L'actualité de la crise : A CHEVAL SUR LEURS PRINCIPES, par François Leclerc

Billet invité.

Les créanciers ne doivent surtout pas être « mis à contribution », entend-on dire en permanence, à l’occasion du renflouement des banques sinistrées ou des finances des Etats. L’expression fait sourire, car il ne s’agirait pas de leur présenter une addition imprévue, mais de ne rembourser que partiellement leurs prêts, leur faisant assumer les risques qu’ils ont pris et pour lesquels ils ont été rétribués en percevant des intérêts comprenant le montant d’une prime de risque.

Une enquête s’impose : pour quelle raison impérieuse cette « mise à contribution » devrait-elle être rejetée ? Klaus Regling, responsable du fonds de stabilité financière (EFSF), vient d’expliquer que « ce serait une mesure drastique, qui n’est pas en ligne avec l’approche que nous essayons de mettre en oeuvre ». Soit, mais encore ? « Si un gouvernement ne tient pas une promesse dans ce cas, certains pourraient se dire qu’un autre pays pourrait faire de même » a-t-il au final argumenté.

Pourtant, les taux montent dès à présent, sans qu’aucun défaut ne soit constaté, les marchés le justifiant par leur anticipation d’un risque futur. La punition intervient donc alors que le mal n’est pas fait. Dans ces conditions, pourquoi se priver de le faire ?

Mais il y a mieux à constater : les marchés ont adopté des habitudes auxquelles ils tiennent désormais beaucoup. Ils ne veulent plus prendre de risques, considérant que leurs investissements doivent être de facto garantis par l’Etat, qui ne peut faire défaut et doit renflouer les banques. En bonne logique, ce serait donc à eux de rémunérer l’Etat – qui les assure contre le risque – et non le contraire !

Revenons sur terre, si l’on peut dire ! C’est à propos de l’Irlande, que Klaus Regling réagissait en sortant son meilleur argumentaire. Car le feuilleton du sauvetage irlandais est loin d’être terminé.

Le nouveau gouvernement cherche toujours à obtenir une diminution du taux d’intérêt punitif imposé pour son sauvetage de 85 milliards d’euros. Faisant monter les enchères en évoquant la possibilité de restructurer la dette des banques irlandaises – renflouée à très grands frais sur fonds publics – en « mettant à contribution » les actionnaires seniors. Un principe auquel la BCE s’est immédiatement opposée, remisant dans un tiroir un projet de financement des banques irlandaises qui aurait soulagé la banque centrale du pays, qui avait elle-même pris la succession de la BCE pour lui être agréable… Rien n’est simple quand la patate est brûlante !

Le gouvernement a compris le message et fait amende honorable. Il n’est plus question de faire passer les banques européennes créancières à la caisse, les nouveaux besoins de financement des banques irlandaises ayant été opportunément estimés à 24 milliards d’euros, montant entrant dans l’épure négociée au départ. Mais ce n’est probablement que partie remise, car le trou financier des banques reste insondable.

Il reste encore à négocier un autre taux, celui de l’impôt sur les sociétés, assimilé à un dumping fiscal par les Français (qui affichent un taux supérieur sur le papier, dans la pratique en réalité inférieur), qui exigent avec les Allemands qu’il soit relevé, ce que les Irlandais refusent, considérant que c’est leur planche de salut.

Une réunion informelle de deux jours des ministres des finances, du 7 au 9 avril, sur les bords du Danube à Budapest, sera l’occasion rêvée pour tenter de démêler cet écheveau de la finance de haute volée.

Dans le rigoureux respect de ses nobles principes, cela va de soi.

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32 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : A CHEVAL SUR LEURS PRINCIPES, par François Leclerc »

  1. Il y aurait pourtant un précédent : l’Islande.
    Je n’ai pas trouvé de nouvelles récentes, j’avais lu qu’un référendum était à nouveau prévu pour bientot afin de savoir si le pays va (ou non) rembourser les dettes de sa banque Icesace. Mais pour l’instant, je ne pense pas qu’ils aient remboursé quoi que ce soit ?

  2. Une chose est sûre, les Irlandais ont une fois de plus l’impression de se faire empapahouter. Leur nouveau pouvoir biaise sur ses promesses pré électorales.
    D’autre part l’embrouillamini des finances européeennes, de moins en moins bien apprécié par les électorats, surtout tudesque, laisse de moins en moins entrevoir une sortie par le haut… ni par le milieu.
    J’aurai tendance à penser comme E. Todd que l’euro, zombique, n’a plus qu’à numéroter ses abattis.
    On a vraiment le curieux sentiment que toutes les actions entreprises ne le sont que pour faire « passer le temps ».

