L'actualité de la crise: Quand les monnaies s'en mêlent… et s'emmêlent, par François Leclerc

Billet invité

QUAND LES MONNAIES S’EN MÊLENT… ET S’EMMÊLENT

Irrésistibles montées du yen japonais et du franc suisse, maintien déterminé de la parité actuelle du yuan chinois vis à vis du dollar, les déséquilibres monétaires s’installent de plus en plus dans l’actualité, tandis que cahin-caha la réforme du FMI avance petitement et que se profilent à plus long terme d’inévitables grands chamboulements.

Non sans un paradoxe de plus : bien que nécessaires, ceux-ci sont pourtant bloqués, car ils devraient sanctionner la fin de cette extraordinaire facilité dont les Etats-Unis ont largement profité et abusé, à savoir l’adoption du dollar comme monnaie de réserve. Déjà profondément atteinte par la crise en cours, la première puissance économique et financière mondiale recevrait alors un coup fatal, si le privilège suprême que représente sa suprématie monétaire devait cesser.

Le chemin en est cependant tout tracé, puisqu’elle est déjà bien entamée, mais tout sera fait pour repousser cette échéance, synonyme de déchéance. Ne manquant pas d’accentuer la crise monétaire, au lieu de la résoudre, ainsi que ses retombées économiques, ce qui ne va en rien les arranger.

Cela peut être un sujet d’inquiétude supplémentaire, dans une situation qui n’en manque pas. Alors que la profondeur de la crise américaine, atteignant lourdement une société perdant pied et repères – dont on va observer les conséquences politiques – ne semble pas encore estimée à sa juste importance en Europe.

Depuis des lustres, rien de moins, il était reconnu que le financement forcé par les autres du colossal déficit américain ne pouvait pas continuer sur ce mode, qui pourtant a perduré vaille que vaille. Il est maintenant devenu depuis le temps, structurel, un mot qui signifie que l’on ne peut pas revenir dessus, et sa mise en cause aura – sans échappatoire possible, quand elle interviendra – de très fortes conséquences pour le pays.

Dorénavant, il ne sera plus possible de différer éternellement une refonte en profondeur du système monétaire international, en raison même du coup par derrière que la crise financière vient de donner aux Etats-Unis – une traîtrise que les Américains ne pourront que se reprocher. Car c’est au cœur même du capitalisme financier qu’est né le tsunami qui est en train de les submerger.

La crise ? Parlons-en pour une fois sur le terrain monétaire ! Tout se passe comme si la puissance montante qu’est la Chine était prise dans une contradiction, devant d’un côté préserver ses exportations en faisant obstacle à la réévaluation du yuan (qui précipiterait une crise économique et sociale en son sein) et de l’autre ne pas affaiblir le dollar, dont elle est la principale détentrice, ce qui reviendrait à se tirer également une balle dans le pied. Le chemin qui est devant elle est étroit, mais le reconnaître est dérangeant.

La réorientation de sa croissance sur son marché intérieur, même si elle est engagée, va dans le meilleur des cas demander beaucoup de temps et rencontrer d’importants obstacles. Nécessitant des arbitrages politiques plus difficiles à prendre et à tenir que ne le fait croire une vision sommaire et ultra-centralisée du pays. Ne prenant pas en compte que la classe dirigeante chinoise a ses propres intérêts à défendre, qui reposent sur son actuel mode de développement inégal.

Les dirigeants chinois ont donc clairement adopté une attitude gradualiste, annonçant le but à atteindre – une grande réforme monétaire dans l’avenir – mais pratiquant la politique des petit-pas afin de ne pas tout faire basculer dans le vide, et eux avec. Diversifiant l’utilisation des surplus commerciaux, que la Chine continue d’engranger en forte quantité, élargissant par des accords commerciaux bilatéraux le champ d’action de sa monnaie, s’assurant par ses investissements payés en dollars dont elle se déleste d’approvisionnements en matières premières durables.

Mais ce déséquilibre entre le yuan et le dollar, faussement présenté aux Etats-Unis comme la source de tous les maux que rencontre l’économie, n’est en réalité et pour aller à l’essentiel, que la conséquence et non pas la cause de ceux-ci. Les Américains sont devenus les premières victimes d’une mondialisation dont ils ont été les meilleurs artisans et les plus forts partisans, qui a abouti à l’émergence de nouvelles puissances industrielles. Ce qu’ils ne veulent et ne peuvent reconnaître, sauf à admettre la responsabilité qui est la leur – pour avoir impulsé le pire de ce que le capitalisme financier pouvait générer – et à en prendre leur parti. Car le coup est joué, les dés ont été jetés.

