L'actualité de la crise : UNE ÉCHAPPATOIRE RECHERCHÉE, par François Leclerc

Billet invité

Pour seule réaction au sauvetage présumé de l’Irlande, la crise européenne s’est vivement emballée hier sur les marchés. Tous les indicateurs clignotaient au rouge en un bel ensemble : les valeurs bancaires dans les bourses européennes, l’euro sur le Forex, ainsi que les taux des obligations souveraines.

De manière considérée comme très inquiétante, la liste des pays susceptibles d’entrer dans la zone des tempêtes s’allongeait dans les commentaires, pour y inclure l’Italie et la Belgique au vu de la tenue de leurs obligations sur le marché. Les autorités françaises en venaient à nier toute possibilité que la France y entre à son tour, ce qui n’est jamais bon signe. Mêmes les taux des valeurs obligataires les plus éprouvées, allemandes, néerlandaises et françaises subissaient en effet l’onde de choc. Le marché obligataire semblait déserté par les acheteurs, seuls les vendeurs y restant présents. La BCE y reprenant ses achats qu’elle avait interrompus, afin de limiter l’irrésistible montée des taux.

Les marchés apportaient leur réponse au sauvetage irlandais en montrant qu’ils attendent une toute autre initiative, à l’échelle européenne et non pas à celle d’un seul pays connaissant une crise propre, fût-elle aiguë.

Devant cette situation alarmante, les tentatives de calmer le jeu se multipliaient et de bien bonnes paroles étaient comme à l’habitude prononcées. Notamment par Jean-Claude Trichet, disparu du devant de la scène depuis quelques jours, alors que les rumeurs les plus folles circulaient à propos de la réunion de jeudi de la BCE.

Une polémique éclatait à l’instigation d’Elena Salgado, ministre espagnole des finances, attribuant à Angela Merkel – sans toutefois la nommer – la responsabilité des attaques des marchés contre l’Espagne. Pour avoir agité le chiffon rouge de futurs bail-in, ces restructurations de dette mettant à contribution les créditeurs (que l’on appelle aussi les marchés, mais dans d’autres circonstances…).

Enfin, le Trésor américain dépêchait en Europe l’un de ses éminents représentants, chargé de faire la tournée des capitales afin de faire le point, exprimant l’inquiétude des Américains à propos de la tournure que prenaient les événements. Rappelant que la crise européenne a une dimension mondiale.

Voilà le panorama qui pouvait être contemplé hier soir, alors que le Portugal venait sur le marché obligataire et que l’Espagne se préparait à s’y rendre demain jeudi, et que l’agence S&P annonçait avoir placé « sous surveillance négative » la note du Portugal, en prélude à son abaissement en raison de risques considérés comme accrus. Le commentaire qui y était associé méritant d’être relevé : “Ces risques proviennent de l’incertitude quant à l’éventuel recours du gouvernement à un financement public extérieur et aux conséquences que l’obtention de tels fonds pourrait avoir pour la position des créanciers privés vis-à-vis des créanciers publics après 2013”.

Aujourd’hui, dans un contexte d’arrêt des plongeons après trois jours de coup de tabac, les Portugais devaient néanmoins concéder à l’occasion de leur émission un taux d’intérêt de 5,281%, contre 4,813% le 17 novembre à maturité identique d’un an. La demande de 2,5 fois supérieure à l’offre illustrant la bonne affaire en vue, étant considéré comme inévitable que le Portugal sera réfugié sous le parapluie européen à l’échéance du remboursement. Les marchés sont rationnels…

José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnol, en prélude à l’émission de demain, vient d’annoncer un nouveau train de mesures : la fin d’une allocation chômage de 426 euros mensuels pour les chômeurs en fin de droits, la privatisation partielle de la loterie nationale et des aéroports, ainsi qu’une baisse d’impôts pour les PME.

Christine Lagarde, la ministre française des finances, s’était entre-temps fait ce matin le porte-parole des gouvernements européens, lors d’une conférence de presse parisienne, décrits comme étant « évidemment solidaires, déterminés, engagés à défendre leur monnaie et leur zone monétaire. » Une vérité qu’il devenait nécessaire de réaffirmer en la circonstance, qui ne mange pas de pain mais ne mène pas loin.

Les autorités européennes – pour reprendre une formule avec de moins en moins de sens – semblent être fort décontenancées par la soudaineté et la virulence de l’attaque des marchés qu’elles n’attendaient pas si forte. Ce qui montre une fois de plus combien elles sont à côté de la plaque. Cherchant malgré tout à se rassurer, elles veulent croire que cela résulterait d’une maladresse de leur part, d’une annonce faite à contre-temps, qui pourrait donc être corrigée.

Dans cette optique, des assurances continuent d’être données aux marchés qu’ils ne risquent rien dans l’immédiat, que nulles mesures pouvant leur porter atteinte n’entrera en vigueur avant 2013, et qu’elles ne pourront être décidées qu’au « cas par cas », une fois toutes les autres solutions épuisées, (entendez  : discutées alors avec eux), n’ayant en tout état de cause d’effet envisageable que vers les années 2018 ou plus, lorsque des défauts pourront alors intervenir.

Devenu autorité suprême, le FMI est même appelé à la rescousse, en sollicitant pour le moins ses usages et ses procédures, pour les besoins de la démonstration. « Il faut que nous expliquions et réexpliquions à l’envi qu’il s’agit tout simplement de se mettre en règle dans la durée avec un mécanisme tout à fait analogue avec un mécanisme de type Fonds monétaire international, qui ne constitue pas une menace mais un moyen d’organiser les situations de crise » a expliqué suavement Christine Lagarde à cette même occasion.

Si les marchés veulent sans attendre manifester leur catégorique refus d’une telle perspective, même lointaine, ils sont en réalité animés par une contestation d’une bien plus grande ampleur. La nature même du sauvetage de l’Irlande – et de ses limites déjà inscrites dans les faits – expliquent qu’ils se cabrent aussi brutalement. Une fois de plus, ils enregistrent que les dirigeants européens cherchent à gagner du temps et traitent comme une crise de liquidité une crise de solvabilité, une vieille antienne dont ils ne se sont pas départis depuis le début.

De ce point de vue, ils sont au cœur de leurs propres contradictions, refusant d’un côté une remise de peine qu’ils estiment de l’autre inévitable.

Dans l’attente des décisions que va demain annoncer la BCE, le jeu s’est un peu calmé de lui-même aujourd’hui. Qu’espère-t-on de ses annonces ? La relance des achats obligataires sur le marché secondaire est déjà intervenue, mais elle s’inscrit dans une enveloppe très restreinte et déjà très entamée, par rapport à la demande prévisible des Etats.

Est-ce à dire, comme un article du Financial Times l’envisageait ce matin, que nous serions à la veille de l’annonce d’un programme de l’ampleur de celui que la Fed a de son côté déjà décidé ? Rien n’est moins sur, car le ciel tomberait alors sur la tête des Allemands, mais le simple fait que la question soit désormais aussi ouvertement posée est significatif de l’impasse dans laquelle les dirigeants européens se trouvent actuellement.

Leur meilleur plan – qu’ils auraient du mal à faire approuver à l’unanimité comme requis – n’est qu’à échéance lointaine et est déjà largement émasculé. Avant, c’est le vide, et seule la BCE peut le combler.

Est-ce pour autant la revanche de Jean-Claude Trichet et de sa stratégie de réduction à marche forcée des déficits budgétaires ? Cela n’est pas davantage envisageable, au moment où des délais de remboursement sont déjà accordés à la Grèce et alors que – tous les comptes faits – un sauvetage de l’ Espagne n’est décidément pas dans les moyens que les Européens se sont donnés.

