L'actualité de la crise : LES FONDAMENTALISTES SONT A L'OEUVRE, par François Leclerc

Billet invité

Ils nous racontent ce qui les arrange mais n’en pensent pas moins ! C’est ce que mettent en évidence deux notes de synthèse confidentielles préparées par la Commission européenne à l’intention des ministres des finances qui se réunissaient en fin de semaine à Copenhague, dont le Financial Times a dévoilé le contenu.

Les ministres ont été avertis que les causes de la crise de la dette souveraine et de la crise bancaire n’avaient toujours pas été résolues. Selon les auteurs de la note, les 1.000 milliards d’euros de la BCE fournissent un répit devant être mis à profit pour consolider les finances publiques et les bilans bancaires. « La contagion peut réapparaître à très court terme (…) et relancer le triangle potentiellement pervers formé par la dette souveraine, le risque bancaire et la croissance », est-il expliqué. « La crise de l’euro n’est pas terminée. Bon nombre des déséquilibres sous-jacents et de faiblesses de l’économie, du secteur bancaire ou des emprunteurs souverains restent à régler », est-il ajouté. Il est préconisé d’augmenter le fonds de sauvetage européen, de recapitaliser les banques, d’introduire de nouvelles règles de discipline budgétaire et d’adopter des politiques encourageant la croissance. « Si cette fenêtre d’opportunité n’était pas efficacement utilisée (…) nous pourrions avoir raté notre dernière chance d’agir pour une longue période », est-il conclu.

Il est aussi question des banques. Plus précisément de l’éventualité qu’elles ne disposent plus d’assez de collatéral de qualité à apporter en garantie pour financer leurs opérations, celui-ci ayant été déjà utilisé pour emprunter massivement à la BCE, les conduisant à se tourner vers des produits structurés associés à des risques peu identifiés. Parallèlement, les exigences de renforcement par l’Autorité bancaire européenne de leurs fonds propres pourraient les inciter à se délester de plus d’actifs et de diminuer l’en-cours de leurs prêts.

Les banques ont-elles effectivement déprécié les actifs de mauvaise qualité qu’elles détiennent, s’interroge l’une des deux notes ? Se poser la question, c’est déjà y répondre : au lieu de reconnaître leurs pertes, les banques pourraient choisir de tergiverser, reconnaît prudemment la note. Ce qui aurait des effets néfastes sur leur politique de crédit, les conduisant à réserver aux meilleurs clients leurs prêts, au détriment de la relance économique.

Ces analyses n’engagent que leurs auteurs, mais il est symptomatique qu’elles figurent dans de tels documents officiels bien que confidentiels, délivrant une vision très différente de celle qui est publiquement affichée. Comme le remarque le Financial Times, la Commission entend bien signifier que le pire de la crise de l’Eurozone n’est pas nécessairement passé.

Vitor Constancio, vice-président de la BCE, a apporté de l’eau à son moulin en rompant le silence à propos d’un éventuel deuxième plan de sauvetage du Portugal. De toute évidence un ballon d’essai. En faisant dépendre sa nécessité « de l’évolution des marchés et de la performance du pays », estimant que « c’est une question qui est toujours en évaluation [mais] ne se posera qu’en septembre de l’année prochaine ».

Ce qui renvoie au grand succès de la réunion de Copenhague qui s’est traduit par la décision de doter a minima le MES. Permettant à Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, de proclamer que les Européens « avaient accompli leur devoir » et de renvoyer la balle au FMI, qui tiendra les 20 et 21 avril prochains sa réunion de printemps. Ce dernier cherche à accroître sa capacité de prêt à 500 milliards de dollars, pour lesquels les Européens ont annoncé vouloir mettre au pot à hauteur de 150 milliards d’euros. La question est de savoir qui d’autre va contribuer au sauvetage de l’Europe, les États-Unis jouant les observateurs.

Pour justifier la décision de Copenhague, Wolfgang Schäuble n’y a pas été par quatre chemins, expliquant que ce qui allait arrêter la spéculation, ce n’était pas la taille du pare-feu – difficile à faire valoir il est vrai, vu qu’elle est minimaliste – mais les mesures structurelles engagées, car « il n’y a pas de montant avec lequel vous pouvez convaincre les marchés financiers ».

Dans une interview accordée à Der Spiegel, le ministre veut mettre sous haute surveillance les budgets nationaux de la zone euro, sous l’égide de commissions d’experts, afin de prévenir des « développements anormaux ». Il serait également question de renforcer les pouvoirs du commissaire aux finances, chargé de faire appliquer les règles européennes, sans que le président de la commission ou ses collègues puissent intervenir…

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37 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : LES FONDAMENTALISTES SONT A L'OEUVRE, par François Leclerc »

  1. à bon entendeur… François Baroin est prévenu, quelle sera la réplique adressée au peuple souverain ? Je suis convaincu que ce blog est suivi de près par les décideurs politiques, et qu’ils peuvent être même de généreux donateurs. Il y a dans ce blog de quoi fonder de belles argumentations et leur contraire. C’est un trésor « public » 😉

    1. Mais ces décideurs sont prisoniers de la même machine politico-économique que la société entier.

      Est ce que c’est « eux » qui vont nous libérer ou « nous », parmi les décideurs?

      Alors on va voter pour ceux qui vont gérer « la prison », sans mettre en cause?

      Ou la révolution à la melenchonaise, sans comprendre l’intégralité de la prison?

      Ca change quoi ou fond?

      Encore plus de panique, chaos et injustice que aujourd’hui?

  2. « Il serait également question de renforcer les pouvoirs du commissaire aux finances, chargé de faire appliquer les règles européennes, sans que le président de la commission ou ses collègues puissent intervenir… »
    Deloire dans son livre « Circus politicus » décrit assez bien comment fonction l’Europe, avec un évident déni démocratique en développement: Un petit monde refermé sur lui-même et sur ses consensus, piloté par des sectaires qui se cooptent, et affaibli par des lobby puissants.
    Les hommes politiques nationaux n’ont plus les pouvoirs nécessaires pour orienter la politique nationale, car les décrets européens font loi. Il en va de même pour la Justice que la Cour européenne supplante.
    Le 4e pouvoir, les journalistes, se désintéresse de l’Europe, considérée comme un pensum. Alors que la préparation des décisions EU prend plusieurs mois, le presse s’en désintéresse. Elle fait mention des décrets dommageables que lorsque tout est bouclé et non amendable. Quant au Parlement EU, il est ridiculisé par son manque de pouvoir démocratique réel.

    1. Le 4e pouvoir, les journalistes,

      Moi qui pensais que les journalistes du devant de la scène médiatique française s’étaient transformés en courtisans et que le 4e pouvoir était devenu une arlésienne.
      Voilà donc une bonne nouvelle pour ce début de printemps : le 4e pouvoir n’est pas mort !
      Pour le dire autrement, disons que cette partie de votre commentaire, Gyps, gâche un peu l’ensemble par ailleurs très pertinent.
      Cordialement

      1. @ gotoul
        Le 4e pouvoir, une arlésienne. Exact, bien qu’il ait encore des journalistes intègres. Dans un commentaire récent, je relançais les journalistes pour qu’ils reprennent courage et donnent du sens à leur profession. Nous avons un besoin vital de bonnes infos et de bonnes synthèses.