Au demeurant, les dirigeants chinois ne se laissent pas impressionner par l’offensive en cours afin qu’ils réévaluent le yuan, de 30 à 40% selon les estimations de leurs critiques. Analysant, chiffres des flux financiers à l’appui, les relations sino-américaines, une économiste travaillant pour le compte d’un think-tank proche du gouvernement chinois, Zhang Monan, vient de faire valoir dans un article publié par le China Daily (le journal chinois en langue anglaise) que les Etats-Unis avaient plus gagné de la Chine en étant son débiteur que celle-ci en étant leur créditeur. Sans compter que cette situation avait permis aux Etats-Unis de maintenir leur hégémonie. C’est implacable et ne concerne pas que la Chine, éclairant les fondements mêmes de la domination américaine.

Un autre effet secondaire de la crise n’est pas moins spectaculaire. Une course à la dévaluation compétitive est engagée entre les principales puissances exportatrices. Les Etats-Unis la font en tête, s’efforçant de profiter d’une faiblesse du dollar qu’ils entretiennent. Les Japonais voudraient bien faire de même, mais les vents leur sont totalement défavorables, le yen étant paradoxalement devenu une monnaie refuge dans un monde financier à la recherche d’abris, qu’ils soient monétaires ou obligataires. Par conséquent il s’envole et pénalise une économie toute entière orientée vers l’exportation, rendant illusoire toute sortie de la déflation dans laquelle elle est installée.

Les Européens ne sont de leur côté pas mécontentents du réajustement qui s’est opéré entre l’euro et le dollar, tandis que les Allemands n’ignorent pas les conséquences catastrophiques qu’aurait pour leurs exportations une sortie de la zone euro et un retour au deutsche mark, qui grimperait en flèche. Ce qui explique leur attachement à l’euro, malgré tout, et éclaire mieux leur stratégie européenne actuelle.

A l’inverse, enfin, les monnaies des pays émergents, et pas seulement la Chine mais par exemple le Brésil, continuent de s’apprécier, mettant en cause leurs exportations de produits finis. Déséquilibrant encore davantage une économie qui l’est déjà fortement, trop axée sur les exportations au détriment du marché intérieur, avec comme conséquence la montée préoccupante des inégalités sociales que masque partiellement le développement des couches moyennes.

Mais toutes les monnaies ne peuvent pas dévaluer en même temps les unes vis à vis des autres ! Le petit jeu des dévaluations compétitives, quand elles peuvent être menées, n’est donc qu’un pis-aller dont les effets sont limités. D’autant que le contexte occidental général est récessif, même si techniquement la récession n’est pas aujourd’hui constatée. Or, pour exporter il faut rencontrer des importateurs ! Quant à la récession, qui ne peut que réduire les marchés à l’export, Les Etats-Unis en sont de bons clients potentiels, ce qui explique que si la Fed continue de jouer l’attentisme, elle n’en a pas moins l’arme de la création monétaire au pied. La suite dans les mois qui viennent.

Les réactions enregistrées à la suite de la récente intervention japonaise sur le cours du yen sont significatives des bagarres monétaires qui se déroulent actuellement, et de leur vanité. Les Américains et les Européens ont vivement manifesté leur désaccord avec cette initiative présentée comme unilatérale, à laquelle ils ont en réalité refusé que leurs banques centrales respectives se joignent, à la demande des Japonais. Chacun voulant bénéficier de l’effet d’aubaine que la baisse des exportations japonaises pourrait représenter pour lui.

C’est contraint et forcé que ceux-ci ont du se résigner à agir seuls, afin au moins de tenter de stopper la réévaluation constante de leur monnaie. Ils ont fait mieux dans un premier temps, mais c’est du provisoire. Mais ils doivent pour ce faire affronter deux phénomènes, non seulement l’abri relatif qu’involontairement leur monnaie offre, le dollar ne pouvant plus prétendre remplir cette fonction, mais également le débouclage de fortes positions dans le cadre des opérations spéculatives de carry-trade, qui aboutit à des achats de yen. Alors que les Chinois accroissent leurs acquisitions des obligations souveraines japonaises et contribuent ainsi à la hausse de la devise nippone. C’est beaucoup à combattre.