Il n’y a donc pas que les marchés qui sont placés devant leurs contradictions.

90 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise : UNE ÉCHAPPATOIRE RECHERCHÉE, par François Leclerc »

    1. De toute façon c’est la seule possibilité qui reste dans une optique oligo-libérale. Par contre ce serait vraiment la dernière chance.

  1. Que s’est-il passé depuis le 20 octobre 2010 au Portugal ?

    Réponse : le Portugal a emprunté sur les marchés internationaux.

    – Mercredi 20 octobre 2010 : pour un emprunt à un an, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 2,886 %.

    – Deux semaines plus tard, mercredi 3 novembre 2010 : pour un emprunt à un an, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 3,260 %.

    – Quatre semaines plus tard, mercredi 17 novembre : pour un emprunt à un an, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 4,813 % !

    – Six semaines plus tard, mercredi 1er décembre, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de … 5,281 % !

    (Par comparaison, pour un emprunt à un an, la France doit payer un taux d’intérêt d’environ 0,861 %, l’Allemagne doit payer un taux d’intérêt d’environ 0,701 %.)

  2. 4.589 milliards d’euros d’aides au secteur financier en Europe

    mercredi 01 décembre 2010, 14:19
    Au total 4.589 milliards d’euros d’aides publiques ont été mises à disposition du secteur financier européen depuis octobre 2008 et le début de la crise bancaire, selon un état des lieux publié aujourd’hui par la Commission européenne. Ce chiffre correspond aux aides auxquelles la Commission, gardienne de la concurrence en Europe, a donné son feu vert. Il recouvre non seulement des injections de liquidités ou des prêts préférentiels accordés à des banques à titre individuel, mais aussi des plans nationaux d’aide mis à disposition du secteur mais pas forcément activés, une bonne part de garanties intervenant seulement en cas de défaut… Les sommes effectivement dépensées sont donc inférieures. Bruxelles précise que les aides utilisées ont atteint 957 milliards en 2008 et 1.107 milliard en 2009, dont 76 % pour des garanties. Elle ne donne pas de chiffre pour 2010. lesoir.be belga

    1. A moins de gagner des millions en dormant, ces chiffres ne veulent rien dire.
      Il faut disposer d’un étalon.
      Par exemple, l’aide au développement de la Commission Européenne à l’Afrique Sub-saharienne,
      en 2008, c’est 3,7 milliards, soit moins de 1 % des sommes ci-dessus pour les banques…

      Faudra bien finir par s’emparer du balai du bon sens!

    2. A propos, j’y pense…
      Petite annonce, désolé si c’est hors sujet.
      Je cherche un milliard d’occasion, même un peu fripé, pour pas cher. Il parait qu’aux E-U ça court les rues, je m’aperçois qu’en europe ce n’est pas non plus ce qui manque. Donc ceux qui en ont faites moi une offre rapidement svp.

  3. José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnol, en prélude à l’émission de demain, vient d’annoncer un nouveau train de mesures : la fin d’une allocation chômage de 426 euros mensuels pour les chômeurs en fin de droits, la privatisation partielle de la loterie nationale et des aéroports, ainsi qu’une baisse d’impôts pour les PME.

    Ces 426 €/mois ce n’était pas une allocation type RSA, car cette allocation était limitée à 6 mois. Mais c’était quand même un peu d’oxygène pour ceux qui sont durement touchés par la crise (il y a plus de 4 millions de chômeurs officiels en Espagne).
    Le FMI et l’oligarchie (les marchés et la classe dominante) vont exulter………. mais c’est dramatique, quel recul de civilisation! Tout ce processus risque de bien mal finir.

    1. Et cette fois-ci, faudra par parquer les combattants espagnols à …Argelès,
      mais se battre immédiatement jtous ensemble, dans toute l’Europe.

    2. Au train où vont les choses, les théories du complot représenteront bientôt le dernier refuge de la rationalité…

    3. @CharlesA
      Bof …

      Nous, en France, on a fait mieux en s’attaquant ”courageusement” aux prestations reçues par les personnes handicapées :
      http://www.liberation.fr/societe/0101645425-baroin-annonce-la-baisse-des-aides-pour-le-logement-et-l-emploi

      Cela a t’il beaucoup bougé ici ?

      Il paraît qu’en Angleterre ils ont fait la même chose sans réaction majeure.

      Lorsqu’une société ne réagit pas lorsque les plus faibles de ses membres sont attaqués …elle est perdue. Aucun regret à avoir.

      Bonne nouvelle : les bonus versés cette année sont en augmentation.

    4. @jeanpaulmichel
      Pour le moment, on est dans le temps des annonces : moins X% par là, + Y% par ici, -426 € par ailleurs… c’est du virtuel ! Il faut attendre le temps de l’application pour que ça fasse mal et que ceux qui sont touchés par ces mesures réagissent. C’est ainsi. Il y a toujours au moins 6 mois de décalage entre l’annonce et les réactions concrètes. Rendez-vous en 2011 !

  4. C’est l’échec de la monnaie de rentiers qui se croyait aussi monnaie de commerce.
    Non seulement les états ont fait plus d’endettement que s’ils avaient présenter leurs effets directement à la BCE, mais en plus les banques privées libres comme jamais s’en sont donné à cœur joie dans les bulles des actifs, spéculant à plus cher encore demain sans se rendre compte que l’économie réelle ne suivait plus depuis longtemps et que c’était l’endettement qu’elles fournissaient encore au privé qui donnait l’illusion.

  5. Au total 4.589 milliards d’euros d’aides publiques ont été mises à disposition du secteur financier européen depuis octobre 2008 et le début de la crise bancaire, selon un état des lieux publié mercredi par la Commission européenne.

    Il recouvre non seulement des injections de liquidités ou des prêts préférentiels accordés à des banques à titre individuel, mais aussi des plans nationaux d’aide mis à disposition du secteur mais pas forcément activés, une bonne part de garanties intervenant seulement en cas de défaut… Les sommes effectivement dépensées sont donc inférieures.

    … les aides publiques “traditionnelles” (pour la recherche, l’emploi, les industries vertes…) pour la seule année 2009 ont représenté 73,2 milliards d’euros.

    http://www.express.be/business/fr/economy/e4e7cc6f7b392c09764c42b2cb516e89-821/136625.htm

  6. Les bourses ne sont plus un baromètre fiable et peuvent parfois subir quelques influences.

    C’est bien au niveau de la réduction des déficits que risquent de s’intensifier les politiques de chacun et finalement de tous.

  7. http://lupus1.wordpress.com/2010/12/01/a-propos-des-vessies-et-des-lanternes-par-bruno-bertez/#more-17045

    Le point de départ de notre réflexion a donc été l’euro. Est-ce que nous nous sommes trompés dans notre analyse de la crise de l’euro. Est-ce que, finalement, contrairement à ce que nous avons soutenu, la blessure d’euro pourrait être mortelle ? Vous remarquerez que nous sommes déjà un peu plus à l’aise. Nous retombons sur nos pieds et sur notre terrain habituel !

    Dans le texte précité « blessure d’euro n’est pas mortelle », nous nous sommes engagés sur le terrain de l’adversaire.Nous avons admis que la thématique était correcte et que les gouvernements et les Banques Centrales, les Pouvoirs donc, ne nous fourvoyaient pas. Nous nous sommes placés, comme nous le disons souvent, sur le terrain délimité par les gouvernements. Pas un instant nous n’avons soupçonné qu’il s’agissait d’une mystification et d’une manipulation.

    Nous avons admis

    1) que les problèmes étaient économiques et fiscaux du genre déficits excessifs, pertes de compétitivité, rigidité des appareils de production, erreurs de politique économique, etc.

