L'actualité de la crise : LA BANQUE DES RÈGLEMENTS INTERNATIONAUX, AVEC NOUS…, par François Leclerc

Billet invité.

Les 230 pages du 82ème rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI) méritent le détour ! La banque centrale des banques centrales, comme il est d’usage de la qualifier sans que cela en clarifie le rôle, n’y va pas par quatre chemins.

Elle concentre en effet son examen sur l’analyse du « cercle vicieux » qui lie la mauvaise santé du système financier à celle de l’économie. En remarquant que les banques centrales ne peuvent par leur action que gagner du temps et qu’il y a des limites même à cela, semble-t-il bientôt atteintes. Encore que ce qui serait le plus menaçant n’est pas clairement établi, de la menace de l’inflation qui pourrait résulter de sa poursuite ou du manque général d’incitation à agir pour réduire l’endettement public et privé que leur intervention créerait.

Voici le schéma qui résume la description de ce cercle vicieux qu’il convient de briser, selon la BRI.

Dans sa version française , voici le passage correspondant du rapport :

« Il est crucial de sortir de ces cercles vicieux, et ainsi de réduire la pression qui s’exerce sur les banques centrales. Y parvenir exigera l’assainissement et le renforcement du bilan des banques et demandera, en même temps, de limiter la taille du secteur financier et son exposition au risque. Comme nous l’avons préconisé dans de précédentes éditions du Rapport annuel, il faut que les banques corrigent leur bilan de sorte qu’il reflète fidèlement la valeur des actifs ; des progrès ont été faits en la matière, mais il faudrait que les responsables des politiques poussent à un ajustement plus rapide.

Ce faisant, ces responsables devront veiller à la rapide recapitalisation des établissements et s’assurer que les banques constituent des volants de fonds propres à mesure que la conjoncture s’améliore. Plus généralement, les autorités doivent mettre en œuvre les réformes financières convenues, les étendre à l’activité du système bancaire parallèle (NDLR : shadow banking) et limiter la taille et le poids du secteur financier, pour éviter que la faillite d’un établissement ne soit le déclencheur d’une autre crise.

Dans la zone euro, les effets dommageables de ces cercles vicieux ont atteint une phase avancée, qui non seulement témoigne de vulnérabilités observées ailleurs, mais aussi met en évidence l’intégration financière encore incomplète au sein de l’union monétaire. L’Europe surmontera cette crise si elle s’emploie à résoudre ces deux problématiques : réaliser l’ajustement structurel, le rééquilibrage budgétaire et la recapitalisation des banques, unifier le cadre de la réglementation du secteur bancaire, du contrôle prudentiel, de l’assurance des dépôts et de la résolution des défaillances.

Cette démarche contribuerait de façon décisive à rompre les liens nocifs entre emprunteurs souverains fragilisés et établissements bancaires fragilisés, pour produire la normalité financière qui accordera le temps de développer plus avant le cadre institutionnel de la zone euro.

D’une manière générale, en Europe, mais pas seulement, la redynamisation du secteur bancaire et la modération des excès dans l’industrie financière mettront fin aux interactions négatives avec les autres secteurs, dégageant ainsi la voie pour s’atteler aux prochains objectifs : rééquilibrage budgétaire et désendettement du secteur privé non financier.

Alors seulement, lorsque la situation financière de tous les secteurs sera redressée, pourrons-nous espérer revenir à une croissance équilibrée. Alors seulement, l’économie mondiale pourra s’extraire du cercle vicieux dans lequel elle est prise, et intégrer un cycle vertueux. »

Comme on peut le constater, la BRI n’accorde pas toute sa priorité au désendettement des États. Ses préconisations sonnent étrangement, habitués que nous sommes à entendre un autre discours. Même si celui-ci est en train de connaitre une sérieuse inflexion en ces temps d’union bancaire européenne… Autre chose sera leur résultat, expression d’une volonté politique qui n’est pas encore perçue dans toute sa force !

55 réponses sur “L'actualité de la crise : LA BANQUE DES RÈGLEMENTS INTERNATIONAUX, AVEC NOUS…, par François Leclerc”

  1. C’est là que les Athéniens s’atteignirent comme l’écrivait Frédéric Dard, les banques centrales risquent de perdre leur crédibilité. Après y’a plus rien! 🙂

    En parlant des dirigeants grecs, c’est l’arrêt de travail pour dépression?

      1. C’est vrai que les bronzés de l’Eurozone sont mal vus en ce moment. 🙂

        Z’avez vos papi€rs?

