L'actualité de la crise : LA DYNAMIQUE DU RENFLOUEMENT DES BANQUES ESPAGNOLES, par François Leclerc

Billet invité.

D’importants éléments font encore défaut à propos du plan de renflouement des banques espagnoles. Son montant final, qui va dépendre du résultat des audits réalisés à la demande du gouvernement, son taux, sur lesquels nous allons revenir, ainsi que les mesures d’assainissement dont il devrait être assorti. Celles-ci comprendront des licenciements massifs dans le secteur bancaire, qui vont encore alourdir le chômage.

Un autre aspect n’est cependant pas assez souligné. Les fonds devraient être versés, au moins dans un premier temps, par le FESF, qui lui même les empruntera sur le marché financier avec la garantie de ses membres, dont l’Espagne. On verra, dans ces conditions, à quel taux le FESF empruntera pour prêter ensuite à l’Espagne. L’ensemble de l’édifice sera fragilisé, les garanties reposant de facto sur un nombre de pays de plus en plus restreint.

Contrairement à la demande espagnole, soutenue par plusieurs pays, le renflouement des banques va passer par les caisses de l’Etat, dont le déficit se trouvera augmenté d’autant. La garantie que l’Etat donnera à son propre sauvetage s’y additionnera ! Non seulement les dettes publique et privée ne commenceront pas à être déconnectées, mais elles seront encore plus liées entre elles. A l’inverse de ce qui est reconnu comme devant être opéré.

Le gouvernement a annoncé vouloir poursuivre comme prévu ses émissions obligataires, sur un marché qui n’est que légèrement détendu. Il va également devoir financer la dette régionale, qu’il ne parvient pas à contenir. Le trou constaté dans les banques ne peut quant à lui que s’agrandir, au fur et à mesure que la récession va s’approfondir. Un deuxième volet du sauvetage espagnol est inévitable, même si on attendra la mise en service du MES, toujours suspendue à sa ratification par le Bundestag.

La dynamique du sauvetage engagé ne s’arrête pas là. Le gouvernement irlandais a déjà annoncé vouloir demander à bénéficier rétroactivement du même montage que les Espagnols, ce qui aurait pour conséquence la levée de nombreuses mesures d’austérité. En Grèce, Syriza voit dans la conception sur mesure du plan espagnol une justification de plus à sa volonté d’annuler le mémorandum en cours d’application et de renégocier les termes de l’intervention financière des Européens et du FMI. Enfin, un précédent a été créé dont l’Italie, désormais en première ligne, pourrait demain s’inspirer pour demander un sauvetage sur mesure à son tour.

Car si la situation de l’Italie est différente de celle de l’Espagne, en raison notamment de l’absence de la gigantesque bulle immobilière espagnole, l’ampleur et la structure de sa dette sont particulièrement préoccupants. Son taux obligataire est lié à celui de l’Espagne, même s’il est légèrement inférieur, et le gouvernement italien a accompli son programme d’émissions obligataires bien plus partiellement, en émettant des titres à faible maturité, le rendant plus vulnérable à la hausse des taux en cours. L’Italie est également entrée en récession et la note de toutes ses principales banques, qui cherchent à renforcer leurs fonds propres, a été déjà abaissée par Moody’s. Enfin, les réformes engagées par Mario Monti suscitent un mécontentement croissant dans le pays, tandis que les partis politiques, écartés du jeu, cherchent à revenir dans celui-ci.

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37 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : LA DYNAMIQUE DU RENFLOUEMENT DES BANQUES ESPAGNOLES, par François Leclerc »

  1. La grande cavalerie continue.

    Et aux mêmes bidouilles, les mêmes effets : hausse marquée des marchés actions, ou comment reculer pour mieux plonger.

    La seule nouveauté que je vois dans ce plan de sauvetage, c’est la mise à contribution du FESF dont le succès aurait été de ne pas avoir à l’utiliser.
    Nous sommes au début de la mise à l’épreuve des pare-feu… et ça va « peut être » sentir le brûlé plus vite que prévu.

