe, il faudrait changer « pêchés » par « péchés », à moins que M. Leclerc ne cherche qu’à nous faire mordre à l’hameçon.

  7. Règle d’or ou Machine infernale à fabriquer de la récession et du chômage.

    20 % de baisse cumulée du PIB de 2008 à 2012 en Grèce

    Une baisse digne des années 30!

    Le PIB de la Grèce chutant, malgré tous les « efforts » que l’on impose à son peuple, le taux d’endettement va avoir du mal à baisser. Puisque le PIB est au dénominateur.

    Mais rien n’y fait, les docteurs Mabuse qui hantent les allées des divers pouvoirs européens n’en démordent pas. Il faut encore saigner le malade, et tant pis s’il meurt « guéri ». Et loin de faiblir, ils généralisent le « traitement » à L’Espagne, au Portugal, à L’Irlande, à L’Italie, et bientôt à la France, puisque notre nouveau gouvernement social-libéral veut se montrer aussi bon élève en ce domaine que ses confrères des pays précités.
    Certains de ces confrères n’ayant d’ailleurs pas été élus, ou élus dans un contexte « très particulier », fait de pressions tout à fait explicites sur l’électorat.

    Ces gens là sacrifient leurs peuples, pour quoi au juste: « Sauver l’euro ? », « Sauver les banques ? », « Ne pas perdre la face ? », « Parce qu’ils sont dépassés par une situation qu’ils ont créée de toute pièce et dont ils ne savent plus comment se sortir ? », « Pour ne pas faire d’entorse à leurs croyances néo-libérales ? », ou « Pour sauvegarder leurs intérêts, tout simplement ? »

    En tout cas sûrement pas pour sauver l’idée d’une Europe unie. Car cette Europe de la punition collective – pour des fautes dont elles ne sont pas les vrais responsables – devient de plus en plus intolérable aux populations.

    Cette obstination dans l’erreur est proprement stupéfiante, confondante, consternante, même hallucinante!

    1. « docteurs Mabuse »
      docteur Diafoirus?
      Dans le style médical, on trouve aussi:
      Les économistes sont des chirurgiens qui ont un excellent scalpel et un bistouri ébréché, opérant à merveille sur le mort et martyrisant le vif.
      François de La Rochefoucauld

      🙂

      1. Pas tous, Philippe.
        De mon meilleur prof d’éco : « Nous allons maintenant étudier les manipulations de comptes de cette société afin d’en comprendre les raisons. Avant, si possible, d’être obligé d’en faire l’autopsie… »

    2. « Ces gens là sacrifient leurs peuples, pour quoi au juste »

      Comme l’expliquait Malthus, quand il y a trop de pauvres rien ne va plus.

      Avec la mondialisation il y a maintenant beaucoup trop de pauvres et Malthus ne serait pas surpris que les pays européens, les USA, etc, deviennent ingérables. La solution qu’il préconisait – que les pauvres ne se marient que s’ils sont assurés de pouvoir nourrir femme et enfants par leur travail et sans pouvoir compter sur aucune aide extérieure – n’est pas très adaptée à notre époque pour toutes sortes de raisons, mais l’idée que subvenir aux besoins des pauvres quand le marché du travail ne leur permet pas d’y subvenir eux-même est restée profondément ancrée chez beaucoup d’anglais, d’américains et d’autres (c’est après l’abolition des Poor Laws qu’on a assisté à l’essor du capitalisme en Angleterre.)

      De nombreux peuples ne se sont jamais vraiment adaptés au capitalisme et c’est peut-être bien le cas des Grecs, même depuis qu’ils ont adhéré à l’Europe et à l’euro.

      1. Sous-jacent au « raisonnement » de Malthus : il y a deux populations, les riches et les pauvres. Chacun doit tirer les conséquences de son appartenance à l’un des deux groupes. Pour les pauvres, c’est, par exemple, de ne pas se reproduire. Qu’un autre mode de partage de la richesse créée ferait que les choses seraient autrement ne l’effleure même pas : on le classe parmi les économistes « pessimistes », mais il est avant tout un « naturaliste » : la propriété privée, la division sociale du travail, les rapports de force entre classes sociales, tout cela pour lui, c’est la nature telle qu’elle nous a faits. Quand on lit Malthus, on croit entendre du jducac.