  2. On pense au recommandations que ben bernanke a fait aux banquiers centraux avant d’en devenir un. (via Paul krugman):
    – utiliser de l’argent frais tout juste sorti de la presse pour acheter des actifs non conventionnels comme des obligations.
    – Utiliser de l’argent tout neuf pour favoriser des réductions d’impots.
    – définir des cibles de taux maintenues sur de longue périodes. Par exemple de maintenir les taux 5 ans a 2.5% pour 4 ans
    – intervenir sur le forex pour faire baisser la devise
    – mettre en place une cible plus élevée pour l’inflation à 3% ou 4%

    On voit que c’est nettement plus expérimental & rock’n’roll que ce qui est évoqué….

    1. Ben Bernanke, expérimental et rock’n roll mais surtout inefficace, nullissime, vaseux, tordu, inutile, parasite, abscons, obtu, ubuesque, etc, etc…

      Quand on pense que Bernanke avait écrit une thèse sur la crise de 1929… (soupir!)

      Maintenant, la BRI peut-elle tordre le bras à ceux qui nous dirigent pour leur faire entendre raison?

  3. çà m’étonnais aussi que vous n’ayez pas relevé , ce rapport .
    C’est un cri d’alarme , et venant d’eux çà prend une sacrée importance .
    Les banques centrale ont leurs limites ….m’étonne pas que Ben Bernanke hésite à franchir le Rubicon . Le bilan de sa bc est moins lourd que celui de la BCE , mais laquelle des deux comprend le plus d’actifs pourris ?

    1. Il n’y a donc pas de crise de l’Euro, mais une crise systémique des banques et assurances.
      Les lobbies financiers détricotent les accords de Bâle III pour soustraire les banques (en faillite technique) à leurs obligations.
      Pour les Assurances, la directive Omnibus 2, modifiant Solvency2, votée par le Parlement Européen le 21 mars 2012, fait l’objet d’amendements, de manoeuvres.
      Dans les tuyaux, le lobby des assureurs a obtenu l’assouplissement des provisions techniques de la Commission Européenne, qui devrait exempter de Solvency 2 pour les sept années à venir tous les contrats existants, qui auraient dû être concernés à partir de 2014.
      Pour MIFID 2, pas de proposition de réforme concernant les activités hors-bilan des instituts financiers, du shadow banking, des dark pools.

  4. Et si même Chypre, paradis fiscal s’il en est, sollicite l’aide de l’Europe, où va-t-on, je vous le demande (pas) ?!!

    Oui mais voilà, même parvenu au paradis, faut-il encore faire ses preuves :
    « Fraîchement engagée dans le dumping fiscal, la petite île du sud de l’Europe partait sur le papier avec de vrais avantages : un impôt sur les sociétés imbattable, un barème sur le revenu particulièrement clément. Mais le vieil Etat coffre-fort du Luxembourg, membre de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951, dispose de lobbys et d’un pouvoir politique influents à Bruxelles. Les millionnaires adeptes du grand-duché leur doivent ainsi le maintien du secret bancaire, clef de voûte d’un vrai paradis fiscal. »

    Et les parvenus, chez les riches, on aime pas.
    Alors, on va l’aider.

    1. Chypre: impôt sur les sociétés: 10 % et l’île appelle à l’aide pour que les contribuables européens achètent le tapis rouge…
      Irlande pas mieux: 12,5 %.
      Par contre, le travail, déjà ponctionné par les capitalistes, est aligné.

  5. « Alors seulement, lorsque la situation financière de tous les secteurs sera redressée, pourrons-nous espérer revenir à une croissance équilibrée. Alors seulement, l’économie mondiale pourra s’extraire du cercle vicieux dans lequel elle est prise, et intégrer un cycle vertueux »

    Ouais,enfin bon…Leur seul gros problème,à la BRI, c’est…qu’ils y croient encore !

    1. Ils croient pas, Juber. D’abord ils causent de c’qu’ils connaissent en tant que rapporteurs annuels de la BRI, en 230 pages denses, et surtout il faut lire ce qui est écrit, ni plus, ni moins, soit :

      Alors seulement […] pourrons-nous espérer…

      Résumé : ils ne croient rien et n’espèrent à ce jour rien de plus.

    2. La répétition du « alors seulement » sonne aussi creux qu’une imprécation biblique…
      On a compris que c’est du vent.

      1. Décidément, l’anaphore est à la mode.
        On pourrait d’ailleurs combiner les deux: Moi Président…, alors seulement…

  6. À voir la schématisation du cercle vicieux, on pourrait en conclure que le secret du mouvement perpétuel a enfin été mis à jour, par la main invisible.

    1. C’est vrai qu’avec un schéma, on comprend tout de suite mieux.
      C’est l’effet Powerpoint

  7. Étonnant !

     » il faut que les banques corrigent leur bilan de sorte qu’il reflète fidèlement la valeur des actifs » ( tousse tousse ). Mais où sont les bons pères de familles ?