Tout ce remue-ménage ne pourra qu’aboutir à terme à une mise à plat des valeurs respectives des monnaies, mais il faudra en accepter toutes les conséquences, car elle sanctionnera inévitablement les nouveaux rapports de force économiques mondiaux. On ne parlera plus de modifications homéopathiques et dérisoires en faveur des pays émergents des sièges du conseil d’administration du FMI – des négociations au couteau sont en cours – mais d’une refonte d’ensemble du système monétaire international, qui sera nécessairement de la portée de ce que Bretton Woods a été, mais avec un tout autre sens : le basculement économique mondial en faveur des pays émergents cette fois-ci, et non plus des Etats-Unis comme à la sortie de la seconde guerre mondiale.

C’est seulement dans ce contexte que les déséquilibres monétaires pourront trouver une solution, dont les contours sont encore à ce stade peu avancé très théoriques. On parle ainsi d’un panier de devises, incluant le yuan, qui jouerait le rôle de monnaie de référence mondiale. Une des grandes difficultés de l’exercice, pour ne pas revenir à celles qui ont été évoquées plus haut, est que d’éventuelles mesures intermédiaires, dans le cadre d’une approche progressive de la réforme, font rigoureusement défaut. Les puissances économiques étant de ce fait placées devant un tout ou rien qui les effraye, en raison de ses conséquences imprévisibles dans le contexte actuel de crise économique et financière chronique, dont on ne voit pas la fin. Il faudrait tout régler en même temps, quel saut dans l’inconnu !

Il n’est pas inutile, pour éclairer la situation actuelle, de revenir aux accords monétaires internationaux signés à l’hôtel Plaza de New York en 1985, et que l’on appelle donc les accords du Plaza. Il avait été décidé à cette époque par le G5 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni et France) d’intervenir conjointement, afin d’aboutir à la dépréciation du dollar par rapport au yen et au deutsche mark. Depuis l’effondrement de Bretton Woods, constaté en 1973, une politique de laisser-faire primait sur le marché monétaire, mais des mesures se révélaient indispensables, en raison déjà de l’importance du déficit américain, de l’existence d’une bulle spéculative sur le dollar, de la nécessité de réduire les excédents commerciaux japonais et, in fine, de réduire le chômage américain. Ce rappel historique nous renvoie au présent.

Le programme d’intervention conjointe fonctionna pendant deux ans, avant d’être brutalement stoppé, occasionnant en 1987 les accords du Louvre – une institution que l’on ne présente pas – en raison de l’amplitude imprévue et désastreuse de ses effets. Notamment une forte hausse des taux d’intérêt et une trop importante baisse du dollar, en raison de la spéculation. Il en résulta dans les années qui suivirent – en raison des mesures prises par la banque centrale japonaise afin de faire face à la récession qu’induisait la baisse des exportations du pays – la création d’une gigantesque bulle financière, dont l’explosion continue aujourd’hui de produire ses effets délétères…

Li Daokui, conseiller de la banque centrale chinoise, vient d’ailleurs de faire explicitement référence aux accords de Plaza, afin de mettre en évidence que la Chine d’aujourd’hui n’est pas le Japon d’alors. Pour conclure ainsi : « Nous n’allons pas faire monter le yuan seulement parce qu’il y a des pressions externes », annonçant qu’il s’attendait à la poursuite de celles-ci… pendant une décennie. Les Etats-Unis et la Chine ne sont de toute évidence pas dans le même calendrier, ni devant les mêmes urgences. Et la réédition des accords de Plaza pour solde de tout compte n’est strictement pas envisageable par cette dernière.

Les questions monétaires, nous allons beaucoup en attendre parler très prochainement. Non seulement en raison de la poursuite des déséquilibres actuels et de leurs conséquences économiques – une fois admis que ceux-ci expriment plus la réalité des nouveaux rapports de force économiques que l’unique résultat des spéculations et des interventions que l’on observe – mais aussi de l’intention affichée par Nicolas Sarkozy d’agiter à sa manière ce dossier, lorsqu’après le G20 de mi-novembre prochain, la France sera en charge de préparer le suivant. Le flamboyant discours sur la refondation du capitalisme de septembre 2008 – déjà oublié – ne pourra pas être répété.

C’est du côté de la réforme du FMI qu’il va falloir plus attentivement regarder. Dans l’immédiat, les Européens vont devoir accepter sous une forme ou sous une autre d’occuper moins de sièges à son conseil d’administration, pour faire de la place aux pays émergents, alors que la tentative allemande de monnayer cela contre un abandon par les Américains de leur droit de veto de fait a fait long feu. Voilà qui démontre l’obstination de leur résistance, car si un tel verrou sautait, ils perdraient le contrôle de l’instrument potentiel d’une réforme monétaire dont ils ne veulent pas.

