FUKUSHIMA : "Pendant les travaux, la contamination continue", par François Leclerc

Billet invité

Le typhon Ma-On, qui menaçait la centrale sinistrée de Fukushima, l’a finalement épargnée pour aller se perdre dans l’océan. Comme lors de l’épisode précédent, des mesures de fortune avaient été prises par Tepco, l’opérateur, n’empêchant pas le niveau de l’eau contaminée de dangereusement monter dans les sous-sols en raison des pluies diluviennes.

La vulnérabilité des installations dévastées est grande, aux pluies tropicales mais sans doute bien davantage encore à de nouveaux séismes, dont il est impossible de prévenir les conséquences sur les structures des enceintes de confinement, au fond desquelles reposent des coriums.

Ce qui n’empêche pas les autorités politiques, en mal de reconnaissance, de s’allier avec l’opérateur de la centrale pour affirmer aux Japonais que la première étape de sa reprise en main a été atteinte. En réalité, le système de décontamination de l’eau, sur lequel repose tous les espoirs d’installation de nouveaux circuits de refroidissement des réacteurs en circuit fermé, est loin de fonctionner avec le rendement prévu. Ce qui au mieux va sérieusement retarder la suite des opérations.

La démonstration a été largement faire, durant ces quatre derniers mois, que les incidents intervenant dans les installations nucléaires, dès qu’ils atteignent une certaine proportion et a fortiori n’ont pas été prévus, sont très difficilement maîtrisables. Quand ils le sont. Remettant à leur juste place toutes les affirmations péremptoires sur la sûreté nucléaire. Ce qui permet de mieux apprécier la balance exacte entre les risques encourus et les avantages présumés.

Une seconde éclatante démonstration est en cours, qui montre la vacuité des mesures de protection de la population. La centrale a dégagé – et continue de le faire, à moindre échelle – une importante contamination radioactive dans l’atmosphère, sur terre et dans l’océan. Des inquiétudes, voire des polémiques, se sont manifestées à propos de la qualité des mesures officielles et des dispositions qui ont été prises en conséquence : une zone d’évacuation de 20 kms et une zone de 30 kms intitulée « zone de préparation à l’évacuation d’urgence ».

Mais ces mesures élémentaires ont été déjouées de multiples manières. Il est ainsi apparu que la contamination ne respectait pas les règles de la géométrie et n’avait que faire des cercles parfaits des zones ainsi délimitées. Le gouvernement, qui voudrait lever certaines restrictions dans la bande des 20-30 kms autour de la centrale, va tardivement évacuer de nouvelles zones au Nord-Ouest de la centrale. Il résiste fermement aux demandes d’évacuation des enfants et des personnes âgées formulées avec insistance dans la préfecture (région) de Fukushima.

Mais un gigantesque problème est arrivé là où il n’était pas attendu. Près de 1.500 bovins contaminés ont été ou allaient être livrés à la consommation dans tout le pays. Et il est immédiatement apparu que toutes les mesures de contrôle et d’interdiction à la consommation du bétail provenant de la région de la centrale ne résoudraient rien, car ces boeufs proviennent d’exploitations réparties dans tout le pays. Leur contamination provient de l’ingestion de paille de riz, livrées par des fermes des environs de Fukushima. Au total, ce sont des dizaines de fermes réparties dans huit préfectures qui ont nourri leur bétail avec de la paille de riz contaminée au césium.

Pendant les travaux, la contamination continue ! Sauf à mettre sous cloche une région toute entière, la radioactivité se propage via la chaîne alimentaire. Les boeufs ont ouvert sur terre la voie, que va-t-on découvrir dans la mer, dont les poissons, crustacés et algues forment l’ordinaire des Japonais ?

La seconde démonstration que la catastrophe de Fukushima est en train de faire est qu’il n’est pas possible de contenir une telle contamination, dont la propagation impose des quarantaines très strictes et, en ce qui concerne la mer, encore plus problématiques pour leur mise en oeuvre.

Le complexe électro-nucléaire japonais vient de réaliser un coup double et de mettre en évidence qu’il n’était pratiquement prêt ni à assurer la sécurité de ses installations, ni celle de la population. Ce qui ne l’empêche pas de chercher à obtenir la relance des centrales arrêtées, en actionnant tous ses leviers, les connivences et les complicités dont il bénéficie au sein de l’appareil d’État et du monde politique.

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54 réflexions au sujet de « FUKUSHIMA : "Pendant les travaux, la contamination continue", par François Leclerc »

    1. Merci à Lou pour l’article sur Fukushima . Pour les feignants en voici quelques lignes : Voici les explications fournies par M. Masashi Goto, ex-technicien nucléaire chez Toshiba :

      « L’épaisseur des parois des cuves de pressurisation est d’une dizaine de centimètres. Mais les enceintes de confinement ne font pas plus de 30 millimètres d’épaisseur. La pression des cuves est calculée pour supporter une pression de 70 unités mais la pression à l’extérieur ne peut en excéder 4. Si le combustible devait fuir au point de faire fondre la cuve de pressurisation, l’enceinte de confinement ne résisterait pas. Et qui plus est, le bâtiment extérieur et les murs en béton du sous-sol.

      Comme nous l’avons dit plus haut, rien n’a été construit en cas de fonte d’un réacteur, ni au niveau des enceintes, ni au niveau des cuves. C’était dès le départ un échec assuré. C’est pour cela qu’il faut envisager des mesures pour le cas où nous entrerions dans la phase « melt down » car ce n’est qu’une question de temps pour que le corium s’échappe des cuves, perce les enceintes extérieures et s’infiltre dans les sous-sols de la centrale.

    2. Autre extrait de l’article envoyé par Lou, qui opère une déduction relevant de l’évidence, mais il est des évidences si terribles qu’elles sont à souligner (« et tout ce qui est en contact avec ces nappes ») tant on peine à les entendre, même derrière un prudent « si » :

      Le plutonium qui se dépose facilement dans l’eau est une substance radioactive relativement lourde. Si le combustible s’est infiltré dans les eaux souterraines, ce sont les rivières les lacs, les puits, la mer et tout ce qui est en contact avec ces nappes qui vont être contaminés. Et en plus, le niveau de radioactivité est tellement fort que l’homme ne peut pas s’en approcher afin de faire un rapport de la situation.

  1. Qui dit contamination dit cancer (ou risque de), maladie souvent mortelle donc.

    En cas d’ accident nucléaire, qui d’ entre nous sait ce qui serait mis en place par les « autorités »?
    Quelles indemnisations éventuelles pour les familles des victimes, les victimes ou les déplacés?