    1. L’Euro ne semble pourtant pas te ressembler, Mike.

      Car les Bric ont adopté un fonctionnement Euro ainsi que l’ESEA, ainsi que les Pas du Golfe, ainsi que l’accord SUCRE de l’Amérique du SUD.

      Mieux, le « socialiste » DSK du FMI veut nous vendre de la dette sous forme de monnaie commune style Euro et les Chinois ont insisté par deux fois pour que toutes les monnaies mondiales soient indexées sur un panier des plus importantes devises, soit, une monnaie commune.

      Maintenant, si le commun te dérange, essaie d’en apprendre un peu plus sur le RISQUE de change ainsi que sur la guerre des monnaies.

      Fais individuel, c’est le courant libéral à la mode.

      1. Pas compris grand chose Yvan. Probablement parce que je ne suis ni Français, ni en France.

        Le risque de change, de nos jours, ne veut plus dire grand chose. Voir ici

        Et ce n’est que le début.

        Pour la chute de l’Euro je prends le pari.

      2. les Bric

        à mon humble avis, il y a regroupement divers, notamment en Amérique du Sud pour échapper à la loi d’airain du $, soit la politique d’ajustement du FMI …car ils en ont « soupée » …

        Je remarque une fois de plus que l’on parle d’euro, monnaie commune, alors que PSDJ, fait une différence mystérieuse entre monnaie unique = l’euro, et monnaie commune, soit un « autre » euro, en attendant une monnaie mondiale …
        Bref, il y a comme un malaise, car comment « gober » l’affaire de la monnaie commune mondiale, si nous avons déjà une monnaie commune zone euro, que l’on appela monnaie unique, et, qui, comme nous le voyons tous, a grandement fait ses preuves …

        Ah bon, j’ai encore rien compris …

      3. Le retour aux anciennes monnaies individuelles serait problématique mais un EuroSud a taux révisable me paraît pas mal. Il est difficile d’imaginer la France tenter de rester dans le train allemand, elle se trouverait par contre fort bien placée dans un train EuroSud.

  3. Plus j’observe la pauvreté des arguments, que ce soit ceux des vendeurs de nucléaires, des vendeurs de finance ou des vendeurs de guerres, plus j’y trouve un lien avec « l’esprit nuancé » des martiens dans Mars Attack.

    Ca promet pour leur descendance.

    1. Pas tout à fait, Edith.

      Simplement, un commercial devient-il lamentable lorsque l’on découvre la pauvre VERITE de ses arguments.

      La nuance est de taille : nous ouvrons les yeux qu’ils ont toujours essayé de nous garder fermés.

      1. @ yvan

        J’ai bien pris soin de ne pas employer le mot « commercial », ce qui exclu bien entendu tout cadre employé dans ces sociétés.

        Non, lorsque j’emploie le mot « vendeur », je pense à beaucoup beaucoup plus haut … (en terme de pouvoir, s’entend :-), j’aurais d’ailleurs du carrément dire « marchand ».

  4. @mike
    le temps, c’est sensément être de l’argent, autrement dit
    – un moyen de paiement (cash),
    – ou un moyen d’emprunter (levier),
    – ou encore une dette potentielle (option)
    – ou que sais-je encore (je n’ai pas tout compris des subtilités de la finance malgré mon assiduité à ce blog) ?

    Mais le temps n’a plus beaucoup d’importance si l’argent ne vaut plus rien 🙂

    Comme je le disais hier à F Leclerc, pourquoi voudriez-vous que le gouvernement Irlandais et les instances européennes bancaires se précipitent ? Plus ils attendent, plus ils pourront arguer que ce qui arrive n’est pas de leur faute mais de celle du contexte et des autres. Dans un big crunch, tout le monde en prend pour son grade, ce qui est préférable à être quelques uns à prendre plus que les autres.

    Ah !, comme disait Machin, l’Enfer c’est les autres.
    Donc, ici, c’est le Paradis.
    CQFD !

    Prendre son temps, en langage financier actuel, c’est minimiser les reproches qu’on recevra demain. Tout le monde sera à poil, coupables comme victimes, donc forcément cela passera inaperçu.