    1. Colonne de droite les BPdF, au bilan des banques et en général, toutes couleurs confondues, au passif quoi. L’AMCSP, l’Association Mondiale des Créanciers Solidaires et Populaires, un milliard de paires de burnes au moins. Omniprésent. Omnipotent. Premier lobby mondial, de loin. Hégémonique ? Non : tutellaire.

  8. L’économie c’est bien, la politique c’est mieux. Dans la conclusion de son livre « Après la démocratie » Emmanuel Todd écrivait:
    « Avant d’évoquer une solution de survie pour la démocratie, nous devons poser une question simple mais fondamentale pour la science politique: celle de la nécessaire correspondance entre espaces économiques, sociaux, et politiques. La démocratie achevée du milieu du XXième siècle les faisait coïncider dans le cadre national. L’économie, la société et la République française constituaient un empilement harmonieux dans un espace géographique unique.Progrès et tensions économiques se répercutaient dans l’évolution sociale, qui elle même se projetait dans la représentation politique, laquelle agissait en retour sur la société et l’économie. Le monde de la globalisation est différent. Le libre échange détermine peu à peu une économie dont les tensions se manifestent à l’échelle planétaire. Un niveau intermédiaire continental dans la terminologie française, régional dans celle des économistes anglo-saxons, est cependant encore perceptible. Le gros des échanges induits par l’ouverture des frontières a donné naissance à un espace économique européen, à un espace extrême oriental et à un espace économique nord-américain. L’espace social et l’espace politique n’ont pu suivre. La désorganisation actuelle de la vie politique française découle tout simplement de la dissociation géographique entre une société française qui n’a pas changé d’échelle et une économie qui hésite entre échelle européenne et planétaire. »

    Le défi qui est devant nous autres européens, est donc avant tout un défi politique, c’est parce que l’Europe n’existe pas politiquement, qu’elle est une proie si facile pour les requins de la finance internationale.
    Nous devons nous unir pour faire face à la pression des marchés et nous affranchir de leur joug, pour autant la fédération au sens américain du terme me semble une mauvaise idée.
    L’Europe a une histoire qui n’a rien de commun avec celle des USA, ce pays de colons s’est constitué en faisant table rase du passé ( destruction des sociétés indiennes, déracinement forcé des africains), mais il a quand même fallu les guerres d’indépendance, de sécession , ainsi que celles contre le Mexique pour parfaire la fédération.
    En Europe il n’est pas question de faire table rase du passé, les bolchéviks s’y sont essayés et l’on sait aujourd’hui comment cela s’est très mal terminé. Avec au final un retour en force des nationalismes – longtemps réprimés – lors de la chute de L’URSS, même chose et de la triste façon que l’on sait en ex-Yougoslavie.
    Fort ce ces expériences, il faut une sacré dose d’inconscience ou de bêtise pour envisager de refaire la même ânerie mais au nom d’une idéologie mercantiliste cette fois.
    Ce qui manque au sommet c’est de l’imagination, de la volonté et du courage. Car nous devons inventer une forme d’association politique inédite dans l’histoire des hommes. Nous devons inventer une organisation politique qui nous donnerait un statut de puissance sur la scène internationale, tout en tenant compte des diversités nationales qui constituent l’ensemble.
    Il est clair que l’organisation intergouvernementale actuelle est très loin de répondre à ces exigences.
    Ni fédération, ni intergouvernemental, mais une organisation plus démocratique qui permettrait aux peuples de se sentir parti prenante de l’aventure, et non passagers impuissants d’un bateau ivre soumis aux tempêtes des marchés.
    Messieurs les politiques, le moment est venu de sortir des combines politiciennes à la petite semaine, le moment est venu de prendre de la hauteur, de faire preuve d’imagination et d’audace. Le moment est au sens propre révolutionnaire, le moment est venu de retrousser vos manches, sans quoi vous serez balayés comme fétus de paille par ceux là même qui vous ont porté au pouvoir.
    En êtes vous capables ? Vos peuples s’impatientent de plus en plus, ils vous regardent, et ne toléreront pas que vous ne vous décidiez pas enfin à défendre leurs intérêts et une forme de souveraineté à inventer. Il ne toléreront pas que vous ne mettiez pas en place des politiques qui visent à l’intérêt et au bien être commun de tous les peuples d’Europe.
    Pour cela il vous faudra avoir le courage de vous émanciper de la tutelle anglo-américaine, sorte de guerre d’indépendance à rebours.
    Ce qui revient à dire, avoir le courage de vous émanciper de la tutelle des marchés.
    Au point où nous en sommes, soit nous nous sauvons ensembles, soit nous périssons ensembles: que l’on soit français, allemand, espagnol, hollandais, danois, suédois, grec, autrichien, italien, maltais, irlandais, portugais, belge, finlandais, slovaque, slovène, estonien.
    La question est simple voulons nous encore exister sur la scène internationale ou disparaître.
    Voulons nous défendre nos modèles sociaux uniques dans le monde, ou devenir comme la plupart des autres états de la planète: des états qui bafouent les droits sociaux de leurs peuples.
    Contrairement aux USA, de ce côté-ci de l’Atlantique nous pouvons proclamer: « It’s politics stupid! »

    1. @Macarel

      Ces appels au rassemblement européen sont suspects, pourquoi ?