    Ceci c’ est passé au Japon. Et que voit-on? Des demi mesures, de l’ improvisation et bien sur les habituelles connivences et complicités.

    En attendant j’ ai toujours mis ça sur ma boîte aux lettres.

    .http://agirpoulenvironnement.kiubi-web.com/catalogue/Autocollants-environnement/autocollants-nucleaire-non-merci.html

    Sait-on jamais, ça pourrait servir .. 😉

  2. Bonjour,

    Hans Jonas, le principe de responsabilité, Le Cerf 1990
    Citation :
    « Ecrite dans les années ’70, la thèse de Hans Jonas sur le besoin d’une éthique basée sur le principe responsabilité est plus que jamais actuelle. Les menaces qui pèsent sur l’humanité – en particulier en ce qui concerne les rapports entre l’humanité et la biosphère – se sont aggravées. La prise de conscience de ces menaces et du caractère irréversible des implications de certains choix technologiques ne peut que faire naitre la peur. Mais, comme le souligne Jonas, la peur est, elle-même, « l’obligation » préliminaire d’une éthique de la responsabilité. C’est la peur qui sous-tend la question par laquelle commence la prise de responsabilité : « que lui arrivera-t-il, si moi je ne m’occupe pas de lui ? ». C’est une peur qui invite à agir et s’accompagne de l’espérance : je suis prêt à faire ce qu’il faut pour éviter le pire. Il s’agit ici du « courage d’assumer la responsabilité », en transformant sa propre crainte en devoir d’agir. »

    La face empreinte de religiosité de H. Jonas ne me concerne pas, mais son approche de l’impasse technologique si. Elle a d’ailleurs déchainé la haine du monde marchand, brandissant son arme favorite : précaution = régression.

    Son principe de responsabilité, dont découle le principe de précaution :
    « Dans la pratique, cela signifie que doit être interdite toute technologie qui comporte le risque — aussi improbable soit-il — de détruire l’humanité ou la valeur particulière en l’homme qui fait qu’il doit exister. (Wikipédia)

    Delphin

  3. Le lobby electro nucleaire à parfaitement raison !

    Ayant constaté qu’il y avait beaucoup trop de Japonnais pour trop peu d’électricité, il met en oeuvre des mesures courageuses tout à la fois à moyen et long terme et des mesures à court terme.

    Les mesures à court terme, c’est bien évidemment la relance (temporaire) des centrales nucléaires qu’il est possible de redémarrer, ce qui permettra une stabilisation de l’industrie et un mieux être général de la population, tout particulièrement pour celle actuellement privée des revenus de son activité.

    Les mesures à moyen et long terme, comprennent les mesures d’éloignement des populations productives et celles de sélection naturelle des populations non productives ou à productivité réduites qui peuvent rester plus longuement exposées dans la mesure où elles sont amenées à moins contribuer à l’effort de rétablissement national.

    Il est à remarquer que les principes de la médecine homéopathique sont pleinement mis en oeuvre ce qui permet de renforcer le potentiel de résistance à long terme des habitants des zones
    de confinement.

  4. DEVOIRS DE VACANCES (pour ceux qui en prennent)

    1) Lire « la réalité de la réalité » de Paul Watzlawick (1978).
    C’est un chef d’œuvre. Cf. un aperçu ICI

    2) Lire « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009), par Paul Jorion

    3) Comparer le travail de l’anthropologue et du psychiatre, notamment leur humour.
    4) Rendre compte ici-même des apports et des faiblesses de l’un et l’autre ouvrage

    1. Mmgrmbl

      Lire plutôt Antonio Damasio (sur le libre arbitre et la neurologie moderne(*))
      un peu de Jeremy Rifkin parce qu’il balaye large (se désintoxiquer après).
      Richard Sennett  » Ce que sait la main » : le cerveau est aussi dans notre main.

      Flore Vasseur ce matin sur France Q recommandait de lire le Lordon sur Marxisme, désir et servitude.
      Mmoui, mais le « conatus » me laisse un peu sur ma faim, inachevé, ce truc.

      (*)Antonio R. Damasio, Spinoza avait raison : joie et tristesse, le cerveau des émotions, Paris, Odile Jacob, 2003, 346 p. (ISBN 2738112641).
      Descartes avait tort, et Spinoza raison : l’esprit et le corps ont des racines communes…
      Antonio R. Damasio, L’autre moi-même – Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, Paris, Odile Jacob, 2010, 416 p. (ISBN 2738119407)

      1. Retour d’expérience, comme dit l’ISN (Institut de Sûreté Nucléaire), lorsqu’un nième accident a décontenancé nos chers experts :
        J’ai donc parcouru l’excellent extrait de « la réalité de la réalité », puis jeté un coup d’oeil sur la critique des « falsificateurs » et lu l’extrait du roman , tout ça en préparant une excellente sauce tomate « à l’italienne » : tomates fraiches versées sur du beefsteak haché revenu façon viande hachée dans de l’huile d’olive et deux oignons échalotte émincés + petite courgette émincée, navet en lamelle , aubergine en carrés, poivron, bouquet garni, ail… Cuisson 2,5 h à feu doux, en remuant très souvent.
        Il me reste à me pencher sur Antonio Damaso (Rifkin a même présenté chez « Paris Match », lu chez le dentiste), mais ça sent bon !
        Bientôt, j’écrase au pilon presse purée légèrement, pour conserver « le grain. »

        Merci aux laudateurs,

        Delphin

    2. ???

      A nous de contrôler que l’IRSN , l’INSTN, L’ASN ne noient pas le poisson.
      A commencer par indiquer le bon !!!
      Merci

  5. @tous
    Pour ceux qui hésitent encore, ou pour ceux qui veulent choisir en toute connaissance avec le maximum d’arguments, il faut lire cette étude sur le nucléaire Français, elle est fort bien documentée, très bien écrite et elle mélange l’histoire, la stratégie, la technique et l’économie (112 pages qui se lisent comme un roman) elle a été rédigée juste avant FUKUSHIMA, on ne peut pas accuser les auteurs de surfer sur cette vague.

    http://www.global-chance.org/IMG/pdf/GC29.pdf

    Bonne lecture aux courageux

    1. Bonjour,

      J’utilise à « tour de bras » GLOBAL CHANCE (en donnant la références) dans mes interventions sur les sites pro-nucléaires comme, par exemple, celui du quotidien affairiste « Les Echos ».

