L'actualité de la crise : QUAND LES MACHOIRES SE REFERMENT…, par François Leclerc

Billet invité.

« Un moment fondateur » dans la construction de la zone euro, c’est ainsi que Christine Lagarde, ministre française de l’économie et des finances, a qualifié la réunion de ce jour des chefs d’Etat et de gouvernement des 17. Une manière comme une autre de présenter l’état des discussions en cours et l’absence de tout accord. Puisque l’on commence, on ne peut pas terminer, irréfutable !

Car ce qui a finalement prévalu au cours de la préparation du sommet, c’est la conception qu’il fallait être d’accord sur tout, sinon on ne l’était sur rien, or on en est loin. C’est en tout cas ce qui a résulté de la posture prise par la chancelière Angela Merkel, qu’elle a elle-même résumé en expliquant que tout était de l’ordre du donnant-donnant dans ces négociations .

Mais le tableau serait imparfaitement dressé, s’il n’était pas également évoqué la deuxième mâchoire de la tenaille qui est en train de se refermer, sous la forme des dégradations de note des agences de notation qui viennent opportunément d’intervenir. Vigiles des investisseurs, les agences expriment les intérêts des marchés et ont fait savoir à la veille du sommet que le temps était venu de prendre des décisions.

Devenue prisonnière de son groupe parlementaire, dont l’horizon se limite à des échéances électorales régionales incertaines, Angela Merkel a précisé les contreparties qu’elle entend exiger dans le cadre des négociations en cours. Aux Grecs, elle demande des cessions d’actifs de l’Etat (privatisations), aux Irlandais une hausse de l’impôt sur les sociétés, dans les deux cas afin de desserrer les contraintes auquel leur sauvetage est assujetti. Mais elle va nettement plus loin dans le verrouillage de la situation. Afin d’accepter une hausse des engagements potentiels du fonds de stabilité européen, elle demande fermement que les pays ne disposant pas de la note AAA y contribuent en numéraires et non pas en garanties. Ce qui signifie, par exemple, que l’Etat espagnol – qui a les problèmes budgétaires que l’on sait – devrait procéder à de nouvelles restrictions financières afin d’être en mesure d’apporter sa contribution.

Tout est fait pour que la peine soit lourde, dissuasive dans l’esprit de la chancelière, afin que les récalcitrants soient dans l’obligation de rentrer dans le rang et de réduire leur déficit public en allant sur le marché.

Retoquée sur son pacte de stabilité, dont la nouvelle version affadie a été mise au point par Herman van Rompuy et acceptée par elle du bout des lèvres comme « une base de discussion « , Angela Merkel a déplacé le centre des négociations pour le mettre là où elle bénéficie du meilleur rapport de force. Sur le terrain où il y a urgence, celui de la renégociation des termes du dispositif de soutien européen – pour ceux qui en bénéficient – et son aménagement, pour ceux qui pourraient les rejoindre. C’est tout du moins ce qu’il ressort des fuites provenant d’une réunion à huis-clos du comité des affaires européennes du Bundestag, rapportées par le blog Eurointelligence.

Une autre fuite, rapportée par le Financial Times Deutschland, concerne le Portugal, soupçonné d’avoir dissimulé un « gros trou » dans ses finances, qui n’est pas identifiée et aurait été découvert par la BCE et la Commission. On peut penser qu’il s’agit des dettes des entreprises publiques. Chaque pays a sa manière de présenter sa dette sous son meilleur jour, les Espagnols étant maintenant sous le feu des projecteurs en raison de celles de leurs régions.

José Socrates, le premier ministre, a hier appelé les dirigeants européens à « être à la hauteur » en se mettant d’accord sur le dossier du fonds de stabilité, dans l’espoir qu’une détente de la situation sur le marché obligataire en résultera, lui permettant de ne pas demander à en bénéficier. Le retour de flamme risque d’être brutal à la suite de cette révélation qui rappelle l’épisode grec. Fernando Texeira dos Santos, le ministre portugais des finances a immédiatement annoncé de nouvelles restrictions budgétaires touchant la santé, les prestations sociales et les entreprises publiques, afin d’être en meilleure posture pour affronter les discussions de Bruxelles.

De son côté, le premier ministre grec George Papandréou a demandé que « des décisions fortes » soient prises, afin de « calmer les marchés ». Car la situation devient infernale pour tous les pays de la zone des tempêtes. Au chapitre des bricolages inventés pour essayer de contenir la pression des marchés, après l’utilisation de la formule des émissions syndiquées (dont des banques assurent le placement), les Grecs viennent d’innover et de prévoir une émission destinée à la diaspora.

Du côté des agences, la fête bat par contre son plein. Après la dégradation de la Grèce, puis de ses banques, sont intervenues celle de l’Espagne et de certaines de ses régions, dont la Catalogne. Une déclaration de Christine Lagarde à ce propos justifie encore une fois de s’y arrêter. « Noter et dégrader la note d’un pays comme la Grèce, c’est franchement hors de propos quand on sait qu’ils sont sous contrôle actuellement ». Elle a renchéri ainsi : « Les agences de notation ne devraient pas intervenir et noter des pays qui sont sous contrat avec la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne », demandant également que les mesures d’encadrement des agences de notation soient réétudiées afin d’aller plus loin que les mesures déjà décidées par la Commission en 2010.

Olli Rehn, commissaire en charge des affaires économiques, et Michel Barnier, commissaire des services financiers, ont pour leur part réagi en annonçant de nouvelles mesures « avant la fin de l’été », avec ce commentaire dans leur déclaration commune : « Il est clair que des objectifs des réformes seront de mettre de la diversité dans ce secteur très concentré, de réduire la trop grande confiance accordée aux notes, d’améliorer la notation de la dette souveraine, de régler les conflits d’intérêt. »

En d’autres termes, les dirigeants européens ne sont pas content de ces pressions abusives des agences, qui contribuent à restreindre leurs marges de manœuvre au sein du lent processus d’élaboration de leurs compromis politiques. N’acceptant que les signaux des marchés qui leur conviennent et pas ceux qui les bousculent. Mais quelle faiblesse dans leur réaction ! Christine Lagarde aurait en effet pu croiser le fer plus efficacement en faisant remarquer que ce qui était vrai pour la notation des agences – quel risque présentent les pays sous le parapluie européen ? – l’était tout autant pour les taux exorbitants exigés sur le marché obligataire, qui n’ont pas davantage de justification financière intrinsèque…

Si les dirigeants sont pris en tenaille, que dire des salariés, des chômeurs et des retraités ? Depuis Bruxelles, la Confédération européenne des syndicats (CES), vient de publier une déclaration selon laquelle elle considère « profondément injuste que les travailleurs paient pour les folies des marchés financiers », expliquant que c’est « tout le concept de l’Europe sociale qui est menacé » par le projet de pacte de compétitivité.

Après avoir mis tant de temps à prendre en compte la situation des travailleurs émigrés, qu’ils préféraient à l’époque ignorer, les syndicats seraient fondés à s’intéresser non seulement au sort des « travailleurs », syndiqués ou non, mais également à tous ceux qui trouvent dans les petits boulots au noir les moyens de leur survie. A mesurer l’ampleur de ce que l’on appelle l’économie informelle, un phénomène que l’on croyait réservé aux pays émergents et dont on commence à comprendre qu’il se propage et se développe dans les pays les plus atteints par la crise : en Grèce, en Espagne, au Portugal, ainsi que traditionnellement en Italie… comme dans les quartiers déshérités des grandes villes des pays du Nord de l’Europe !