    1. Pas si faux Bilabong.

      Seulement il y a un moment ou il faut passer à la caisse, ou plus concrètement s’acheter de quoi vivre. Certains vont donc devenir pressés, donc pressants…

      Ceux d’en haut ou ceux d’en bas ?

      1. Passer à la caisse ? Avec quoi ? Rien ? Allons, Mike, ouvrez les yeux !

        Ce qui est certain pour ceux d’en haut : pour l’instant ça va à peu près
        Ce qui l’est moins pour les mêmes : on s’en tirera toujours mieux que ceux d’en bas
        Ce qui rassure les larbins : ceux d’en haut ne sont pas inquiets, donc nous non plus. Et en plus notre docilité et notre confiance plait à ceux que nous vénérons.

        Ce qui rassure ceux d’en bas : ceux d’en haut sont des salauds et ça va durer, donc nous aussi on va continuer à maintenir nos positions

        @+

  5. Négation et mensonges. Souvenez-vous, 93% de ce que vous entendez sur les marchés, la finance et l’économie sont des suppositions, des voeux pieux et des mensonges destinés à vous influencer pour prendre des décisions qui leur permettront de vous vider les poches. Les riches deviennent riches en racontant des mensonges sur les valeurs boursières. Ils détestent le moindre règlement de la Commission des Opérations Boursières qui les oblige à dire la vérité.

    Voici la réalité : en dollars constants (ajustés à l’inflation – NdT), entre 2000 et 2010, Wall Street a perdu 20% de l’argent de vos retraites, soit plus de 10 mille milliards de dollars. Et Robert Shiller, auteur d’« Exubérances Irrationnelles », nous annonce que la troisième crise arrive. Autant vous y préparer dès maintenant.

    Avant de placer encore de l’argent dans les casinos truqués de la bourse, réfléchissez bien sur les six poisons violents qui ont intoxiqué les Super-riches et altéré les esprits qui gouvernent à Washington, dans les entreprises et à Wall Street… et dont « bénéficient » ceux en dessous.

    http://philum.info/51464

  6. J’avais préparé un long post sur la différence entre une caution accordée « de facto » et une caution accordée « de jure ». F. Leclerc écrit fort bien que la caution est octroyée « de facto » par les états ; et non pas « de jure ».
    Mais à quoi bon ? Au point où nous en sommes, plus personne se fout de ces nuances de juriste…

  7. les décisions de report de dettes sur les populations ne sont que des crimes contre l’humanité et doivent être sanctionnées par le tribunal pénal international. AMEN

      1. Monnaie unique:l’€ actuel….les parités des anciennes monnaies de chaque pays européen(faisant partie du club) sont fixées une fois pour toutes(théoriquement…)….1€ =6,55FF….etc
        Donc toute dévaluation de l’€ (qui intéresserait la France et d’autres afin de réduire artificiellement leur dette) pénaliserait l’Allemagne (globa

  8. Hello Francois,

    Faisant suite a sa recente disponibilite en DvD,

    Inside Job, Oscar-Winning Documentary, Now Online (Free)

    ici

  9. Pierre Mendès France n’avait il pas émis l’idée généreuse d’une monnaie étalon incluant les matières premières ?

  10. Ok, « on » ne restructure pas… à cause du fait que les états finiraient par devoir renier leurs engagements. ça promet! comme nous le savons, les promesses (des états) engagent ceux (les citoyens) qui les reçoivent. Mais comme le défaut de paiement des citoyens semble inéluctable, en raison des états surendettés qui ne peuvent relancer, il ne reste qu’un QE à l’infini de la part de la banque centrale.
    Au fond, tout comme les USA et le Japon, je ne vois pas comment la BCE pourra éviter cela.
    Nous sommes, au fond, en train de mettre en pratique un paradigme nouveau qui maintient la dette due sur un plan formel, mais les créanciers sont priés de se contenter d’un paiement en monnaie de singe.
    dans la mesure où ces mêmes créanciers ne consomment pas davantage pour autant, on observera simplement que les quantités de monnaie injectées en haut n’irrigueront pas l’économie mais s’accumulent ailleurs sans circuler.
    Même les bulles spéculatives à répétition n’y changeront rien, car celles-ci ne feront pas davantage circuler cette monnaie dans le contexte actuel.