      La réputation de GLOBAL CHANCE est internationale, de plus en plus clairement antinucléaire et poténti’ellement crédible pour les technicistes accrocs au nucléaire car les principaux membres viennent du sérail : Benjamin Dessus, ingénieur et économiste vient du service recherches EDF, Bernard Laponche, polytechnicien a été ingénieur au CEA …

      Ils utilisent les services d’ENERDATA, usine à statistiques internationale, sans états d’âme.

      Delphin

    2. @Hema – le dossier est long mais d’excellente qualité . Rédigé entre autre par l’exceptionnel Bernard Laponche

  6. Cher Monsieur Leclerc,

    En cette fin de matinée, lisant votre post sur la « onzième heure » avec intérêt, comme toujours, je me laissais aller aux rêveries de ceux qui ont le temps, ceux qui n’ont plus d’emplois, et qui déjà sont par trop enfoncés dans l’irréel, dans l’immatériel.
    Parabole des ouvriers de la onzième heure, qu’en pense notre Vigneron ?

    Votre billet de ce matin, en ce jour, et pour ce jour, me semble bien « transparent » et cela m’étonne de vous qui toujours êtes clair, précis, aiguillonné d’habitude.

    En cherchant, de ci-delà, quelques pièces jaunes pour atteindre la réalité de 46, prix d’une demi baquette en ma douce banlieue, je regrettais vos nouvelles noires de Fukushima qui me, qui nous, sortaient de l’irréalité milliardesque.

    En tartinant, cahin caha, un triangle de fromage fondu sur la demi baguette,
    (pour certains dénommé « vache qui rit » tandis que pour les pays de Paul la vache se transforme en « Petit chalet »),
    je lisais Dame Leglue, qui discrètement mais opiniâtrement nous informe de « chose immatérielle puisqu’il s’agit de ce danger « invisible » qu’est la radioactivité » écrit-elle.
    Bon travail de cette journaliste scientifique, bel article sur la discrimination et ces jours derniers une information sur ce livre : « Fukushima. L’Apocalypse et après ? » (Pascal Galodé Editeurs) de Christophe Sabouret, qui fut directeur du bureau de Tokyo de l’Ecole française d’Extrême Orient.

    Paul Jorion ne pourrait-il pas mettre un lien sur son blog pour les miscellanées de Dominique LEGLUE ?

    Lecture donc de votre deuxième post où le dernier paragraphe semble faire écho à ce livre de Sabouret.
    Merci pour votre travail…. même si, sous la dent, la « vache japonaise ne rit plus »…. .

  7. Et bien sûr ,le tout dernier de chez Fairewinds (A. Gundersen)
    http://www.fairewinds.com/.

    Le melt-out (excursion du corium en dehors de ses cages) avait déjà été savamment évoqué sur ce blog avec inquiétude, Si je me souviens bien, il était prévu 140 jours à partir du jour de l’accident pour que le corium s’échappe : on y est plus ou moins.

    Quelle horreur !

      1. comment arrivez vous a lire un texte de loi ??
        Pourriez vous nous en faire un resume en 2-3 phrases svp (pour les faineants tels que moi) ?

        merci

      2. Pour faire très court, si les associations ne comptent pas assez d’adhérents (reçu fiscal à l’appui), par rapport à leur champ d’action effectif et à la population qui y réside, elles ne pourront plus prendre part aux débats sur l’environnement, donc plus de contrepouvoir.

        C’est le cas de la CRIIRAD, qui fait des prélèvements dans une zone peu étendue, et dont les adhérents proviennent de l’ensemble du territoire français, mais ce n’est pas la seule association concernée.

        Pour plus de détails, voyez le lien de Rue 89 :

        http://www.rue89.com/corinne-lepage/2011/07/19/les-assos-pour-lenvironnement-se-font-entuber-en-douce-214879

  8. Nous vivons à Tokyo, banlieue Ouest (arrondissement de Setagaya) et je travaille au centre (Chiyoda-ku). Radio-activité ambiante très raisonnable : entre 0,08 et 0,16 micro-sieverts par heure (depuis les lits des chambres jusqu’aux bas des bordures de béton fermant le jardinet).
    Pas d’inquiétude donc, à ce niveau-là (Annecy ou le Limousin sont plus « radio-actifs » !).

    Mais pour tout le reste, c’est la croix et la bannière :
    – plus de poisson ni de produits de la mer (aucun sushi naturellement) ; ma femme et mon fils de 8 ans raffolent des algues, on en achète des coréennes, ça se trouve…
    – aucun achat de produits issus de 13 préfectures : en gros Tohoku, Kantô et même une partie de Chûbu ou Jôetsu.
    – achats « traçables » pour les autres préfectures, donc, le plus souvent dans des super-marchés de « luxe » sur des produits plutôt chers, pour être sûr de la qualité et du sérieux des fournisseurs (ex. beurre du couvent des Trappistines de Hakodaté à Hokkaidô !)
    – envois de France (sardines millésimées !!) ou d’ailleurs.

    Donc, on s’en sort (mais en fait je n’en sais rien ! ) provisoirement, parce qu’on a un certain niveau de vie et d’informations (recoupées, en plusieurs langues, connaissance personnelle de quelques « spécialistes » ou « insiders »), ce qui n’est pas, hélas, le cas de tout le monde. J’ai un fils franco-japonais de 8 ans et voir les petits enfants de Fukushima-ville ou Kôriyama continuer leurs rondes et leurs jeux dans des écoles à 10, 15, 20 milli-sieverts/an me fend le coeur… des dizaines de milliers, qui mangent à midi, dans les écoles publiques, les produits locaux… ici, ma femme se lève à 6h du matin pour faire le « bentô » de mon fils.

    Et même notre situation de petits privilégiés est précaire : en vérité, on ne peut jamais être sûr de la traçabilité des produits et donc de leur innocuité, ni de la localisation des « hot spots » (il y a du 0,5 micro-sievert de rayonnement/ heure à …12 km de chez nous !), ni … de … rien !

    J’envisage donc une expatriation (car ils sont Japonais) de ma femme et mon fils dans les deux – trois ans qui viennent avant ma propre « repatriation » d’ici 5 ou 8 ans. Solution qu’ils n’envisagent toujours pas, eux…

    (pardon de ces confidences peut-être déplacées et sûrement pas « japonaises » mais beaucoup de Français de Tokyo ou du Japon en sont là aussi, et – après tout – ce blog peut bien les aider à ce niveau-là aussi, des confidences et des interrogations)

    1. Ne vous excusez pas, ce ne sont pas des « confidences » mais un témoignage de vie quotidienne plus éloquent que bien des reportages, analyses ou spéculations.