  2. Une fois toutes ces questions posées(dès hier par bon nombre de commentateurs,dont votre serviteur),le sauvetage de l’Espagne ressemble de plus en plus à un sauvetage de ses banques,l’application du TSCG ne s’applique pas et c’est normal puisqu’il concerne le déficit,il s’appliquera dans un second temps puisque le montage du sauvetage va avoir un effet délétère.
    Le FESF va emprunter (il y aura bientôt) plus de débiteurs que de créanciers
    L’Irlande se sent le cocu de l’histoire(doublement après l’approbation du referendum)
    L’Italie…est sur la pente savonneuse
    La Grèce,laboratoire de la stratégie du choc,devrait logiquement se libérer en votant pour le parti de gauche noniste au memorandum
    Je pense que le montage européen dans sa conception actuelle s’écroule…
    L’issue???

  3. Emprunts circulaires !
    Peu de commentaires sur la dégradation de quelques banques allemandes par SP !

    1. Bof, S&P en est toujours aussi à une chance sur trois pour un Grexit et 25 à 50% de chute pour le Pib grec dans ce cas là. Par contre, toujours dans cette éventualité, trois chances sur trois, risque 100% quoi, et toujours selon S&P, que j’me paye une petite villa grecque…
      Votez Syriza !

  4. Monsieur Leclerc.
    Je vous signale une nouvelle hypocrisie des « agences de notation », ce qui n’est pas nouveau, mais ce doit d’être signalé.
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/06/11/rasserene-par-le-plan-d-aide-aux-banques-madrid-s-engage-a-poursuivre-les-reformes_1716136_3234.html
    Hypocrisie que nous ne pourrons que constater face à la situation des pays suivants : Irlande (première à avoir craqué mais a sauvé son secteur financier (et non bancaire) par nationalisation), Grèce, attaquée principalement car déjà vérolée par goldman sachs qui fait l’oeuvre de dieu, et Portugal, qui est la dixième roue du carrosse car les Portugais sont spécialistes pour aller bosser ailleurs.
    Nous devons continuer notre combat d’information sur la réalité car rien ne vaut la vérité, même très dure à encaisser. Marre du rêve consumérisme et de leurs spécialistes.
    Bien réellement votre.
    Yvan.

    1. Yvan hoé !
      …a-t-on une idée du nombre de Portugais qui s’exilent au Brésil ou en Afrique lusophone ?

    2. Grèce, attaquée principalement car déjà vérolée par goldman sachs…

      Ah ! Si c’était si simple… S’il n’y avait que GS… Le problème grec serait résolu depuis longtemps mon jeune ami…

  5. On a un peu de recul sur le tour de bonneteau en cours : sauver les banques, rétablir la valeur de leur créance, et foutre à la rue ceux qui ne peuvent plus payer : les laisser crever de froid ou de désespoir devant des immeubles vides.

    Donc on peut anticiper et commencer à proposer : de manière civilisée -mais formelle- : que l’argent aille aux emprunteurs en difficultés (alléger ou annuler leur créance par exemple), ce qui resolvabilise la créance détenue par la banque, non? ça a déjà été évoqué ici courant 2008. Donc on sait que cela ne mènera à rien, mais au moins aura-t-on rendu publique ce qui est à la fois le plus moral, le plus sensé, le plus utile et efficace : l’argent publique sert à sauver les citoyens, qui travaillent, paient des impôts, sont en bonne santé, peuvent s’occuper des enfants et des vieux etc, donc pour le bien de la société tout entière.

    De manière plus (euh, je vous laisse qualifier) : travailler à former des comités ou des réseaux de gens déterminés à s’opposer aux expulsions, à s’y opposer physiquement, prêts à généraliser le squatt des immeubles ou des appartements que la kleptocratie bancaire laisse pourrir dans ses bilans comme dans les villes : ça marchera partiellement, ça castagnera, ça sera au centre du réel et de l’attention. Au moins on sera dans le vif du truc.

    1. à Jicé :

      Tout à fait d’accord avec votre dernier paragraphe, en Espagne, comme ici ou bientôt partout, cela va devoir passer par la résistance physique aux expulsions, passive dans un premier temps.

      Qu’en est-il de l’aléa de la morale pour le Citoyen ? Foutre des familles sur le trottoir quand des villes entières flambant neuves restent vides, c’est au-delà de l’ignominie. Ce n’est même plus un système, mais un blasphème.

      En tout cas, connaissant un peu la dynamique anarcho-libertaire à Barcelone, je serais pas étonné que les Catalans donnent le la en la matière.

      1. Mon père, 82 ans aujourd’hui, m’a raconté un tel acte de résistance pendant la 2ème guerre à Bois-Colombes. Une famille devait être expulsée. L’immeuble avait deux entrées. L’instituteur a amené sa classe pour remonter en passant par la porte de derrière les meubles qui se retrouvaient sur le trottoir par la porte principale. Me demande ce qu’il est advenu de cet instit? Fusillé? Mon père ne se souvient pas. En serais-je capable? Je ne sais pas.