Plus important dans l’immédiat, au-delà des 8 milliards de dollars supplémentaires que le Japon, la France, la Grande-Bretagne et la Chine viennent d’accorder comme prêt au FMI, en plus de l’important programme d’accroissement des ressources de ce dernier, déjà réalisé, on parle d’un doublement des quote-parts des Etats membres, qui pourrait intervenir à la faveur ou dans la foulée du remaniement de la composition de son conseil d’administration.

Un éclairage est à ce propos nécessaire. Le rôle accru, et selon des modalités qui évoluent, que joue le FMI est appelé à se développer. Afin d’être le prêteur en dernier ressort des Etats, passant par-dessus les banques centrales qui ont déjà beaucoup donné et dont les bilans ont enflé plus que de mesure.

On peut également le supposer avoir l’intention de soulager la dette des Etats développés les plus endetté – le gros morceau – car il dispose statutairement de la faculté de créer de la monnaie, afin d’éviter des restructurations de dette qui feraient à nouveau dangereusement boule de neige dans le système financier, ou alternativement une installation du monde occidental dans la récession. A ce stade, ce ne sont bien entendu que des projets discrètement envisagés, qui demanderont pour être éventuellement mis en pratique que la situation soit encore plus tendue qu’elle ne l’est actuellement, ce qui est loin d’être exclu.

Cette perspective rejoint celle de la réforme d’ensemble du système monétaire international, sous la forme d’une sorte de futur Big bang, dont on saura cette fois ce qui l’aura précédé mais pas ce qui en résultera.

Car il n’est pas concevable que le premier créditeur de la planète – la Chine – accepte d’utiliser au moins partiellement ses réserves pour financer à grande échelle le FMI – comme celui-ci aimerait bien le négocier – sans de très sérieuses contreparties. Celles-ci consisteraient à progressivement introduire le yuan dans le système monétaire international comme monnaie de plein exercice, favorisant l’essor des échanges commerciaux chinois, ce qui supposera à terme sa convertibilité.

Dans un tel contexte, le concept du bancor, tel qu’il avait été écarté à Bretton Woods, retrouverait sa place naturelle.

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34 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise: Quand les monnaies s'en mêlent… et s'emmêlent, par François Leclerc »

  1. « …Mais toutes les monnaies ne peuvent pas dévaluer en même temps les unes vis à vis des autres !… »

    Evidemment non ! mais toutes se déprecier par rapport aux matières premières ou aux métaux précieux, l’or par exemple, cela me parrait inévitable. C’est ce qu’on appelle un krach monétaire non ?

  2. Et petit à petit les chinois prendront la place de 1ère superpuissance mondiale, vous avez aimez les Etats Unis vous adorerez la Chine…

    1. Ya encore loin de la coupe aux lèvres ! Et j’en suis désolé pour eux, mais ils n’en ont ni l’ambition, ni le profil, ni les prédispositions idoines, ni surtout les moyens…

      Arrêtez avec ce plaisir malsain de chercher votre nouveau maître. C’est d’un pénible…

      Pensez plutôt à voir ou revoir Les Chinois à Paris de Jean Yanne. Vous prendrez un peu de recul avec ce genre d’oracle genre Portes Ouvertes chez Lapeyre !

    2. @vigneron : Kaiel n’a pourtant pas tort. Ne seriez-vous pas un peu naïf à vos heures, monsieur vigneron ? Ou idéaliste dirait-on dans les bureaux capitonnés. Ecoutez l’émission signalée par Cécile ci-dessous : en Afrique, et par la force de la corruption, les Chinois obtiennent des concessions d’exploitation à vie. Ils marchent dans les brisées des US et des Européens. Sans doute se montreront-ils moins massacreurs que « nous », mais ils seront, ils sont déjà, aussi impitoyables en affaires…

    3. @ Crapaud rouge,

      Les chinois, moins massacreurs que nous ? Vous voulez rire ? Certainement pas que nous français ! Que nous américains ce n’est pas dit non plus. Ils ont un long passé, dans lequel les massacres ne sont pas absents, loin s’en faut (n’oubliez pas non plus que, si ma mémoire est bonne, ce sont eux qui mangent des cervelles de singes vivants à table).
      De plus, si l’on se place du point de vue de l’industrie occidentale : ils nous ont bel et bien massacré, avec notre consentement (enfin celui « des gens qui décident), je vous l’accorde.