  3. De la variabilité et de la limitation.

    « Le pacte fiscal ne sauvera pas l’euro, il le détruira »
    De ‘très bonnes analyses’, réalisées par des financiers.
    « Le traité en question ne fait qu’affirmer de bonnes intentions en matière de gestion budgétaire sans s’attaquer à la cause profonde de la crise : les déséquilibres structurels de balance courante au sein des pays de la zone euro. Or, la crise de la dette souveraine n’est pas la cause de la crise financière mais sa conséquence. »
    « Rappelons que la crise financière est une double crise de l’endettement privé et public. Occulter l’excès d’endettement privé est commode car cela exonère de toute réflexion critique sur les excès propres à un capitalisme financier non régulé. »
    « Force est de constater que l’austérité préconisée par la doxa européenne a échoué partout où elle a été mise en œuvre (Grèce, Portugal, Irlande et Espagne). »
    « Malgré l’auto-satisfaction affichée par les négociateurs du traité, la crise de la zone euro n’est pas terminée, et elle connaitra même une phase plus aigüe dès que les perspectives de croissance en Chine et aux Etats Unis faibliront et que l’appétit pour le risque des investisseurs s’évaporera à nouveau sur les marchés. »

    On croirait lire une analyse de François ou de Paul ….

    Sauf que.

    Sauf que les auteurs, en bons capitalistes, croient évidemment dans le ‘capitalisme régulé’ débarrassé de ‘ses excès’ (les excès sont dû à l’absence de régulation, ce qui est vrai en partie, mais aussi intrinsèquement, ce que les auteurs évidemment refusent d’analyser), mais aussi dans l’inflation dans les pays du Nord (parce que l’inflation dans un monnaie unique peut se réguler par ‘zones’ ?), de ‘redistribution fiscale’ (par la dette, avec les euro-obligations ? ; en oubliant qu’une BEI existe déjà et qu’un ‘Trésor européen’, c’est le serpent de mer de l’harmonisation fiscale, qui peut tout aussi bien se faire par le ‘haut’ comme par le ‘bas’, comme avec la TVA actuellement).
    Bref, l’euro (et non l’Europe, notez), sera solidaire et fédéral ou ne sera pas.

    Pour des auteurs qui il y a 4 mois à peine proclamait que l’euro était mort et que donc, ‘vive l’Europe !’, soit carrément la sortie de l’euro, monnaie inique et destructrice, belle démonstration de capacité d’adaptabilité selon le contexte … (pour être poli).
    Tout va mal ? A mort l’euro !!
    ça va mieux ? Vive l’euro solidaire et fédéral !!

    En fait, ce qui distingue les analyses de financiers comme les O’hana des François Leclerc et des Paul Jorion, c’est :
    1/ l’inaboutissement de leurs réflexions : il y a comme un grand manque, comme un gros morceau de Keynes qui manquerait dans leur discours. Un bon gros Bancor, par exemple. Mais bon, faut pas trop leur en demander. Evoquer le fait de « laisser aux partis extrémistes le monopole d’un discours de vérité sur le futur de la monnaie unique est irresponsable et nous amènera avec certitude à un raz de marée populiste lors des échéances électorales de 2012 », oui, on peut l’écrire. Parler de monnaie ou de réformes du cadre économique, faut pas pousser.
    2/ la variabilité des discours : souvent financier change d’avis.
    Normal, me direz-vous.
    C’est leurs métiers: faut pouvoir parier sur les fluctuations …

    1. « Force est de constater que l’austérité préconisée par la doxa européenne a échoué partout où elle a été mise en œuvre (Grèce, Portugal, Irlande et Espagne). »

      On peut constater que les remèdes de cheval préconisés par la Troîka ne sont autres que les techniques utilisées par le FMI dans le monde en voie de développement.
      Ce qui est inquiétant c’est que le résultat des politiques du FMI a bien été souvent catastrophique et Joseph Stiglitz en parle assez dans ses ouvrages notamment’ LA GRANDE DESILLUSION’
      il dit » dans de nombreux pays, le FMI a aggravé les choses » , le FMI ne fournit des fonds que si les pays mènent des politiques d’austérité( réduction des déficits, augmentation des impôts ou hausse des taux d’intérêts’.Le FMI agit de façon purement dogmatique et pense que des sacrifices sont nécessaires même si cela doit durer des années, même au prix de famines, car un jour ça ira mieux! »

      Les stratégies du FMI ne sont jamais remises en causes( statut immunitaire) et voilà que le FMI sera dans le MES!

      Toujours est -il que l’on reconnaît bien la pâte du FMI dans les mesures d’austérité appliqués à la Grèce et autres;
      Est-ce que le FMI,est cette nouvelle  »gouvernance européenne’dont on parle de façon si floue ou que l’on ne veut pas nommer?
      CQFD dans ces propos de F.Leclerc dans le billet- »dans une interview accordée à Der Spiegel, le ministre veut mettre sous haute surveillance les budgets nationaux de la zone euro, sous l’égide de commissions d’experts, afin de prévenir des « développements anormaux ». Il serait également question de renforcer les pouvoirs du commissaire aux finances, chargé de faire appliquer les règles européennes, sans que le président de la commission ou ses collègues puissent intervenir…

      1. Est-ce que le FMI,est cette nouvelle »gouvernance européenne’dont on parle de façon si floue ou que l’on ne veut pas nommer?

        Le FMI est un instrument américain créé en 1944 pour affermir le pouvoir US. Il est donc avant tout au service des multinationales US et de leurs alliés. Le reste c’est de la poudre aux yeux !

    2. Bonjour,

      juste un petit éclaircissement: notre position n’a pas varié entre les deux articles
      Nous pensons depuis toujours que la fédéralisation des dettes et une relance budgétaire pan-européenne est le seul moyen de sauver l’euro et le monde d’une dépression de type années 30
      la différence porte sur l’orientation et le contexte des deux articles: dans notre précédent article, nous proposions un plan de sortie concerté comme réponse à la crise de l’euro car nous pensons que c’est le seul moyen de pression sur l’Allemagne pour qu’elle aille sur le chemin de la fédéralisation; ici, notre objectif est avant tout d’attaquer le pacte fiscal qui n’était pas encore d’actualité quand nous écrivions notre précédent article
      Nos convictions sont restées les mêmes sur les causes de la crise et les solutions à apporter: il s’agit d’une crise liée à des déséquilibres de balance des paiements qui ne peut être résolue que par la mise en place d’un gouvernement fédéral menant une politique de redistribution fiscale entre les Etats membres de la zone. Ce gouvernement fédéral aurait pour but de poursuivre l’intérêt global des pays de la zone euro en menant notamment des politiques budgétaires contracycliques, financées par l’émission d’eurobonds et en dernier ressort par la BCE. Nous pensons que ce gouvernement fédéral doit lancer immédiatement des grands projets industriels pour relancer l’activité économique et éviter une dépression et une explosion sociale dans les pays du Sud. Les salaires doivent augmenter nettement dans les pays du Nord pour faciliter le retour à la compétitivité des pays du Sud.
      en ce qui concerne la réforme du système monétaire international, nous nous sentons proches des idées de Paul Jorion mais nous ne sommes pas spécialistes donc nous préférons travailler encore avant d’exprimer publiquement une opinion…
      Bien cordialement
      Steve Ohana, Professeur de finance à l’ESCP Europe