Faute de se mettre d’accord, les dirigeants européens vont une fois de plus afficher des principes généraux. Repoussant au sommet de l’Union européenne des 24 et 25 mars l’annonce d’un nouveau dispositif. Enfermés dans leurs contradictions, ils continuent de créer de nouveaux problèmes en prétendant résoudre les précédents qu’ils ont eux-mêmes crées. Quand les mâchoires se referment, la corde se tend…

Recommandez par mail Recommandez par mail

Partagez

57 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : QUAND LES MACHOIRES SE REFERMENT…, par François Leclerc »

  1. Vendredi 11 mars, vers 13h30 :

    – Portugal :

    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 6,461 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT2YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,597 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    – Irlande :

    Irlande : taux des obligations à 2 ans : 8,481 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB2YR:IND

    Irlande : taux des obligations à 10 ans : 9,617 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    – Grèce :

    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 17,028 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 12,786 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

      1. The market has been acting very weird all morning, with the oddness culminating in peripheral European bonds as of several minutes ago. Something odd is happening in the shorter end of Portuguese and Irish bonds, where a sudden move sent the curve to an unprecedented inverted levels as if by a fat finger across the board. Note the dramatic move in the 5 Year of both countries’ bonds without any catalytic newsflow, which sent the Portuguese 5 Year to a lifetime high 7.93%. Have the stock HFT algos gone rogue and are now taking over the sovereign bond space?

      1. Annulons les dettes qui enrichissent le monstre à l’agonie.
        En commençant par la Tunisie!
        Le CADTM lancera le 24 mars un appel au Parlement européen pour l’organisation d’un audit de la dette tunisienne

        Le 24 mars 2011, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) et les eurodéputées Marie-Christine Vergiat et Gabriele Zimmer, membres de la GUE (Gauche Unitaire Européenne), organiseront une conférence publique intitulée « L’Union européenne et la dette tunisienne » de 14h à 17h dans la salle A1G3 du Parlement européen à Bruxelles (entrée Spinelli, rue Wiertz).

        Cette conférence, soutenue par ATTAC, le CNCD-11.11.11, EURODAD et le Front du 14 janvier, sera un moment privilégié pour relayer en Europe la campagne pour la suspension immédiate du remboursement de la dette tunisienne, lancée en Tunisie par l’organisation RAID membre des réseaux internationaux CADTM et ATTAC.

        http://www.cadtm.org/Le-CADTM-lancera-le-24-mars-un

      1. La gauche est muette parce qu’elle ne veut pas se déjuger parce que tout cela se fait au nom de l’Europe dont ils sont des partisans inconditionnels même au prix d’un appauvrissement généralisé des peuples. Ces hypocrites feignent de s’étonner de la montée en puissance de Marine Le Pen comme des autres « populistes » dans l’UE dont ils portent une responsabilité égale à celle de la droite et du pouvoir sarkozyste.

    1. Pas du tout!
      A commencer par ce blog.
      La concentration des richesses, CAC 40 et au delà, y est dénoncée régulièrement,
      comme toute la gauche réaliste (personne ne parle du PS qui s’en est exclu depuis longtemps).
      Un exemple sous la main

      Les profits se portent bien.
      communiqué, lundi 7 mars 2011

      82, 5 milliards d’euros de bénéfices pour les entreprises du CAC 40 en 2010 : la crise économique n’a pas empêché les grosses entreprises d’afficher des profits en hausse de 85% par rapport à 2009.

      De son côté, les banques ont cumulé un profit de 21 milliards d’euros en 2010 également.

      40 milliards d’euros ed ividendes devraient être versés aux actionnaires.

      Ces bénéfices record sont à mettre en regard avec la stagnation, voire la régression en terme de pouvoir d’achat, des salaires, des pensions de retraites et des minimas sociaux, pouvoir d’achat miné par les hausses dans le domaine de l’énergie, des produits alimentaires, du logement, notamment.

      La suppression de l’ISF pour 300 000 assujettis et sa révision à la baisse pour les 255 000 restants en rajoutent un peu plus sur l’accroissement des inégalités, l’injustice sociale, l’exploitation des couches populaires pour leur faire payer la crise.

      N.Sarkozy « président des riches » gouverne pour les privilégiés et aujourd’hui ce sont quelques millions de personnes qui vivent avec 750 euros par mois.

      Pour le NPA, une autre répartion des richesse passe par une augmentation des salaires, des pensions, des minimas sociaux de 300 euros net, avec un SMIC à 1500 euros net.

  2. Cela n’a qu’un rapport lointain avec l’article, mais puisque l’on parle des agences de notation j’aimerais poser une question: J’ai l’impression que lorsque les agences ont commencé à dégrader la note des pays, leurs influences sur les marchés ont été importantes tandis que maintenant on ne voit qu’un petit frémissement lorsque cela se produit. Avez vous la même impression? et si oui peut on l’expliquer.

    1. Bonjour,

      Je ne suis pas un spécialiste des marchés financiers, et ceux-ci me corrigeront j’espère s’il se trouve trop d’âneries dans mes propos.
      Mais j’observe avec amusement et intérêt ces marchés depuis plusieurs années, alors même que je n’ai jamais spéculé sur ceux-ci, mais en raison de l’accès rapide à l’information dont disposent nombre d’acteurs sur ces marchés, informations qui apparaissent souvent rapidement sur leurs forums.
      Alors en effet, les marchés paraissent, et c’est un constat général, de plus en plus étanches à l’information économique en général, et de plus en plus portés par leur propre logique, qui ne semble connue que d’eux-mêmes.
      Un premier point explicatif important réside dans le fait que les acteurs intervenants sur ces marchés semblent avoir changés. Très présents jusqu’à ces dernières années, les particuliers ne semblent pas s’être remis d’une déconfiture vécue en 2008, et semblent avoir quittés en nombre la bourse, et ne pas vouloir revenir, alors même qu’ils y sont très incités, car étant souvent bonnes poires …
      Il semble en résulter une baisse importante des volumes sur les marchés qu’ils fréquentaient, et une professionnalisation de ceux-ci. J’imagine que les professionnels s’appuient pour leurs décisions sur un spectre large d’indicateurs au sein desquels les avis des agences de notation jouent un rôle accessoire, alors que les particuliers devaient en faire grand cas.
      Au delà de cet aspect, la professionnalisation des marchés financiers intervient également par les outils qu’ils emploient, et les logiciels de trading, peu émotifs, et volontiers taquins, semblent intervenir de plus en plus largement, avec leur logique binaire, et n’appliquant que les instructions qu’ils reçoivent.
      De plus, de nouvelles logiques de fond semblent gouverner ces marchés, en lien avec les nombreuses liquidités qui circulent en raison des taux bas et des « soutiens à l’économie », dont une semble être qu’ils doivent en toute circonstance faire bonne figure, et qu’ils ne baissent donc qu’à contre-coeur, et une catégorie d’acteurs semble particulièrement concernée dans la mise en oeuvre de cette logique, il s’agit des banques, qui semblent encore davantage que les autres catégories étanches aux troubles des fondamentaux économique, et parfois puiser dans ceux-ci une stimulation pour leur dynamisme … Comme si leur niveau de cotation était de quelque importance .
      Voilà mon ressenti d’observateur sur cette question.

  3. Mais quelle concession fait l’Allemagne, elle, dans cet espèce de lamentable marchandage ?! Aucune ! Qu’on ne me parle pas de sa soi-disant caution de dernier ressort ! En effet l’Allemagne n’est pas appelée de toute éternité à jouer ce rôle. On peut même penser tout le contraire au vu de ses données démographiques désastreuses par exemple.

    Ce qui compte, c’est la règle du jeu. Or la règle du jeu a été faite par et pour pour l’Allemagne et celle-ci n’est prête à aucun changement de ce paradigme catastrophique.

    Je répète donc ma question: quelle concession fait l’Allemagne ?
    Et j’y réponds: aucune !!!!!!!!!!!

    1. Le gouvernement allemand a un petit problème, que soulignait dernièrement José Almunia, commissaire européen à la concurrence, dans une interview au Monde (daté 10 mars).

      « On se retrouve dans un paradoxe: les plus grandes difficultés en matière de restructuration bancaire se trouvent dans le pays qui exige avec force que ses voisins européens engagent au plus vite d’importantes réformes! »

      1. Bonjour monsieur Leclerc,

        Vous connaissez l’histoire de l’arroseur arrosé ? Apparemment oui 🙂

        Cdt.,

    2. Toutes les politiques sont locales, c’est le probleme.
      Pour eux nous devrions tous etre allemands, exporter et speculer avec notre Deutsche Bank maison.
      Qui sait? peut etre connaissent-ils des extra terrestres prets a nous acheter toute la camelotte du monde.