      Cdt,

    4. @VB: Houlala, le coup des chinois bouffeurs de cervelle de singe, fallait le faire. Sans parler de la mise en parallèle préalable d’avec la colonisation, Hiroshima, Nagasaki, Vietnam, Irak, Afghanistan, etc. 🙂
      Je vous imagine bien en Afrique en train d’essayer de convaincre vos interlocuteurs que nous sommes plus cool que les chinois, avec des phrases pareilles. Je suis écroulé de rire.

    5. @VB : « Ils ont un long passé, dans lequel les massacres ne sont pas absents » : je pensais à l’avenir, pas au passé, et aux massacres en tant que moyen de conquête. Le droit international ayant fait quelques progrès depuis Christophe Colomb, il y a tout lieu de croire qu’ils s’en serviront prioritairement pour leurs propres conquêtes, par exemple sous forme de concessions à vie. Vous m’obliger à me répéter, VB, je note ça sur mon carnet noir…

    6. Bonjour,

      @ Batracien,

      Croyez-vous que la domination industrielle soit une forme suffisamment moderne de conquête selon « le droit international », ou que ce soit une forme suffisamment moderne dudit droit international ?
      Bien sur, on peut aussi dire et penser que cette domination industrielle est déjà du passé, et en aucun cas du présent, ce à quoi on peut rétorquer qu’il s’agit d’un passé récent duquel on pourrait, sans trop s’avancer, déduire une ligne de conduite pour l’avenir.

      Cdt,

  3. « la Chine d’aujourd’hui n’est pas le Japon d’alors. »

     » ‘La Chine d’aujourd’hui n’est pas le Japon de 1985, ce n’est pas un pays qui dépend totalement de la demande étrangère’,
    a déclaré ce conseiller de la banque centrale de Chine lors d’un forum économique à Pékin, dans un discours diffusé par le site finance.qq.com  »

    La citation complète me semble plus intéressante.

  4. Méfions-nous du FMI.

    Article superbe et argumenté, mais j’apporterais un b-mol: il suppose une continuité historique, et néglige la possibilité d’une discontinuité comme le fut l’implosion de l’URSS, qui balaierait les USA totalement et le FMI avec. Et l’€uro aussi probablement.

    Il néglige aussi tout le potentiel de guerre que la fin du pétrole amènera, et qu’une hyperinflation du dollar importera aux USA en y semant panique, famine et désordre. Et que l’arsenal militaire des USA exportera aux pays du golf, sur fond de guerre des religions.

  5. « Les Américains sont devenus les premières victimes d’une mondialisation dont ils ont été les meilleurs artisans et les plus forts partisans, qui a abouti à l’émergence de nouvelles puissances industrielles. »

    Il me semble que l’on retrouve là la leçon retenue pour l’empire britannique. Le libre échange fut retenu coûte que coûte par les britanniques, tant qu’il restait en leur faveur et surtout, ce qui fut leur principale erreur stratégique, bien au-delà : l’Allemagne abandonna le libre échange en 1879 et la France en 1881. Le RU, en 1932 (bien que dans les faits, après la fin de la première guerre mondiale). Mais le mal était fait : l’empire britannique ne maîtrisait plus le commerce international.
    La ‘mondialisation’ d’alors pour l’empire britannique permit à l’Allemagne puis aux USA d’émerger comme puissances industrielles. Puissances qui ne se privèrent pas à partir des années 1880 pour remplacer le libre échange d’avec le protectionnisme, jusqu’à ce que le libre échange redevienne ‘favorable’, notamment aux USA, à leurs intérêts.
    On note donc des parallèles entre l’empire britannique et les USA actuellement, dans le fait notamment que le libre échange leur soit devenu défavorable en lieu et place d’avantager des pays ‘émergents’, concurrents d’autant plus implacables que le libre échange s’est maintenu et s’est renforcé, mais aussi avec des ‘raidissements’ en politique étrangère.
    Fin du 19ème siècle, au moment du ‘basculement’ de leur hégémonie et avant la première guerre mondiale, l’empire britannique était déjà intervenu en Egypte, au Soudan, en Afghanistan (déjà un échec mémorable), au Tibet, contre les Boers en Afrique du Sud, sans compter l’épisode de Fachoda. Une des ‘figures’ d’ailleurs de cet impérialisme meurtrier est Lord Kitchener, que l’on retrouve en Egypte et au Soudan, à Fachoda et en Afrique du Sud, instigateur des camps d’internement et de la politique de la terre brulée contre les boers.
    Les américains ont eux aussi connu deux guerres en Irak et le sont toujours, en Afghanistan.