      1) On en reste aux mots d’ordre sans dévoiler rien de précis. Donc, ces paroles creuses sont à entendre comme un programme du PS.

      Tout cela s’arrête avant toute considération décisive. Jamais on ne pourra élucider la pensée de Todd sur le fond. Et jamais l’on saura s’il veut une adaptation ou une révolution, les paroles sont révoltées, le style, la prosodie, la morphologie, mais le fond ne l’est pas. C’est une exhortation vaine.

      2) Le rassemblement européen est un grignotage des démocraties réelles.

      3) Ce n’est pas un problème de taille. La Chine va décliner avec un système uni a souhaits. C’est vrai que le problème est politique, mais pas dans le sens où l’entend Todd.

      Pour l’instant, le système politique « démocratique » est soigneusement tenu à l’abri de toute incursion populaire, il est gardé par une caste de spécialistes. Le fonctionnement des institutions est strictement séparé du regard de la population. il est quasiment secret. Enfin, le mystère de son pourquoi, de son immutabilité est soigneusement voilé. Il n’y a ni sortie prévue d’un pays de l’Euro ni modification de la 5 République (Sauf Congrès…)

      Il va falloir envisager de changer de système économique, avec tout l’inconfort que procure un déménagement : Murs de plâtre frais, cartons en désordre, etc; un lit de camp, pas de cuisine… Et cette question, Todd ne se la pose pas.

    2. Ce qui revient à dire, avoir le courage de vous émanciper de la tutelle des marchés.

      Les peuples, échaudés par le socialisme réel,
      ne sont pas prêts à sortir du cadre capitaliste,
      même pas encore en Grèce sans doute.

      Ils demandent sa consolidation, par approfondissement néo-libéral
      ou une « meilleure répartition des richesses »,
      deux chimères dans la concurrence et le dumping social mondialisé.

      Les politiciens professionnels et leurs partis répondent à ces segments de marché,
      dits de « droite » ou de « gauche ».

      La crise en cours obligera les peuples à chercher à sortir de la dictature du capital.
      C’est alors qu’une alternative socialiste sera prises au sérieux.
      Un alternative capitaliste autoritaire, voire fasciste, aussi.
      Il faut préparer la première dès maintenant pour éviter la seconde.

    3. Ce qui manque au sommet c’est de l’imagination, de la volonté et du courage. Car nous devons inventer une forme d’association politique inédite dans l’histoire des hommes. Nous devons inventer une organisation politique qui nous donnerait un statut de puissance sur la scène internationale

      Le problème c’est qu’il ne faut pas froisser nos « amis » US qui tirent énormément de ficelles en Europe.

    4. D’accord avec votre analyse, Macarel, sauf sur un point

      Ce qui manque au sommet c’est de l’imagination, de la volonté et du courage

      dites-vous.
      Je ne crois pas que c’est par le sommet que se fera le changement – si changement il y a – c’est par la base.
      Et c’est bien là le problème. Car dans nos pseudo démocraties ce ne sont pas tant nos Zélites qui sont déconnectées du réel que les peuples qui sont infantilisés et privés d’emprise sur ce qui détermine leur conditions d’existence (travail, école, hôpital, infrastructures…). Le tout chloroformisé par la télé et les médias, et vous avez le résultat des élections (en France ou en Grèce) ou, comme dans « Le Guépard » de Lampedusa, il faut que tout change pour que rien ne change.

  9. Un morceau de phrase me fait tiquer dans le rapport de la BRI :

    … des progrès ont été faits en la matière, mais il faudrait que les responsables des politiques poussent à un ajustement plus rapide …

    Qui peuvent bien être les responsables des politiques ? Sont-ils :
    – des politiciens ?
    – des responsables politiques ?
    – les parents proches des politiciens ?
    – ceux qui dictent les politiques ?
    – des gardiens de politiques à l’image de bergers à l’égard de leurs moutons ?

    Tout cela parait un peu subliminal, un lien de vassalité subrepticement signifié entre responsable et politique le dispute à la dilution responsabilité / politique. Pour ce qui concerne les incarnations de la politique, cela résonne comme un avis d’alerte enlèvement à mes oreilles !