      2. @Paul Jorion

        Exact, mais il insiste sur l’importance de la demande c’est pourquoi Keynes lui rend hommage au moins sur ce point.

      3. Malthus parle constamment de « classes inférieures » et de « classes supérieures », très rarement de « classes moyennes » mais pour lui les choses sont claires:

        « On observe généralement que c’est dans les classes moyennes que l’on trouve le plus d’aptitude au travail et à l’épanouissement de toutes les sortes de talents. Mais il est évident que tout le monde ne peut pas faire parti des classes moyennes; une classe supérieure et une classe inférieure sont nécessaires; bien mieux, elles sont extrêmement utiles. Si les individus n’étaient pas aiguillonnés par l’expérience de s’élever ou la crainte de déchoir, si le travail ne portait pas en lui sa récompense, et l’indolence sa punition, on ne verrait nulle part cette ardente activité avec laquelle chacun de nous travaille à améliorer sa condition, et qui est actuellement le principal moteur de la prospérité publique. »

        Ça m’a fait penser à Lénine et à la NEP « […] Nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les prémices politiques »

      4. « — La population optima, dit Mustapha Menier, est sur le modèle de l’iceberg, — huit neuvièmes au-dessous de la ligne de flottaison, un neuvième au-dessus.

        — Et ils sont heureux, au-desous de la flottaison ?

        — Plus heureux qu’au-dessus. Plus heureux que vos amis que voici, par exemple. — II les désigna du doigt.

        — En dépit de ce travail affreux ?

        — Affreux ? ils ne le trouvent pas tel, eux. Au contaire, il leur plaît. Il est léger, il est d’une simplicité enfantine. Pas d’effort excessif de l’esprit ni des muscles, Sept heures et demie d’un travail léger, nullement épuisant, et ensuite la ration de soma, les sports, la coputation sans restriction, et le cinéma-sentant. Que pourraient-ils demander de plus ? Certes, ajouta-t-il, ils pourraient demander une journée de travail plus courte. Et, bien entendu, nous pourrions la leur donner. Techniquement, il serait parfaitement simple de réduire à trois ou quatre heures la journée de travail des castes inférieures. Mais en seraient-elles plus heureuses ; Non, nullement. L’expérience a été tentée, il y a plus d’un siècle et demi. Toute l’Irlande fut mise au régime de la journée de quatre heures. Quel en fut le résultat ? Des troubles et un accroissement considérable de la consommation de soma : voilà tout. Ces trois heures et demie de loisir supplémentaire furent si éloignées d’être une source de bonheur, que les gens se voyaient obligés de s’en évader en congé. Le Bureau des Inventions regorge de plans de dispositifs destinés à faire des économies de main-d’œuvre. Il y en a des milliers. — Mustapha Menier fit un geste large. — Et pourquoi ne les mettons-nous pas à exécution? Pour le bien des travailleurs ; ce serait cruauté pure de leur infliger des loisirs excessifs. Il en est de même de l’agriculture. Nous pourrions fabriquer par synthèse la moindre parcelle de nos aliments, si nous le voulions. Mais nous ne le faisons pas. Nous préférons garder à la terre un tiers de la population. Pour leur propre bien, — parce qu’il faut plus longtemps pour obtenir des aliments à partir de la terre qu’à partir d’une usine. D’ailleurs, il nous faut songer à notre stabilité. Nous ne voulons pas changer. Tout changement est une menace pour la stabilité. »

        Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

  8. Les banquiers veulent figer les événements, ne plus courir le moindre risque de se retrouver au milieu d’une horde lancée au grand galop droit vers le bord de la falaise. On arrête tout, on ne fait rien, on ne change rien, on se fait payer par les états…les banquiers, premiers bénéficiaires du grand gouvernement socialiste mondial.