    1. Tout cela est aussi un énorme échec de l’interdiction faites aux états d’imprimer leur argent. Je vois les QE comme un retour à l’impression de monnaie pour les états. Comme les taux d’intérêts restent, la masse monétaire ne peut que croître et consommer toutes ces impressions de monnaie. Cela va libérer des masses d’argent cherchant un « investissement » rentable et sûr comme une obligation d’état. La spéculation ne peut donc que reprendre. L’inflation par la spéculation va donc repartir et nous paieront par les impôts et par les hausses de prix pour assurer aux actionnaires des dividendes plus élevés. La mécanique est enclenchée.

      Les historiens du futur s’étonneront de notre aveuglement sur ce point. Il faudra de très longues études pour comprendre cet aveuglement. En me référant à ce que j’ai retenu de Michea, je dirais que cet aveuglement est le don fait par nos politiques aux économistes de notre société. Les premiers veillent à ce que les seconds aient les coudées franches. Les seconds n’ont aucune vision d’avenir, aucun sens de la vie à offrir, juste une promesse que s’ils reçoivent plus nous serons tous heureux.

      Est-ce la version libérale du « Grand Soir » communiste ? Un type avait écrit au début des années 90 un livre intitulé « La Grande Implosion ». Je pense que son titre nommera notre époque.

  11. Monsieur Leclerc,

    Je pense pouvoir résumer les beaux principes par « Socialisation des pertes et privatisation des bénéfices ». Tout le reste est de la propagande, de la communication, un travail de relations publiques, un habillage de ce principe sous une forme que nous allons accepter quoique nous en pensions.

  12. Sur le pacte de compétitivité.
    Entretien avec Michel Husson

    http://www.npa2009.org/content/sur-le-pacte-de-comp%C3%A9titivit%C3%A9-entretien-avec-michel-husson

    La conclusion

    Quel pourrait être l’impact politique à moyen terme si ce pacte de stabilité renforcé s’imposait à l’Europe ?

    Cà passe ou çà craque. La facture de la crise ne va pas s’évaporer et l’enjeu est de savoir qui va la payer : soit c’est la finance et ceux qui en profitent, soit c’est les travailleurs. Une offensive aussi brutale peut assommer ceux qui en sont les victimes et conduire à une déstructuration sociale accrue, mais elle peut aussi déclencher une explosion sociale. Tout cela est imprévisible, et le contexte est différent d’un pays à l’autre.

    Le plus grave est qu’en déplaçant au niveau européen la gestion de l’austérité, on ouvre un boulevard à une droite nationaliste et Marine Le Pen l’a compris en faisant campagne pour la sortie de l’euro. Cette impasse n’acquiert une certaine crédibilité qu’en raison du retard pris par le mouvement social dans la prise en charge d’un projet alternatif européen. Combler ce retard est une priorité. En France, l’austérité est relativement modérée par rapport à d’autres pays, parce qu’on est à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. Si l’on veut aller plus loin qu’une alternance résignée, il faut que se dégage une offre dessinant une autre politique.

  13. Marc Touati, directeur général d’Assya Compagnie Financière, revient sur les situations comparées du Portugal, en pleine tourmente, et des autres pays périphériques de la zone euro.

    « Le Portugal va-t-il faire déborder le vase eurolandais ? »

    Après la Grèce en 2009-2010 et l’Irlande fin 2010, c’est au tour du Portugal de faire trembler les fondements de l’Union Economique et Monétaire.

    Et même s’il ne représente que 2.3% du PIB de la zone euro, le Portugal pourrait bien constituer le « verre d’eau qui fera déborder le vase eurolandais ». En effet, à la différence de la Grèce et de l’Irlande qui ont connu presque vingt ans de croissance forte, le Portugal est resté englué dans la mollesse économique. Ainsi, de 1990 à 2007, c’est-à-dire avant le début de la crise, la progression annuelle moyenne du PIB a atteint 2,3 % au Portugal. Ce qui est certes supérieur à la « performance » de la France (1,9 %), mais très inférieur à celle de l’Irlande (6,4%), de la Grèce (3,1%) ou encore du voisin espagnol (3,1%).

    Le comparatif des évolutions de PIB par habitant est encore plus édifiant. Et pour cause : de 1990 à 2007 (donc, une fois encore, avant la crise), la richesse par habitant de l’Irlande a augmenté de 318% en valeur et de 129% en volume. Celle de la Grèce a flambé de respectivement 383% et 53%. De quoi rappeler que la montée en puissance de l’économie hellène s’est aussi accompagnée d’une forte inflation.