    3. D’ailleurs cette histoire de prêteur en dernier ressort que serait l’Allemagne n’est que purement théorique !

      1/ L’Allemagne est bien incapable de sauver l’Italie ou la France si un de ces deux pays devait pénétrer la zone des tempêtes. Est-on même seulement capable de « sauver » l’Espagne ?!

      2/ Si un tel scénario noir devait se produire, il y a toutes les chances que le gouvernement allemand jouerait alors au contraire le sauve-qui peut général ! Merkel fait bien entendre à ce propos à son opinion publique qu’elle se réserve un droit de véto dans toute décision de sauvetage financier d’un autre pays. http://www.michel-verrier.com/revue-presse-allemagne/index.php/2011/03/11/829-lybie-le-couple-franco-allemand-dans-l-impasse-euro-pacte-de-competitivite-et-principe-esperance

      3/ Il se trouve que l’Allemagne est le pays qui contribue le moins actuellement contrairment à une idée reçue, que ce soit à l’aide à la Grèce ou au fonds de solidarité européen (par ménage selon un article américain dont j’ai malheureusement perdu l’URL)

      ————————-

      Mais peut-on réellement charger à ce point la mule « Allemagne » quand en fait cette politique est également plébiscitée par nos libéraux au pouvoir comme François Leclerc l’a montré à maintes reprises. Ainsi notre chère Lagarde ce matin se disait extrêmement favorable à cette hérésie d’inscrire le 0 déficit dans la constitution. On ne se refait pas ! (cela dit pourquoi alors ne pas l’avoir déjà fait ?)
      http://www.franceculture.com/emission-les-matins-euro-dette-notation-point-sur-la-crise-avec-christine-lagarde-2011-03-11.html

    4. Le problème de l’Allemagne est pire que pour tous les autres, et s’appelle « papy-boom« . Les Allemands ne font pas assez d’enfants, depuis très très très longtemps, et ainsi il n’y a pas de renouvellement des générations. Ils n’ont pas de chômage, mais leur système de retraite par répartition ne peut pas fonctionner à cause de ce déséquilibre.

      Ils sont donc réduits à sauver à tout prix leur système de fonds de pension, qui ont investi massivement partout en Europe. Donc, si des banques privées européennes font faillite, ou sont nationalisées sous la menace, des millions d’allemands retraités perdent leur économies. Or, ces retraités allemands votent, et c’est pour eux que Angela Merkel travaille.

      Le gouvernement allemand est donc obligé de forcer les autres pays à sauver leurs banques, sinon c’est le gouvernement allemand qui doit faire face à une révolte des pensionnaires ou une faillite historique si elle veut compenser les fonds de pension privés incapables de payer (car ayant perdu leur argent dans les investissements européens).

      En d’autres termes, les retraités allemands veulent forcer les jeunes espagnols, irlandais, grecs… à travailler pour eux. Autant-dire que ça ne va pas marcher, l’Histoire est sans pitié pour les cas comme ça.

    5. @Ken Avo et François Leclerc

      Il est singulier de constater que l’Allemagne risque de détruire l’Europe pour la seconde fois. L’éternel retour n’est peut-être pas ce que Nietzsche avait pensé…

      1. Je ne crois pas que les problèmes se posent en ces termes-là.

        Le fait est que les Allemands ont un secteur bancaire très atteint et cherchent particulièrement à le protéger. Mais cela n’implique pas pour autant que la grille d’analyse à utiliser relève d’abord de considérations nationales. Les Français, par exemple, ne divergent de la politique allemande que sur des inflexions.

        Les Allemands, les Français… sous-entendu leurs gouvernements !

  4. Sur le blog de Flore Vasseur, auteur de « Comment j’ai liquidé le siècle ».
    Uncut UK : le mouvement contestataire qui torpille les politiques d’austérité arrive en France : http://blog.florevasseur.com/
    http://www.facebook.com/fruncut
    http://www.dailymotion.com/video/xhh7j8_us-uncut-plombe-une-conference-de-bank-of-america_news#from=embed
    ailleurs sur
    http://www.bastamag.net/article1450.html
    Hervé Kempf : « Il est vital pour l’oligarchie de maintenir la fiction d’une démocratie »
    Bon un peu de zik glanée dans les travées suédoises de ce monde fou
    LIVE Recording of ‘Insight’ by Kristin Rule
    http://www.youtube.com/watch?v=VGqVuHmZyTQ
    Lykke Li – Tonight – Live acoustic take
    http://www.youtube.com/watch?v=RdZLiORITBg&feature=related
    bon WE à tous et pensées aux habitants du japon
    Ryuichi Sakamoto & Alva Noto
    http://www.youtube.com/watch?v=d7EZYftrDYg

    1. extrait d’un des articles :

      … »Tout le discours de l’oligarchie consiste à préserver la fiction de la démocratie. Il est vital pour le maintien d’un système inégalitaire que le peuple continue à croire qu’il est en démocratie, que c’est lui qui décide. Aujourd’hui, une partie de la classe dirigeante est cependant en train d’abandonner l’idéal démocratique et aspire plus ou moins ouvertement à un régime totalitaire. Il n’y a qu’à voir le nombre de capitalistes en admiration devant le régime chinois, parce qu’il atteint des taux de croissance économique records grâce à un gouvernement autoritaire… »

      H.Kempf

      1. Ce moment historique c’est quand la gouvernance des experts auto-proclamés remplace le gouvernement des élus du peuple.
        C’est ce qui existe essentiellement depuis la fin des années 50 et qui est devenu visible.

      2. L’outil principal, c’est l’illusion électorale.
        Nos anciens se sont battus pour le suffrage universel,
        que la bourgeoisie n’a consenti que tard,
        (les femmes en 45, impensable mais vrai…)
        et seulement lorsqu’elle a disposé:
        1) de l’épouvantail du « socialisme » stalinien et ses relais imbéciles ou bureaucrtes en France
        2) des mass médias à sa solde organisant le débat politique

        Autrefois, les travailleurs s’informaient dans les journaux de leurs partis ou progressistes.
        Aujourd’hui…la misère de l’intox subtile ou pas….
        Heureusement, » l’insurrection numérique », à laquellle Paul a le mérite, là aussi,
        de prêter sa juste place, commence à changer la donne.

        Mais n’en doutons pas: tous les moyens sont en préparation pour maintenir le contrôle sur l’opinion.
        La démocratie, sous dictature du capital, n’est qu’une illusion.
        A commencer par les élections. Elles doivent être subverties en tribune de dénonciation.
        Elles n’ont jamais, nulle part, mis un terme à la dictature du capital.

      3. « Fin des années 50 », mais c’est le début de la V république ça !

        « …Mais le général De Gaulle conçoit, médite, décide hors des précedents et des jurisprudences, étranger aux dialogues. Lui seul est véritablement souverain parmi les grands de la terre. Le chef d’un Etat démocratique écouterait son Parlement. Le chef d’un Etat communiste irait devant son parti. Le chef d’un Etat fasciste réunirait ses hiérarques. Un roi de l’Ancien Régime délibererait en son Conseil. Tandis que dans la France d’aujourd’hui le président de la V République, qui n’est pas même, selon la Constitution, chef de l’Executif, dispose, grâce au « secteur réservé » qu’il est s’est à lui même attribué en se placant hardiment hors la loi, du droit de vie et de mort sur l’avenir de son peuple… » (Le coup d’Etat permanent – Mitterrand – page 138 ).

        Aussi l’ironie de l’histoire veut que ce soit ce type de dirigeant occidental népotique , allant faire la nique aux despotes orientaux.

        Les principes de la V poussaient jusqu’à leurs extrêmes, que voyons nous en ce moment, sur le dossier libyen par exemple, sinon que « …la politique extérieur de la France n’appartient plus à la Nation mais à un seul homme et , pis encore, à un homme seul… » (page 139)

        La Classe dirigeante n’aspire pas seulement à un régime totalitaire, elle ne peut plus s’en passer. En Orient comme en Occident, la bourgeoisie se montre de plus en plus sous son vrai jour : la réaction sur toute la ligne.