  10. Ça ressemble au sauve qui peut, mi d’abord ou plus précisément « je vous l’avais bien dit » tout en sachant qu’il est bien tard et que ces propos sont bien vain.

  11. Lundi 25 juin 2012 : le journal « Der Spiegel » est un grand magazine d’enquêtes et d’investigation allemand, de tendance centre-gauche.

    Dans son dernier numéro, « Der Spiegel » annonce la couleur dès le dessin de sa première page : l’effondrement de l’euro.

    Imaginer l’impensable.

    Les conséquences désastreuses de la fin de l’euro.

    Comme la crise de la dette s’aggrave en Espagne et en Italie, les experts financiers mettent en garde contre les conséquences catastrophiques de la disparition de l’euro : la destruction de milliers de milliards d’actifs, et des niveaux record de chômage, même en Allemagne.

    Il n’y a pas si longtemps, Mario Draghi propageait la confiance et la bonne humeur. « Le pire est passé », avait déclaré le patron de la Banque centrale européenne (BCE) au journal allemand Bild il y a quelques semaines. La situation dans la zone euro était « stabilisée », avait déclaré Draghi, et il ajoutait : « La confiance des investisseurs est de retour. » Et parce que tout semblait être sur la bonne voie, Mario Draghi avait même accepté comme cadeau de certains journalistes un casque à pointe prussien. Hourra.

    La semaine dernière, cependant, il n’était pas aussi heureux sur les photos prises en face d’un cercle bleu et d’étoiles jaunes, à l’intérieur du siège de la BCE à Francfort, où il était en train de féliciter les gagnants d’un concours étudiant. Il sourit, serra la main et remis des certificats et des médailles. Mais ce qu’il avait à dire à ses auditeurs ne sonnait plus du tout de façon optimiste. Au lieu de cela, Mario Draghi semblait profondément préoccupé et il a même affiché un air de découragement. « Vous êtes la première génération qui a grandi avec l’euro et qui n’est plus familiarisée avec les anciennes monnaies nationales, » a-t-il dit. « J’espère que nous n’allons pas en faire l’expérience à nouveau. »

    Le fait que le patron de la BCE ne soit plus disposé à exclure un retour aux anciennes monnaies nationales montre combien la situation est grave. Jusqu’à récemment, il a été considéré comme un signe de la rectitude politique de ne même pas envisager la possibilité d’un effondrement de l’euro. Mais maintenant que le différend a dégénéré concernant la monnaie en Europe, l’inconcevable devient concevable, à tous les niveaux de la politique et de l’économie.

    Effondrement de la monnaie : un «scénario très probable».

    Les experts en investissement à la Deutsche Bank estiment maintenant que l’effondrement de la monnaie commune est «un scénario très probable». Les entreprises allemandes se préparent à la possibilité que leurs contacts d’affaires à Madrid et Barcelone pourraient bientôt payer avec des nouvelles pesetas. Et en Italie, l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi envisage de baser sa nouvelle campagne électorale, peut-être cette année, sur le retour à la lire italienne.

    Rien ne semble plus impossible, pas même un scénario dans lequel tous les membres de la zone monétaire diraient adieu à l’euro, et accueilleraient à nouveau le florin, le deutsche mark et la drachme.

    Ce serait un rêve pour les politiciens nationalistes, et un cauchemar pour l’économie. Tout ce qui a été écrit ensemble dans les deux décennies de l’histoire de l’euro devrait être soigneusement déchiré. Des millions de contrats, de relations d’affaires et de partenariats devraient être réévalués, alors que des milliers d’entreprises auraient besoin de protection contre la faillite.

    Toute l’Europe plongerait dans une profonde récession. Les gouvernements, qui seraient obligés d’emprunter des milliards supplémentaires pour répondre à leurs besoins, seraient confrontés à un choix entre deux options peu attrayantes : soit augmenter considérablement les impôts, soit imposer des charges financières à leurs citoyens sous la forme d’une inflation plus élevée.

    Un scénario d’horreur devenu une réalité, une perspective si effrayante qu’elle doit convaincre tous les leaders européens de rechercher un consensus aussi rapidement que possible. Mais il est impossible de parler de consensus aujourd’hui. Au contraire, comme la crise économique s’aggrave dans le sud de l’Europe, les désaccords entre les gouvernements sont de plus en plus importants.

    Les Italiens et les Espagnols veulent que l’Allemagne émette des garanties plus fortes pour leurs dettes. Mais les Allemands ne sont prêts à le faire que si tous les pays membres de la zone euro transfèrent plus de pouvoir à Bruxelles – une mesure que les États européens du Sud, pour leur part, ne veulent pas prendre.

    La santé du patient se détériore.