    Pendant ce temps là, comme avec l’Allemagne et les USA à partir de 1880, des pays ‘émergents’, comme la Chine, qui se sont industrialisés, remettent en question la suprématie du contrôle des échanges internationaux …

    1. avec un bemol cependant c’est qu’il n’y a pas que la perfide albion qui s’est ecroule , tout les empires euopeens se sont ecroules : l’allemagne , la france , la russie , ….

      le paradigme n’etait pas qu’economique mais surtout historique .

      c’est une maladie de penser que tout vient de l’economie , ce qui fait la force des pays emergents c’est la force de leur population . si les multinationales se ruent en chine c’est parce qu’il y a du people , l’economie vient apres .

      alors je propose la petite respiration meditation du matin , je respire , je ne suis pas un homo economicus , j’expire , je ne crois pas tout ce que me dise les medias , j’ inspire , je n’ai peut etre pas toujours raison , j’expire , les autres disent peut etre des trucs interessants , j’inspire , apres tout moi aussi je peux penser , j’expire , le soleil se leve , je me detends .

    2. « si les multinationales se ruent en chine c’est parce qu’il y a du people , l’economie vient apres » : bin, non …
      ça se saurait si les multinationales pensaient autre chose qu’économique.
      Ceci dit, je vous rejoins sur une vision par trop marxisante du tout économique : les dynamiques internes aux empires sont évidemment plus diverses, en particulier sur la domination des peuples, esclavagisme ou colonianisme. « L’empire américain », si tant est que l’on puisse le définir ainsi, n’a pas cette caractéristique de l’empire britannique ou français, lié au colonianisme.
      Cordialement.

    3. @zebu « « L’empire américain », si tant est que l’on puisse le définir ainsi, n’a pas cette caractéristique de l’empire britannique ou français, lié au colonianisme. »

      Peut être parce que les USA sont une colonie à la base non? Histoire très différente de la GB ou de la France. Leur impérialisme est également très différent. Tout se bas sur la diplomatie et les services secrets. Prenons un pays lambda. Lambda a des ressources naturelles : la diplomatie va tout mettre en place pour que les USA y est accès (corruption, clientélisme etc…), si cela échoue, les services secrets vont essayer de déstabiliser le pays voire de supprimer le dirigeant qui résiste (cf Allende etc…) et si cette dernière option échoue, alors seulement on envoie l’armée mais dans le but unique de sécuriser les zones de matières premières (cf : Irak etc…)

    4. @zébut : contrairement aux européens, l’empire américain ne revendique aucun droit territorial, il se contente d’installer des bases militaires : 700 de par le monde, me suis-je laissé dire. Ce changement de méthode est dû au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais il s’agit toujours d’exploiter une périphérie au profit d’un centre. Le prochain « empire » sera sûrement chinois, (cf. ma réponse à vigneron, ci-dessus), qui s’établira lui-même selon d’autres modalités.

    5. @ Perceval
      Quand vous écrivez « si les multinationales se ruent en chine c’est parce qu’il y a du people , l’economie vient apres . » vous démontrez que la base des délocalisations, c’est le prix du travail, pas l’histoire, dont elles se foutent complètement.

      Les multinationales ne se sont pas précipitées en Chine pour des raisons historiques, pas plus qu’elles se sont précipitées dans le textile avant vers le Mexique ou vers Maurice. Ou dans la pharmacie et l’électronique vers l’Irlande. C’était pour des raisons économiques. Sachez même que les multinationales chinoises se précitpent actuellement vers le Bangladesh ou le Vietnam. Ce n’est pas historique, c’est pour sortir de meilleurs prix, sur la base fondamentale de la valeur, le travail.