        Pouvons-nous croire un seul instant conjurer ce sort funeste  » question de vie ou de mort  » , en participant à des élections dans le cadre de la V République ?

        Mélanchon et Besancenot ne sont pas au rendez-vous de l’histoire. Là est le drame !

  5. « [les dirigeants] enfermés dans leurs contradictions, continuent de créer de nouveaux problèmes en prétendant résoudre les précédents qu’ils ont eux-mêmes crées. »
    Je ne pense pas que nos dirigeants soient enfermés dans de quelconques contradictions: ils ne veulent tout simplement pas en sortir. Car il estiment, qu’en définitive, il sortiront vainqueurs de la guerre qu’ils mènent aux peuples au nom de leurs intérêts.
    Ils ne sont ni pusillanimes, ni impuissants, ni encore moins désorientés.
    Ils considèrent que nous devons rendre gorge, parce que c’est comme ça, tout simplement.
    Le pacte franco-germanique à venir en constituera certainement l’expression.

    Postscriptum qui n’a rien à voir (ou presque): la famille souche, telle que E.Todd la caractérise, serait-elle le lieu où l’apprentissage de l’inégalité, une fois inscrit dans les esprits, ne peut plus en être délogé ?

  6. @ tous,

    Bonjour,

    Pour compléter le tableau, je vous incite à lire cet appel au secours de l’Association Française des magistrats instructeurs, relayé par Anticor (http://anticor.org/2011/03/11/inquietantes-derives/)
    =>

    11 MARS, 2011
    par équipe anticor
    Nous publions ici le communiqué de l’Association Française des Magistrats Instructeurs

    AFMI

    http://www.afmi.asso.fr

    « Les enquêtes économiques et financières sont en danger à Paris.
    posté le 08/03/2011

    Les enquêtes économiques et financières sont en danger à Paris. Depuis deux ans, le Ministère de la Justice réduit significativement les moyens humains et matériels des enquêtes au pôle économique et financier du TGI de Paris.

    Les effectifs des juges d’instruction diminuent : 23 juges d’instruction en 2009 (14 au « financier » (y compris contrefaçon), 9 à la « délinquance astucieuse »), 18 aujourd’hui (10 au financier, 8 à la délinquance astucieuse).

    Parallèlement, le Ministère de la Justice réduit d’un tiers la surface des locaux de l’instruction, chassant ainsi des juges d’instruction et des assistants spécialisés de leurs bureaux, pour y installer des services administratifs.

    On pourrait croire que cette réduction de l’instruction s’accompagne d’une extension du parquet économique et financier. Il n’en est rien. Au contraire, les effectifs des parquetiers étaient de 23 en 2009 (12 au financier (section F2), 11 à la délinquance astucieuse (section S2)) et sont de 21 en 2011 (8 au financier, 13 à la délinquance astucieuse).

    Pour la section financière, on est donc passé en trois ans de 26 à 18 magistrats (juges d’instruction plus parquetiers), soit une baisse d’un tiers.

    Par ailleurs, il ne reste que quatre assistants spécialisés (dont un sur le départ qui ne serait pas remplacé), sur les dix assistants spécialisés prévus à la naissance du pôle.

    Tels sont les moyens judiciaires alloués au pôle de la rue des Italiens, au moment où cette vitrine de la lutte contre la délinquance économique et financière en France doit enquêter, notamment, sur des escroqueries massives à la TVA sur les droits carbone, des escroqueries aux encarts publicitaires au préjudice de milliers de français, l’affaire dite des biens mal acquis, un volet de l’affaire dite de Karachi… »

    Précisions ANTICOR : ce constat converge avec nos propres analyses sur le désarmement judiciaire ou fiscal et les réformes impactant la lutte contre la corruption –

    1. au contact de l’économie informelle les enquêtes coulent dans le virtuel… règne un bien long silence des serviteurs de l’état, l’air doit y être pesant

  7. la situation des travailleurs émigrés

    C’est bien à ça qu’ils en sont réduits:
    Allez chercher le salut économique sous d’autres cieux!

  8. qui note les agences de notation ? lol
    pas un mot sur l’agence de notation chinoise…. même si elle n’est pas reconnue en Europe, il n’empêche qu’elle doit tout de même être reconnue par les investisseurs … chinois … non ?
    veut-on délibérément ignorer le pays qui a sauvé par 2 fois (au moins) l’Europe déjà ?

  9. @François Leclerc

    l’économie informelle

    Voilà une expression qui revient de façon de plus en plus appuyée sous votre plume, avais-je déjà remarqué… Seul problème : il faut des talents d’économiste nyctalope pour arriver à tirer de cette matière noire un billet solidement chiffré.
    Et je constate au quotidien, comme beaucoup sans doute, que le phénomène tend à prendre en effet une ampleur tout à fait remarquable. Les missives « préventives » et menaçantes – oh combien ! mon dieu ! j’ai peur ! – que nous adressent la MSA semblent en témoigner aussi…

    1. L’informalité me semble promise à un bel avenir. Après l’avoir rencontrée à grande échelle au Brésil – où elle était très largement ignorée des économistes – je suis revenu vivre en Europe avec la conviction qu’elle allait s’y développer. La crise est arrivée, et cela n’a pas manqué.

      Mais pour l’observer, il faut chausser d’autres lunettes que le modèle standard et pour l’analyser utiliser des instruments adaptés. Une nouvelle occasion de bâtir une science économique digne de ce nom…

  10. Les oligarques, dans certaines villes, prêtent cet horrible serment : Je serai l’adversaire du peuple et lui ferai au Conseil tout le mal que je pourrai…
    La cité Grecque dans l’antiquité.
    Les démocrates sont en état d’hostilité ouverte ou secrète contre tous ceux que leur fortune rend suspects ; quand ils les dépouillent, c’est autant pour le plaisir de les appauvrir que dans l’intention de s’enrichir eux-mêmes. Isocrate résume ces dispositions réciproques en une phrase qui en dit long sur la Grèce de son temps : Au lieu d’obtenir par la bonne entente une aisance commune, on en vient à ce degré d’insociabilité, que les possédants aimeraient mieux jeter leur avoir à la mer que de soulager les indigents, et que les plus dépourvus trouveraient moins de satisfaction à s’adjuger les biens des riches qu’à les en priver.
    Gustave Glotz in La Cité Grecque

  11. La chasse aux déficits publics en Europe, telle qu’elle est réaffirmée et avec une violence inouïe dans les prémisses d’accords européens vaguement entrevus est une ineptie qui soit disant pour sauver l’Euro, va ruiner les populations européennes, à court terme en ralentissant la reprise et le redémarrage de l’emploi, et à plus long terme c’est l’ensemble de l’économie européenne qui va se retrouver à un niveau de sous équipement public et de services publics tels que l’économie ne pourra plus fonctionner. En effet bien que les théoriciens néoclassiques veuillent toujours plus réduire les déficits publics et cela par la baisse des dépenses car l’augmentation des recettes serait trop mal perçue par les populations et les entreprises, sans ces investissements publics et ces services publics, l’économie de marché ne peut fonctionner car contrairement au crédo néolibéral, l’économie de marché est incapable de générer elle même les infrastructures et les services publics dont elle a besoin pour fonctionner…
    Comme je l’ai déjà fait remarquer, les états membres de l’Union Européenne ne veulent ni ne peuvent augmenter leurs dépenses publiques: d’un côté à cause des règlementations européennes et de l’autre à cause de la compétition féroce que se livrent les états membres au niveau du dumping fiscal et social pensant attirer chacun chez soi les investissements industriels et commerciaux. A moyen terme le sous investissement public en équipement et en services va éloigner les investisseurs car sans ces investissements publics l’économie ne peut pas fonctionner…

    La solution serait que les institutions européennes puissent faire elles mêmes des investissements publics, à la fois pour relancer l’économie à court terme et pour permettre à l’Europe dans son ensemble de ne pas glisser plus ou moins rapidement vers un état de sous développement, ayant laissé les infrastructures publiques se dégrader état par état, ce qui rendra encore plus difficile la sortie du trou dans lequel l’Europe se trouve.