    La discussion a tourné en rond pendant des mois, ce qui explique pourquoi les pays débiteurs du continent n’inspirent plus confiance, tant chez les marchés financiers internationaux que chez leurs citoyens. Peu importe ce que les politiciens européens prescrivent comme médicament, l’état de santé du patient ne s’améliore pas. En fait, il ne fait que s’aggraver.

    Pendant des semaines, les investisseurs et les experts exigeaient une solution à la crise bancaire espagnole, de préférence sous la forme d’une injection de liquidités par les deux fonds de sauvetage basés au Luxembourg, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES). Lorsque Madrid a finalement décidé de demander ce qui pourrait finalement s’élever à près de 100 milliards d’euros (125 milliards de dollars), les experts se sont rendu compte que cela ferait passer la dette publique de l’Espagne de 70 à 80 % du PIB. En conséquence, les taux d’intérêt ont commencé à augmenter au lieu de baisser.

    L’expérience de ces derniers jours décrit le dilemme subi par les politiciens européens qui tentaient de sauver l’euro : une mesure qui était destinée à fournir des secours n’a fait qu’exacerber le problème.

    La même chose s’est produite avec la proposition suivante, qui date de la semaine dernière. Le Premier ministre italien Mario Monti a demandé que les fonds de sauvetage européens puissent intervenir en faveur de l’Espagne et de l’Italie pour faire baisser leurs coûts d’emprunt.

    Mais cette proposition aurait permis à Mario Monti et à son homologue espagnol, Mariano Rajoy, d’éviter de se soumettre à un programmes de réformes. Ils préfèrent avoir l’argent sans conditions. Mais le gouvernement allemand n’est pas disposé à accepter cette proposition, qui mène l’Europe dans une impasse. En outre, les ressources des fonds de sauvetage sont limitées. Bien que les fonds de sauvetage basés au Luxembourg ont encore plus de 600 milliards de dollars en ressources non engagées, il est clair que l’argent serait épuisé rapidement si ce que les experts croient maintenant inévitable arrive, à savoir que non seulement le secteur bancaire espagnol, mais aussi l’ensemble du pays exigeait un plan de sauvetage. Les fonds de sauvetage seraient complètement surchargés si l’Italie avait également besoin d’aide.

    Même la BCE a largement épuisé ses ressources.

    Jusqu’à présent, les défenseurs de l’euro ont été en mesure de recourir à des fonds massifs de la BCE, si nécessaire. Quand les choses se dégradaient, la BCE pouvait injecter de nouveaux fonds dans le marché.

    Mais maintenant, même la BCE a largement épuisé ses ressources. Elle a déjà acheté tellement de dette souveraine des pays en difficulté que toute menace supplémentaire causerait une explosion des taux d’intérêt, au lieu de les faire baisser. Dans le même temps, le conflit entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud au sein du Conseil des gouverneurs s’envenime. La semaine dernière, le gouverneur de la banque centrale de l’Espagne a réussi à convaincre la BCE d’assouplir ses règles pour permettre aux banques espagnoles d’utiliser des garanties encore plus faibles qu’auparavant en échange d’argent emprunté auprès de la BCE. Cela pourrait déclencher un clash avec les banquiers centraux des pays donateurs, qui sont réticents à regarder les risques dans le bilan de la BCE continuer à croître.

    En effet, les dirigeants européens cherchent à sauver l’euro dans une course contre la montre. La question est de savoir si l’économie dans le sud de l’Europe va récupérer avant que les outils des sauveteurs soient épuisées, ou si il sera trop tard au moment où la reprise arrivera. C’est une question de croissance de l’économie, mais aussi de caractère. Les Espagnols et les Italiens sont-ils prêts à affronter les réformes et les difficultés ? Et les pays donateurs du Nord sont-ils prêts à fournir une assistance et à faire des sacrifices ?

    Ce ne sera pas suffisant, disent de nombreux experts. En conséquence, le monde est en train d’imaginer l’impensable : la sortie de plusieurs pays d’Europe du sud de l’union monétaire, ou peut-être même l’effondrement généralisé de la zone euro. Il n’est pas facile de prévoir comment une telle tornade aurait une incidence sur l’économie mondiale, mais il est clair que le dommage serait immense.

    http://www.spiegel.de/international/europe/fears-grow-of-consequences-of-potential-euro-collapse-a-840634.html

  12. Dans vingt ans il y aura un Rapport BRI+20 où l’on s’apercevra que les mauvais usages sont encore là et que si l’on ne fait rien l’imminence de la catastrophe sera encore plus catastrophiquement imminente qu’on ne l’avait prévu. on taxera l’imminence …

    enfin si il y a encore un monde d’ici-là. je sais je suis pas constructif, il est tard pour moi là.