  9. Au modérateur : publication de cette note superflue (merci)

    « Frédéric Oudéa, de nouveau sur le pont, a immédiatement réagit »

    Corrigé : Frédéric Oudéa, de nouveau sur le pont, a immédiatement réagi

    Cordialement.

    1. plus emmerdant, j’ai un doute sur le caractère « interrompu » de « cette liste de révélations »…

  10. Pourtant, à voir comment les banques prennent avec des pincettes les futures règles de Bâle III définissant leurs ratios de fonds propres et normes de liquidité, cherchant à les adoucir et à en retarder l’application, on comprend qu’il y a du souci dans l’air.

    Jorion mettait à juste titre en parallèle vendredi les règles d’or budgétaires et les règles de Bâle III pour leur caractère éminemment procyclique. Ça signifie juste que les deux trains de mesure auront les mêmes effets pour les acteurs concernés : personne ne pourra dire que seul le train ne lui sera pas passé dessus. Tout le monde y aura droit d’une façon ou d’une autre, personne entre les gouttes ou plutôt tout le monde sur les rails, bien ligoté.
    Mais il en est encore qui se refusent à faire ce parallèle, sans doute des qui n’ont ni comptes débiteurs ni comptes créditeurs à la banque ou aux Trésor Public ou autres APU, permettez moi d’en douter, personnellement je n’en connais pas de cette engence rarissime là…
    Peut-être faudrait-il réexpliquer le sens de systémique à certains… (grosso merdo, « si tu m’en touches une tu feras bouger l’autre »…)

    1. Tu retardes, Vigneron. Ou ne vois pas la globalité :
      il s’agit de tout changer pour ne rien changer.
      Connyvance trompe tout le monde.

      1. Yvan, je t’en conjure, mets toi à la poésie hermétique. T’as de puissantes dispositions littéraires et – sachant que les chants désespérés sont souvent les plus beaux – vue l’évolution irréversible de tes dispositions d’âme, on s’attend au sublime…

  11. qui prévoit une taxation des activités bancaires afin de financer un fonds de soutien à celles qui seraient dans le besoin

    ça ne vous rappelle pas une histoire de serpent qui se mord la queue ?

  12. Une question occupe mon esprit et je n’entrevois pas la réponse. Comment concevoir que tous ces banquiers, financiers et autres ploutocrates n’aient pas présentes à l’esprit les informations dont je dispose – dont nous disposons – c’est à dire déplétion des ressources fossiles notamment énergétiques, dérèglement climatique, incapacité de la Terre à se régénérer, pollutions diverses; mort des sols, incapacité de l’homme à maîtriser le nucléaire etc etc… et n’en tirent pas les conséquences ? Comment ne pas penser que se mettent en place un peu partout des stratégies de désengagement pour sauver ce qui peut encore l’être avant la catastrophe ?
    Si les traders n’intègrent pas ce type d’informations dans leurs analyses, ce sont vraiment des … Là vous écrivez ce qui vous vient à l’esprit.
    Je pense, par exemple, que si j’étais un héritier de la famille Peugeot, je ne mettrais plus une thune dans la bagnole. Et je m’efforcerais de trouver des placements bien plus porteurs. Pas vous ?

    1. Ce que vous dites tombe sous le sens de la logique et de la raison et je suis d’accord avec vous. Mais c’est justement en mettant le doigt là dessus qu’on se rend compte « que tous ces banquiers, financiers et autres ploutocrates » suivent une religion et non pas les faits et la raison. C’est ce que M. Jorion explique dans certain billets, notamment avec une excellente métaphore avec une machine sur une ile qui cesse de fonctionner.
      Tout cela fait penser à l’ile de Pâques.

    2. Un banquier s’intéresse au passé pour prendre ses décisions, pas au futur!

      Il y a bien sur des exceptions, du genre capital-risque ou films à gros budget, mais même dans ce genre de cas il me semble qu’un banquier évitera de prendre en compte le projet lui-même: c’est trop difficile pour lui et l’expérience prouve que c’est très aléatoire.