    Les états membres en effet ne feront rien dans ce sens de l’investissement public en matériel et aussi en services publics, et encore moins si les accords envisagés par la France et l’Allemagne sont finalement approuvés, ce qui serait un désastre.

    Je suis satisfait de voir que mon analyse a au moins un supporter en la personnes de Richard C. Koo, Chief Economist Nomura Research Institute, Tokyo:
    Celon lui, l’Europe et les USA commettent les mêmes erreurs que le Japon au début des années 1990…
    La baisse des taux d’intérêts et la réduction des déficits publics ne serviront à rien dit cet analyste, il parle aussi des coûts en manque investissements publics qui vont détruire les infrastructures et l’éducation et causer des catastrophes à plus ou moins long terme: moins de gens éduqués, moins de moyens de communication etc.

    « The Age of Balance Sheet Recessions: What Post-2008 U.S., Europe and China Can Learn from Japan 1990-2005 »
    Disponible en PDF
    http://csis.org/files/media/csis/events/090326_koo_presentation.pdf (2009) ou aussi sous forme de vidéo, en anglais…
    Richard Koo: « Japanese Economic Déjà Vu
    How the West is falling into the same trap as Japan in the 1990s of failing to understand the strangeness of a “Balance Sheet Recession” »2010

    http://ineteconomics.org/richard-koo

    j’ai reçu cette info par INET (Institute for new economic thinking )me semble être une organisation intéressante :
    Richard C. Koo y donne son point de vue: A moyen terme les restrictions budgétaires n’ont fait qu’aggraver les situations au Japon mais avant le Japon, toutes les politiques de restrictions ont aggravé les situations…

    Il critique les américains qui d’un côté « admirent l’économie chinoise » dont la plus grande partie des efforts de sortie de crise ont été faits par l’état et le gouvernement, alors que les américains continuent de penser que la solution est de réduire le rôle de l’état et de réduire le gouvernement et l’es fonctionnaires d’état ou fédéraux…

    Il faudrait que les politiciens européens écoutent cet interview… Dommage qu’il soit en anglais donc pas facilement accessible aux non anglophones. Le message est pourtant à mon avis celui que devraient écouter les politiciens et politiciennes en Europe car même en se plaçant du point de vue des « capitalistes », seule l’intervention étatique au travers d’investissements publics pourra permettre la sortie plus rapide de la crise tout en préparant de meilleures infrastructures publiques qui seront nécessaires au fonctionnement de l’économie.

    A moins que, dans une politique du pire on ne préfère voir l’économie européenne s’effondrer, pensant que cela susciterait la révolte publique généralisée contre le capitalisme et l’économie de marché. Cette possibilité n’a pas ma faveur car je sais par expérience que dans les crises de ce genre ce sont toujours les personnes les plus vulnérables qui souffrent le plus:Personnes âgées, handicapées, en situation de grande pauvreté ou les trois ensembles…

    Bien à vous.

    Paul

    Paul.

    1. .

      .. »La solution serait que les institutions européennes puissent faire elles mêmes des investissements publics, à la fois pour relancer l’économie à court terme et pour permettre à l’Europe dans son ensemble de ne pas glisser plus ou moins rapidement vers un état de sous développement, ayant laissé les infrastructures publiques se dégrader état par état, ce qui rendra encore plus difficile la sortie du trou dans lequel l’Europe se trouve.

      Les états membres en effet ne feront rien dans ce sens de l’investissement public en matériel et aussi en services publics, et encore moins si les accords envisagés par la France et l’Allemagne sont finalement approuvés, ce qui serait un désastre… »

      oui, il faudrait faire un relai urgent services publics européens de qualité = en y mettant le prix : transports, énergie …mais au premier plan : santé et éducation …
      les zones désertifiées en France : disparition accélérée des services publics ..basculent, dans le domaine de la Santé vers les polycliniques : lesquelles sont dans les mains des fonds de pension US …ce n’est donc plus une question de Santé, mais de bizness !
      Il est urgentissime de bâtir un Système public européen, comprenant ce qui est vital et qui ne doit pas être marchandisé !

  12. Pardonnez moi pour la grossièreté des propos qui suivent mais ils sont souvent dans la bouche de nombreux travailleurs exploités :
    « Que tous ces fumiers qui dirigent l’Europe en profite maintenant parce que cela ne va pas durer…Alors la mère lagarde des loups et toute sa compagnie feraient mieux de préparer leurs bagages si toutefois ils en ont encore le temps. » A bonne entendeur salut…Et le pire c’est qu’il ne le croit pas…Chez nous les pauvres, on dit : « plus con tu meurs ». Je ne plains pas les pauvres aujourd’hui, je plains les cons qui se croient intelligents et pleins de pouvoirs.

  13. c’est la démonstration une fois de plus qu’au niveau européen seuls comptent les intérêts individuels de chaque pays ( la solidarité dont il est fait écho dans les discours politiques ne reste qu’un mot) au profit d’intérêts électoraux à court terme, et que de ce point de vue l’europe est un échec
    Ces faits devraient être relayés plus largement par les grands médias (s’ils en avaient le courage)
    il n’y a pas que le capitalisme qui s’effondre…l’europe aussi

  14. Une tonne de blabla inutile.
    http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/648338/quatre-objectifs-dix-sept-trajectoires.html

    http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/648340/la-zone-euro-liee-par-un-pacte.html

    Ou sont les projets de croissance ?De création d’emplois?De grands travaux ?D’investissements ?En résumé les citoyens on s’en fiche..une véritable dictature qui ne porte pas encore son nom et qui fera détester l’europe de plus en plus, sans rien régler du tout.

    1. Oui, où est l’Europe, seuls les états membres de l’Union européenne ont une existence et ils sont trop occupés à satisfaire leurs égoïsmes nationaux pour comprendre que intérêt des leurs populations résiderait dans une politique commune en faveur des investissements publics qu’il s’agisse d’investissements matériels comme des voies de communication, de écoles ou des hôpitaux, ou des investissements immatériels comme de l’éducation de la formation, le maintien d’une capacité en éducation et en santé publique. Chacun des états ne voit que sa compétitivité à très court terme, essayant de faire baisser son déficit public pour satisfaire aux exigences à la fois du traité de Maastricht et à celles des agences de notation… Se servant du dumping fiscal et social pour ruiner ses voisins.
      L’Europe n’existe pas, ses instances de gouvernance n’ont aucun pouvoir réel ni de moyens de lancer des politiques industrielles, sociales et écologiques qui sont pourtant inscrites dans les textes européens tels que la charte fondamentale des droits sociaux. Plusieurs propositions de la commission européenne allant dans un sens favorable à cette stratégie d’investissements publics ou à caractère social, ont été acceptées au niveau du parlement européen mais pas suivies d’effets car les freins ne sont pas au sommet, ils sont au niveau des états membres, enfermés dans leurs politiques lamentables de concurrence d’état à état, au lieu de chercher à coopérer.
      On se rappellera l’image des deux ânes attachés par une corde, ayant de part et d’autre des meules de foin bien frais mais dont aucun ne veut s’éloigner, même temporairement ce qui permettrait à l’autre de satisfaire sa faim et ensuite espérant que celui qui aura satisfait sa faim laissera le premier s’approcher à son tour de l’autre meule de foin.

      Les états membres de l’Union européenne sont encore moins futés que ces deux ânes, car à la différences de ces derniers ils ont les moyens de négocier et de comprendre où se trouveraient leurs intérêts…
      Devant cette stupidité alarmante des états membres de l’Union Européenne, je suggère à nouveau qu’il faudrait que l’Europe puisse se substituer aux petits égoïsmes nationaux et se lancer directement dans une politique d’investissements publics dans tous les domaines: infrastructures de transports de biens et de personnes, d’énergie et de données, investissements dans les services publics de l’éducation et de la santé, tous investissements que les états membres de l’union européenne ne feront pas en blâmant en plus l’Europe de les en avoir empêché… C’est la vieille rengaine des politiciens dans les états membres

      « Quand ça va bien dans mon pays, c’est grâce à moi, quand ça va mal c’est la faute de l’Europe ».