      1. Merci pour votre réponse.
        N’étant pas professeur de finance, il me faudrait donc des éclaircissements sur vos positionnements. Car j’avoue ne pas bien comprendre.
        En décembre 2011, vous écrivez : « Il faut donc cesser cet acharnement absurde à vouloir contre vents et marées repousser le constat d’échec de l’euro. ». Constat dont les causes selon vous seraient celles-ci : « L’origine de l’impasse politique et économique de la zone euro est claire : une monnaie de réserve internationale telle que l’euro ne peut fonctionner sans fournir un actif sans risque dont la liquidité est garantie par une banque centrale jouant son rôle de prêteur en dernier ressort. ».
        Clairement, votre positionnement d’alors était que l’euro était donc un échec, mais un échec dû à l’impossibilité de fournir ‘un actif sans risque’, le tout permettant d’assurer la liquidité, pas un problème de solvabilité intrinsèque ou d’existence de différentiels dans les balances courantes. Si vous évoquez la solvabilité, vous le faites sur la défiance des investisseurs, uniquement. Vous en concluez donc qu’il faut organiser la sortie de l’euro « pour provoquer un choc de confiance et de croissance » (ce dont je doute fortement par ailleurs, quant à la nature même du ‘choc’ en question : bien plutôt un choc de défiance et de récession, le seul cas de la Grèce est à même de prouver que votre raisonnement est invalidé par la réaction de ‘défiance’ des investisseurs à la seule évocation de la sortie de la zone euro par un seul pays, aussi petit que ne l’est la Grèce). Et vous évoquez les potentialités nécessaires : « Les pays pourront alors dévaluer leur monnaie, retrouver leur compétitivité, appliquer des plans intelligents et progressifs de consolidation budgétaire, restructurer leur dette si nécessaire et retourner vers la solvabilité. », lesquelles solutions ne pourront être uniquement mises en œuvre qu’avec une sortie de l’euro, sur laquelle vous finissez, à raison, par dire qu’il n’est pas responsable de laisser cette possibilité aux extrémistes (sous-entendu le FN et Dupont-Aignan, seuls à prôner la sortie de l’euro ?).
        A mon sens, l’origine de l’impasse politique et économique n’est pas sur le fait que la zone euro puisse ou non fournir un actif sans risque mais bien sur les causes suivantes : la baisse de la part des salaires dans la création de richesses, l’augmentation croissante de l’endettement privé pour compenser cette baisse, la baisse des recettes (et non l’augmentation des dépenses) publiques produisant ainsi la création de déficits publics structurels, puis de la dette publique pour financer les déficits publics récurrents puis structurels, mais aussi (comme vous le décrivez ensuite dans votre second article d’avril 2012) des politiques publiques menées avec la crise pour pallier à la crise financière privée, et encore, des différentiels existants de balances commerciales entre pays d’une même zone à monnaie unique. Entre autres. Là où je vous rejoins, c’est dans le fait que la BCE n’a pas joué son rôle de prêteur en dernier ressort dès le début de la crise, en direction de la Grèce notamment, ce qui aurait permis d’éteindre de suite cette crise. Mais la BCE n’aurait cependant pas permis de résoudre les questions fondamentales que j’ai cité plus haut : éteindre un feu, puis en éteindre un autre, etc. La question de la liquidité et de l’actif sans risque ne répondent pas aux questions de la solvabilité et encore moins de répartition des richesses. Enfin, vous prenez comme exemple l’Islande : « L’exemple récent de l’Islande montre que la dévaluation de la monnaie associée à un défaut partiel sur la dette peut ramener en quelques années un pays surendetté vers la croissance. » pour mener à bien votre proposition de sortie de l’euro. Mais outre le fait que l’Islande est un pays de taille très réduite (300 00 habitants, rien à voir avec la première zone économique mondiale et 450 millions d’habitants) et qu’il est seul à décider (rien à voir non plus avec une zone multidécisionnaire, où la règle de l’unanimité est requises sur les sujets dont nous parlons, pour effectuer une sortie de l’euro coordonnée et collective, à moins de sorties successives des différents pays de la zone sans coordination), que l’Islande n’est pas systémique : elle n’appartient à aucun ensemble et les collatéraux engagés n’ont absolument rien à voir avec une restructuration de dette européenne.
        En avril 2012, vous décrivez fort justement que l’origine de la crise est la balance courante entre les pays de la zone euro et que la crise de la dette est une conséquence, pas une cause : « L’excédent de balance commerciale de l’Allemagne provient en grande partie des pays européens : 63% de ses exportations vont vers l’Union Européenne. ».
        Mais alors qu’en décembre 2011, l’euro était un constat d’échec, dont la cause était l’impossibilité de fournir un actif sans risque, en avril 2012 on se retrouve avec ça : « Si nous souhaitons préserver l’euro, il est impératif de reconnaître la responsabilité partagée des pays créditeurs et débiteurs dans les déséquilibres de balance courante au sein de la zone. (…) L’euro sera fédéral et solidaire ou ne sera pas.». On passe ainsi de la nécessité d’organiser la sortie de l’euro pour réaliser des politiques alternatives, lesquelles ne peuvent pas voir le jour avec l’euro, à la possibilité de préserver l’euro sous condition qu’il soit fédéral et solidaire …
        On passe de politiques de dévaluation et de réajustement de la dette sans l’euro à des politiques de fédéralisation et de solidarité avec l’euro.
        Vous appelez de vos vœux la disparition de l’euro en décembre 2011, frein majeur à ces politiques alternatives, puis vous écrivez cela en avril 2012 : « Sans inflation dans les pays du Nord et sans mécanismes de redistribution fiscale entre les pays membres (Trésor européen, euro-obligations, banque européenne d’investissement…), la zone euro disparaitra. » (je réitère d’ailleurs mes remarques : la BEI existe déjà ; les euro-obligations ne feront que mutualiser des dettes déjà existantes ou futures, rien de plus, sans rien enlever à la dette existante ni aux problèmes structurels ; quant au Trésor européen, c’est un vœux pieux qui relève de l’harmonisation fiscale, laquelle peut tout aussi bien se réaliser par le haut comme par le bas, comme actuellement avec l’harmonisation, à la hausse, de la TVA en UE).
        J’avoue ne pas bien comprendre, sinon qu’entre-temps le plan de défaut organisé sur la dette grecque et surtout l’intervention du prêteur en dernier ressort, la BCE, a fait basculer les choses (LTRO, rachats d’obligations souveraines, …). Et donc selon moi, que votre avis a varié. Cela arrive, moi le premier, mais encore faut-il le reconnaître.

