L'actualité de la crise : LE PLAN A' EST EN MARCHE EN ESPAGNE, par François Leclerc

Billet invité

Les ministres des finances allemand et français ont fait à Copenhague de la mauvaise politique en décidant du montant du pare-feu censé protéger l’Eurozone des suites de la crise. Leurs contextes parlementaire et électoral respectifs aidant, ils ont affiché leur désaccord pour ensuite édifier un muret présenté comme infranchissable. Après l’envolée embarrassante du ministre français François Baroin avant qu’il ne se rende à Copenhague, au vu du résultat final de la réunion: « Le pare-feu, c’est un peu comme le nucléaire sur le plan militaire, c’est fait pour ne pas être utilisé, c’est de la dissuasion ».

Maniant une arithmétique créative dès qu’il s’agit de faire de la gonflette, les ministres ont additionné les centaines de milliards d’euros pour atteindre le millier de milliards de dollars préconisé par l’OCDE. Et non la même somme, mais en euro, comme initialement réclamé par François Baroin. Le ministre irlandais des finances, Michael Noonan, osant même, en fin de réunion, déclarer que c’est cette somme ronflante en dollars qui va être retenue par les marchés, et non les 800 milliards d’euros auxquels les ministres sont parvenus.

Pour ce faire, les ministres ont dû ajouter aux 500 milliards de capacité de prêt du futur MES, prévus de longue date, près de 300 milliards d’euros déjà engagés par le Fonds de stabilité financière européen (FESF), la Commission et différents États dans le cadre d’aides bilatérales. Les 800 milliards sont un trompe-l’œil.

Les rumeurs d’une addition des moyens encore disponibles du FESF et à venir du MES étaient donc destinées à amuser la galerie, le gouvernement allemand a eu gain de cause et n’a concédé qu’un simple habillage en lieu et place d’une augmentation du pare-feu dont il ne voulait pas. Afin d’entretenir l’amitié, un petit cadeau a été parallèlement discrètement offert à la Bundesbank par la BCE : les banques centrales de l’Eurosystème ont été autorisées à refuser d’accepter comme collatéral les titres souverains des pays en difficulté. La banque centrale allemande a mis sans tarder en pratique cette facilité en n’acceptant plus les titres grecs, irlandais et portugais, augurant au sein de l’Eurosytème de réglementations « à la carte ».

Le gouvernement allemand se soucie plus de sa majorité parlementaire et de l’adoption par celle-ci du nouveau pacte européen que du montant des besoins financiers à venir provenant du renouvellement des plans de sauvetage irlandais, grec et portugais ainsi que d’aides destinées si nécessaire à l’Espagne et l’Italie. Car, comme à l’accoutumée et cela en devient franchement lassant, le déni prévaut sur ces questions politiquement délicates.

C’est le moment tout trouvé qu’a choisi Lucas Papadémos, le premier ministre grec, pour évoquer à Milan l’éventualité d’un troisième plan de sauvetage de son pays. Alors que les Irlandais viennent de finaliser un de ces montage financiers audacieux qui jaillit lorsque tout coince, afin de différer le premier remboursement annuel de 3 milliards d’euros d’une dette portant sur trente milliards. Elle résulte du renflouement de l’Anglo-Irish Bank avec des crédits consentis à l’État par la banque centrale irlandaise munie de l’aimable autorisation de la BCE. Les autorités européennes ont entériné ce montage en contrepartie de l’assurance que le traité européen sera dans ces conditions ratifié lors du prochain référendum. Reculant ainsi la négociation inopportune d’une rallonge au plan de sauvetage initial, mais pour combien de temps ?

S’il ne veut pas frapper à nouveau à la porte de la Troïka, le gouvernement portugais va quant à lui devoir trouver autre chose que ses expédients de ces deux dernières années. Il a en effet rempli ses objectifs de diminution du déficit public en transférant dans le budget de l’État des fonds de pension des télécoms, puis des banques, mais le filon est épuisé. L’État doit revenir sur le marché en 2013 pour y lever 10 milliards d’euros, faute desquels il fera défaut. Le gouvernement commence à tester le marché, mais il est fort peu probable que la détente très relative qui y est enregistrée le permettra : le taux à dix ans du pays est encore supérieur à 11% après avoir culminé à 13,5%.