    2) que les approches européennes, prudentes, fondées sur une relative rigueur, bref, des approches anti-anglo-saxonnes, étaient meilleures et plus adaptées que celle des Américains. Nous avons soutenu l’approche de la BCE et sa réticence à monétiser à tout-va. Nous avons apprécié la voie allemande inspirée par les priorités à la production , l’investissement, l’épargne, l’effort.

    Tout ceci nous a conduit à notre optimisme. Un optimisme que l’on peut résumer de la façon suivante : l’Europe est en difficulté, l’euro chute contre le dollar, mais les problèmes américains sont bien plus graves que ceux des Européens et on le constatera lorsque la croissance outre-Atlantique ralentira et que l’on parlera là-bas de nouvelles mesures de stimulation monétaires et fiscales.

    Reconnaissez que nous ne nous sommes pas trompés. L’euro a fortement remonté après la crise grecque. La hausse s’est accélérée dès que le pouvoir américain a reconnu le ralentissement et qu’il a évoqué la perspective d’une nouvelle monétisation, Quantitative Easing n°2.

    Nous n’avons eu raison que temporairement.

    La hausse de l’euro s’est interrompue, la baisse du dollar voulue et attendue n’est pas venue.

    chart

    Les raisons apparentes de ce contre-pied sont :

    1) des indicateurs économiques US meilleurs que prévu ; pas de double-dip et même une tendance modeste à la ré-accélération

    wealth pyramid

    2) des indicateurs européens faibles pointant au contraire dans le sens du ralentissement

    «Selon Eurostat, le déficit budgétaire agrégé des 16 membres de la zone euro a atteint 6.3% duPIB en 2009 contre 2.0% en 2008; le déficit de la Grèce a été révisé àla hausse à 15.4% du PIB. Le HCPI de la zone est en hausse de 0.4% en octobre, +1.9% sur un an; pas de quoi inquiéter la BCE. Par contre,en Grande-Bretagne, l’inflation sur un an atteint 3.2% en octobre, avec un risque de 3.5% en début d’année prochaine »

    3) des signaux de marché oranges en Europe avec des credit default swaps en hausse et des spreads de risques allant s’élargissant.

    (cliquez sur les graphiques pour aggrandir)

    source Zero hedge

    Au fil des jours, les signaux de tension sur les marchés européens se sont précisés. Les indicateurs aussi bien sur le crédit souverain que sur la santé du secteur bancaire se sont mis au rouge. Entraînées par la déconfiture du secteur financier, les bourses ont pris une orientation négative.

    Tout ceci a débouché sur la crise irlandaise, sur les pressions européennes pour imposer un bail-out à ce pays, sur le bail-out laborieux… et l’échec du bail-out.En effet, au lendemain de l’annonce du plan de sauvetage irlandais, les marchés n’ont manifesté aucun soulagement.

    L’euro a cassé des seuils critiques, des moyennes mobiles longues ;

    Chart

    les taux sur les emprunts souverains du Club Med n’ont pas baissé et surtout les taux du core européen, les taux allemands, ont monté.

    chart

    En tant que plan destiné à ramener le calme sur les marchés, le sauvetage est un échec. A un point tel qu’à peine décidée, la résolution d’imposer un partage des pertes, un haircut, au secteur privé et au secteur bancaire à partir de 2013, cette décision a été rapportée. On est revenu quasi immédiatement à la situation antérieure, c’est à dire une situation de type FMI avec discussions politiques et traitement cas par cas. En gros et pour simplifier, l’abandon du haircut, c’est l’abandon de la voie des restructurations des endettements.

    C’est par ce reniement, par cette pirouette, cette volte-face que se révèle la vérité. A savoir que toute cette question du crédit souverain, des PIIGS, du Club Med, est de la poudre aux yeux. Le problème n’est pas là. Il n’est pas là où l’on voudrait que l’on regarde, il est dans ce qui est escamoté.

    Le vrai problème, c’est la situation du secteur bancaire. Le problème du crédit souverain n’est qu’un révélateur d’une part et un alibi d’autre part. Il faut renverser la perspective, cesser de marcher sur la tête et remettre l’édifice analytique sur ses pieds.

    Chart

    La crise du crédit souverain en Europe est l’équivalent de la crise des subprimes aux Etats-Unis avec des similitudes frappantes. A la faveur d’une liquidité excessive, motivé par des recherches de profits exagérés, le secteur bancaire a octroyé des prêts pourris, le caractère « pourri » de ces prêts étant dissimulé par le rating, c’est à dire en fait par l’illusion de la convergence européenne. La politique des banques européennes a été autant à courte vue et autant critiquable que celles des banques américaines. On s’interroge sur la gestion de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, pourquoi ne pas s’interroger sur les raisons qui ont poussé les banques à leur accorder les crédits qui, maintenant, constituent problème. Cette crise des subprimes européens révèle que le secteur bancaire a commis des erreurs colossales, des imprudences inexcusables, dont les montants sont disproportionnés, non seulement en regard de leurs fonds propres, mais aussi en regard de la taille de leur pays d’origine. Les banques allemandes ont 140 milliards d’euros de créances sur l’Irlande, soit 4,2% du GDP allemand. Et la même chose pour les banques britanniques, françaises, belges, etc. Nous vous renvoyons aux chiffres publiés par la BRI, vous y trouverez non seulement les chiffres des engagements sur l’Irlande, mais ceux absolument effrayants sur le Portugal et l’Espagne
    Quelles sont les banques potentiellement les plus affectées par la crise de la dette européenne? (cliquez sur le lien)

    Le problème fondamental, le problème qui est à la racine de la crise, ce n’est pas l’insolvabilité des PIIGS, du Club Med et autres, c’est le fait que les solutions habituelles pour résoudre le problème sont impossibles à mettre en œuvre. C’est le fait que les banques ne peuvent plus faire face. Elles ne peuvent continuer à empiler les créances sur les Etats souverains et elles ne peuvent pas non plus accepter de les restructurer.

    Paradoxe majeur, alors que dans la présentation qui en est faite par les gouvernements, dans la crise européenne, l’Allemagne apparaît comme un pôle de solidité, dans la réalité, elle est le maillon faible, elle est le mauvais élève. Avec un peu d’humour, nous dirions le mauvais élève qui essaie de jouer au professeur. Dès lors que l’on rétablit le problème dans sa nudité, dans toute sa clarté, l’Allemagne est non pas la solution, mais le problème : le colosse aux pieds d’argile, le château de cartes. Le core européen est gangrené. Le Centre est miné, rongé par les dettes « pourries ».

    Tant que la mystification et les mensonges persisteront, ne vous attendez pas à ce que les « solutions » donnent des résultats positifs. C’est normal puisque les solutions s’attaquent à l’apparence du mal et non à sa réalité profonde.

    Les marchés sont plus informés et plus intelligents que les gouvernants car ils bénéficient de la dissymétrie de l’information. Les banques qui dominent les marchés connaissent leurs situations réelles et celles de leurs confrères ou consœurs. Contrairement aux affirmations des politiques, elles ne spéculent pas, elles prennent des décisions de gestion, les décisions de gestion qui s’imposent pour leur survie : elles réduisent leurs risques, elles achètent des protections, elles refusent de continuer à financer malgré les cadeaux de la BCE. Ce qui apparaît comme des dysfonctionnements de marché ou des comportements immoraux n’est en réalité que de la gestion sous contrainte. Sous contrainte de survie.

    Ce renversement de perspective qui reconstitue les chaînes de causalité et les remet dans le bon ordre est essentiel. Il permet de comprendre

    1) que l’Allemagne ne peut sauver l’Europe puisque c’est elle qui est la plus atteinte

    2) que les plans type FMI, fonds de soutien et autres ne servent qu’à aggraver la situation car ils réduisent la solvabilité globale et augmentent la masse des endettements

    3) que l’Europe est condamnée à rester unie, que l’éclatement est impossible.