        Selon moi, vos solutions étaient encore viables il y a quelques années encore, à savoir sans doute en 2008, jusqu’au début 2009. Par manque de volonté politique, elles ne sont pas mises en place. On peut le déplorer mais c’est ainsi. Ces solutions sont et seront inopérantes car elles ne s’attaqueront pas aux causes structurelles de la crise, telles que définies plus haut. Et dans l’état actuel du cadre politique et institutionnel, c’est au mieux un vœu pieu.
        Vos analyses par contre me semblent converger vers celles de Paul Jorion, sur les différentiels de balances commerciales et les causes de la crise (endettement privé vs endettement public). Elles devraient vous conduire vers sa proposition de Bancor (au niveau européen), lequel permettrait justement de rééquilibrer ces différentiels, sans pour autant détruire l’euro (qui ne deviendrait ainsi qu’une monnaie de plus au sein de l’UE parmi les autres), tout en créant une monnaie commune européenne à toute l’UE de compensation et de crédit et en donnant la possibilité aux pays qui souhaiteraient sortir de l’euro de rester dans une zone monétaire commune protectrice, tout en dévaluant.
        De même, il serait important de parler de la spéculation financière qui a pu jouer d’une crise pour l’amplifier afin de produire des variations sur lesquelles celle-ci a pu tirer d’énormes profits et continue d’en tirer (laquelle est d’ailleurs LA cause de la crise actuelle). Il serait bon aussi d’aller jusqu’au bout de l’analyse en promouvant l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix.
        Mais je doute que vous alliez dans ce sens là …

        Cordialement.

        PS : l’approfondissement fédéral de l’UE est un leurre. Que l’on s’entende bien. Pas en soit : c’est selon moi un objectif qui peut être pertinent politiquement et économiquement, en tout cas, qui doit être débattu politiquement. Mais c’est un leurre économiquement car cet approfondissement ne répondra pas aux causes de la crise actuelle. Les euro-obligations sont de la tarte à la crème, rien de plus. Ils ne résolvent pas : la dette publique et privée existante, les différentiels de balances commerciales, la répartition des richesses inéquitables, les salaires trop bas (y compris au sud), la politique de vie à crédit, …

      2. Zeb, t’as écouté ce qu’a dit le monsieur ?

        dans notre précédent article, nous proposions un plan de sortie concerté comme réponse à la crise de l’euro car nous pensons que c’est le seul moyen de pression sur l’Allemagne pour qu’elle aille sur le chemin de la fédéralisation…

        Il s’agit d’articles politiques (« pression »), dans lesquels ce qui importe, bien plus que la justesse des faits ou des idées exposés, c’est l’effet dialectique du texte lui-même, sur l’Allemagne évidemment. Je te signale d’ailleurs que, comme par hasard les allemands sont en train de rattraper vitesse grand V (comme Volkswagen ou grand W comme BMW) le retard pris depuis dix ans sur les revalorisations salariales; augmentations de l’ordre de trois fois le taux d’inflation…
        De la même manière en conclusion tu écris ;

        : l’approfondissement fédéral de l’UE est un leurre. Que l’on s’entende bien. Pas en soit : c’est selon moi un objectif qui peut être pertinent politiquement et économiquement, en tout cas, qui doit être débattu politiquement. Mais c’est un leurre économiquement car cet approfondissement ne répondra pas aux causes de la crise actuelle

        Double contradiction : d’abord, évidemment, tu dis que le fédéralisme peut être un « objectif pertinent éconpmiquement », puis tu assènes que c’est un « leurre économiquement »… faudrait savoir. Et surtout tu écartes avantageusement le versant politique, ce qu’Ohana se garde bien de faire – bien au contraire comme on vient de le voir, et ce, de plus, en te faisant pourtant par ailleurs le chantre infatigable de la primauté du politique sur l’économique…
        Tu veux changer de cadre ? Un véritable cadre politique européen – forcément fédéral sinon que chi ! , ça n’en est pas un de cadre préalable nouveau ? Comment tu fais ton bancor sans fixer préalablement ce cadre politique là ? Comment tu mets la Bce au pas sans ce préalable ? Etc.
        Ps : j’ai lu ta (bien sûr très longue…) réponse à l’article de Sévérino et Ray reproduit et mis en lien par Jorion ailleurs…
        T’aurais pu faire plus court… Résumé : « Infâme propagande tartuffesque d’adorateurs de la Valeur honnie, vils mystificateurs stipendiés par les puissances néolibs, primés d’ailleurs (yark yark…) par les démons de l’Institut Turgot ! Oubliettes ! Qu’on leur coupe la tête ! Alouette ! » Alouettes à l’ouest… tain ! fais bouger les appeaux Gérard ! Sémère sémère il dé puta ! On va les louper milladiou !
        ‘tentions Zeb, tu vires secte anti-valeur grave… Faut lire entre les lignes certes, mais entre toutes les lignes et pis un peu les lignes aussi, pour de bon, quand même…
        Bref, quand y’a du bon, quand ça bouge « en face » faut le voir et le dire. Sinon gare à la prise à revers…
        Tu sais qu’Orléan a eu le prix spécial du jury au Turgot c’t’année quand même ? Ouais, pour son « Empire de la valeur »…

      3. @ Vigneron :
        Pas le temps de répondre plus longuement mais juste dire que la relecture, ça a du bon. Le ‘et économiquement’ est en trop sinon on comprend rien.
        En résumé, le cadre politique me semble pertinent (du moins, on peut en débattre) mais ce ne peut pas être une solution en tant que telle sur le plan économique : résoudra pas les problèmes de fond. Le fédéralisme appliqué à l’économique (euro-bonds, etc.) n’apporte rien. Le fédéralisme politique, oui. J’essaye d’y revenir plus tard.
        A pluche.
        PS : pour la secte anti-valeur, pas le sujet en fait (simple recension de ces occurrences, idéologiquement marquées, dans le texte). Simplement, m’énerve encore plus quand phagocitage de potentielles bonnes idées par les libéraux. ‘Greenwashing’.

      4. Zeb,

        Simplement, m’énerve encore plus quand phagocitage de potentielles bonnes idées par les libéraux.‘Greenwashing’.

        Ah bon ? Et le « Redwashing » ? disons… j’sais pas moi… comme de vieux hétérodoxes instititionnalistes qu’auraient à nouveau Éole en poupe… Galbraith Sr par exemple… Regarde ce qu’il disait dans «The Massive Dissent of Karl Marx» à propos de cette citation de Carlito…

        «intellectual production changes its character in
        proportion as materia production is changed. The
        ruling ideas of each age have ever been the ideas of
        the ruling class.»
        I have never thought Marx wrong on this. Nothing more reliably characterizes great social truth, economic truth in particular, than its tendency to be agreeable to the significant economic interest. What economists believe and teach is rarely hostile to the institutions that reflect the dominant economic power. Not to notice this takes effort, although many succeed.