Tout cela ne serait rien, si ce n’était le nouveau plan d’austérité espagnol, approuvé par le conseil des ministres au lendemain d’une grève générale et de manifestations monstres dans tout le pays. Même le ministère de l’intérieur parle de 800.000 manifestants… Les 12 milliards d’euros de recettes supplémentaires ou de coupes budgétaires qui devraient résulter des mesures annoncées dans leurs grandes lignes ne font pas le compte, si l’on considère les calculs des économistes qui évoquaient des montants bien supérieurs en précisant qu’ils étaient introuvables, sauf à précipiter le pays plus avant dans la récession.

Le commentaire de Soraya Saenz de Santamaria, vice-présidente du gouvernement, éclaire la politique suivie : elle a expliqué que l’objectif de réduction du déficit à 5,3% du PIB en fin d’année ne sera pas atteint « à n’importe quel prix ». En d’autres termes, le gouvernement Mariano Rajoy prend le risque de sortir des clous, faute de pouvoir faire autrement, en mettant ses collègues européens devant le fait accompli après avoir tenté de négocier avec eux. Ce qui augure de sérieuses négociations et la mise au point d’une formule de sauvetage financier écornant le petit magot du MES avant même qu’il ne soit amassé, sans pour autant revenir sur l’application de la stratégie suivie, en lui donnant simplement un peu de temps. Expression des contradictions de la situation, le plan A’ est en marche.

Recommandez par mail Recommandez par mail

Partagez

24 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : LE PLAN A' EST EN MARCHE EN ESPAGNE, par François Leclerc »

  1. toujours le même délire sans solution!
    Les montants nets des dettes augmentent inexorablement et aussi longtemps que nous maintiendrons cette monnaie-là!
    Les restructurations viendront seulement très partiellement, car, au fond, c’est bien la BCE qui fait la « bad bank ».
    Pourquoi pas, au fond, mais les crises sociales suivront automatiquement à caus du poids des intérêts (=la rente du capital)!

    1. avec la disparition des déficits la rente finira aussi par disparaître. On aurait jamais dû créer cette rente, pour la France, avant 73, c’était plus « juste » !

      1. Sauf que la rente n’est pas seulement attachée à la dette publique mais à toutes les dettes, car elle génèrent toutes des intérêts.
        La bascule s’est opérée effectivement en 1973, car l’emprunt public a dû se substituer à l’emprunt privé qui commençait à devenir problématique en raison des rendements productifs en baisse (contexte du pétrole plus cher entre autres).
        Mon propos va plus loin: toute épargne génère un intérêt, et, dès lors, enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, et c’est ainsi que l’on doit payer sa maison jusqu’à trois fois pour rembourser ses crédits au seul bénéfice de la rente du capital.
        Autrement dit, la monnaie telle qu’elle est conduisait avec une contrainte inéluctable à la situation présente.
        Du reste, il est totalement illusoire de croire qu’il y aurait un moyen, en maintenant la monnaie telle qu’elle est (thésaurisable), de réduire le déficit ou les dettes, car tout capital s’autoalimente, et cela revient à dire que la dette « s’autoalimente ».
        Au prix d’un effort individuel, la dette peut être éteinte pour un individu, mais la dette collective ne pourra pas s’éteindre au prix d’un « effort collectif ». Au prix d’un effort budgétaire, on pourrait diminuer la dépense publique, mais si on veut que cela aboutisse à une réduction du déficit, il faudrait que les recettes se maintiennent. Et on s’aperçoit que cela ne fonctionne jamais, simplement parce que la diminution de la dépense publique diminuera aussi les recettes engendrées par la demande publique.
        Car l’effort collectif peut seulement consister à prendre aux uns (aux plus pauvres en général) pour gaver davantage les autres (les plus riches en général). Si on faisait le contraire, la monnaie refuserait tout simplement de rendre le service attendu d’elle, à savoir: circuler! Telle est la nature de la monnaie telle qu’elle est et ce système s’appelle capitalisme.
        La monnaie est capital dès le départ, et si elle ne l’était plus, le capitalisme disparaîtrait.

  2. Salut les comptables,

    Je n’ai plus le lien, mais CANON projette de produire des imprimantes qui vont permettre d’imprimer ses propres billet de banque avec 50 % de remise.

    Un billet de cent euro vous coûtera 50 euros de papier et d’encre.