    2. Je me joins à François pour vous demander comment font ceux qui vous entourent au travail ou hors de celui-ci ?

      Une autre question me brûle : notez-vous des différences de comportement entre vous et les japonais (de souche) ? Autrement dit, avez-vous l’impression que les sentiments de fatalisme ou de révolte vous touchent différemment suivant que vous êtes Gaijin ou japonais ? L’orgueil national semble-t-il souder malgré eux les japonais autour de ce drame ?

    3. Merci Nerima-kun pour ce témoignage…
      Je vivais à Tokyo depuis 20 ans et suis rentrée en France en mars…. Le flou et les discours lénifiants des débuts de l’accident de Fukushima furent la « goutte » en trop…Je dois dire qu’à ce moment-là, je pensais que la situation s’améliorerait en 2-3 mois !

      Mon mari japonais, resté sur place, n’envisage pas une seconde de quitter son pays, ses parents, son job. Pourquoi faire bande à part et partir alors que tout le monde autour de lui continue à vivre normalement dans un déni de façade bien assumé ?
      Dans les bureaux ou ailleurs, on continue à parler boulot, foot ou canicule…Bien sûr que tous sont conscients des dangers mais chacun garde ça pour lui…rien ne doit déborder même si parfois le stress est palpable paraît-il…

      Il y a même honte à dire qu’il n’utilise plus d’eau du robinet depuis mars, que je lui envoie des produits de France et surtout que je ne suis toujours pas revenue !

      Dans l’est de Tokyo, les mesures relevées par les autorités locales (à 0,50cm-1m du sol) dans les cours d’école de l’arrondissement la semaine dernière tournaient autour de 0,2 micro-sievert…seulement 0,2 pourrait-on dire…Les enfants y jouent chaque jour…

      Chaque jour, à la lecture des divers blogs et sites, c’est tristesse et impuissance…

      Voilà… bonne route à vous… et encore merci !

      1. Merci de vos encouragements.

        Que puis-je vous dire ? …il y avait, il y a toujours, plusieurs parti-pris possibles, aussi respectables les uns que les autres…

        Moi, je reste ici : l’environnement immédiat est sûr, nous croyons (c’est de l’ordre de la croyance) pouvoir limiter la contamination, le risque d’aggravation soudaine de la situation à Fukushima n’est toujours pas à exclure mais s’amenuise (je m’informe plusieurs fois par jour et garde la voiture prête, le plein fait) et ce serait tellement dur de refaire sa vie en France, à quelques années de la retraite, alors que mon fils est dans « une bonne école », etc. J’y songe pourtant ; je songe à partir dès que ce sera financièrement possible… dans quelques années. Et d’abord à faire partir femme et enfant ; je leur fais miroiter la classe bilingue franco-japonaise du lycée de St.Germain-en-Laye ; mais ce n’est pas l’enthousiasme !…

        Moi aussi, le spectacle de tous ces enfants me crève le coeur. J’oscille constamment entre trouver les Japonais dans leur ensemble ou bien stupides ou bien admirables, avec toutes les graduations intermédiaires… tant que ça ne s’aggrave pas partout (quid de la chaîne alimentaire et des nappes phréatiques dans les prochaines années ?), les forces d’inertie restent gagnantes…

        Je comprends autant la position de votre mari que la vôtre, gardez vos liens dans le respect et l’affection mutuels.

  9. Comment font vos collègues de travail japonais, vos voisins, les parents des copains d’école de votre enfant, la famille de votre femme ?

    1. …j’ai répondu plus bas, mais d’une manière assez générale. En ce qui me concerne :

      – on peut échanger jusqu’à un certain point dans mon milieu professionnel (université) assez ouvert, polyglotte, bien informé. Mais, vite, on sent les positions prises : celui qui dit que ça ira quand même, avec un grand sourire, que c’était peut-être grave mais qu’on exagère trop maintenant ! ; l’autre qui ne dit rien mais qui s’arrange pour rentrer dans son ancienne résidence du Kansai (Kyoto ou Osaka) 3 ou 4 jours sur 7 et sèche les réunions ; d’autres dont l’univers se limite à leur petit logement de Tokyo et à leur bureau et classes au centre de Tokyo, avec un voyage à l’étranger une fois par an pour recherches ; bien peu de collègues avec qui on peut discuter assez avant, à moins qu’ils soient étrangers (américains, allemands..). Finalement, au bout d’un certain temps, la conversation retombe… chacun se bricole sa politique de vie, dans son coin.

      Par contre, j’ai toujours des échanges suivis avec tel universitaire qui travaille sur la question du voile islamique et de la laïcité en France … il ne paraît pas trop s’intéresser à l’effet Fukushima sur les structures de pouvoir au Japon, c’est bien dommage, un si jeune et brillant politologue…

      – la famille de ma femme : ils ont été estomaqués de nous voir filer à Nagoya dans la petite voiture en pleine nuit, le dimanche 13 mars, puis eux-mêmes sont partis se mettre au vert deux semaines près du Fuji (distance insuffisante si les choses avaient très mal tournées). Depuis, on parle peu ou pas de la catastrophe mais je sais qu’ils font aussi attention que nous à la nourriture et surveillent particulièrement ce que mange et boit leur petit-fils quand il est avec eux… sans paroles, nous sommes sur la même longueur d’onde.

      – l’école : là où va mon fils, aucune contamination particulière. Donc une vie scolaire normale mais je contrôle les excursions (pas de problème jusque là). Ma femme fait son petit panier repas à mon fils tous les matins.

      – parents des copains d’école : milieu socio-professionnel aisé ; beaucoup se sentent concernés, s’informent, sont informés. Le 12 mars, après la première explosion, j’ai dit à ma femme qu’il nous aurait vraiment fallu des pastilles d’iode. Deux heures après, la maman d’un copain de notre fils nous en amenait ; militante écologiste dans le mouvement qui exige depuis des années l’arrêt de la centrale de Hamaoka, elle en avait un petit stock ! …vous voyez qu’il s’agit d’un milieu particulier.