  13. « Il faut… » Ya qu’à »…
    Ben oui, puisque ça fait tellement longtemps qu’on vous le disait !
    Sauf que les bels pawols ne sont jamais suivies d’effets. Et c’est voulu car cela correspond aux intérêts à terme de ceux qui ont réellement le pouvoir. Inutile de vouloir les raisonner: ils savent bien qu’ils vont droit dans le mur. Mais ne pas y aller suppose une critique trop radicale, inacceptable. Donc plutôt mourir en emportant tout le monde dans le précipice…

    1. Elle parle bien de « faith in the system » !!
      Les termes « trust » et « confidence » ne suffisent plus ….

  14. quelqu’un pourrait-il me conseiller un bon bouquin qui expliquerait de facon claire le fonctionnement de la finance internationale. Un bon manuel qui explique les fondamentaux.
    Merci.

    1. Circé. Cherchez pas le Grimoire, le Vademecum qui explique tout. Lisez les rapports comme ceux de la Bri, de la BdF ou de l’Amf par exemple. Scrutez les bilans bancaires, les avis des agences de régulation ou des organismes de normalisation comptable, voire des agences de notation, l’actualité judiciaro-financière, etc. Plus évidemment les chroniques de FL. Ça devrait suffire pour une approche de cette complexité. Fuyez les simplifications.

    2. La nouvelle « les clans de la lune alphane » (P. K. Dick) est un bon point de départ.

    3. @ Circé

      L’Échiquier du mal ( Dan Simmons )

      Dans le monde très obscur de la finance mondiale, la discrétion ou la prime est surtout la première vertu primordiale, fondamentale, initiale, centrale, foncière, capitale, première.

      Avant le jour d’après, pourquoi donc ce soudain désir de lumière à ce sujet ?

    4. @ circé 26 juin 2012 à 08:50
      Un conseil, ne perdez pas votre temps à tenter de comprendre ce qui n’est devenu qu’une vaste fumisterie. L’argent, la monnaie, la finance n’est qu’une vaste mystification qui permet à certains de s’emparer d’une partie de la valeur ajoutée que chacun apporte par son travail afin de procurer des biens et services à ses semblables, ce qui lui permet de vivre. Faites confiance à F. Leclerc pour décrypter l’inextricable écheveau d’embrouillamini.

      Paul Jorion l’a dit dans ces divers ouvrages sur le sujet notamment « L’argent mode d’emploi » et « Le capitalisme à l’agonie ».

      « L’argent ne vaut que par l’idée qu’on s’en fait » dit-il notamment. C’est fondamental.

      En effet, comme rien ne peut-être plus facilement, manipulé, détourné, influencé, perturbé, transgressé, véhiculé, exploité qu’une idée, il n’y a rien d’étonnant à ce que le monde de l’argent, des monnaies et de la finance soit le lieu par excellence où peuvent s’exercer tromperies et abus de confiance à plus ou moins grande échelle. D’ailleurs, le moyen de faire survivre ce monde a toujours été de le complexifié de plus en plus, ce qui permet de l’embrouiller davantage, preuve s’il en est qu’il approche de sa fin.

      Pour mieux comprendre comment fonctionne le monde, je vous suggère de vous appuyer davantage sur les données de biophysiques simples, celles qui permettent aux organismes vivants que nous sommes, de vivre et de se perpétuer, notamment grâce à l’énergie. C’est elle qui, fondamentalement fait marcher le monde.

      1. Je vous remercie pour votre réponse même si j’avais déjà intériorisé tous vos conseils. J’avais simplement (peut-être ) l’illusion de comprendre le fonctionement du schmilblik. Je vais lire les livres que vous m’avez conseillé.

  15. L’Europe surmontera cette crise si elle s’emploie à résoudre ces deux problématiques : réaliser l’ajustement structurel, le rééquilibrage budgétaire et la recapitalisation des banques

    Traduire démanteler l’état social tout en creusant le déficit (déficit qui permet ensuite de justifier les « rééquilibrages budgétaires », traduire le démantèlement de l’état social), et en socialisant les pertes du secteur financier comme avec Bankia… Car comment « recapitaliser les banques » autrement à l’heure actuelle? Rien de neuf sous le soleil, c’est la stratégie du choc appliquée avec rigueur et méthode 🙂

    unifier le cadre de la réglementation du secteur bancaire, du contrôle prudentiel, de l’assurance des dépôts et de la résolution des défaillances.

    « unifier le cadre de la réglementation » et non la changer… C’est à dire ne surtout rien changer ?

    Cette démarche contribuerait de façon décisive à rompre les liens nocifs entre emprunteurs souverains fragilisés et établissements bancaires fragilisés

    En recapitalisant les banques sur fonds publics ??

    pour produire la normalité financière qui accordera le temps de développer plus avant le cadre institutionnel de la zone euro.