    Espérons qu’EPSOn soit encore plus pertinent…

    Continuer de compter…

    … Les jours ;-))))

  3. Les autorités européennes ont entériné ce montage en contrepartie de l’assurance que le traité européen sera dans ces conditions ratifié lors du prochain référendum.

    On croit rêver. C’est vraiment du n’importe quoi.

  4. Samedi 31 mars 2012 :

    « L’Espagne sur une pente glissante ».

    Le gouvernement compte ramener le déficit du gouvernement central à 3,5 % du PIB cette année, celui des régions à 1,5 % du PIB, et celui des autres collectivités locales à 0,3 % du PIB, a annoncé le ministre du Budget, Cristobal Montoro. Les comptes de la Sécurité sociale seront équilibrés cette année, a-t-il ajouté.

    Les régions ont annoncé un déficit de 2,9 % du PIB en 2011, qu’il leur faudra réduire d’environ 15 milliards d’euros cette année si elles veulent atteindre l’objectif fixé par Madrid.

    Le gouvernement n’a guère donné d’autre détail sur son projet de budget qu’il présentera mardi 3 avril devant le parlement, mais certains économistes s’inquiètent de ces mesures d’austérité qui risquent de plomber encore la croissance et par contrecoup remettre en cause les objectifs de baisse du déficit.

    « L’Espagne est sur une pente très, très glissante désormais. Le risque pays spécifique refait surface, l’Espagne est confrontée à des problèmes structurels et il faudra des années et des années pour les résoudre. Ce paquet fiscal est auto-destructeur », estime Nicola Spiro, du cabinet de consultants spécialisé dans les risques souverains Spiro Sovereign Consulting.

    http://www.rtl.fr/actualites/economie/article/crise-l-espagne-entame-une-diete-draconienne-7746117372

  5. Effectivement cela devient bigrement lassant, cette impression de déjà vu.
    Mais ceux qui gouvernent savent-ils faire autre chose que des coupes dans les budgets publics et sociaux, et en attendre une hypothétique reprise de la trop fameuse croissance.
    On a l’impression d’avoir affaire à une secte, d’adorateurs du veau d’or.
    C’est vraiment lassant, tout comme ces campagnes électorales étranges où l’on parle de tout sauf de ce qui préoccupe ou devrait préoccuper les gens. Exit les questions écologiques, exit la crise économique,le chômage, revenons aux bonnes valeurs sécuritaires, au fond de commerce basé sur la peur de l’autre.
    Drôle d’époque, vraiment étrange époque…

  6. Mme Merkel ne doit pas seulement tenir compte des états d’âme de sa majorité: la grève des fonctionnaires allemands débouche sur une augmentation de 6,3% ! Un chiffre qui doit paraître totalement déraisonnable à M. Chérèque si l’on en croit sa réaction à l’issue de sa rencontre avec M Mélenchon.

    1. La crise actuelle a des racines à l’intérieur de l’Europe.
      L’Europe du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande) a bloqué les salaires pendant 10 ans ce qui lui a permis d’être très compétitive face à l’Europe du Sud (France, Espagne, Portugal, Italie et Grèce) qui s’est endetté auprès de l’Europe du Nord pour maintenir sa croissance (et accessoirement financer sa bulle immobilière)
      Pour résoudre la crise, il faut un mouvement inverse : des augmentations de salaire en Allemagne et la stabilité des salaires dans l’Europe du Sud

      1. Vous avez raison. Avec des salaires minables en Espagne, ils faut bien qu’ils modèrent encore leur appétit. Non, mais, puis quoi encore ? (ironie, bien sûr). Au fait, de quelle compétitivité parlez-vous et pour qui ?

      2. Il me semble que les salaires dans l’Europe du nord étaient dès le départ plus élevés qu’en Europe du sud, Il serait intéressant de les comparer avec ceux de l’Europe du sud suivant les secteurs d’activités. Avant et maintenant.
        Mais n’oublions pas le regime fiscal qui prélève de façon plus importante à la source(par exemple en Allemagne).

        J’ai compris aussi que le gain de productivité a été une raison majeure du chômage de masse.