      – les voisins s’inquiètent, comme nous. Ils ont ri (sans aucune méchanceté, au contraire de certains « gaijins » restés à Tokyo vis-à-vis des « flyjins » envolés) quand ils nous ont vu revenir vers le 10 avril… « oh, vous aviez pu partir (période, miraculeuse en l’espèce, des vacances universitaires), comme on aurait aimé nous aussi ! ». Mais depuis, on parle très peu de « tout ça », c’est là ou je ressens le plus la discrétion « forcée » à la japonaise, dans le voisinage. Avec mon petit Radex, j’ai fait de copieux relevés dans la maison, le jardinet, les alentours, rien d’exceptionnel, mais ma femme m’enjoignait d’être discret et… « ce n’était pas la peine de le dire aux voisins » ; j’aurais passé outre s’il y avait eu une radioactivité préoccupante quand même ! 😉

      Mon sentiment est que Tokyo, la conurbation Tokyo-Kawasaki-Yokohama, le Kantô ont eu une chance énorme : le vent n’a tourné vers le sud et sud-ouest que quelques heures durant les 15 et 21-22 mars, apportant une forte contamination passagère (iode-131) précipitée par des averses en quelques points seulement (« hot spots » de Kashiwa, Chiba, etc.). Comment auraient réagi les 30 millions d’habitants de la mégalopole si les taux s’étaient durablement établis à 0,5 micro-sieverts par heure, ou au-delà ?

  10. Ceci ne concerne pas Fukushima ;c’est cependant une nuisance EN FRANCE , à 20 kms de Melun dûe à l’exploration/exploitation des gaz de schiste :  » des témoignages du collectif anti gaz de schiste (départements 77/94) affirment que l’eau aux abords du forage est d’ores et déjà polluée et qu’elle n’est plus potable  » ; pour en savoir plus : site de « le jura libertaire » colonne de droite , le sixième des  » articles récents  » . Intitulé « alerte gaz de schiste en Seine et Marne »

  11. Sur le site de l’Assoc. pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest :  » En qualité de vétéran des Essais nucléai

  12. Courage aux gens du Japon, merci pour l’article. Pour un peu plus haut concernant les centrales nucléaire il est maintenant reconnu que les forages pour le gaz de schiste déstabilisent le sous-sol terrestre à un point de générer des tremblements de terre et d’annuler la fiabilité structurelle des centrales, donc aucun forage ne doit être fait à l’intérieur d’un rayon de 70 km sinon ça devient de la pure inconscience et c’est suicidaire selon des scientifiques.

  13. Dégotée par le site EX-SKF : une animation qui présente une simulation de perte totale de source froide sur un réacteur du type de ceux de fukushima … et qui décrit donc plus ou moins ce qui s’est certainement passé. Hélas la modélisation s’arrête juste après le percement du radier. Quelqu’un saurait traduire l’essentiel du commentaire et des textes incrustés ? … certainement instructif

    http://www.youtube.com/watch?v=wwYk62WpV_s&feature=player_embedded

  14. …je réponds donc à François Leclerc et ThomBilabong (voir plus haut).

    Nous vivons dans un quartier tokyoïte et un environnement professionnel et humain plutôt privilégiés. Là, l’information circule bien, on en parle entre amis, entre voisins, parfois entre collègues (« parfois », ce qui est déjà bien, car le lieu de travail n’est pas l’endroit des confidences personnelles) ; il n’y a pas de tabous… pas trop…

    Mais c’est un milieu particulier.

    La vie à Tokyo et dans le Japon (encore) pas touché par la triple catastrophe est absolument normale, c’est …hallucinant.

    Réfugiés dans un petit hôtel de Nagoya pendant la semaine de tous les dangers (13-19 mars) avant d’être rapatriés en France pour quelques semaines par l’ambassade (dont je félicite l’action) et l’Armée de l’Air, nous étions déjà stupéfaits, ma femme et moi, de voir à quel point tout fonctionnait sans inquiétude et dans la tiède efficacité japonaise, dans cette grande ville de Nagoya à 300 km de Tokyo, dans son centre chic (grands hôtels, grands magasins plus spacieux encore qu’à Tokyo). Quel contraste alors avec nos mortelles inquiétudes, de voir la bonne bourgeoisie consommer du luxe, de nous voir nous-même – épuisés, névrosés – acheter des jouets chers pour l’enfant, manger dans les bons restaurants, faire du tourisme gastronomique en faisant chauffer la carte plastique !
    Je sentais alors en moi une forme de mépris, pour moi-même, bientôt « flyjin », et pour tous ces Japonais apparemment non-affectés, détendus et rigolards, sortant des bars, passée une certaine heure.

    Depuis, je me suis dit que c’est ça la force du Japon : tant que, dans son coin, tout va bien, on fonctionne à fond sans ces états d’âme dont nous, Occidentaux, faisons toujours grand cas. Un membre du Japon a beau être sévèrement atteint, le reste du corps doit continuer de fonctionner. J’ai aussi appris que la préfecture d’Aiichi (Nagoya) est en pointe pour l’aide à Fukushima…

    Nous avions vu cela à l’oeuvre à Kobé en 1995 ; nous regardions la catastrophe sur les écrans à Tokyo, un peu comme si c’était le Rwanda ! Mais la reconstruction fut rapide et impressionnante. Et certaines leçons (sur l’impéritie des autorités, sur les procédures de secours, sur la participation des bénévoles, sur les normes sismiques à revoir, etc.) furent quand même honnêtement tirées.

    Mais le problème pour le corps Japon c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple coup, même fracture ouverte, donné au membre Fukushima… c’est tout le membre qui pourrit lentement et risque de gangréner. Cas nouveau pour l’organisme Japon, pour sa petite tête habitée de responsables contradictoires, politiciens, hauts fonctionnaires et lobbies. Une nouvelle fois (comme en 33-45, comme en 90 après l’éclatement de la bulle), la structure de pouvoir au Japon pose problème (cf. l’ouvrage de Karl Van Wolferen de 1988 sur les administrateurs). L’incompétence, l’inertie voire la corruption par le lobby nucléaire restent la marque des hauts administrateurs, qui ont gardé l’essentiel du pouvoir dans ce pays. Traditionnellement, le premier ministre n’est à peu près qu’un pantin, j’ose le dire, un paravent, une résultante des forces cachées. Dans ce contexte, je comprends bien à quel point Naoto KAN a pu paraître inepte, et il a pu l’être en effet. Mais je ne lui jette pas la pierre : il a mobilisé, dès les premières heures de la triple catastrophe, 100 000 hommes des « forces d’auto-défense » qui servent enfin à quelque chose ; il a arrêté, de sa propre initiative (concert de critiques !) la redoutable centrale de Hamaoka, au sud-est de Tokyo ; il a lancé des paroles irréversibles sur le nécessaire redéploiement énergétique du Japon, la nécessité de contrôles accrus (stress tests), etc. Il sait qu’il est condamné mais me paraît faire …un peu, …ce qu’il peut malgré ses limitations personnelles et fonctionnelles.