  6. Au fond, il me semble que la possible perte du statut de la devise de référence, ne serait pas si néfaste pour les USA.
    Une forte dévaluation rendrait l’économie américaine beaucoup plus compétitive et elle réduirait la dette extérieure à la portion congrue.
    Evidemment, la forte dépendance du pétrole serait un risque, car les caburants (le pétrole est largement importé) deviendraient très chers pour les consommateurs américains.
    Des adaptations devraient intervenir aux USA où les distances sont importantes et les trafics automobile et aéronautique sont considérables.
    Il n’empêche, la compétitivité de l’industrie américaine y gagnerait quand même beaucoup. Evidemment, comme le souligne François Leclerc, le déficit commercial américain est aussi structurel, autrement dit, la désindustrialisation (rapportée à son niveau de consommation) est peut-être si grave que tout cela mettrait quand même quelques années à pouvoir être corrigé.
    Ceci dit, les chinois résistent à consentir à l’appréciation de leur monnaie, car leurs exportations souffiraient quand même pas mal, et François souligne que l’orientation vers une consommation intérieure devrait, là, prendre pas mal de temps.
    Quant au problème des Japonais, piégés dans leur spirale déflationniste, celui-ci préfigure visiblement ce qui nous attend quand la monnaie devient encore plus généralement valeur refuge. Elle l’est déjà, mais la tendance s’accentue après chaque événement critique systémique.
    Sans doute, créer une monnaie FMI ne résoudrait guère ce problème, sauf si on y ajoute des mécanismes préconisés par Keynes et son bancor qui pénalise autant les excédents commerciaux importants que les les déficits importants, en visant, globalement, des échanges équilibrés.
    Pour ma part, le fond du problème provient néanmoins d’une insuffisante redistribution des revenus et des richesses, et sans un réajustement à ce niveau, il n’y aura aucune perspective de sortir du « contexte récessif ». Pis, cette récession finira par atteindere à son tour aussi les pays émergeants. Leurs taux de croissance devraient s’essouffler dans ces payes dans un avenir proche (disons d’ici un ou deux ans!).

    Il serait, à mon sens, relativement simple pour les autorités monétairesde finir avec la crise en instituant une monnaie qui ne serait pas valeur refuge et qui serait ainsi amenée à circuler sans jamais faiblir. Un tel signe monétaire marqué par le temps (SMT) créerait des revenus redistribués sans discontinuer, et l’intérêt de la monnaie (du capital) aurait disparu. Dès lors, au lieu d’assister à une concentration toujours plus poussée des richesses, nous assisterions à un redémarrage en douceur et une réelle diffusion de la prospérité et à une déconcentration des richesses, cette fois au niveau mondial.

    Evidemment, cela réaliserait le voeu de Keynes d’une « euthanasie lente du rentier », condition sine qua non de la réduction de la dette en même temps que la réduction des trop grosses fortunes.

    1. @Johannes finckh
      Chacune de vos interventions se termine par la même conclusion : mettre en place un « signe monétaire marqué par le temps » (SMT). Je ne vois ni l’intérêt – si on peut dire – d’une telle monnaie fondante par rapport aux situations d’inflation que nous avons connues, ni comment cette monnaie pourrait être mise en place mondialement !
      Pourriez-vous nous éclairer ou nous donner quelques références sur le sujet.

  7. « euthanasie lente du rentier », et ce que le rentier refuse de faire par ignorance, il le fera par nécessité. Cela est juste et bon.

  8. Un petit pas de plus !

    A titre probablement symbolique, la banque centrale de Malaisie a acheté en août dernier des obligations chinoises libellées en yuans, ce qui est semble-t-il également le cas d’autres banques centrales asiatiques.

    Cela a fait suite à la décision chinoise de permettre aux établissements financiers étrangers, à titre d’essai a-t-il été expliqué, d’intervenir sur le marché obligataire chinois.

    (source: Financial Times)

    1. Cela fait suite aux accords de swap de devises avec d’autres pays asiatiques (la Malaisie déjà) mais aussi avec l’argentine, l’Islande…
      Malgré cette série de petits pas, à court terme, je vois mal la classe dirigeante chinoise se départir du pouvoir politique que lui procure le contrôle du yuan en en faisant une monnaie de réserve à part entière. Ce qui l’obligerait à rendre ce dernier totalement convertible.

    1. Le problème (principal) du Japon: le pays exporte invariablement beaucoup, il profite notamment des bulles chinoises, il ne fait pas l’objet de méfiances de la part des marchés financiers. Mais la vieille génération japonaise est assise sur des fortunes immenses, en liquidités et valeurs, sans les dépenser ni investir. Il y a donc plutôt un problème lié aux structures internes, sociologiques/micro-économiques du pays. Une « inflation dirigée » ne résoudra en rien le problème.

    2. Il doit y avoir un équilibre difficile entre ses exportations et sa dépendance en matières 1ères vis-à-vis de l’extérieur.

  9. Les 10% d’américains les plus riches ne sont pas victimes de la mondialisation, ils en sont les plus grands gagnants.
    Or ce sont eux qui sont au pouvoir aux USA, ils sont accessoirment reponsables de + de 50 % des exportations de la Chine vers les USA via Wal Mart, Apple … La chine est à la merci d’une brutale délocalisation de la production de ces trop grand acteurs.