      Dans la pratique les banquiers tiennent surtout compte de ce que font les autres banquiers, comme ont peut le constater lorsqu’une bulle grossit puis éclate, mais votre question porte sur ce qui parvient à les faire changer d’avis. Quand ils constateront que ceux dont les décisions sont les plus compatibles avec vos prévisions s’en sortent mieux qu’eux ils en tiendront compte …s’ils sont encore là.

  13. Finalement, c’est la BCE qui s’oppose au passage chez le coiffeur :

    « En clair la restructuration (rebaptisée « reprofilage » pour ne pas
    appeler les choses par leur nom) porterait sur 3 points : (1) abaisser
    les taux d’intérêt, (2) allonger la « duration » des remboursements,
    enfin, mais on hésite d’avantage, (3) faire assumer par les détenteurs
    privés de la dette une partie du non-remboursement. Notons que
    l’Allemagne – qui défend ce point de vue – est ici cohérente avec elle-
    même et la position qu’elle a prise depuis longtemps

    – C’est ici que la BCE est sortie du bois en refusant la préconisation
    allemande, et en proclamant haut et fort qu’elle s’opposera à tout ce
    qui ressemble à un « évènement de crédit » dans la gestion de la
    dette grecque. »

    « La BCE se pose en effet en défenseur intransigeant des créanciers
    en refusant tout ce qui ressemblerait à un non-paiement de la dette
    telle qu’elle est aujourd’hui constituée (capital, intérêt, échelonnement
    des créances). »

    http://www.atterres.org/sites/default/files/L%27imbroglio%20grec.pdf

  14. Countries trying to survive bailouts could learn a thing or two from Iceland, according to the International Monetary Fund’s mission chief to the country.

    Bloomberg reports that Daria Zakharova said that Iceland’s commitment to its programme, a decision to push losses on to bondholders instead of taxpayers and the safeguarding of a welfare system that shielded the unemployed from penury helped propel the nation from collapse toward recovery. She added:

    Quote Iceland has made significant achievements since the crisis. We have a very positive outlook on growth, especially for this year and next year because it appears to us that the growth is broad based.

    Retour au Moyen Age..merci l’Euro.

    A rather painful tale is doing the rounds this afternoon regarding the effect of the eurozone crisis on people’s health. Bloomberg has a story about cash-strapped patients cutting back on dental treatment to save money.

    Manuel Villa, president of the Spanish Dental Association, said that “people are very scared about spending ». “We’ve noticed a significant slowdown since 2009, but 2011 and this year have been disastrous.” Patients are delaying procedures “unless it hurts too much,” he said.

    It was a similar story in Italy, Bloomberg reports, where Emmet O’Neill, the chief executive of Smiles Dental, said:

    http://www.telegraph.co.uk/finance/debt-crisis-live/9471282/Debt-crisis-live.html

  15. En bref : comment créer une ‘raison sociale’, une réelle participation, une réelle intégration des banques à la société ?

  16. Avoir un ennemi héréditaire que l’on peut à l’occasion charger de tous les péchés est une commodité permettant de dévier les coups.

    Ben quand c’est contre les anarchistes, que ce soit de la part des partis au pouvoir ou des cocos autoritaire, ce comportement emporte une très large adhésion !!

  17. Des vessies pour des lanternes : alerte rouge !

    Des millions de Française et de Français, hostiles à la politique d’austérité en Europe préconisée par Angela Merkel, ont voté au deuxième tour de l’élection présidentielle, pour François Hollande. Vont-ils être cruellement dupés par la décision du Président de faire voter par les députés et les sénateurs de la majorité présidentielle, une loi organique approuvant le « nouveau traité européen » ?

    http://blogs.mediapart.fr/blog/vingtras/130812/des-vessies-pour-des-lanternes-alerte-rouge

  18. pourtant certains grands groupes sont en train de mettre en place la séparation du retail et de l’investissement, voire du financement.
    sinon, les scandales, c’est du spectaculaire diffus ??

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