    Certains médias japonais font correctement leur travail. Je pense, par exemple, à l’hebdomadaire AERA au sein du groupe Journal Asahi, qui vulgarise très bien les questions scientifiques sur la radio-activité, publie des cartes précises, rend compte des débats et présente les mouvements d’une société civile en plein bouillonnement, se fait aussi l’avocat des citoyens inquiets (ex. http://www.aera-net.jp/summary/110619_002443.html titre : « Ces mères qui luttent contre un « ennemi » invisible ») dont il multiplie les interviews.

    Par conséquent, l’information se trouve pour ceux qui veulent bien aller un peu à la pêche.

    Les gens concernés s’organisent à la base, sans rien attendre des autorités préfectorales et gouvernementales …comme d’habitude, dirais-je (faiblesse insigne de l’Etat japonais dans l’histoire, en tout cas en ce qui concerne la protection de ses populations).

    Ainsi, à la mi-juin, se tenait une réunion de mères de famille de la ville de Fukushima amenant leurs enfants pour enquêtes et diagnostics faits par des médecins indépendants.

    On apprend que les cas de saignements de nez, de migraines, d’allergies et, d’une manière générale, d’affaiblissement multiforme du système immunitaire, se multiplieraient chez les enfants mais aussi les adultes, jeunes ou moins jeunes.

    Voici le lien vers un dossier-reportage d’un media-internet écologiste japonais (Our-planet-TV – 14 juillet 2011) :

    http://www.youtube.com/watch?v=kNnZ6Lb_06s

    (…vers 6′ 30″ : journée de diagnostics – confirmation d’inflammations de la gorge et d’affaiblissement du système immunitaire – des mères de famille en sortent renforcées dans leur décision de quitter tôt ou tard la préfecture – puis, on parle du rapport Yablokov, ignoré par l’IAEA et l’OMS, mais qui expose des prémices semblables chez les enfants des régions contaminés par Chernobyl dans les premiers mois suivants la catastrophe de 86 – centaines de cas signalés à l’association – répartition sur une figure-mannequin des cas rapportés, etc. …en fin d’entretien, la personne de Fukushima interviewée fait part de son incrédulité face à l’attitude « inhumaine » des autorités qui laisse la population de pratiquement toute la préfecture de Fukushima en l’état, soumise à des taux de radio-activité supérieurs (+ 1 micro-s/h) à ceux qui justifièrent l’évacuation en Ukraine ou Biélorussie)

    …il y a donc tout un faisceau de preuves et de présomptions, auquel s’ajoutent les récentes découvertes sur l’énorme contamination de la paille de riz et des bovins du sud de la préfecture, pourtant vendus et consommés dans tout le Japon, faisceau qui montre à quel point la radio-activité est importante et persistante dans les grands centres urbains de la préfecture (villes de Fukushima, Koriyama, etc.).

    L’information est donc là, qui confirme tout ce qu’on pouvait craindre. Mais la majorité l’ignore :

    – ignorance naturelle : respect et confiance persistants, malgré les scandales incessants, envers les autorités – faible niveau éducatif de certains – quotidien difficile pour d’autres pris par le travail ou la survie (le Tohoku est une des régions les plus pauvres du Japon, pays qui aurait d’ailleurs un niveau de pauvreté supérieur à la France !).

    – ignorance assumée : « nous sommes au-dessus de ça » ; « ganbarô Nippon » = « tiens bon, Japon ! », ou, plus exactement traduit, « tenONS bon, Japon », sticker qu’on voit un peu partout, sur les taxis, etc. ; bref, une résurgence du même nationalisme émotif et sentimental qui mena le Japon au désastre en 43-45 – refoulement psychologique hélas compréhensible : comment évacuer et reloger entre 300 000 et un million de personnes et leur donner les moyens d’une autre vie ?

    …en dehors des zones d’exclusion ridiculement étroites officiellement reconnues et dont les réfugiés peuvent bénéficier de certaines aides, parcimonieuses et contradictoires (certains foyers pauvres redeviennent imposables à cause des aides reçues..), rien ne paraît être fait au-delà – contrairement à l’URSS ! – pas même une sorte de reconnaissance officielle, en faveur des dizaines de milliers de gens qui, silencieusement, dans leur coin, commencent à émigrer et perdent tout, à bout d’angoisse. L’inepte Shun.ichi Yamashita, célèbre pour ses déclarations ahurissantes (pas de problème à moins de 100 ms/an, la radio-activité n’atteint que les gens tristes et soucieux, etc.) vient d’être nommé vice-président de l’université de médecine de Fukushima.

    Beaucoup est fait, subtilement et en comptant sur la passivité « naturelle » (culturellement et politiquement entretenue) du peuple, pour noyer le poisson radioactif, faire comme si, reprendre le fil productif de la vie japonaise (les constructeurs automobiles ont déjà dépassé les objectifs de reprise de production qu’ils s’étaient fixés). À l’inverse, une frange de la population, urbaine, informée voire internationalisée, participant de près ou de loin aux destinées du pays, sait assez précisément, elle, ce qui se passe et agit en conséquence.

    La tant vantée solidarité japonaise existe jusqu’à un certain point dans le quotidien, certainement enviable à ce niveau-là pour des Européens… et puis vient le point où c’est le cruel chacun pour soi, en silence, en sourire…

  15. Bonjour,

    Nous ne sommes toujours pas sortis de l’animalité dominants/dominés, contrairement à ce que nous aimerions croire.

    Les conséquences des désastres technologiques qui vont s’accentuant, impossibles à dissimuler – à la différence des temps antérieurs, car nous progressons dans le potentiel destructeur (effet boule de neige technique), mettent donc à jour le froid cynisme qui caractérise le dominant de toute époque.
    Pour la première fois dans l’histoire humaine, il devient impossible aux dominants de transformer en contes plausibles la sordide réalité que leurs coupables activités de profits déguisés en intérêt général génère.