      Bouc émissaire bien pratique, comme celui de la mondialisation…

      Et la cupidité des individus et groupes d’individus qui en veulent toujours plus? N’est-ce pas elle qui pousse ces individus et groupes d’individus à se servir des marchés et de la mondialisation à leurs seuls avantages, opprimant les populations et détruisant les ressources dans les états sous développés ou dans les pays ayant des conditions salariales et sociales catastrophiques et de l’autre côté à faire du chantage à l’emploi dans les pays développés?

      Le processus est totalement vicieux car les employés sous payés des pays développés sont ensuite contraints pour survivre à rechercher les produits les moins chers possible, ce qui contribue à pousser les circuits de distribution des pays développés à continuer de rechercher eux même des prix bas dans les pays sous développés, et on continuera jusqu’à ce que le système explose La baisse des revenus salariaux dans les psys développés continuera d’entrainer une baisse de la demande, et ce ne sera pas dans les pays sous développés, dont on aura encore pressuré les populations les plus pauvres qu’une demande pourra se manifester.

      Paul

      1. Paul T, qui verriez-vous pour diriger une europe politiquement et économiquement unie et cohérente? Je ne demande pas un nom mais un profil.
        Je n’aimerais pas voir un Sarko président de cette europe…
        Les français sont obnubilés par l’idée qu’il faut un personnage à la tête de l’état, les suisses ont par contre un système beaucoup moins personnel et certainement plus efficace quand il n’y a pas d’homme d’état de la valeur d’un De Gaulle ou Napoléon.

        Je croirai à l’avenir européen quand tous les états auront adopté une politique fiscale commune, ce qui leur donnera les moyens de se financer en tant que « souveraineté ».
        Des 3 droits régaliens d’un état, la monnaie, pour l’europe, est de loin le + important.
        l’armée peut être coordonnée, à condition de sortir de l’Otan, et d’imposer une fourchette de PIB à chaque pays pour les dépenses militaires. La justice peut rester nationale tant que l’information circule et que chacun s’occupe de ses ressortissants.

      2. Plusieurs propositions de la commission européenne allant dans un sens favorable à cette stratégie d’investissements publics ou à caractère social, ont été acceptées au niveau du parlement européen mais pas suivies d’effets car les freins ne sont pas au sommet

        Paul Trehin,

        ce que vous dites, mise en commun d’un service public, incluant santé et éducation, transports, infrastructures ( vieillissantes )…, et sur quoi on ne peut qu’être d’accord, sauf idéologie forcenée neolib., est tout simplement impossible avec ce qui est inscrit dans le marbre, soit la concurrence libre et non faussée, et les politiques d’ajustement, et donc de privatisation à tout crin, dans la lignée du FMI, de l’OCDE …
        comment voulez-vous qu’il y ait la moindre confiance de la population …la commission européenne étant atlantiste à tout crin : et, avec le GMT, tout va être encore pire …et cela, les gens « ordinaires » et réalistes, càd, la majorité de la population, en sont conscients.
        sans reconstruction de l’UE dans le bon sens , c’est impossible! Vous le savez bien.
        ne pas reconnaitre ses erreurs est terrible : 2005, et ce qui a suivi, est aussi gravé dans le marbre pour d’autres .
        Les freins ne sont pas au sommet : je m’étouffe ! cela ne vous ressemble pas !

  15. Il faut s’entendre sur le mot Europe.

    Les institutions européennes et leurs dirigeants ne sont que le facteur commun, très variable,
    des intérêts des bourgeoisies qui dirigent chacun des pays.

    Détestable du point de vue de ceux qui ne sont pas maitres et serviteurs du capital,
    tout autant nuisible que chacun des gouvernements.

    L’Europe, elle, est une réalité historique et géographique dans laquelle les peuples ont intérêt à s’allier et coopérer pour se débarasser d’un mode de production sans doute inévitable en son temps, mais dépassé, tant du point de vue démocratique, qu’économique ou écologique.

  16. L’Europe que je connais le mieux est celle des citoyens réunis en associations de défense des droits sociaux, regroupant les éléments de la société civile au niveau européen à travers les associations nationales et régionales non gouvernementales et sans buts lucratifs, agissant dans divers domaines sociaux: défense des droits de personnes handicapées, des personnes âgées, des personnes en situation de grande pauvreté, la défense du droit au logement, ainsi que des groupes de lutte contre le racisme, contre les discriminations de genre ou de préférences sexuelles, la défense des droits des enfants, les association de femmes qui luttent contre les discriminations hommes-femmes, les associations qui gèrent sans but lucratif des services pour certaines des populations évoquées ci-dessus.
    Deux associations plus générales fédèrent à un niveau transversal les activités plus spécialisées de chacune des associations précédemment citées.
    Le Forum Européen des Personnes handicapées(FEPH) qui regroupe l’ensemble des associations liées au handicap, physique, sensoriel, mental ou psychique. Organisation très puissante qui est arrivée à faire bouger la Commission Européenne sur les droits des personnes handicapées, en recueillant plus d’un million de signatures au niveau européen.
    A un niveau encore plus général l’ensemble des associations du secteur social se sont regroupées au sein de la Plate-forme Sociale Européenne.
    Ces associations travaillent bien entendu avec d’autres organisations telles que celle des syndicats européens (ETUC), les associations de défense de l’environnement regroupées au sein du Bureau Européen de l’Environnement, lui même étant une association non gouvernementale sans but lucratif.
    Au tout début, la plupart de ces associations européennes se sont formées afin de permettre aux associations nationales de partager des savoirs acquis dans d’autres pays sur les modes de prise en charge spécifiques des problèmes qui touchent les populations vulnérables de leurs membres. On a ainsi pu comparer ce que faisaient les divers pays européens en réponse aux besoins de ces personnes, trouvant dans ces comparaisons des idées pouvant être reprises au niveau national.
    Mais assez rapidement des actions ont été entreprises afin d’obtenir des textes législatifs au niveau européen, entre autre en s’appuyant sur la charte européenne des droits sociaux, textes qui ont été intégrés aux divers traités européens mais dont malheureusement les états membres se contrefoutent le plus souvent, n’appliquant pas sur leurs territoires des textes de traités qu’ils ont pourtant signé… Sur la base de ces textes nos associations sont parvenues à obtenir des textes précisant plus en profondeur les droits sociaux des personnes européennes.
    Il est clair qu’envers la Commission Européenne, nous devons faire face dans nos propositions sociales à la résistance de la direction générale(DG) Marché intérieur et concurrence, où règnent des « fondamentalistes » de l’économie de marché, dont je peux dire pour en avoir rencontré certains lors de négociations ardues, qu’ils n’ont pas besoin de la pression des capitalistes pour développer leurs arguments d’ordre purement idéologiques. Le pire c’est qu’ils croient sincèrement à leurs idées…, Ils sont même souvent fâchés par des attitudes des organisations patronales telles que « Business Europe » qu’ils trouvent contre productives même dans un esprit d’économie de marché et même du fonctionnement du capitalisme. L’aveuglement des capitalistes même pour des choix qui seraient pourtant dans leur intérêt…
    D’un autre côté, la Direction Générale Emploi et affaires sociales tient un discours très différent, soumettant systématiquement aux associations du secteur social les avant projets de textes pour étude et propositions d’amendements. Recherchant au travers de nos analyses et propositions d’amendements, des arguments qu’ils puissent opposer à leurs collègues de la DG Marché intérieur et Concurrence…
    Tout comme à la commission européenne on trouve au niveau du parlement européen des groupes parlementaires favorables aux politiques sociales et d’autres groupes parlementaires plus engagés dans une idéologie néolibérale. Sous la pression des associations du secteur social des textes de la commission européennes amendés dans un sens plus social ont finalement été votés par le parlement européen. Il est évident que les lobby industriels et commerciaux essaient eux aussi de faire valoir leurs points de vue, et avec des moyens financiers autres que ceux dont les ONG du secteur social disposent. Mais certaines lois favorables aux causes sociales arrivent tout de même à passer.
    Mais comme je l’ai dit dans mon message précédent ainsi qu’au début de celui-ci, les états membres de l’Union Européenne ne se sentent pas liés par ces textes ayant un contenu un peu plus social que les versions précédentes… Les pouvoirs des institutions européennes n’ont pas d’existence à leurs yeux ils se réfugient derrière le principe de subsidiarité qui permet à un état de l’union Européenne de prétendre que ses lois sont meuilleures que celles conçues au niveau européen.