    Les débiteurs tiennent les créditeurs par la barbichette. Pire, les débiteurs ont presque plus intérêt à sortir de l’Europe que les créditeurs. L’Allemagne ne peut sortir, ce serait précipiter la perte de son secteur bancaire et accessoirement, il faut le dire en passant, celui de son secteur exportation.

    L’euro va continuer, les bail-out vont se multiplier. Les mensonges aussi. Les Pères Fouettard rigoureux allemands vont manger leur chapeau, nécessité fait loi. Les défauts sont impossibles, les éclatements de la zone euro sont hors de propos. La seule perspective est celle de la monétisation.

    Quel est le rapport avec notre introduction ? Il est évident.

    Vous l’avez compris. Tout tourne autour de la pratique politique fondée sur l’opacité, la non-transparence, la manipulation, la mystification, l’inversion des causes et effets, etc.

    Wikileaks au plan du contenu de ses révélations est très décevant. Nous n’avons rien appris que nous ne soupçonnions.

    Les débats sur Wikileaks non plus ne nous ont rien appris avec toutes ces fausses questions sur la nécessité du secret, les bienfaits de la transparence en démocratie, le cynisme américain, la complaisance et la veulerie des satellites et des vassaux, etc. Tout ceci en fait, le public, le peuple, le souverain, le sait. Et s’il ne le sait pas, au fond de lui-même, il s’en doute.

    L’effet de Wikileaks est ailleurs.

    Il est dans le basculement qui fait chuter le Pouvoir.

    Dans le dévoilement de ce qu’il est réellement, c’est à dire un menteur, un manipulateur non crédible. La parole de Pouvoir, au-delà de son contenu, qui peut être vrai ou faux, a une caractéristique essentielle : elle a un poids. Et c’est ce poids qu’elle est en train de perdre avec les révélations de Wikileaks, avec les erreurs de Bernanke, avec les contorsions européennes. Ce qui est en cause, ce qui constitue l’unité de nos propos disparates, ce ne sont ni les vessies, ni les lanternes, mais le pouvoir de faire prendre les vessies pour des lanternes.

    Buno Bertez 30 novembre 2010

    1. L’effet de Wikileaks est ailleurs.
      Il est dans le basculement qui fait chuter le Pouvoir.
      Dans le dévoilement de ce qu’il est réellement, c’est à dire un menteur, un manipulateur non crédible.

      Tout à fait. Je viens de poster des liens vers des documents écrits par Assange en 2006 où il ne dit pas autre chose. Pour déstabiliser les groupes conspirationnistes: le dévoilement de vérités, même celles qui semblent insignifiantes ou déjà connues de tous. Il prend un exemple: deux groupes conspirationnistes tels que le parti démocrate d’un côté et le parti républicain de l’autre (conspirationniste doit se prendre au sens strict de sa définition), dévoilez les numéros de téléphones, les archives, la liste des donateurs, etc, et boum ils sont foutus.

      Ces groupes vivent du secret. Moins ils sont démocratiques et plus ils vivent du secret.

    2. Le problème est très simple.

      Dans le monde des centaines de millions de pauvres cons, vous et moi, ont prêté de l’argent, à l’insu de leur plein gré en faisant les dépôts devenus obligatoires, à des banquiers qui l’ont depuis perdu.

    3. ce poids du pouvoir pèse du poids de la peur, qui agit d’un pouvoir de dilatation sur les consciences qu’elle solidifie en retour; et d’elle tous les coups sont bons. Il s’agit d’y répondre, chaque jour, et celle-ci est essentiellement mutante et sienne. elle te prend là où bien évidemment où tu ne t’y attends pas. on se dit que sur elle on peut revenir.

  8. Comme un peu partout ailleurs, des critiques sur la zone eur, encore et toujours…. sans proposer de solutions alternatives.

    Le seul article pertinent qu’il m’ait été donné de lire ces derniers jours était le commentaire de W. Munchau dans le FT de lundi (que vous avez peut-être lu aussi ?). Et vous M. Leclerc, que proposez-vous donc ?

    1. Ce n’est pas l’euro que je critique, mais l’absence de réponse adéquate à sa crise, qui n’est qu’un aspect de celle que traverse le capitalisme financier.

      Ce que je propose ? un traitement global de la dette publique et privée aboutissant à ramener la sphère financière à ses justes dimensions, celles qui lui permettraient d’uniquement répondre aux besoins de l’économie réelle.

    2. @ gribouille
      “Le retour aux monnaies nationales ne seraient donc pas une alternative ? Première nouvelle !”

      Non ce n’est pas une nouvelle. Paul Krugman l’a clairement demontre dans une de ces chroniques du New York Times. Avec l’euro, la situation de certains pays europeens n’est pas facile, mais si ceux-ci decidaient de quitter l’euro leur situation empirerait de facon dramatique deviendrait encore pire.

    3. Il y a trois crises qu’il ne faut pas confondre :

      – la crise de l’euro, qui est une crise liée à la disparité des économies dans la zone euro, et qui ne se résoudra que de deux manières : soit la mise en place d’un mécanisme de transfert permanent entre les Etats riches et les Etats pauvres de l’Union monétaire (budget plus ou moins fédéral, financement global et non pays par pays, …), soit par l’éclatement de l’euro. Les plus optimistes (J. Sapir, notamment) laissent entendre qu’une alternative pourrait être une monnaie commune (retour de monnaies nationales, uniquement convertibles dans la monnaie communes, à des taux fixés par décision politique et révisables). Sinon, ce sera l’éclatement pur et simple, avec le chaos qui s’ensuivra. Notons en passant que plus de la moitié des allemands (d’après sondage) rêve du retour du bon vieux mark, convaincu qu’il leur ramènera la prospérité “perdue” et les débarassera des paresseux grecs et insouciants irlandais. Le problème, c’est que la rupture de la zone euro aurait aussi des conséquences catastrophiques pour l’Allemagne (The Disastrous Consequences of a Return to the Deutsche Mark, http://www.spiegel.de/international/europe/0,1518,731798,00.html).

      – la crise financière : qui est une crise de la solvabilité du système bancaire européen, conséquence d’une réglementation laxiste et libérale, que Paul Jorion et d’autres n’ont de cesse de dénoncer. La résoudre est simple : les Etats européens nationalisent simultanément leurs secteurs bancaires, les dépôts protégés sont garantis par les actifs existants, le solde sert à désintéresser les autres créanciers non protégés au marc le franc. Et comme dans toute faillite, les créanciers non protégés (ici, toutes les contreparties des banques dans leur grand jeu de casino prennent leur perte). Il faut doubler cette nationalisation d’une réglementation stricte et sévère de l’activité financière (fermer les salles de jeu, ce que Paul Jorion et d’autres n’ont de cesse de réclamer). Et pour faire bonne mesure, canaliser l’épargne vers le financement des déficits publics.

      – la crise des finances publiques : canaliser l’épargne vers les déficits publics n’est d’ailleurs qu’un pis-aller. Il faut restaurer la capacité fiscale des Etats, de manière à ce qu’ils n’aient plus besoin de financer des déficits sur des marchés. Pourquoi payer des intérêts sur des sommes dont les épargnants n’ont pas besoin : il suffit de les collecter par l’impôt… C’était ce que l’on faisait il y a… 50 ans. On dira bien sûr que ce n’est pas réaliste, que cela va entraîner de l’évasion fiscale, etc. Il y a des mesures techniques qui permettent de l’éviter : contrôle des capitaux, etc. On pourra toujours les supprimer quant il y aura une véritable intégration des politiques fiscales…

      Il faudra, sans doute, ajouter une quatrième crise, dont on ne trouve que peu ou pas (sauf erreur de ma part) de traces dans les écrits de Paul Jorion : la crise industrielle (délocalisation), qui est liée à la mise en concurrence de pans entiers de l’activité industrielle dans nos pays, avec celle d’autres pays avec lesquels nous ne luttons pas à armes égales (Europe de l’Est, Asie, etc). Ici aussi, des mesures existent, qui s’appellent notamment droits de douanes, taxes compensatoires, quotas…

      Les problèmes sont donc identifiés et les solutions sont connues : la seule question est de savoir quand seront réunies les conditions pour les appliquer. Jusqu’où faudra-t-il que la situation se dégrade ?