    Toujours est-il que le Portugal reste loin de ces performances puisque, de 1990 à 2007, son PIB par habitant a progressé de 187% en valeur et de 37% en volume. Autrement dit, la Grèce et l’Irlande ont tellement « bien vécu » de 1990 à 2007 que la récente crise est certes douloureuse, mais demeure supportable. A l’inverse, le Portugal et les Portugais n’ont pas suffisamment amélioré leur niveau de vie pour pouvoir supporter une nouvelle cure d’austérité.

    Comme c’était déjà le cas en 1990 et en 2000, le PIB par habitant du Portugal reste même l’un des plus faibles de la zone euro. En 2010, il n’était ainsi que de 16 000 euros, contre 21 000 pour la Grèce et 34 900 euros pour l’Irlande. A titre de comparaison, celui de la France n’est que de 31 000 euros. Au classement des PIB/habitant de l’ensemble de la zone euro, l’Irlande est ainsi passée de la neuvième place en 1990 à la deuxième place de 2000 à 2009, pour finalement rétrograder en troisième position en 2010, quasiment à égalité avec les Pays-Bas. Dans ces conditions, l’Irlande paraît la plus à même de sortir assez rapidement de la crise de la dette publique. Et ce d’autant que cette dernière ne représente « que » 93% du PIB irlandais. Un niveau élevé, mais qui devrait se réduire dès 2011-2012 grâce au retour de la croissance.

    Pour la Grèce, ce sera évidemment beaucoup plus difficile. Certes, en matière de PIB/habitant, elle a quitté la dernière place qu’elle occupait en 1990 pour arriver à la douzième place l’an passé, malgré la crise. En fait, son problème principal réside dans une dette publique de plus de 130% en 2010 qu’il faudra tôt ou tard restructurer.

    A l’inverse, si la dette publique du Portugal représente « seulement » 83 % de son PIB (soit environ deux points de moins qu’en France), sa structure sociale apparaît encore plus fragile que celle de la Grèce. Ainsi, d’avant dernier en 1990, son PIB/habitant est désormais dernier de la zone euro. Du moins si l’on met de côté Malte et la Slovaquie, qui étaient évidemment très loin de l’Euroland et même de l’Union européenne en 1990. Pour ne rien n’arranger, le taux de chômage portugais demeure fort et la crise politique qui vient de frapper le pays devrait encore accroître les incertitudes, donc freiner le peu de reprise qui se dessinait depuis quelques mois.

    Dans ce cadre, les taux d’intérêt des obligations d’Etat ont encore atteint des sommets, dépassant la barre psychologique des 8 %. Déjà particulièrement salée, la charge d’intérêts de la dette va donc encore s’alourdir pour avoisiner les 5,5% du PIB en 2011 (après déjà 4% du PIB en 2010). Croissance économique affaiblie, taux d’intérêt en hausse, désordre politique : les déficits publics apparaissent condamnés à rester élevés en 2011 et au moins jusqu’en 2012. D’où de nouvelles dégradations des notations en perspective, puis une tension aggravée sur les taux d’intérêt des obligations d’Etat, donc plus déficits… et le cercle pernicieux continuera.

    C’est alors que les difficultés sociales portugaises prendront toute leur importance. Car si déjà en Irlande et en Grèce, en dépit d’une croissance forte depuis vingt ans, les dérapages sociaux ont été difficiles à maîtriser, la situation risque d’être encore bien plus délicate au Portugal. Dès lors, ce dernier pourrait être tenté de claquer la porte de la zone euro, mettant définitivement en péril l’existence même de cette dernière.

    Comment éviter ce scénario catastrophe ? Il n’y a qu’une issue possible : restaurer la croissance du Portugal et plus globalement celle de l’Euroland. Pour ce faire, il faudra rapidement retrouver un euro normal, c’est-à-dire autour des 1,15 dollar et mettre en oeuvre une politique budgétaire efficace à l’échelle de l’UEM.

    Si les dirigeants eurolandais n’y parviennent pas, le Portugal pourrait bien devenir le maillon faible qui fera exploser la zone euro…

    http://www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=df99704e8d246a65259e23fb127962a9

  14. Les obligations de l’Etat portugais sont en train d’exploser. Les taux atteignent des records historiques.

    Regardez ces trois graphiques :

    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 8,909 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT2YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 5 ans : 10,067 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT5YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,769 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

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