    Ce comportement, dont la nuisibilité a toujours dépassé les possibilités d’appréhension des gens ordinaires, tellement c’est loin d’eux, abusait facilement les victimes ne demandant qu’à croire aux fables rassurantes construites à leur encontre (ex. :Les Nazis des monstres hors norme, et pas le produit d’un monde en déliquescence suite à la crise du monde capitaliste de 29)

    Parce que le maquillage rassurant devient matériellement impossible, les yeux incrédules de la masse des victimes commencent brutalement à s’ouvrir sur l’impensable réalité, suscitant révolte et conscience de la nécessité de ne plus s’en remettre aux dominants.

    De grands changements se préparent, à la mesure des périls qui montent.

    Le Japon me semble l’archétype de ce que je viens d’énoncer : Dominants d’un cynisme inimaginable pour tout-un-chacun (c’est pour ça que ça passe), dominés historiquement aliénés, victimes consentantes au point d’être souvent le bras armé des dominants.

    NB : 1°- Quand la stratégie de dominance des dominants pour accroitre leur dominance par l’enrichissement coincide également peu ou prou avec l’intérêt des dominés (ex. production de médicaments plus efficaces), c’est « gagnant – gagnant », comme dirait NKM (dominante subtile), et c’est souvent comme ça puisque cette stratégie est la plus facile à mettre en oeuvre.
    2°- Il y a beaucoup de gens « biens » chez les dominants; les dominés ne sont pas « blancs comme neige », car on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

    (déjà publié sur le « Bistro Bar Blog », mais ce témoignage m’incite à republier).

    Amicalement,

    Delphin

  16. Je viens corroborer le témoignage de Nerima-kun. Je constate tristement que les seuls qui auront peut-être une chance de s’en sortir au bout du compte sont ceux qui pourront. …sortir du Japon, c’est-à-dire une fois de plus les plus favorisés et les plus diplômés. Là où j’enseigne, à Tokyo, des collègues japonais qui se sont un peu lâchés à l’occasion d’un dîner joyeux et assez arrosé ont avoué chercher des postes à l’étranger pour partir définitivement et le plus vite possible. Ce ne sera pas donné à tout le monde, mais la tendance est bien là.
    Moi qui ai passé toute ma vie adulte au Japon et vécu dans ce pays plus longtemps qu’en France je me vois contrainte de réfléchir à un départ anticipé. Tout est bouleversé, on est très mal, il faut du temps pour réaliser ce qui nous arrive et nous organiser en conséquence. Que dire des Japonais du Nord-Nord-Est qui n’ont pas d’autre choix que rester dans ce pays, qui ont de jeunes enfants pour lesquels ils ont tout à craindre et qui ne reçoivent aucune aide à a relocalisation ? L’URSS avait fait mieux, en effet…
    Je ne sais pas ce qui nous attend.

    1. @ Nerima-kun, tokyoite, Mejiro-Hime
      Merci d’avoir pris le temps de témoigner humainement, au plus près du quotidien.

  17. Dans le cadre de l’empoisonnement des animaux que nous mangeons par tous les moyens possibles, voici ceux qui se font sans publicité mais ….
    source http://www.criigen,org
    Des études montrent que les animaux nourris avec les OGM commercialisés ont des problèmes organiques

    Une nouvelle publication analyse 19 études sur des mammifères nourris avec du soja et du maïs OGM commercialisés. Ceux-ci représentent plus de 80% de tous les OGM cultivés à travers le monde. Cette recherche montre des signes de toxicité sur les foies et les reins. Cet article signé par l’équipe du Pr Gilles-Eric Séralini est publié dans le journal « Environmental Sciences Europe » (2011, 23, 10-20).

    Les auteurs ont étudié les données obtenues essentiellement suite à des tests faits sur des rats nourris pendant 90 jours par des compagnies de biotechnologies. Ces données comprenaient les paramètres biochimiques du sang et de l’urine de ces mammifères nourris aux OGM tolérant à un herbicide et/ou produisant un insecticide. Ces dernières ont été obtenues en particulier à la suite d’actions en justice et de demandes officielles, ou de la bibliographie scientifique.

    Bien que les tests ne prouvent pas une toxicité chronique des OGM puisqu’ils se limitent à une durée trop courte choisie par les industriels de 90 jours, les auteurs néanmoins mettent en garde sur les résultats observés dans les reins et les foies et qui pourraient signifier l’apparition de maladies chroniques : sur un total de 9% de paramètres perturbés, 43% se concentrent sur les reins des mâles. Ils suggèrent que des études prolongées et plus détaillées soient menées. Les auteurs précisent qu’à ce jour aucune durée minimale n’est encore obligatoire pour les tests sur aucun des OGM cultivés à grande échelle, cela est socialement inacceptable en terme de santé publique.

    Les auteurs suggèrent également une alternative aux essais d’alimentation conventionnels afin de comprendre la signification biologique des différences statistiques. Cette approche permettrait d’éviter des résultats « faux négatifs » et « faux positifs » dans le but d’améliorer les évaluations de sécurité des OGM agricoles avant leur commercialisation pour la culture et l’alimentation des humains et des animaux, mais également pour les importations. C’est à ce jour l’étude la plus complète sur ce sujet.

    Référence de l’article : http://www.enveurope.com/content/23/1/10

    C’est un peu hors sujet pollution nucléaire mais c’est, de mon point de vue, très semblable.

  18. Bonjour,

    Arnaud Lagardère (qui se met en scène sur Internet) embarrasse beaucoup la tribu des dominants car il porte atteinte à ce qui fonde leur pouvoir : l’image.

    Pour être crédible, un dominant doit apparaître compétent, pénétré de ses responsabilités et surtout discret..

    Le nucléaire, depuis Fukushima, embarrasse beaucoup la tribu internationalisée des dominants.
    Ses membres français, piégés par la dépendance qu’ils ont eux même créée dans l’espoir , toujours vain, de marché mirifique, savent qu’ils leur situation va devenir intenable.

    Nous finirons donc, nous aussi, par nous désengluer, sachant que le temps qui passe nous enfonce.
    Il restera à gérer l’inconséquence du passé.

    Amicalement,

    Delphin

    1. …ah, désolé, je viens de poster sans voir que votre référence incluait la mienne en quelque sorte… enfin, je donne ci-après un point de vue un peu décalé par rapport à l’indignation légitime – que je partage entièrement, bien entendu – de cet autre Français de Tokyo.