    Notons que comme les fonctionaires de la DG Marché intérieur et Concurrence, les états membres aussi ont des fondamentalistes de l’économie de marché dans leurs équipes ministérielles. Ce que je trouve ironique c’est que ces fondamentalistes de l’économie de marché ne s’opposent pas à des politiques gouvernementales interventionnistes au niveau du dumping fiscal et social telles que des baisses d’impôt sur les sociétés ou des déréglementations du droit des travailleurs qui créent pourtant des distorsions monumentales dans le fonctionnement des marchés, alors qu’ils s’acharnent contre les interventions sociales à caractère positif(subventions et programmes d’aides) en disant qu’il s’agit de distorsions inadmissibles à la libre concurrence dont pourtant l’impact sur les marchés restent très minimes, car il s’agit le plus souvent de domaines où les entreprises privées ne sont ni compétentes ni intéressées. Pour donner un exemple précis une grande compagnie de distribution d’eau avait essayé d’entrer sur le marché des services pour personnes atteintes de déficience mentale; mais elle a très vite abandonné ne pouvant y trouver le profit attendu. En fait on voit bien là l’aspect fondamentaliste et primaire de la pensée des néolibéraux: tout ce qui peut réduire l’influence de l’état est bon: dans le premier cas la réduction des taxes, et dans le second cas la réduction des aides de l’état. Alors même que les distorsions crées par la réduction des taxes est bien plus porteuse de distorsions que la seconde forme d’intervention étatique par des subventions, qui est bien moins cause de distorsions aux mécanismes supposés des marchés que la première…
    C’est à cette Europe des peuples et de la société civile que je suis attaché. Une Europe dont les fondations se trouvent dans les organisation de la société civile très proche du terrain. Qui se regroupent au niveau régional puis national et enfin au niveau européen. Mais cette dernière n’a pas la faveur des hommes et des femmes politiques qui y voient une concurrence à leur égémonie dans la gouvernance locale, régionale et nationales et qui supportent encore moins les associations internationales des membres de la société civile. On peut aussi noter que cette Europe de la société civile n’a pas non plus la faveur des médias
    Personne ne parle jamais dans les médias du rôle des mouvements européens des ONG de la société civile dont j’ai parlé plus haut. Peut-être nos ONG devraient-elles briser des vitrines ou bruler des autos pour que les médias s’intéressent à elles, mais ce serait totalement improductif car on verrait plus les bris de glace et les flammes que les actions en profondeurs. Bien sur les jours et les mois de travail qu’il faut mettre pour produire des critiques et des amendements à des textes qui vont pourtant avoir un impact potentiellement désastreux si on les laissait en l’état, ça ce n’est pas médiatique. En gros nous avons des médias qui fonctionnent comme des séries télévisées d’aventure: il faut que sa saigne (relire les paroles de la chanson de Boris Vian: « Les joyeux bouchers »
    http://www.mp3lyrics.org/b/boris-vian/02-les-joyeux-bouchers/

    L’Europe des états me désespère, et l’Europe des nations m’effraie.
    Comme l’Europe des peuples est loin d’être réalisée, pour les raisons évoquées ci dessus, et que l’Europe des états ne fonctionne pas à cause de l’égoïsme de leurs dirigeants, nous avons finalement uniquement une Europe des marchés, désastreuse dans presque tous les domaines, dont les commentaires de ce blog montre qu’elle ne peut que s’effondrer dans un avenir plus ou moins proche, ce qui risque d’exacerber encore plus l’égoïsme des états et les malheurs qui en découlent
    .
    Bien cordialement.

    Paul

    1. d’accord, je n’avais pas lu ce message là …

      l’UE actuelle me fait penser à dans « Asterix et Cléopâtre » – aucune allusion à l’Egypte, en fait –
      ce passage :
      .. »Numérobis a emmené ses amis chez lui. C’est une assez belle
      maison, mais un pan de mur est écroulé. « C’est moi qui l’ai
      construite, explique Numérobis, mais les matériaux… » Pour
      ouvrir la porte, il n’y arrive pas. « Elle se coince,
      explique Numérobis. J’ai dû faire une erreur dans les
      plans. » Obélix offre de l’aider, et, avant qu’Astérix ne
      puisse intervenir, la porte est déjà en morceaux. « Je t’ai
      déjà demandé de ne pas toucher aux portes ! » crie Astérix.
      « Ne le grondez pas, dit Numérobis. Les matériaux, vous
      savez… » Dans la maison, il y a un escalier à monter, mais
      la hauteur des marches est très irrégulière. « Oui, en
      dessinant les plans, j’ai dû faire une erreur… » explique
      Numérobis, gêné. « J’ai l’impression, dit Panoramix
      ironique, que tu as vraiment besoin de notre aide. »

  17. Mais au fait où est passée l’Islande dans ce fatras? Après avoir nationalisé et recapitalisé le secteur bancaire puis élu une assemblée constituante, les islandais sont en train d’écrire leur avenir.Au début de la crise c’était le pays le plus mal en point, mais on n’en parle plus car c’est devenu le mouton noir des économistes.Straus Khan en a parlé dans son interview sur FR2 en disant que le FMI avait sauvé l’Islande,mais il a oublié de dire que ce n’était pas en soutenant le premier choix du FMI (celui qui consistait à socialiser les pertes),mais en soutenant le choix imposé par le référendum des islandais.

      1. @M
        C’est ce que nous pensons.Mais chut…n’en parlons surtout pas, c’est un si mauvais exemple.