        Nos gouvernants n’ont pas eu de vision pour préparer un futur avec des nouveaux jobs

        Donc, n’ayant que le souci de leur carrière dans un court terme, il faut penser à donner plus de poids à des thinks tanks qui donneraient la voie à suivre, les hommes politiques devenant les excécutants pratiques de ces idées au service de l’émancipation de l’humain et de la planète .
        Toute autre considération où l »intérêt personnel égoïste aboutissant à une concentration d’actions abusives mesurable en fonction d’un PIS: ( produit interieur de souffrance, non soutenable) devrait être interdit, comme l’usure a pu être interdite au cours de l’histoire)!

  7. On vit en plein déni… La politique de la rustine est devenue un vrai mode de gouvernance désormais.

    Quand je vois la non-campagne en France des deux favoris des sondages, je me demande si à partir du mois de mai, nous allons encore organiser les « fameux » (fumeux?) sommets de l’UE. Ces sommets « de la dernière chance » que nos leaders semblent raffoler.

    Une question: combien de temps peut durer l’actuelle surchauffe de la facture pétrolière pour des économies aussi fragilisées que sont la Grèce, l’Espagne et le Portugal? Et surtout combien de temps ces pays pourront-ils tenir?

    1. « combien de temps peut durer l’actuelle surchauffe de la facture pétrolière pour des économies aussi fragilisées que sont la Grèce, l’Espagne et le Portugal? »
      Et les 11 millions de pauvres en France, ils sont encore trop aisés pour ne pas être dans le rouge ?..;)

      1. Oui bien sûr ! Je faisais référence avant tout aux situations des économies nationales en situation critique. Mais ce constat peut s’étendre également aux ménages britanniques, italiens… la liste en devient malheureusement trop longue !

        Concernant la France, nous sommes dans la bulle présidentielle qui risque d’exploser en mai…

  8. la porte-parole du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria :

    « Notre première obligation est de revenir à des comptes publics assainis », a-t-elle insisté, même si le pays n’y parviendra pas « à n’importe quel prix », car il faut « soutenir ceux qui en ont le plus besoin et ne pas paralyser la croissance et la création d’emplois« , dans un pays de nouveau en récession et au taux de chômage record (22,85%).
    Ainsi, « nous avons pris la décision de maintenir la revalorisation des pensions de retraite, de geler le salaire des fonctionnaires au lieu de le baisser, de maintenir les prestations chômage et la dépense sociale, notamment les bourses », a-t-elle expliqué.
    De même, « nous n’allons pas augmenter la TVA pour ne pas nuire à la consommation et à la reprise économique ».

    Au total, l’Espagne veut récupérer 27,3 milliards d’euros, entre coupes budgétaires et hausses d’impôts. Les budgets des ministères seront réduits de 16,9% en moyenne, ce qui permettra, avec d’autres mesures, d’économiser 17,8 milliards, le plus touché étant celui de l’Equipement qui sera amputé de plus de trois milliards.
    A la hausse de l’impôt sur le revenu, annoncée fin décembre, s’ajoute notamment celle de l’impôt sur les sociétés ou des taxes sur le tabac.
    Le reste de l’effort devra surtout venir des régions et des villes, à la santé financière fragile depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008.

    La plupart des analystes tablaient sur la nécessité pour l’Espagne de trouver environ 50 milliards d’euros, en tenant compte de la récession, qui devrait réduire le PIB espagnol de 1,7% cette année. Le doute demeure chez beaucoup d’économistes, qui craignent que l’Espagne manque à nouveau son objectif de déficit cette année.
    « Cela a été démontré dans tous les pays, il est très difficile de réduire le déficit public au milieu d’une récession, parce que celle-ci réduit les recettes et augmente les dépenses, via les prestations chômage », dans un pays où près d’un actif sur quatre est sans emploi, souligne José Carlos Diez, économiste à la maison de courtage Intermoney.

    C’est un programme de gauche ça. Au moins ils ont conscience que « l’assainissement » selon les directives allemandes et européennes est la voie royale vers la dépression pure et simple, à moins qu’ils ne craignent « seulement » un renversement par la force du gouvernement après une grève générale et des manifestations monstres?

  9. Un conseil du petit Nicolas aux Espagnols (de vrais amateurs et assistés selon lui): vous devez arrêter quelques pseudos islamistes présumés, déclencher vigie corrida rouge écarlate et ops ça devrait marcher,on ne parle plus de dettes,de PIB, de rien..la crise est FINIE(meeting de jeudi).

    Sur ces paroles rassurantes…bon week end et merci Nicolas pour tes conseils avisés.