      5. @ Vigneron :
        Pas compris le coup de la citation mais je suis très mauvais en anglais aussi …
        Pour le reste, je reviens pour essayer de préciser. Concernant les propositions de M. Ohana (eurobonds, trésor européen, BEI, etc.) sur un fédéralisme économique, je trouve que ce n’est plus pertinent économiquement parce que ces solutions pouvaient être pertinentes … il y a 3 ans car elles auraient permis de mettre en place une réponse collective économique qui aurait pu entrainer ensuite une réponse politique collective. A mon sens, elles ne le sont plus.
        On a débattu ici des eurobonds, on n’y revient pas. Ce type de réponse ne résout pas les problèmes que j’ai pu recenser, au mieux aurait pu permettre de stabiliser la situation, en supposant qu’un fois celle-ci stabilisée, on aurait pu en profiter pour avancer sur le niveau politique. C’est le type même néanmoins de stratégie qui est mise en oeuvre concernant la construction européenne : d’abord l’intégration économique, ensuite l’intégration politique. Ce type de stratégie, très lente, pouvait fonctionner tant que l’Europe n’était pas en récession mais tellement lentement que lorsque la crise est survenue, on s’est aperçue du gouffre qui séparait l’économique du politique, depuis lurette.
        Les propositions de M. Ohana sont donc sinon non pertinentes voir inefficientes, du moins dans la lignée de cette conception de la construction européenne qui a présidé depuis ses origines. Il faut en sortir et je pense que nous sommes d’accord sur ce point.
        D’où le retour au primat du politique sur l’économique. Je comprends bien ce que tu proposes. C’est d’ailleurs à peu de choses près ce que propose aussi Todd (la France pour lui, le reste de l’Europe pour toi), à savoir enfin limiter l’hybris allemande, en jouant sur le risque de sortir de l’euro, risque que les allemands comprendront très rapidement comme étant par trop risqué pour eux, étant donné leurs intérêts liés à leur balance commerciale phénoménale en zone euro. Mais ce n’est pas vraiment ce que propose M. Ohana : j’y vois assez peu de dialectique dans son propos mais bien plutôt un analyse froide d’une situation qu’il caractérisait comme désespérée, nécessitant selon lui la seule possibilité restante, sortir de l’euro, pour enfin mettre en oeuvre les politiques adéquates.
        C’est à lui de répondre, on est sur l’intention ici, donc on peut dire tout et l’inverse.
        Mais pour revenir à nos moutons, à savoir le rapport de force dialectique avec l’Allemagne, il me semble bon de noter deux choses :
        1/ les évolutions salariales en Allemagne sont très récentes et sont exclusivement dû aux rapports de force sociaux internes, sur la base d’un déflation salariale de 10 ans d’ancienneté (ceci expliquant cela). Sans ce rapport de force interne, je vois mal le gouvernement ou le patronat allemand lâcher du lest sur ce qu’ils considèrent (à raison pour eux) être la base même du ‘succès’ allemand, même avec un rapport de force politique européen.
        2/ le rapport de force politique européen, justement, est inexistant. Je ne parle pas, on est d’accord, du FN qui souhaite ‘réellement’ sortir de l’euro (la dialectique n’étant pas vraiment sa tasse de thé) et certainement pas pour recréer ensuite, comme le propose M. Ohana, une Europe plus fédérale. Je parle des partis politiques lambda, de droite comme de gauche, où aucun, même en rêve, n’aborde ce sujet : c’est l’impensé politique majeur. De sorte que je ne vois guère comment ce rapport de force peu être mis en oeuvre si même ceux qui sont au pouvoir ne s’autorisent pas à (y) penser : on est mal barré.
        Je partage cette analyse mais je n’y crois pas parce qu’aucun signe n’a pu être délivré qui puisse me donner à (y) penser. On serait bien en peine, à part le Dupont-Aignan et le FN (qui ont d’autres objectifs), ne serait-ce qu’en France, pour en déceler un trace.
        Qui plus est, ce rapport de force devrait être établi collectivement, pour avoir une chance de peser sur l’Allemagne, ce qui rajoute une difficulté supplémentaire à l’établissement de cette ‘dialectique’. En quelque sorte, soit c’est trop tôt (pas assez de pays entrés en récession profonde), soit c’est trop tard (2009, eurobonds, etc.).
        Pour ma part, en lieu et place d’un (très) hypothétique rapport de force politique collectif sur la base d’un jeu ‘dialectique’ quant à sortir ou non de l’euro, il me semble plus efficient de proposer une négociation politique aux allemands sur la base d’un Bancor européen. En premier lieu parce qu’enfin on quitterait les petits pas économiques pour entrer par la grande porte politique dans la négociation. Ensuite, parce quà l’inverse d’un bluff sur une potentielle sortie de l’euro, la proposition permettrait à tout le monde de sortir ‘par le haut’ et de préserver la face. Car mettre la pression sur un gouvernement allemand sur le ‘on va sortir de l’euro’, c’est d’office placer celui-ci en (très) mauvaise posture en interne, sans parler d’éventuelles complications constitutionnelles allemandes. C’est d’office le placer dans une position qui l’oblige à ne pas pouvoir négocier. A l’inverse, le Banco européen permettrait à un gouvernement allemand de préserver ses intérêts, à savoir :
        – préserver l’euro monnaie unique
        – préserver les capacités minimales de ses partenaires (dont il a besoin pour préserver sa paix sociale interne)
        – réduire ses différentiels de balances commerciales sans pour autant partir de zéro, comme en sortant de l’euro, soit préserver ses ‘acquis’, ses positions dominantes dans un nouveau ‘jeu’.
        A l’inverse, une monnaie commune de compensation auraient tous les attraits pour les pays entrés en récession qui ne peuvent pas dévaluer ni restructurer leurs dettes sans sortir de l’euro, soit advienne que pourra, sauf à pratiquer la dévaluation sociale et salariale en cours. Sortir de l’euro permettrait néanmoins de rester dans un espace commun protecteur avec la monnaie commune (le bancor pourrait avoir une double capacité de régulation interne/externe pour les devises hors Europe, comme une sorte de ‘sas’), tout en bénéficiant de règles communes régulatrices pour ces pays. Pour les autres pays de l’UE (10, quand même) qui ne sont pas dans la zone euro, accepter un Bancor européen permettrait, tout en préservant leurs monnaies, d’approfondir le fédéralisme sans le dire, soit, présenter les choses de la meilleure manière qui soit à leurs concitoyens, parfois eurosceptiques.
        Enfin, plus largement, une telle monnaie de compensation européenne ne manquerait pas d’éveiller les intérêts des BRICS sur le sujet d’un Bancor mondial ou en tout cas d’une régulation monétaire.
        A l’inverse donc d’une négociation pour laquelle il serait nécessaire d’avoir des négociateurs plus qu’expérimentés et roués sur une sortie de l’euro (lequels ?), le bancor permettrait comme la négociation sur la sortie de l’euro d’entrer de plein pied sur le politique (et in fine le fédéralisme politique) mais sans en avoir les aspects négativement chargés, qui rendrait sa négociation plus aisée, entre gouvernements et entre gouvernements nationaux et leurs électeurs.
        Pour la BCE enfin, nul besoin de la ‘mettre au pas’ mais ‘simplement’ de lui adjoindre en sus de ses compétences actuelles celles qui seraient liées à la compensation, laquelle s’appuie selon Keynes sur les BC de chaque pays membres de l’UE. Par contre, il serait effectivement nécessaire de transformer la BEI en Banque Européenne de Crédit (BEC ?), à savoir en une institution en capacité, sur la base de décisions communautaires, d’investir là où manque l’argent (différentiels de balances commerciales).