      Mais j’ai peur que les « gens », ici, ne se « réveillent » pas comme il le souhaiterait… il y a tellement, tellement de mécanismes suppresseurs de révolte et d’idéalisation de l’abnégation dans ce pays ! …et il n’est pas rentable de s’indigner individuellement « à l’occidentale » sous peine de finir dans les postures théâtrales dont je parle plus bas (on se retrouve en …groupe.. « anti-groupe »).

      Mais je crois que dans 20-30 ans, le Japon sera autant dénucléarisé que l’Allemagne qui en a fait la fracassante annonce, à petites touches, comme toujours, en dégageant des opportunités de « business » vert, en élaborant une nouvelle doxa sociale, le « sens commun » (« jôshiki ») japonais aux embardées historiques prodigieuses : p. ex. il fallait se tuer en masse pour l’empereur avant le 15 août 45, et puis, le 16, il fallait accueillir dignement le grand barbare envahisseur Mac Arthur avec jus d’orange, sourire et haie d’honneur…

  19. (je poste d’un autre poste)

    Voici le lien vers une confrontation ébouriffante entre « petits hauts fonctionnaires » (!) et « habitants de Fukushima », c’est édifiant ! (sous-titré en anglais)

    http://www.youtube.com/watch?v=rVuGwc9dlhQ&feature=player_embedded

    Une des forces du Japon triomphant des années 80-90 était son archaïsme, l’archaïsme des relations dominants-dominés, où les dominés acceptent la domination car les dominants ne sont pas totalement exploitateurs, sont tenus eux-mêmes dans un réseau, en paraissent légitimes et doivent un certain service envers le bas du groupe (structure féodale classique, cf. époque d’Edo, structure de « société verticale », cf. Nakane Chié, « structure d’indulgence », cf. Doi Takéo) ; grande synergie du groupe et « bienfaits » mutuels et… tout le monde au travail dans « l’harmonie » ! Ce modèle a volé en éclats depuis pas mal de temps maintenant, notamment du fait de l’introduction de l’idéologie néo-libérale sous la pression extérieure (« gai-atsu ») surtout états-unienne pendant l’ère Koizumi, et du fait de la libération tous azimuths des services et des infrastructures (ex. destruction du Japan National Railways en 86).

    Avec l’ingérable crise de Fukushima, crise « ouverte », sans fin prévisible pour des centaines de miliers de gens de la préfecture (pour commencer !), ne restent plus que l’affrontement nu, le non-dialogue exacerbé, la caricature des positions : méprisables petits hauts fonctionnaires qui se sentent en terrain miné et gardent incroyablement le silence, d’un côté, et de l’autre, associations citoyennes au départ légitimes mais qui elles-même se radicalisent (je retrouve les mêmes leaders sur ces vidéos d’une réunion à une autre), se figent en structures qui se théâtralisent (« prenez l’urine » !) et s’extrémisent, un peu sur le modèle de l’ultra-gauche des années 60 (il reste des sectes fossiles au Japon, comme le « chûkaku-ha »), poussées à bout par l’ignominie des administrateurs et leur, véritablement dit, a-pathie.

    Entre ces acteurs-signes, vidés d’humanité, muets ou vociférants, l’immense majorité des gens inquiets, désespérés qui n’ont plus de truchements, n’en ont jamais eu, n’en aurons jamais s’il ne se prennent pas en main pour passer outre le tabou de la contestation, sur le modèle désormais universel de « l’indignation ».
    Le Japon a pourtant une tradition d’indignation révolutionnaire, chamboule-tout, carnavalesque et festive ; après les grands tremblements de terre de l’époque d’Edo ou lors des convulsions du passage à l’ère moderne, je pense au mouvement « ee janaika ! » (« qu’est-ce que ça peut faire / foutre ! »). Je ne suis pas d’accord avec l’innocuité politique de ce mouvement tel que le présente Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Eejanaika

    Précisément une des forces subversives qui pourrait bien opérer au Japon, tant il est vrai que l’esthétique est une pratique de vie ici, ce serait l’art spontané, populaire et revendicatif ; ce genre de happening politique pour mobiliser les consciences : http://www.rue89.com/2011/07/07/des-artistes-nippons-se-rebellent-contre-le-japon-post-fukushima-211613

  20. Bonjour,

    « l’esthétique est une pratique de vie ici, ce serait l’art spontané, populaire et revendicatif ; ce genre de happening politique pour mobiliser les consciences : http://www.rue89.com/2011/07/07/des-artistes-nippons-se-rebellent-contre-le-japon-post-fukushima-211613 »

    Egalement,

    GlobalVoices : le nucléaire en chansons (des artistes de rue et des autres, dont de délicieuses jeunes filles jupes plissées et chaussettes blanches)

    Amicalement,

    Delphin

  21. Un niveau record de radiations a été mesuré entre les bâtiments des deux réacteurs accidentés de la centrale nucléaire de Fukushima, a indiqué lundi la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), exploitante du site mis à mal par le séisme du 11 mars. Selon Tepco, le niveau de rayonnement atteint au moins 10 sieverts par heure à proximité de débris accumulés entre les réacteurs 1 et 2 de cette centrale endommagée par le violent tremblement de terre et le tsunami géant qui ont dévasté le nord-est du Japon il y a près de cinq mois.

    Le précédent niveau le plus élevé de radiations dans l’enceinte de la centrale Fukushima Daiichi avait été relevé le 3 Juin. Il était de trois à quatre sieverts par heure, à l’intérieur du réacteur numéro un. «Nous sommes toujours en train de vérifier la cause de tels niveaux élevés de radioactivité», a expliqué une porte-parole de Tepco.

    Stabilisation toujours prévue pour janvier 2012

    Le gouvernement et Tepco prévoient toujours de stabiliser la situation à Fukushima en conduisant les réacteurs vers un état dit d’«arrêt à froid» d’ici au mois de janvier. Diverses actions se poursuivent depuis l’accident pour faire progressivement baisser la température du combustible, notamment grâce à la mise en place d’un système de circulation d’eau de refroidissement.

    Le site de Fukushima a été victime après le 11 mars d’une série d’avaries, dont des explosions d’hydrogène qui ont détruit une partie des bâtiments et engendré d’importants rejets radioactifs dans l’environnement. Le gouvernement a cependant affirmé récemment que les niveaux de radiations aux alentours de la centrale avaient chuté à un niveau identique à deux millionièmes du pic enregistré le 15 Mars. Environ 80.000 personnes, résidant précédemment à moins de 20 kilomètres de la centrale ou dans des localités (…) Lire la suite sur 20minutes.fr

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