    4. @ Julien, dans ce cas, il faudrait nous expliquer par quels mécanismes. Personnellement, je prends avec suspicion toutes ces affirmations qui servent souvent à faire peur. Si on prend l’exemple de l’Argentine de 98-2002, l’économie argentine est repartie au bout de 6 mois quand elle a (enfin) abandonné la parité fixe avec le $.

    5. @ Luxy Luxe

      Si ! Cette quatrième dimension a été clairement évoquée dans plusieurs billets et va l’être à nouveau. C’est celle du basculement mondial de l’axe économique, résultant de l’émergence des pays que l’on qualifie encore d’émergents. Elle a un fort impact non seulement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et au Japon. Le stade actuel de la crise masque un peu ses effets, mais ce n’est que temporaire.

    6. @ Gribouille et Romain

      Je suis d’accord avec Romain pour dire que la fin de l’euro serait bien pire que toute autre alternative. Avec l’Argentine, vous comparez ce qui n’est pas comparable : l’Argentine n’appartenait pas à un bloc homogène réuni autour d’une devise unique. Au contraire, un des coups de grâce dans la situation argentine fut la dévaluation du Brésil (partenaire commercial le plus important) privant ainsi le pays de sa principale source de croissance. Abandonner la parité était donc tout à fait logique afin de rééquilibrer la croissance (d’autant que le dollar augmentait en 2002 en tant que valeur refuge durant la crise). Il aurait été plus approprié pour l’Argentine d’avoir une parité fixe face au real, mais ce n’est pas grâce à cela que le pays pouvait importer un semblant de crédibilité dans sa gestion de la politique monétaire, le Brésil n’étant pas exactement synonyme de stabilité dans les années 90.

      Dans le cas de l’Europe, il n’y a pas de dévaluation possible (un des nombreux bénéfices de l’euro). Il faut donc trouver un autre moyen de rééquilibrer la compétitivité des Etats européens. Laisser la moitié de la zone euro sortir pour dévaluer n’arrangerait pas les affaires des quelques Etats décidés à rester dans la zone (beggar-thy-neighbour et tout le monde y perdrait au final, cf Mundell-Flemming), il est donc dans l’intérêt de tout le monde de trouver une solution adéquate. L’Europe est suffisamment homogène pour que la zone euro ait un sens, mais il faut un cadre réglementaire et budgétaire stricte pour que cela fonctionne à l’avenir.

      Je ne rejoins pas François Leclerc sur cette histoire de renégociation globale des dettes puisque je pense que cela entraînerait notre système dans une phase cataclysmique (après la “Grande” Récession, “l’Enorme” Récession ?). En fervent européen, je crois à la capacité des institutions européennes de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire au sauvetage de la zone, même si tout reste encore à prouver. Conclusion : achetez de l’euro !

    7. Trois crises différentes certes, mais elles ont parties liées. Les différencier pour les besoins de l’analyse, fort bien, mais considérer qu’il s’agit de choses non interdépendantes serait légèrement abusif.

      Les solutions existent et il se trouvera toujours d’excellentes préconisations propres à résoudre le problème. La difficulté n’a jamais été de penser des solutions réalistes, mais de les faire appliquer.

  9. Pourquoi se préoccuper de ce qui adviendra au système si on veux le changer
    Soit on en change
    Soit on le garde
    Si on en change se seras très très dur pour tous
    Mais comme personne ne veux rien perdre de ses petits profitset avantages
    On va le garder
    En espérant être juste au dessus des miséreux des gueux qui sont trop idiot et abrutie pour se révolter
    Que l on va faire trimer pour rien
    Sans sécu sans aide ceux-ci vont mourir plus vite cela vas régler les finances de l état et le chômage les logements vont se libérer
    Il nous restera les maitres les courtisant et les manants

    1. Mouais…..!….phimouk , vous avez le sens de la perspicacité du moment…Cependant, si nous allons dans ce sens, ne craignez-vous pas une descente aux enfers illicopressto?…

  10. “” Je relisais l’autre un jour un papier daté de 2000, opportunément intitulé « How long did it take the United States to become an optimal currency area » ? (1) Combien de temps a-t-il fallu pour que les Etats-Unis deviennent une union monétaire viable ? La réponse est effrayante à première vue puisque, selon l’auteur, pas moins de 150 années, émaillées de crises bancaires régionales, ont été nécessaires pour établir une véritable union monétaire.

    En dépit de l’instauration du « yellowback » (jaune comme l’or…) sur la côte pacifique entre 1861 et 1879, la volonté politique et symbolique l’a emporté sur les tentatives de sécessions monétaires – en dépit du coût économique et humain des ajustements régionaux face aux crises financières ou agricoles. Le ciment de cette intégration monétaire réussie est bien connu : l’instauration, au début du vingtième siècle, du fédéralisme budgétaire (transferts interrégionaux), de l’assurance des dépôts et d’un prêteur en dernier ressort – la FED.

    L’inadéquation des institutions européennes face aux chocs régionaux et l’absence de fédéralisme budgétaire est une raison de la défiance des Américains vis-à-vis de l’euro. Aussi, comme l’a parfaitement rappelé Max Dethomas, bien qu’intrinsèquement liée aux déficits budgétaires, des balances des paiements aux bulles immobilières, etc… la crise européenne est accentuée par la problématique bancaire. Plus précisément, les engagements bancaires entre les pays « core » et les pays « non-core » s’élèvent à plus de 700 milliards d’euros, selon les statistiques de la Banque des Règlements internationaux.

    Pressé, pour des raisons très probablement liées à la santé de l’économie allemande, d’en finir avec sa politique monétaire non-conventionnelle, l’Institut monétaire européen continue de garantir l’accès à la liquidité des banques grecques, espagnoles, portugaises et irlandaises.

    La BCE, forcée de livrer, sans limite de montant, de la liquidité à 1 % à des banques qu’elle juge en partie non viables se trouve dans une situation très désagréable. La normalisation du marché interbancaire depuis mi-2009 n’est effective que pour les banques des pays « core ». Pour les autres, il existe une « subvention » implicite et subite de la banque centrale. Ceci explique pourquoi la BCE a insisté pour que le plan de sauvetage de l’Irlande incorpore un volet de recapitalisation / restructuration bancaire (10 milliards d’euros).

    Le Fond Européen de Stabilisation Financière (EFSF), qui financera à hauteur de 22,5 milliards d’euros le package de 85 milliards alloué à l’Irlande, a été instauré en mai 2010 comme soutien de la stabilité de l’euro et garantie qu’il n’y aurait pas de défaut souverain. L’EFSF émet de la dette pour récolter des fonds qu’il octroie par la suite sous forme de prêts aux pays en difficultés. Sa capacité à lever des fonds à faible coût est fondée sur les garanties apportées par les Etats membres. Les plus grosses garanties (la clef de répartition est fondée sur la participation des pays membres de l’UEM au capital de la BCE) sont assurées par l’Allemagne (119,4 milliards d’euros), la France (89,7), l’Italie (78,8) et l’Espagne (52,4).