        A lire ta réaction.

  4. On se place implicitement du point de vue selon lequel les dirigeants actuels voudraient sauver l’Euro, mais que, empéchés par leurs contradictions, n’en peuvent rien.

    Si on faisait l’hypothèse inverse ? Est-il de l’intérêt de tous de sauver l’euro ?

    L’Euro a permis de créer, plus que les réformes antérieures, un marché européen. Mais l’euro peut avoir des défauts. En particulier, la question du pouvoir entre pays européens n’est pas réglée.

    Les négociations récentes ont permis des choses qui n’auraient pas été imaginables auparavent, notamment le veto franco-allemand.

    La chute de l’Euro pourrait permettre d’aller plus loin.

  5. Merci pour cette tranche de vie financière.
    L’idée d’arrêter la spéculation est comique, plus d’oseille, plus de munitions, alors que faire? Que leur reste-t-il ? Le bien public, prendre en otage le bien public. Depuis toujours dans l’esprit de la commission. Les fondamentaux. Pas de doute, ce bouclier là peut-il calmer les marchés? Il peut faire plus, il peut aussi les effrayer car les marchés sont conscients des risques, pas la commission qui pour le coup porte bien son nom et nous en sert une grosse, une gargantuesque.

  6. « il n’y a pas de montant avec lequel vous pouvez convaincre les marchés financiers ».

    M. Wolfgang Schäuble a parfaitement raison. C’est pourquoi les Américains, les Britanniques et les Japonais demandent à la Banque centrale dont la capacité d’émission n’est pas limitée d’intervenir. Alors les marchés se calment et le tour est joué.

    C’est une politique « non conventionnelle » qui peut nous amener l’inflation, mais est-ce si grave quand on n’ose tout simplement pas imaginer ce qui se passera lors de la prochaine crise.

  7. @ François Leclerc
    Ce sera peut-être de la substance pour un de vos prochains billets, M. Leclerc. J’ai trouvé ça il y a 4 jours.

    Il y a des articles intéressants sur une probable manipulation à l’échelle mondiale des taux interbancaires LIBOR, EURIBOR et TIBOR dans le journal suisse Le Temps.

    Vous trouverez ci-joint les raccourcis à placer dans la barre d’adresses vers les articles du Temps en PDF.
    Voir les blogs suisse et français d’OLIVIER CROTTAZ et D’OLIVIER BERRUYER pour être plus complet sur le sujet.

    http://blog.crottaz-finance.ch/?p=8848

    http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2012/03/La-Comco-suspecte-de-nombreuses-banques-d’avoir-manipulé-les-taux-de-référence.pdf

    http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2012/03/Comment-UBS-s’est-dénoncée-pour-éviter-de-payer-des-amendes.pdf

    http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2012/03/Le-scandale-financier-qui-arrive-par-UBS.pdf

      1. M. Leclerc, sur le même sujet, dans le journal suisse « Le Temps » du lundi 26 Mars:

        Le scandale financier qui arrive par UBS

        Mathilde Farine et Sebastien Dubas

        Plusieurs agences enquêtent sur des manipulations d’un taux de référence pour des centaines de milliards de produits financiers, le Libor. Les banques l’auraient maintenu artificiellement bas pour ne pas apparaître vulnérables ou pour engranger des bénéfices

        Vendredi dernier ce fut Credit Suisse. La veille, Deutsche Bank. Une semaine plus tôt, Société Générale et Barclays, et, peu avant, l’américaine Citigroup.

        En petits caractères, souvent à la fin de leur rapport annuel, les plus grandes banques du monde finissent par communiquer officiellement sur le scandale Libor. L’affaire frappe le taux d’intérêt qui sert d’étalon à la finance mondiale, le Libor, et qui a éclaté grâce à la dénonciation d’un des membres de cette entente, UBS.

        Les spécialistes en parlent comme de «la plus grande manipulation financière de l’Histoire». Le Libor, le taux interbancaire de Londres, tout comme le Tibor, son équivalent à Tokyo lui aussi objet du cartel, constitue le point de repère pour quelque 350 000 milliards de dollars de produits financiers (100 fois ce que gère la place financière helvétique), selon une estimation de l’association des banques britanniques (BBA). On y trouve les cartes de crédit, les hypothèques suisses à taux variables et quantité de produits structurés. La Banque nationale suisse l’utilise pour mener sa politique monétaire.

        Or ces taux de référence ont été influencés par les grandes banques, à leur avantage. C’est ce que soupçonnent les gendarmes des marchés en Europe, en Amérique, au Japon et en Suisse. La Commission de la concurrence (Comco) a annoncé le 3 février dernier l’ouverture de son enquête.

        Qui a dénoncé cette entente? La réponse se trouve en page 83 du rapport trimestriel d’UBS publié le 9 février dernier. On y lit: «UBS a reçu une immunité conditionnelle de la part d’autorités de plusieurs juridictions […] concernant d’éventuelles violations des lois antitrust ou sur la concurrence, en lien» avec le Libor et le Tibor. Depuis, Citigroup et Barclays lui ont emboîté le pas, chacune espérant limiter les éventuelles amendes.

        Ces trois établissements font partie d’un groupe de dix-huit grandes banques internationales qui fournissent chaque matin à la BBA les taux d’intérêt auxquels elles estiment pouvoir emprunter à leurs consœurs à plusieurs échéances et dans plusieurs monnaies (lire ci-dessous). Elles sont suspectées de s’être mises d’accord pour maintenir des taux artificiellement bas entre 2007 et 2011. L’enquête des autorités concerne non seulement ces géants de la finance internationale mais aussi de plus petits établissements et des hedge funds qui auraient été dans la confidence.

        Les premiers soupçons de manipulation remontent en réalité aux prémices de la crise financière. Lors d’une réunion de la Banque d’Angleterre en novembre 2007, certains experts sont intrigués devant des taux Libor «étrangement bas». Des banques au bord de la faillite et un secteur financier plombé par la découverte des produits toxiques liés aux «subprime» devraient, à leur avis, logiquement entraîner des coûts d’emprunts bien plus élevés.

        Quelques mois plus tard, en avril 2008, le Wall Street Journal s’interroge. Le quotidien américain constate que le taux Libor reste curieusement stable alors que de nombreux indicateurs de la santé du système financier international se détériorent jour après jour. C’est notamment le cas des contrats d’assurances contre le défaut d’une banque, dont les prix explosent. Un analyste de Citigroup semble avoir été licencié en 2008 parce qu’il avait publiquement posé la question «Le Libor est-il cassé?», lit-on dans une plainte.

        L’affaire grossit le 15 mars 2011, grâce à UBS. En page 318 de son rapport annuel 2010, la banque reconnaît qu’elle a été citée à comparaître par des autorités financières américaines et japonaises dans une affaire de manipulation de taux d’intérêt. Une première plainte civile est ensuite déposée aux Etats-Unis par trois sociétés de gestion d’actifs. Le 26 juillet 2011, UBS écrit qu’elle coopère avec les régulateurs de deux pays. En échange d’informations sur une manipulation supposée des taux Libor et Tibor, la banque suisse s’assure de pouvoir bénéficier de la clémence des autorités et d’une immunité partielle.