  6. Un fonctionnaire dans le dédale de l’administration grecque
    Athènes Correspondance LE MONDE
    Les plaies de la Grèce (1/6) Les partis se sont toujours accommodés d’une fonction publique hypertrophiée, qui entretient le clientélisme

    1. Un chiffre ?

      En l’occurrence les fonctionnaires coûtent moins cher que les 30 M d’armement inutile qui profitent aux entreprises du nord.

      1. Il n’y a aucun intérêt à mélanger les deux dossiers. Enfin un journal français qui parle de façon concrète des Grecs. S’ils sont obligés de faire le boulot très vite, c’est aussi parce que l’Union durant des décennies est restée complice de cette situation. Pour moi, il n’y a aucune raison de défendre une administration et un Etat qui fonctionne avec une telle organisation.
        Je vous invite à lire cet article et les 5 autres qui suivent.

        L’Armée c’est un tout autre problème. La Grèce a une souveraineté qu’elle estime menacée pour de bonnes ou mauvaises raisons. Que notamment la France et l’Allemagne lui vendent des armes cela correspond à une certaine logique d’un fonctionnement de l’Union faite d’Etats Nations. Ce modèle là arrive en bout de course et s’oppose à tous les moyens de prévenir et résoudre les crises économiques. Mutualisons aussi nos armées pour une sécurité commune et pas seulement nos budget et nos dettes. De plus, pour la Grèce le problème est avant tout psychique, en quoi ses voisins sont-ils menaçants, ils font tous partis de la même alliance et leurs états majors travaillent dans les mêmes bureaux au siège de l’Otan.

  7. Il parait que l’espagne va « prêter » dans les 96 milliard au FESF pour remplir la cagnotte.
    Et le FESF va lui prêter 100 milliard à 3 %.
    C’est grotesque.

  8. La seule raison de notre misère est l’absence de réflexion. Dans un sujet quel qu’il soit une erreur
    doit être corrigé afin de ne plus la commettre. Étant donné le nombre stupéfiant, on peut tout à fait considérer ces erreurs comme voulues. Même si elles ne seraient pas …

    C’est pourquoi je pense que nous n’avons peu de moyens hormis celui de consommer différemment. Ralentir la machine infernale pendant que nous le pouvons. Pour certains c’est déjà trop tard.
    Dépenser directement aux créateurs de valeurs ajoutés et non aux distributeurs.

    C’est un peu le constat que je vois dans le monde du travail sauvegarder l’image à tout prix, à n’importe quel prix pour garder le pouvoir. C’est un peu la même chose en politique. ou le malin s’en tire toujours bien.

  9. Espagne : taux des obligations à 10 ans :
    Jeudi 7 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 6,090 %.
    Vendredi 8 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 6,220 %.
    Lundi 11 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 6,508 %.

    Conclusion : les investisseurs internationaux n’ont pas du tout été rassurés par le plan de sauvetage des banques espagnoles.

    Italie : taux des obligations à 10 ans :
    Jeudi 7 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 5,710 %.
    Vendredi 8 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 5,770 %.
    Lundi 11 juin 2012 : le taux du 10 ans était de 6,032 %.

    L’Espagne et l’Italie foncent vers un défaut de paiement total.

  10. La bourse, c’est facile :

    http://www.pratique.fr/actions-obligations-quelle-difference.html

    Mais, comme l’écrit Galbraith p 29, les obligations fragilisent les entreprises, point commun entre le krach de 1929 et celui de 1987. Ceci ne nous rajeunit pas…

    La différence par rapport à 1929 : les USA étaient créditeurs, et non pas créanciers. Le budget de l’Etat et la balance commerciale étaient au-dessus de tout soupçon.

    Dicton du jour : Lorsque le cheval meurt dans la rue, les hirondelles ne profitent plus de l’avoine qui tombe.

  11. Les agences de notations peuvent provoquer des faillites des Etats et des coups d’ Etat, tout en s’excusant par la suite des graves conséquences de leurs choix sur les sociétés humaines.

    Il y a un précédent qui permets d’anticiper des excuses publiques suite à la faillite d’un Etat. Rappelons que de nos jours, les économies sont inter-dépendantes, du fait de la mondialisation, ce qui génèreraient de multiples faillites dans le monde.