    Le problème, c’est que plus la crise s’étend à d’autres pays (Portugal, Espagne…), plus la capacité d’action de l’EFSF se réduit comme peau de chagrin… Dans les textes, rien n’interdit un Etat en difficultés financières d’allouer tout ou partie de l’argent reçu à son système bancaire. Malheureusement, les textes autorisent aussi – ce qui paraît normal – un pays à ne plus être membre des garants de l’EFSF lorsqu’il connaît des difficultés financières sévères. Non seulement :

    1. Ceci réduit le montant de prêts susceptibles d’être octroyés. Si, après l’Irlande, le Portugal et l’Espagne faisaient appel au EFSF, le montant total de prêts maximal serait de 250 milliards d’euros (et non 360 si tous les états membres restaient garants). La somme cumulée des besoins de financement de ces trois pays pour les trois prochaines années s’établit à 63+251+46=360 milliards d’euros. Problème ? Pas vraiment puisque tout prêt de l’EFSF est doublé d’une participation du même montant du FMI. Les besoins seraient donc couverts (d’autant plus qu’il existe un autre mécanisme européen – EFSM, vive les acronymes ! – susceptible d’apporter un financement de 60 milliards d’euros…).

    2. Mais cela transférerait le risque résiduel vers les pays « core », dont la dette est davantage soumise à la versatilité des investisseurs non-résidents… En d’autre terme, après avoir servi de valeur refuge, le Bund allemand pourrait aussi subir une pression haussière. C’est déjà le cas, avec une rupture de la corrélation entre le CDS sur les dettes souveraines européennes et le taux à 10 ans du Bund.

    La grande question pour les jours et semaines à venir est celle de la contagion de la crise. Aux Etats bien évidemment. Au système bancaire également avec la question de l’implication d’une restructuration bancaire sur les actionnaires et créanciers. L’élargissement du spread entre la dette senior et junior des banques européennes est un signe supplémentaire d’incertitude sur le risque de restructuration bancaire et du qui « paiera ».

    La prochaine étape sera probablement celle du défaut, avec des modalités qui devront être spécifiées et détaillées par les pays membres de l’UEM. Pourquoi un défaut ? Un peu de math peut être utile.
    Pour que la dynamique de la dette publique d’un pays se stabilise, il est nécessaire que la croissance nominale (g) soit au moins égale à la somme du déficit primaire (d) et de la charge de la dette i*b ou b est le total de la dette publique en pourcentage du PIB. g = d + ib
    Avec un déficit irlandais attendu vers 11 % en 2011, une dette publique proche de 100 % et des taux d’intérêt proches de 6 % (pour des raisons « institutionnelles » interdisant les sauvetages au niveau européen, l’EFSF charge un taux d’intérêt « de marché ») et non 9,4 % comme on l’observe actuellement, l’Irlande devrait malgré tout dégager un excédent primaire de 4 % du PIB pour stabiliser son endettement (si la croissance est de 1 %, la cible d’excédent requis serait de 4,8 %, un seuil socialement et économiquement instable pour un pays incapable d’utiliser le levier du change pour booster sa croissance). Le même calcul appliqué à de nombreux pays européens suggère que la crise européenne est non seulement une crise de liquidité (cf. BCE plus haut) mais aussi de solvabilité…
    Bref, il semblerait que l’on s’achemine vers un mécanisme de défaut – assez fréquent pour les pays émergents – fondé sur les class actions (une proposition de mécanisme européen de résolution des crises souveraines est disponible sur le site bruegel.org). On devrait s’attendre, dans les jours qui viennent, à une multiplication de calculs sur le taux d’intérêt requis pour couvrir une perte / un haircut de 25/30 % sur les dettes bancaires susceptibles exposées. Si l’accord franco-allemand tient jusque là, cette problématique s’appliquera aux dettes publiques, pour les seules nouvelles émissions, à partir de 2013…”

    Evariste Lefeuvre. 1/12/2010.

    1. L’Irlande est fichue car à part le dumping fiscal elle n’a aucun produit concurrentiel représentant un volume un tant soit peu correct.

  11. Hhmm.. Vous allez encore me faire réfléchir.

    Si on regarde les inflations des derniers siècles, celles-ci sont apparues par différentiels. Entre économies.
    Hors, l’Europe est la seule à ne pas faire marcher la planche à billet. Créant, de fait, de l’inflation partout ailleurs.
    D’un point de vue GLOBAL. Si tout le monde fait pareil, les effets individuels s’annulent, non?

    Qu’en pense tout le monde..???
    Suis-je encore dans une phase de délire..???

    Clair que comme dit Monsieur Leclerc, les ACTIFS vont monter en flèche…
    Mais autant les redistribuer.

    1. Réfléchir doit être un acte libre.
      Réfléchir sous la contrainte, il n’y a que le miroir qui sait le faire !

  12. “La demande de 2,5 fois supérieure à l’offre”

    D’ou tenez vous ce chiffre M Leclerc ??
    Car s’il est vrai, d’un point de vue strictement mathematique, je ne saurais m’expliquer comment avec une telle demande, les bons portugais a 1 an se sont negocies a un taux d’interet de 5.8%. Comme on dit dans ma profession, y a baleine sous gravier !!

    J’entrevois 2 possibilites:
    _ les grosses banques se mettent d’accord pour ne pas se concurrencer et ainsi ne pas abaisser les taux d’interets (cf theorie des jeux: il est parfois benefique a 2 concurrents de s’allier pour dezinguer un 3eme).
    _ l’etat est complice, de facon a renflouer les banques (mais peu credible dans le cas du portugal).

    1. Je developpe un peu pour la clarete.
      Avec une telle demande, les taux d’interets des obligations auraient du baisser, par le simple jeu de la concurrence entre acheteurs (loi de l’offre et de la demande). Or M Leclerc souligne que ceux-ci ont au contraire augmente de 0.5% …
      N’est ce pas la un cas flagrant (?) de distorsion de concurrence ?

      1. Dans une adjudication sur de la dette publique, les acheteurs font une offre de taux. Le taux qui s’établira, c’est le plus faible qui liquide la totalité de la somme que l’État veut emprunter. Un des éléments de détermination aujourd’hui de ce taux est la demande sur les CDS qui exprime un risque perçu, mais ce risque perçu subit une distorsion de la part des acheteurs de CDS en position « nue », c’est-à-dire pas réellement exposés à un risque, parce que ne possédant aucune obligation et qui sont là dans un but de spéculation pure : pour pousser l’État emprunteur à la faillite pour gagner le gros lot sur le CDS.

        Ce n’est pas évident à expliquer en deux lignes, j’y reviendrai.

    2. Ma source est l’Instituto de gestao da Tesouraria et do credito publico (IGCP) portugais (manquent les accents du Portugais).

      L’interprétation du marché obligataire doit prendre en compte les interventions de la BCE, qui s’efforce de limiter les dégâts.

    3. La taille de l’émission joue peut-être aussi. 500 millions pour le Portugal ce 1er décembre. Au même moment l’Allemagne cherchait à se refinancer pour 5 milliards… et n’en obtenait que 4,5.

    4. Monsieur Jorion, à propos des CDS, les vendeurs se couvrent je veux bien sur quels produits je ne sais pas, d’ailleurs le savent ils dans ces sacs de nœuds eux mêmes ?

      Mais imaginez que l’ETAT fasse défaut et qu’en face le vendeur de CDS soit un autre AIG ?

      qui repaye ? Les ETATS ?

    5. Vous dites positions nues Ok comme pour les subprimes
      Mais alors combien de fois on peut jouer le défaut de paiement du portugal par exemple .?
      Si la dette réelle est de par exemple : 500 milliards
      Ils peuvent vendre pour 5000 milliards d’assurance défaut de paiement du Portugal

      Qui peut prétendre indemniser 5000 milliards qui n’existent pas ?