        Pour Connan Snider, professeur assistant en économie à UCLA, qui étudie ce sujet depuis plusieurs années, «on peut présumer que si une banque accepte de coopérer, cela revient à reconnaître implicitement que des pratiques illicites ont pu avoir lieu». Rien n’empêche cependant que l’établissement soit contraint à dédommager les sociétés ou particuliers qui la poursuivent. D’ailleurs, l’«immunité conditionnelle n’empêchera pas des parties privées de porter plainte au civil contre nous», écrit UBS.

        Les plaintes civiles se multiplient. UBS, Credit Suisse et neuf autres établissements financiers sont attaqués aux Etats-Unis en août 2011. Contactées, UBS s’en tient au paragraphe de son rapport annuel et Credit Suisse explique avoir été informée de cette enquête par la Comco et qu’elle «coopère pleinement» avec les autorités dans cette affaire.

        Charles Schwab est à l’origine de la poursuite de ces onze banques. La presse et les enquêtes internationales avaient alerté cette société américaine de courtage en ligne sur des trucages possibles du Libor. Mais c’est l’auto-dénonciation d’UBS qui l’a décidé à se tourner vers la justice et à porter l’affaire devant le Tribunal de San Francisco en août dernier. Dans un document d’une quarantaine de pages, Charles Schwab estime que les banques incriminées ont pu récolter de manière illicite «plusieurs centaines de millions, voire milliards, de dollars». Au détriment d’autres sociétés ou particuliers: «En sous-évaluant les coûts d’emprunts réels, les banques ont induit en erreur les investisseurs quant à leur santé financière», a expliqué une porte-parole.

        Qu’elles soient coupables ou non, les banques avaient plusieurs avantages à tirer d’une entente sur le cours du Libor. Pris dans la tourmente de la crise financière, les établissements auraient voulu maintenir des taux plus bas pour éviter d’inquiéter davantage les marchés sur leur propre santé. Un taux de référence en forte hausse aurait alerté leurs investisseurs.

        Aujourd’hui, cette explication est toutefois remise en cause par des experts. Certaines banques auraient été incitées à faire évoluer le cours du Libor en leur faveur en raison de l’importance de ses variations pour leurs portefeuilles. «La muraille de Chine, qui doit séparer les activités de trésorerie, qui envoient les taux Libor, de celles de courtage, dont les produits rapportent plus ou moins en fonction des taux, a pu être abattue», explique Connan Snider. Les traders seraient donc allés suggérer à leurs collègues de soumettre des taux favorables à leur portefeuille.

        «En 2009, Citibank a indiqué qu’elle empocherait 936 millions de dollars si les taux d’intérêt baissaient d’un quart de point par trimestre durant une année. Le gain s’élevant même à 1,935 milliard s’ils chutaient de 1% instantanément», lit-on dans une plainte.

        D’autres hypothèses sur les raisons d’une manipulation ont émergé. «Il est difficile de croire que dix-huit banques aient eu intérêt, exactement au même moment, de voir le Libor diminuer ou augmenter», explique Rosa Abrantes-Metz. Cette professeure de la Stern School of Business de l’Université de New York avance une autre explication: «En termes d’investissements et de réduction des risques, c’est un énorme avantage de pouvoir connaître à l’avance dans quelle direction le taux évoluera le lendemain.»

        Du côté des clients, aucun expert ne s’aventure à calculer leurs pertes potentielles. D’abord parce qu’il faudra démontrer que le Libor a été trafiqué. Ensuite parce qu’il faudra estimer les dégâts pour des centaines de milliards de produits. Ou les gains. Car si les taux ont effectivement été sous-évalués, les détenteurs d’hypothèques ont pu en bénéficier en payant moins que ce qu’ils auraient dû.

      2. @ François Leclerc

        En effet j’ai relu votre billet du 6 mars. Bon, vous saviez déjà.
        Mais pour moi c’était tout neuf.

  8. Mardi 3 avril 2012 :

    Espagne : la dette publique va bondir à 79,8 % du PIB en 2012.

    La dette publique de l’Espagne devrait bondir de plus de onze points en 2012, à 79,8 % du PIB, a annoncé mardi le gouvernement, contraint à un effort de rigueur sans précédent pour rétablir la confiance des marchés et de ses partenaires européens.

    http://www.romandie.com/news/n/_Espagne_la_dette_publique_va_bondir_a_798_du_PIB_en_2012_44030420121349.asp

    Espagne : le chômage atteint un nouveau record.

    L’Espagne compte 4,75 millions de chômeurs en mars, a annoncé le ministère de l’Emploi. Il s’agit du huitième mois consécutif de hausse du chiffre du chômage, ce qui le situe à un niveau record depuis la première diffusion de ces statistiques mensuelles en 1996, et a fortiori depuis le début de la crise en 2008.

    En mars, 38.769 chômeurs de plus ont été comptabilisés, soit une augmentation de + 0,8 % par rapport à février, et + 9,6 % sur l’année.

    Avec une économie atone, le pays souffre du taux de chômage le plus élevé parmi les pays de l’OCDE et de l’Union européenne : selon l’Institut national de la statistique (Ine), ce taux était de 22,85 % de la population active fin 2011.

    Pour l’office européen des statistiques, Eurostat, l’Espagne affichait même un taux de chômage de 23,6 % en février.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201989789921-espagne-le-chomage-atteint-un-nouveau-record-309046.php

  9. L’idéologie hayekienne du laisser fairisme spéculateur a généré la crise-récession actuelle. Il s’agit d’en finir avec cette idéologie mortifère pour l’immense majorité, à plusieurs milliers de milliards de $pour l’oligarchie

  10. Le poumon, vous dis-je !…
    Le raisonnement des décideurs se tient car ils ne veulent pas voir le coeur du problème. Pourquoi ? Parce que sinon ils seraient obligés de reconnaître l’incurie des banques, l’énormité des créances pourries, la défaillance globale des acteurs principaux du marché. Donc admettre la défaite systémique du système et de son présupposé : la capacité de la pointe extrême du marché seul à allouer optimalement les ressources.
    On est dans un combat avant tout idéologique, au fond. Ce qui n’empêche nullement de réagir dans la forme en luttant pour dépecer par des avancées socio-politiques concrètes, pièce par pièce, cette montagne qui nous bouche l’horizon. En ce sens, les présidentielles représentent une étape importante, me semble-t-il.

  11. La zone euro a besoin d’un divorce, selon Roubini Global Economics.

    Comme dans un mariage qui ne fonctionne plus, les Etats membres de la zone euro devraient accepter leur sort, se séparer et divorcer, selon Roubini Global Economics.

    Écrivant dans le Financial Times, le président Nouriel Roubini et le directeur général Arnab Das déclarent que, si les deux opérations de refinancement à long terme (LTRO) – par lesquelles la BCE a offert aux banques européennes des prêts à bon marché pour éviter un resserrement du crédit – ont supprimé les craintes à court terme, les problèmes de fond de la zone euro restent en suspens.