    En 1931, l’agence de notation Moody’s a dégradé la note de la Grèce (de nos jours CCC, la pire note en Europe). Ceci a amené une dictature militaire au pouvoir suite à la faillite de la Grèce. 5 ans plus tard en 1936, l’agence de notation a reconnu l’impact de son choix de note sur la société civile.

    Mais aussi une note trop élevée peut avoir des conséquences dramatiques pour les citoyens, comme la perte de son logement. Ce fût le cas des subprimes ayant la meilleure note alors que de nombreux économistes avaient mise en garde à la prochaine arrivée de cette crise. Ce qui signifie AAA = subrpimes.

    La faillite d’un Etat ou des Etats, la perte massive de logements ou d’accès à des produits de consommation, ou l’arrivée de pouvoir régressiste peuvent être le choix d’agence de notation, dépendant du monde de la finance.

    1. La Grèce connaît une longue tradition en terme de faillite. Déjà vers 1830, un régent étranger leur fut imposé (Othon de Bavière, roi de Grèce), parce que le pays était endetté jusqu’au cou.

      1. (parce que le pays était endetté jusqu’au cou…) Venant de sortir de la domination ottomane (les Larmes de Chios, 1825 ou 1826), pas rien quand même.

    2. Un peu d’ironie:
      Pour éviter les conséquences de leurs notations, les agences les
      décorent maintenant de recommandations:
      – Privatiser les retraites.
      – Détruire le droit du travail (  » libéraliser… »)
      – Baisser les salaires et les prestations sociales.
      – Etc..
      En fait, c’est l’équivalent d’un Métaxas (1936) mais comme le libéralisme, même
      prescrit à haute dose, à une réputation de neutralité, le coup d’Etat est moins visible. J’espère que les Grecs de 2012 les feront mentir.

      Ces soit-disantes agences sont les chevaux de Troie du libéralisme.
      Leur méthodologies est foireuse ( « thermomètre approximatif »)
      et leur neutralité politique parfaitement illusoire

  12. « ….dont le déficit se trouvera augmenté autant »
    C’est exact et ce qui se traduira aussi par un abaissement des préstations sociales. Je me demande comment les espagnols vont gérer ca. Le soleil seul ne fait pas vivre.

  13. « La garantie que l’Etat donnera à son propre sauvetage s’y additionnera ! Non seulement les dettes publique et privée ne commenceront pas à être déconnectées, mais elles seront encore plus liées entre elles. A l’inverse de ce qui est reconnu comme devant être opéré. »

    Faut savoir ce que tu veux! On ne peut pas se plaindre à longueur d’année que le système « privatise les bénéfice et mutualise les pertes » et se plaindre que le FESF va prêter au FROB et pas directement au banques qui perdent du fric.

    1. @Le Taulier

      Vous vous adressez à François Leclerc et je ne réponds pas à sa place. Mais ce que vous présentez comme un paradoxe peut relever d’un autre sentiment que celui de la plainte : le constat des vases communicants entre institutions gardiennes des capitaux et institutions étatiques suscite un rire tragi-comique quand on l’observe sérieusement et de la dérision quand on l’aperçoit en passant. Et ceci depuis que cette agitation économico-politique apparemment contradictoire existe. En un sens l’éco-pol les produit, ce qui ne signifie pas qu’elle soit drôle ni marrante, et encore moins attachante, au sens sentimental.

  14. Il devient de plus en plus probable que l’Euro ne passera pas l’hiver. La question serait plutôt « passera-t-il l’été ? ».

    Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est que ces obligations souveraines trouvent encore preneur. Il est pourtant clair que les montants atteints ne sont plus intégralement remboursables. Même à trois ans, une éternité par les temps qui courent: on a déjà qu’une très faible idée de ce qui peut se passer dans les trois mois…

    Une autre chose m’étonne: l’atonie des peuples. Ou plutôt m’étonnait, car au fur et à mesure que le temps passe, je pense la comprendre: à force d’enchaîner les plans de sauvetage plus géniaux les uns que les autres, on maintient l’opinion publique dans l’idée que le pire est constamment évité. Alors que dans les faits, à chaque fois, on descend d’un cran.

    Cette progressivité dans la descente au enfers évite la radicalisation de l’opinion. Petit à petit, elle l’amène à accepter ce qu’elle aurait auparavant considéré comme étant inacceptable.

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