    6. merci pour vos reponses
      @ Paul Jorion
      cela rejoint donc la proposition de Mm Merkel (il y a qqes mois) visant a interdire les ventes a nus sur les CDS.
      Cela dit, etant donne que ce sont ces meme banques/hedge funds qui achetent et vendent ces CDS, on peut imaginer que ces positions nus sont prises a dessein par les meme institutions qui vont ensuite acheter les obligations (augmenter les taux d’interets). Non ?
      @ Francois Leclerc
      vous etes decidemment un fin limier. Chapeau bas.
      Quand a la BCE, si elle agit c’est bien dans le sens d’une baisse des taux d’interets. Donc ceux-xi auraient ete encore plus hauts qu’ils ne l’ont ete, et ce malgre cette forte demande ?

      cordialement,

    7. à Liervol : personne bien sur et c’est pour cela qu’en 2008 ça été la “méga very big” panique dans les “millieux d’affaire”. Cela reste d’ailleurs réellement incompréhensible que ces gens qui ont regardé face à face la mort financière ne soient pas devenus plus raisonnables. J’en déduit qu’eux-mêmes sont convaincus que leur système économico-monétaire est d’essence virtuelle et que le seul objectif opérable est de prolonger le statut quo au maximum et que ensuite “advienne que pourra”.

    8. @ François Leclerc : dites avec ces histoire de “haicuts” les fameuses CoCo doivent plus trop être en odeur de sainteté? On doit bien se rendre compte que personne de sensé ne voudrait de cette m… en branche?

    9. Bernique : peut être que comme l’économie réelle est OUT, l’économie du dérivé reste le commerce de pointe puisque aucun gouvernement ne veut dire STOP

  13. Bonsoir à tous

    De Zero hedge:
    l’irlande paie ses emprunts plus cher que la grèce alors que ses fondamentaux sont meilleurs et qu’elle a une industrie.
    Zro hedge interprète cela comme le signe que les investisseurs commencent à réaliser qu’on ne résoud pas des problèmes de dettes avec encore plus de dettes qu’on ne pourra évidemment jamais rembourser et que donc quelqu’un y laissera des plumes. Donc en pratiquant des taux élevés, on essaie de maximiser le retour avant les pertes.

    Pour certains, la grèce équivaut à bear stern et on attend désormais le pays européen qui fera le lehman brothers! et donc le coup d’envoi de la crise majeure qui attend l’europe puis les us par ricochet.

    ZERO hedge cite encore Keynes: “reprocher les crises aux spéculateurs est assez comme d’accuser le mauvais oeil pour les épidémies touchant le bétail”

    Cordialement.

  14. Assidu lecteur de ce blog, je m’informe chaque jour de l’actualité de la crise et je vois avec effarement le manque de perspective et de vision à long terme de nous dirigeants européens, tout en ajoutant qu’ils me semblent rester souvent dans la tactique et manquer cruellement d’une stratégie cohérente.

    Afin de bien comprendre les différents approches qui sont proposées en ce qui concerne cette crise, je parcours les journaux nationaux et étrangers ainsi que d’autres blog qui ont comme support essentiel la thématique de la crise y ces avancements.

    Ainsi, je vous propose de lire une analyse de celle-ci et l’ébauche d’une stratégie subjacente proposée dans le blog de Monsieur, Mélenchon où il fait une exposée où il soupçonne l’implication des Etats Unis par la biais de ses Megabanques dans la fragilisation de la zone Euro et da la mise en péril de l’union monétaire européenne.

    Le texte qu’il propose étant long et abordant d’autres sujets sans rapport direct à cette thématique, je vous conseille de lire à partir du sous-titre marqué en rouge : « A présent les vampires se sont abattus sur l’Irlande »

    Voici le lien de la page : http://www.jean-luc-melenchon.com/2010/11/send-them-away-fichez-les-dehors/

  15. Je recommenderais la dernière analyse de Willem Buiter qui réitère son analyse que la taille
    de l’ESFS aurait dû être de deux tirillions d’euros, considère que les défauts souverains sont
    inéluctables en Europe et inclus dans son analyse le Japon et les Etats-Unis:

    Sovereign debt crisis update

  16. Bonsoir tout le monde et encore merci pour cet article !

    “Une bonne guerre remet tout à plat” comme disait mon grand-père ! Ca relance l’économie, les meilleurs meurent au front, tandis que l’oligarchie reste au pouvoir et tout recommence !
    Hormis une révolte populaire, une insurrection, une guerre civile, je ne vois pas quoi d’autre changera les choses.
    L’économie réelle européenne va s’écrouler – et ça changera peu de choses pour les “puissants” !
    Eux continueront d’exploiter dans d’autres pays, gonfleront leurs portefeuilles, reviendront peut-être à la féodalité en Europe… jusqu’ à ce que les Chinois nous envahissent, alliés aux Russes – mais l’Occident aura toujours une longueur d’avance technologique…

    Désolé, mais je ne vois rien de lumineux pour l’avenir, au contraire, et j’ai honte, ce soir, d’avoir fait un enfant qui naitra dans six semaines et pour lequel je n’ai qu’un tel “monde” à offrir…

    Il nous faut nous réapproprier les moyens intellectuels – “nous”, ce sont les Résistants, ceux qui savent et veulent se battre -, organiser un véritable contre-pouvoir et renverser l’ordre bourgeois pour instaurer la démocratie (dont on nous donne l’illusion depuis si longtemps !).

    1. Difficile en effet d’être enthousiaste en ce moment, mais j’ai coutume de dire que ce qui est important, ce n’est pas le monde que nous allons laisser à nos enfants, mais les enfants que nous allons laisser au monde.

    2. Julien,

      Vous paraphrasez le défunt Jaime Semprun, cofondateur de l’Encyclopédie des Nuisances : “la question n’est pas de savoir quel monde nous allez laisser à nos enfants, mais, quels enfants nous allons laisser à ce monde “

    3. quelle horrible dire. Nos enfants n’ont pas a subir le j’m’enfoutisme d’aujourd’hui.
      Nos ancêtres ont travaillé dur pour nous léguer la facilité et nous, pauvres enfants, on casse tout, on est avare et jaloux du voisin.

      Comment pourrions-nous seulement juger nos propres enfants en espérant qu’ils soient ‘dans les clous” alors que nous mêmes nous sommes des idiots.

      Restons sur ” laissons un monde tel qu’on l’a trouvé.”

      Nos enfants auront certainement des leçons à nous donner.

    4. Très joli les enfants que nous allons laisser au monde, ça me plaît, mais il faut tout de même les deux pour être crédibles vis à vis de nos enfants. Auriez-vous des enfants en plein âge d’apprendre? Un minimum d’exemplarité en espérant qu’ils fassent mieux que nous.
      Juste en passant, j’ai l’illusion de comprendre un peu ce qui se passe avec ce blog, alors merci beaucoup M. Alexandre, liervol, luxy luxe et bien d’autres. Encore un peu et je sens que je pourrai modestement défendre et argumenter certains points de vues autour de moi.

  17. Comme souvent; l’Europe est accusée or, en fait elle n’existe pas vraiment car chacun des pays tire la couverture à lui… Dumping social par ci, baisses des impots par là, restrictions budgétaires rivalisant d’état à état, chacun espérant être bien vu par “les marchés” ces foutus marchés… Diviser pour régner, cette devise reste plus fortes que toutes les autres monaies (Jeu de mot voulu)…. Du coup l’Europe apparait comme affaiblie. Or pensez vous qu’aucun des pays pris indépendemment des autres soit de taille à lutter contre la jungle de la mondialisation?