    Dans son commentaire à l’article d’Arnab Das, Roubini – surnommé Docteur Doom pour ses prévisions économiques pessimistes – affirme que les problèmes demeurent pour la Grèce et pour d’autres pays de la zone euro dont le Portugal et l’Irlande.

    Ces trois pays pourraient avoir besoin de restructuration de dette supplémentaire, ont-ils dit, ajoutant que la zone euro ne dispose pas des éléments essentiels nécessaires pour une union monétaire réussie.

    Les deux économistes déclarent que « le divorce peut être difficile à faire, mais c’est mieux que de s’en tenir à un mauvais mariage ».

    Pour faire face aux défauts de conception fondamentaux de la zone euro, ils proposent un « contrat de divorce », en vertu duquel certains pays – le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne – quitteront la zone euro et un groupe restreint de pays restera dans la zone euro.

    Les cinq pays sortants devraient rééquilibrer leurs économies en se détournant de la croissance basée sur la dette pour passer à des économies basées sur l’exportation et sur la croissance tirée par les revenus, tandis que les pays restant dans la zone euro devrait rééquilibrer leurs économies vers la demande intérieure, disent les deux économistes.

    Ils suggèrent un réalignement monétaire pour atteindre cet objectif, mais ils avouent qu’il y aurait des perturbations.

    Néanmoins, une stratégie de sortie à l’amiable serait dans l’intérêt de tout le monde, ajoutent Arnab Das et Roubini.

    Les deux économistes suggèrent la création d’un cadre transitoire monétaire qui pourrait renverser le mécanisme de taux de change qui a conduit à l’euro. De nouveaux couloirs de change seraient élargis, pendant les étapes durant lesquelles l’inflation et les primes de risque du taux de change reviendraient progressivement à la normale.

    Ils font valoir que l’insuffisance des réserves de change, les pertes de change, et des défauts de paiement désordonnés seraient atténués par la BCE, qui acheterait les nouvelles monnaies des cinq pays qui sortiraient de la zone euro.

    Alors que le démantèlement de la zone euro dans sa forme actuelle a été évoquée dans le passé, il est difficile de savoir comment une sortie de la zone euro par plusieurs pays pourrait fonctionner.

    Roubini et Arnab Das suggèrent que tous les contrats existants seront libellés dans les nouvelles monnaies, alors que les contrats pris en vertu de la loi étrangère resteraient libellés en euros.

    Ils reconnaissent que l’avis juridique indépendant devrait être cherché pour clarifier les détails les plus fins.

    Ils suggèrent que les déséquilibres dans les systèmes de paiement seront traités par la négociation et seront compensés par la BCE et les banques centrales nationales.

    Le duo écrit que les banques et les marchés financiers sont le plus grave risque pour leur stratégie de sortie proposée, mais que la «domestication» de la dette extérieure avant la sortie de la zone euro permettrait de réduire les pertes de crédit et le risque de change.

    Le contre-argument à ceux qui proposent une sortie de la zone euro des économies les plus faibles a été que la fuite des capitaux aurait lieu sur une telle échelle que les banques européennes pourraient faire face à un effondrement.

    Roubini et Arnab Das répondent que dans certains cas, la nationalisation des banques serait nécessaire, avec des limites imposées sur les retraits d’argent et avec des contrôles de capitaux temporaires.

    Au lieu de subir une misère provoquée par un mauvais mariage, un divorce négocié permettrait d’obtenir une séparation à l’amiable, et la zone euro devrait employer une telle stratégie de sortie ordonnée « le plus rapidement possible, parce que retarder l’échéance est de plus en plus coûteux » concluent-ils.

    http://finance.yahoo.com/news/euro-zone-needs-divorce-roubini-172926044.html

  12. Mercredi 4 avril 2012 :

    L’Espagne lève 2,589 milliards d’euros d’obligations à des taux en forte hausse.

    L’Espagne a levé mercredi pour 2,589 milliards d’euros en obligations à 3, 4 et 8 ans, forcée de concéder des taux en nette hausse, lors de la première émission suivant la présentation du budget 2012 marqué par un effort de rigueur sans précédent visant à réduire son déficit public.

    Victime du regain de tension sur les marchés, le Trésor, qui souhaitait emprunter 2,5 à 3,5 milliards d’euros, se situe au minimum de l’objectif visé, a indiqué le ministère de l’Economie.

    La demande des investisseurs est restée forte, dépassant 6,5 milliards d’euros.

    Mais l’Espagne a dû concéder des taux en hausse sur les trois échéances: à 2,89% pour les obligations à trois ans (contre 2,440% lors de la dernière émission similaire le 15 mars), à 4,319% pour les bons à 4 ans (contre 3,376% le 1er mars), et à 5,338% pour les obligations à huit ans (contre 5,156% le 15 septembre 2011).

    http://www.boursorama.com/actualites/l-espagne-leve-2-589-milliards-d-euros-d-obligations-a-des-taux-en-forte-hausse-df81e697eeb5552341b0ed9ff1401771

  13. Mercredi 4 avril 2012 :

    Chahutée sur les marchés, l’Espagne ne parvient pas à rassurer.

    Regain de tension sur les marchés, explosion de la dette, chômage record : les mauvaises nouvelles ne laissent aucun répit au gouvernement espagnol au moment où il entreprend un effort de rigueur inédit, en espérant convaincre que le pays pourra se passer d’une aide extérieure.

    Après des semaines de détente sur les marchés alimentée par la manne de liquidités de la Banque Centrale Européenne (BCE), l’Espagne a dû concéder mercredi des taux en nette hausse lors de la première émission obligataire lancée après la présentation du budget 2012.

    http://www.boursorama.com/actualites/chahutee-sur-les-marches-l-espagne-ne-parvient-pas-a-rassurer-5a5d4471f1aa7d179b488eaea70ca69b

    Comment les Bourses européennes ont-elles réagi aux mauvaises nouvelles venues d’Espagne ?

    Suisse : baisse de – 1,47 %
    Pays-Bas : baisse de – 2,53 %
    France : baisse de – 2,74 %
    Norvège : baisse de – 1,27 %
    Pologne : baisse de – 1,81%
    Allemagne : baisse de – 2,84 %
    Italie : baisse de – 2,42 %
    Belgique : baisse de – 3,10 %
    Espagne : baisse de – 2,09 %
    Royaume Uni : baisse de – 2,30 %

  14. Jeudi 5 avril 2012 :

    Portugal : face à « des défis redoutables », le FMI évoque une nouvelle aide.

    Le Portugal est confronté à « des défis redoutables » et pourrait avoir besoin d’une nouvelle aide financière face au « scepticisme » des marchés, malgré une application « solide » de son programme de rigueur et de réformes, a estimé jeudi le Fonds monétaire international.

    http://www.boursorama.com/actualites/portugal-face-a-des-defis-redoutables-le-fmi-evoque-une-nouvelle-aide-a7b98c68d0c5cc8cdaf6698d22f5228c

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