    Ah, mais « l’unification du cadre de la réglementation » n’était-elle pas précisément la condition à cette « normalisation financière » ?? Dommage pour les europhiles qui pensaient que « l’Europe allait nous sauver » en évoluant vers une union fiscale…

    D’une manière générale, en Europe, mais pas seulement, la redynamisation du secteur bancaire et la modération des excès dans l’industrie financière mettront fin aux interactions négatives avec les autres secteurs, dégageant ainsi la voie pour s’atteler aux prochains objectifs : rééquilibrage budgétaire et désendettement du secteur privé non financier.

    La « modération des excès » mettra fin aux « interactions négatives ». LOL !
    Le « rééquilibrage budgétaire » prochain objectif ? Il était cité auparavant en deuxième position derrière « l’ajustement structurel » (le démantèlement de l’état social) et AVANT la recapitalisation des banques. Mais est-ce qu’à ce niveau là l’ordre des priorités à encore de l’importance ??

    Alors seulement, lorsque la situation financière de tous les secteurs sera redressée, pourrons-nous espérer revenir à une croissance équilibrée.

    Magnifique tautologie pour conclure : lorsque tout sera redevenu « normal »… nous pourrons « espérer » revoir une situation de croissance « normale » !! C’est inquiétant, on ne fait plus qu’ESPERER la croissance, toutes choses étant par ailleurs revenues à la « normalité »… Est-ce à dire qu’un « encéphalogramme de croissance plat » constitue notre nouvelle « normalité » ??

    Comme on peut le constater, la BRI n’accorde pas toute sa priorité au désendettement des États. Ses préconisations sonnent étrangement, habitués que nous sommes à entendre un autre discours. Même si celui-ci est en train de connaitre une sérieuse inflexion en ces temps d’union bancaire européenne… Autre chose sera leur résultat, expression d’une volonté politique qui n’est pas encore perçue dans toute sa force !

    Pouvez-vous me traduire votre conclusion, François ? Etrangement elle sonne aussi sybilline que l’extrait du rapport de la BRI !! Y aurait-il une causalité ?!

    1. Le rapport de la BRI vaut plus pour son diagnostic que ses remèdes, qui restent très flous au demeurant. Il place la crise financière au centre et accorde comme priorité de la réparer, c’est tout son intérêt. L’actualité européenne exprime également cette contrainte, à propos de la création d’une « union bancaire », même si le gouvernement allemand la bloque largement en réclamant la construction d’une « union politique » préalable. La suite dira c’est une posture de négociation destinée à faire monter les enchères ou une position intangible.

      1. La seule question à résoudre, les autres trouveront d’elles-mêmes leur réponse dans cette négociation fictive parce qu’elle n’a pour but que de préparer chaque dirigeant et chaque opinion publique à des compromis tellement évidents vus de l’extérieur, est de savoir si le bloc Euro (et donc les garanties associées) doit ou non comprendre la péninsule ibérique en plus des six pays d’origine et de quelques franges marginales (Autriche, Finlande,..). A quoi doit donc se dimensionner ce que j’appelle la Carolingie?

    2. Le rapport de la BRI vaut plus pour son diagnostic que ses remèdes, qui restent très flous au demeurant.

      Vous me rassurez, un instant j’ai eu peur d’être passé à côté de quelque nouveauté profondément enfouie sous le jargon technocratique 🙂

      L’actualité européenne exprime également cette contrainte, à propos de la création d’une « union bancaire », même si le gouvernement allemand la bloque largement en réclamant la construction d’une « union politique » préalable. La suite dira c’est une posture de négociation destinée à faire monter les enchères ou une position intangible.

      Jusqu’à présent l’Allemagne n’a montré aucune velléité de négocier quoi que ce soit. Elle est maintenant dans une position archi dominatrice (eh) qui lui permet au contraire de dicter son agenda et ses réformes au reste de l’Europe. Même dans ces rêves de grandeur les plus fous elle n’avait jamais eu un tel pouvoir. Pourquoi dans ce contexte, négocier quoi que ce soit ?

  16. Perso ce rapport ne fait en rien avancer de solution de sortie de crise par le haut,la contraction de l’économie est mondiale et la bulle spéculative n’est que le reflet de cette contraction,la financiarisation comme conséquence et non comme cause,c’est le problème de l’Europe, des EUA,du Japon.
    Les BC ne peuvent décider de la reprise,de la croissance pas même les politiques,c’est le capitalisme qui est à revoir…

  17. Sur public Senat (chaine 13) actuellement, la commission des finances interroge des acteurs de la finance (Blackrock en ce moment) sur le shadow banking et hedge fund

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