  18. @M,
    Je disais: « Plusieurs propositions de la commission européenne allant dans un sens favorable à cette stratégie d’investissements publics ou à caractère social, ont été acceptées au niveau du parlement européen mais pas suivies d’effets car les freins ne sont pas au sommet »
    Vous disiez:
    « Les freins ne sont pas au sommet : je m’étouffe ! cela ne vous ressemble pas ! »
    Ma remarque aurait dû être plus précise:
    « Plusieurs propositions de la commission européenne allant dans un sens favorable à cette stratégie d’investissements publics ou à caractère social, ont été acceptées au niveau du parlement européen mais pas suivies d’effets ans les états membres, car dans ces cas-là de lois à caractère social, même un peu seulement, les freins ne sont pas au sommet ».
    Ceux qui en fait s’opposent le plus à ces directives ayant un caractère ne serait-ce qu’un peu plus social sont soit les anciens pays de l’Est prêts à tout pour rattraper leurs retards compétitifs dans les équipements industriels et qui ne veulent pas entendre parler de salaire minimum ni de réglementation de protection du travail ou d’égalité des chances hommes-femmes, utilisant comme arme économique, des populations sous payées et sans protection sociale ou presque.
    L’autre gros frein est le plus souvent le Royaume Uni d’Angleterre et son armée de fondamentalistes du néolibéralisme. Cameron en tête, qui demande exactement le contraire de ce que j’ai suggéré: lui il veut une réduction des programmes d’investissements européens dans le cadre du programme Europe 2020… Là il est carrément dans l’absurde, lui qui veut réduire les dépenses publiques de son pays, ne voit même pas l’opportunité qu’il aurait de le faire en reportant sur l’Europe, le fardeau des investissements publics (selon son analyse il s’agit toujours de fardeaux et jamais de conditions nécessaires au fonctionnement même du système capitaliste et du marché…) Mais c’est le propre des fondamentalistes de ne pas être capables de voir plus loin que leurs idéologies « Il faut réduire les dépenses publiques, un point c’est tout »
    Ce sont eux aussi qui ne veulent pas entendre parler d’harmonisation fiscale et sociale, ce qui, même dans une perspective néolibérale serait un facteur de développement d’une concurrence fondée sur des compétences et non sur des politiques interventionnistes par la réduction d’impôt… Les entreprises en Irlande paient cher cette fausse compétitivité que leur a donnée une politique fiscale à bon marché, elles se sont reposées sur cet avantage fiscal artificiel sans faire les efforts nécessaires à la modernisation de leurs équipements et la formation de leurs employés. Et l’état Irlandais, faute de recettes fiscales n’a pas fait les investissements en infrastructure et services publics dont ces entreprises auraient maintenant besoin.
    Dans notre travail associatif plusieurs d’entre nous avaient proposé une harmonisation fiscale et sociale, bien entendu vers le haut, mais progressive: on ne change ni les hommes ni les organisations du jour au lendemain. Ces propositions étaient accompagnées de références constantes à la charte européenne des droits sociaux et à celle des droits fondamentaux.
    A ce propos, le Conseil de l’Europe http://www.coe.int/aboutcoe/default.asp?l=fr
    plus étendu géographiquement ( 47 Etats membres, alors que l’Union Européenne comporte 27 Etats membres), dispose aussi d’instruments juridiques puissants de défense des droits fondamentaux et surtout moins lourds à faire appliquer que les instruments juridiques dont dispose l’Union Européenne.
    En matière de non-discrimination ce sont aussi le plus souvent les états membres de l’Union Européenne qui s’opposent aux propositions législatives européennes: par exemple La Pologne ou l’Irlande et certains pays où l’influence de la religion est très forte qui ne veulent pas des lois garantissant la non discrimination, comme par exemple la liberté de choix dans l’orientation sexuelle, ou la liberté des femmes en matière d’avortement.
    Vous parlez ensuite « D’une constituante, et un vrai Parlement = le cauchemar de l’UE !
    Je partage cette opinion. Il faudrait en effet une véritable assemblée constituante, convoquant toutes les forces vives des populations européennes, formations politiques, syndicats salariés, syndicats patronaux: publics et privés, associations représentant la société civile. Il faudrait de plus que cette assemblée constituante puisse avoir la délégation et la responsabilité de la proposition du texte constitutionnel.
    La convention sur le futur de l’Europe, présidée par Giscard d’Estaing et Jean Luc Dehaene avait déjà convoqué très officiellement les représentants des partis politiques, et un peu moins officiellement mais très réellement les grandes associations du secteur social, les syndicats ainsi que le bureau européen de l’environnement, cet aspect à totalement été occulté par les médias nationaux, mais aussi par les partis politiques des états, qui ne voulaient pas entendre parler de la société civile ni des syndicats et d’associations de défense de l’environnement dans des discussions concernant le domaine constitutionnel et qui aussi désiraient attaquer le caractère bureaucratique et technocratique de la Commission Européenne dont les directives étaient et sont souvent aussi mal vues des entreprises, pour leur caractère encore trop interventionniste à leurs goût, que des représentants syndicaux ou de la société civile ; trouvant la Commission Européenne trop timide en matière sociale.
    A ce propos toutes ces forces de la société civiles se sont senties bien seules quand il s’est agi de pousser le projet de texte constitutionnel dans un sens beaucoup plus social et respectueux de l’environnement.
    Ayant participé, comme représentant d’une ONG du secteur social, à ces propositions à caractère social dans le texte de la convention sur le futur de l’Europe, pendant les travaux de la Convention sur le futur de l’Europe, auxquels nos associations étaient conviées, je dois dire que nous nous sommes sentis bien isolés dans le soutien à ces propositions. J’avoue garder une dent envers ceux qui plus tard allaient, s’opposer, à juste titre, au traité constitutionnel tel que présenté aux votes : pourquoi ces futurs opposants ne se sont- ils pas manifestés bien plus tôt dans le processus de rédaction de la proposition de texte de la convention sur le futur de l’Europe quand il pouvait être encore influencé…
    Nous avions tout de même réussi à faire intégrer au texte de projet constitutionnel lui-même la charte Européenne des droits sociaux au lieu qu’elles ne soit mise qu’en annexe. Nous avions fait amender le texte sur la consultation institutionnalisée de la société civile aux décisions de l’Europe pouvant les concerner, c’est-à-dire pratiquement toutes les décisions.
    Mais La convention sur le futur de l’Europe avait dû soumettre son projet au conseil des ministres de l’Union Européenne où les parties sociales du projet initial amendés à la demande pressante des associations du secteur social les ont été retoquées, les états membres ont voulu éliminer tout risque de supranationalité en matière économique et sociale. Les états membres étaient d’ailleurs bien plus préoccupés de connaître quelle serait leur part (nombre de voix) dans les futurs processus de décision européens selon les nouvelles règles de fonctionnement de l’Europe que du contenu sur le fond. A ce sujet j’ai publiquement pris la parole lors d’une conférence, pointant du doigt les deux pays qui se battaient comme des chiffonniers sur le nombre de voix qui leur étaient accordées dans les décisions européennes nouvelle manière, Espagne 38 millions d’habitants et Pologne 36 millions se battant pour avoir une ou deux voix de plus et j’ai fait remarquer que les 100 millions de personnes en situation de grande pauvreté et les 50 millions de personnes en situation de handicap en Europe, n’avaient elles aucune voix constitutionnelle… Pas plus d’ailleurs que les centaines de millions de jeunes d’un côté et de personnes âgées de l’autre.
    Les anglais ont été les plus fermes opposants à l’intégration de la charte Européenne des droits sociaux au sein même du texte constitutionnel lui-même ainsi que des articles concernant la consultation institutionnalisée systématique de la société civile aux décisions européennes.
    Le texte final revu à la baisse sur le plan social par les états membres, bien que moins mauvais que celui du traité de Nice qui était en vigueur, restait très mauvais, c’est exact et justifie le rejet de ce texte très insuffisant sur le plan politique et social.
    Le traité de Lisbonne qui a été par la suite concocté en catimini, là sans aucune consultation de la société civile, est encore pire que celui de Nice ou que celui de la convention sur le futur de l’Europe même retoqué par le Conseil des Ministres de l’Union Européenne… Les anglais, les irlandais et les polonais en ont profité pour demander de nouvelles exemptions concernant les droits sociaux et les droits fondamentaux européens…
    Si l’Europe des peuples doit un jour exister, elle devra se construire à partir des peuples et de leurs représentants élus, que ce soit au niveau politique, syndical ou associatif. Les technocrates ne devront être consultés que pour des questions très techniques qui ne manqueront pas de se présenter lors de tels projets aussi complexes que de proposer un texte de traité constitutionnel. La mise en place d’un droit constitutionnel est déjà une tache très difficile au niveau national, à l’international la complexité est d’un ordre de grandeur supérieur.

    L’assemblée constitutionnelle devra être dotée de fonds propres lui permettant de fonctionner de manière autonome afin de pouvoir mettre en place tous les moyens de concertation nécessaires à mener à bien un tel travail : moyens techniques et financier pour permettre l’organisation de rencontres régulières où la participation ne sera pas liée à la possibilité de financement des participants éventuels.
    Cependant en fonction de l’état actuel des processus de décision européen, je crains que dès le début il ne soit très difficile aux états membres de l’Union Européenne d’accepter de réellement déléguer à une assemblée constituante vraiment indépendante de leurs pouvoirs étatiques, la responsabilité de concevoir un texte à visée constitutionnelle, destiné au final à être directement proposé un vote populaire.
    Dernier point, pour la régularité d’une consultation populaire par référendum, il faudrait que le texte soit soumis à un vote simultané dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne, et à mon avis qu’il soit précédé d’une campagne d’information européenne afin d’éviter les déformations nationales venues des gouvernements des états membres. Il faudrait que cette campagne d’information soit accessible à tous, bien entendu dans toutes les langues pratiquées dans l’Union Européenne, mais en plus sans jargon incompréhensible destiné à noyer les électeurs, mais les incitant à voter sur le texte lui-même et non en fonction de considérations de politique intérieure dans chacun des pays : je vote pour ou contre car j’aime ou je n’aime pas mon gouvernement actuel.
    Les élections de représentants au parlement européen devraient elles aussi suivre un processus semblable, processus qui pourrait être intégré au texte final proposé pour la constitution, soit sous forme d’un code électoral européen réglant les modes de scrutins populaires de manière homogène et simultanée dans l’ensemble des pays membres, en tenant toutefois compte de considérations matérielles locales.
    Vaste sujet…

    Paul T.

Les commentaires sont fermés.