    S S Santamaria

  10. On se demande pourquoi Mario Draghi ouvre les vannes de la BCE avec des trillions d’euros…
    On dirait que ce n’est pas le meme braquet.
    Grosso modo on estime à 8000 milliards d’euros le QE européen…
    Bon..Heuuu…
    C’est pas fini les charlots la?

  11. Oui bon ..Où cela va-t–il amener la majorité des peuples européens, du monde ?..Même cirque et mêmes effets depuis des lustres avec les mêmes dangereux clowns qui ne font plus rire personnes..
    ( au moins 99 %..)
    Il faut dire que leurs accessoires ..comme PIB…, agences de notation,paradis fiscaux , bad bank ,spéculation, carriéristes politiques ,FMI, OCDE ,BM, guerres de conquête ,rentiers, dollars, carry trade ,finances spéculatives,lobbying,think thangs, media serviles parce que faisant partie du lot, pseudo intellos ou autres experts aussi, j’en oublie sans doute, font partie du spectacle depuis trop longtemps et d’autant plus que le terrain sur lequel ils ont planté leur tente ( appelé terre ) se meurt !!
    Et si les peuples s’organisaient enfin ( Porto Allègre , indignés and co ?) pour proposer de démonter cet édifice ..,et en construire un neuf pour le plus grand profit d’un maximum de spectateurs… acteurs vraiment pour une mondialisation ..sociale ?

  12. Suite …à propos des médias serviles…
    Extrait de CADTM …
    http://www.cadtm.org/L-OFCE-exigera-la-transparence-sur

    …’’ Le Monde Diplomatique 30 mars 2012

    Quelques semaines après la parution d’une enquête consacrée à la collusion entre économistes et institutions financières privées dans les colonnes du Monde diplomatique, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) vient d’adopter une nouvelle charte déontologique. L’organisation — un centre de prévision, de recherche et d’évaluation des politiques publiques créé au sein de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) — exigera désormais de ses collaborateurs qu’ils révèlent leurs conflits d’intérêts. « Un expert peut-il, “en toute indépendance”, prôner la dérégulation financière quand il occupe simultanément un poste d’administrateur dans un fonds d’investissements ? », interrogeait Le Monde diplomatique en mars 2012, après avoir observé que « nombre d’universitaires invités par les médias pour éclairer le débat public (…)sont rétribués par des banques ou de grandes entreprises ».
    … Désormais, indique le communiqué de l’OFCE (daté du 28 mars 2012), les auteurs proposant un article à l’organisation devront « faire état de toute somme perçue (salaire, honoraires, remboursements de frais) et de tout avantage en nature reçu au cours des trois années précédant la soumission d’un montant supérieur à 2000 euros provenant d’une partie intéressée à l’article soumis ». Mais les contributeurs devront également mentionner leurs « fonctions, rémunérées ou gracieuses, au sein d’organisations ou institutions privées ou publiques dont l’objet est en rapport avec le sujet de l’article soumis ». L’OFCE précise que « ces informations figureront le cas échéant sur la première page de l’article publié, à côté des affiliations académiques de l’auteur(e) ». Elle avertit : « Dans l’hypothèse où il apparaîtrait après coup qu’un(e) auteur(e) aurait failli à son devoir de transparence tel que défini ci‐dessus, la Revue de l’OFCE se réserve le droit de retirer l’article concerné et de rendre cette décision publique. »De telles dispositions rompent avec le fonctionnement routinier des principaux médias français, où les économistes Daniel et Elie Cohen, Jacques Mistral, Olivier Pastré ou Christian Saint-Etienne sont régulièrement identifiés par leurs seuls titres « universitaires », sans que soient évoquées leurs fonctions — éminentes — au sein d’entreprises directement impliquées dans la dynamique économique et financière dont ils se disent les observateurs neutres.

    On attend donc l’annonce de décisions similaires de la part des deux associations françaises d’économistes (l’Association française de sciences économiques [AFSE] et l’Association française d’économie politique [AFEP]), du Centre d’observation économique et de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Coe-Rexecode, proche du patronat français), sans parler des directions éditoriales des grands médias français — à commencer par les chaînes de télévision et les radios de service public. Le Monde diplomatique ne manquera pas de suivre les avancées de leurs réflexions dans ce domaine.
    ….

Les commentaires sont fermés.