    J’ai lu dans la revue Euractiv que le Royaume uni d’Angleterre, s’apprête à demander 25% de réduction sur les dépenses à long terme de l’Union Européenne pour la période 2014-2020.
    http://www.euractiv.com/en/future-eu/poland-warns-wars-over-eu-long-term-budget-news-500152?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=00306fefd1-my_google_analytics_key&utm_medium=email

    A mon avis pourtant ce n’est qu’au niveau européen que de tels choix de politiques publiques d’investissements pourraient être faits, en ayant le moins de conséquences de distorsions par des situations de concurrence déloyale interétatiques, distorsions que ne manqueraient pas d’entrainer des disparités dans les investissements publics réalisés ou pas au niveau national de chacun des états, alors que les charges de tels investissements publics au niveau européens seraient partagées par tous donc ne causant pas de distotsions entre états. Mais les états surtout dans le domaine social et celui de l’investissement public tiennent à garder leur indépendance (C’est le fameux principe de subsidiarité) Les états y tiennent car ces domaines sociaux et investissement publics leurs servent de variables d’ajustement budgétaires, bien sur en faisant payer en nature les classes les plus démunies de leurs populations… N’est-ce pas ce que vien de faire le premier ministre anglais? Et il tient à pouvoir continuer à le faire donc il ne veut pas d’investissements à long terme venant de l’Europe dont je reppelle qu’elle ne collecte pas directement d’impots ni de taxes pour assurer son fonctionnement mais dépent uniquement des bons vouloirs des états membres.

    En fait la crise que traversent les économies européennes fait ressortir encore bien plus fort les réactions nationalistes frileuses dont on a bien vu ce à quoi elles aboutissaient lors des derniers conflits du xxème Siècle…

    Jean Monet et Robert Schumann doivent se retourner dans leurs tombes en voyant l’évolution que subit l’aventure européenne en ce moment… Eux qui croyaient en un Europe propre à assurer une paix entre les peuples européens et qu’on ne reverrait plus jamais les boucheries des guerres entre états européens… Il est à craindre que les rivalités entre pays soient économiques dans un premier temps pui tournent à des guerres militaires par la suite et pour les mêmes motifs que la première et la seconde guerre mondiale…C’est à dire des motifs économiques.

    Paul

    1. Pour les Anglais sachez quand même qu’en monétisant une partie de leurs dettes ils font également payer les rentiers détenteurs de livres (celle-ci a perdu 30 % de sa valeur par rapport à l’euro).

  18. Je suis encore plus pessimiste que Paul Jorion. Je pense qu’il faut attendre le cataclysme final avant de se mettre au travail pour rebâtir un nouvel ordre. En ce moment, les protagonistes et profiteurs du système font tout pour maintenir le système perverti – on comprend pourquoi: ils ont beaucoup à perdre. Mais rien n’arrêtera la chute. Il suffit de se rendre compte des sommes empruntées par les états européens, empruntées chez des créanciers privés (!). Cela développe, au fil du temps, la dynamique d’une avalanche. Au final, aucun pays ne pourra y faire face. Et c’est la raison pour laquelle la BCE commence a montrer une assez forte nervosité.

  19. Fidèle lectrice de Paul Jorion, je poste pour la première fois.

    Question: Comment faire pour assurer l’hégémonie du dollar?

    Réponse possible parmis d’autres:

    Attaquer et détruire d’autres monnaies, les concurrentes supposées valables ou sérieuses en premier lieu.

    Parmi elles, l’Euro.

    “Les marchés” n’agissent pas dans un vide *politique.* Ils fonctionnent également par une espèce de contagion, un comportement mouton, de suivisme, selon des éléments – ‘factoids’ – petits faits – ou alarmise du jour. La manipulation est partout, difficile à cerner. Le cours des événements se règle par des téléphones entre ‘key players’ – ceux qui ont une influence non percue ou connue clairement.

    Bye bye Euro, Hello Dollar!

    La Californie ou NY ne se portent pas mieux que le Portugal ou l’Irlande. Si tous les comptes étaient ouverts, lisibles.

    Et les Européen se torturent sur leurs bêtises, leurs péchés, leurs dirigeants à la c***, les choix à prendre (tous mauvais!), le futur. C’est l’effet voulu.

    Juste deux liens (en anglais) sur divers aspects:

    “Proof That Ireland Will Have To Default…” – calculs sur l’augmentation de la dette impayable suite au ‘bail out’ et la stratégie de Merkel pour 2013:

    http://boombustblog.com/reggie-middleton/2010/11/30/proof-that-ireland-will-have-to-default/

    “Irish energy assets may be sold under IMF/EU deal” – on s’en doutait!

    http://www.reuters.com/article/idUSTRE6B04IP20101201

    1. On s’en doutait (l’effet d’échelle est un peu manipulatoire sur le graphique…). L’UE et le FMI ont aidé (un peu chichement d’ailleurs) l’Irlande pour gagner du temps. C’est exactement la politique suivie depuis 2008: gagner du temps; Visionnaire. L’Etat irlandais était insolvable avant le soutien du club, il l’est encore après (les 50 milliards que le gouvernement de Brian Cowen a prélevé depuis 2008 sur le budget de la nation pour épauler ses banques + les effets macro économiques de la crise). La question du défaut resurgira probablement à un moment ou à un autre.

  20. Le Portugal emprunte des milliards d’euros sur les marchés internationaux. Quel taux d’intérêt le Portugal a dû payer quand il a lancé un emprunt à un an ?

    20 octobre 2010 : 2,886 %.
    3 novembre 2010 : 3,260 %.
    17 novembre : 4,813 % !
    1er décembre : 5,281 % !

  21. Bonsoir

    A propos des divergences, tensions et égoïsmes des 27 de l’Europe, je rappelle la boutade du peu regretté maréchal Mobutu Sese Seko:
    ” Vous autres européens , vous ne seriez pas si mal si vous n’aviez tous vos problèmes ethniques” En effet 27 tribus sur un territoire aussi réduit , ça crée beaucoup de problèmes!

    Cordialement.

  22. J’ai une question, Wall Street était en hausse aujourd’hui, car il y a eu création d’emplois dans le secteur privée, ce que je prend peut être plutôt comme une baisse du chômage, mais ça ne viendrais pas plutôt du fait parce que des chômeurs sont sorties des listes ?

  23. Bonsoir à tous.

    En réponse à ABEL.

    Vous êtes éffaré du comportement de nos politiques, pourquoi? Sérieusement, comment peut-on imaginer un seul instant que ceux-ci peuvent, pour faire court, d’une part se présenter aux électeurs (frais de campagne) et d’autre part éventuellement être élus sans avoir auparavant reçu l’aval et l’aide des milieux financiers en coulisse et au grand jour des médias dont ces milieux financiers sont aussi les propriétaires.
    Les politiques ne sont que des hommes de mains, rendus présentables car légitimés par les urnes, défendant des groupements d’intérêts pour ne pas dire des mafias. L’alternance du pouvoir prévue par le systême démocratique est faite pour ces dernières, pas pour l’intérêt des populations. Une élection est moins coûteuse, moins risquée et moins compliquée à organiser qu’une révolution ou un coup d’état d’autant que les candidats en lisse ont au préalable été choisis. Le bordel, c’est mauvais pour les affaires.
    Une question: Qui finance Monsieur MELANCHON? Que j’aurai par ailleurs plaisir à rencontrer.

  24. L’échappatoire, je la connais: c’est l’élection de notre social-sauveur en 2012 après qu’il ait, du FMI, vaillamment restructuré l’Europe pour qu’elle demeure dans les petits papiers des marchés.

    “Keynes a plus fait pour la classe ouvrière que Rosa Luxembourg”.
    D$K.

    “Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens… Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la guerre de classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée”.
    Keynes.

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