    Une reflexion sur la situation uniquement en terme de confrontations entre pays est donc beaucoup trop limitée. Le pouvoir des transnationales qui font la pluie et le beau temps an matière legislative, par l’entremise de leurs lobbys qui sévissent à Bruxelle comme à Washington, n’a jamais été aussi grand.

    Bref la marge de manoeuvre des politiciens n’a jamais été aussi faible, sauf de faire preuve de courage mais n’est pas de Gaulle ou Churchill qui veut.

    Les BC c’est différent elles ont encore un extraordinaire pouvoir de nuisance, même à l’endroit des multinationales. Mais aux commandes des BC se trouvent nos amis les plus riches sinon leurs amis, les BC occidentales ne bossent que pour les gens les plus riches et les Banques.

  10. Il n’est pas inutile, pour éclairer la situation actuelle, de revenir aux accords monétaires internationaux signés à l’hôtel Plaza de New York en 1985, et que l’on appelle donc les accords du Plaza. Il avait été décidé à cette époque par le G5 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni et France) d’intervenir conjointement, afin d’aboutir à la dépréciation du dollar par rapport au yen et au deutsche mark.

    A l’époque des accords du Plaza les gouvernements avaient encore des moyens d’agir sur les cours des monnaies. La libéralisation des flux financiers était en cours mais loin d’être achevé.

    Il me semble qu’aujourd’hui les autorités, BC et gouvernements réunis n’ont plus les moyens de peser durablement sur les taux de change même si ils décidaient, malgré la divergence de leurs intérêts, une action concertée.

    Alors que la profondeur de la crise américaine, atteignant lourdement une société perdant pied et repères – dont on va observer les conséquences politiques – ne semble pas encore estimée à sa juste importance en Europe.

    Sur ce sujet je vous recommande les éditoriaux du New York Times :

    The Recession’s Awful Impact
    Two Different Worlds

  11. Ce texte évoque la crise japonaise de la fin des années 80, je me pose souvent des questions à ce sujet.
    On trouve souvent des explications économiques plus ou moins abstraites mais j’aimerai bien en savoir plus sur le côté politique et les manœuvres des puissances financières dans son déroulement.

  12. Et oui…..

    Extraits d’un texte déjà ancien mais, encore tout à fait pertinent ! :
    (….)
    « Mais, en outre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des DOLLARS (…) pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiement, amène les ETATS-UNIS à s’ENDETTER GRATUITEMENT vis-à-vis de l’étranger.
    (….)
    Cette FACILITE UNILATERALE qui est ATTRIBUEE à l’AMERIQUE contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un MOYEN de CREDIT APPROPRIE à un ETAT.
    (….)
    Il y a en particulier le fait que les ETATS-UNIS, faute d’avoir à régler nécessairement en or, tout au moins totalement, leurs différences négatives de paiements suivant la règle d’autrefois qui contraignait les États à prendre, parfois avec rigueur, les MESURES VOULUES pour remédier à leur DESEQUILIBRE, SUBISSENT, d’ANNEE EN ANNEE, une BALANCE DEFICITAIRE.
    (….)
    Il apparaît chez eux une PROPENSION CROISSANTE à INVESTIR à l’ETRANGER.
    De là, pour certains pays, une sorte d’EXPROPRIATION de telles ou telles de LEURS ENTREPRISES.
    (….)
    Lors même, d’ailleurs, qu’un mouvement aussi général ne se produirait jamais, le fait est qu’il existe un DESEQUILIBRE en quelque sorte FONDAMENTAL. Pour toutes ces raisons, la France préconise que LE SYSTEME SOIT CHANGE.
    (….)
    Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier.»
    (….)
    La France, pour sa part, est prête à participer activement à la vaste réforme qui s’impose désormais dans l’INTERET du MONDE ENTIER.

    Extraits….. De la conférence de presse du Général de Gaulle du 4 février 1965 tenue au Palais de l’Elysée

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    Texte complet de cette conférence de presse du Général de Gaulle, sur le système monétaire, le dollar et l’or au Palais de l’Elysée le 4 Février 1965
    Extrait de « Discours et Messages » – Charles de Gaulle – Plon, 1970 – pages 330 à 334
    (CONFERENCE VISIBLE EN VERSION INTEGRALE SUR LE SITE DE L’INA, à voir et à revoir….)

    Question – M. le Président, en changeant en or une partie de ses avoirs en dollars, la France a provoqué certaines réactions qui ont fait apparaître les défauts du système monétaire actuel. Etes-vous partisan de réformer ce système, et, si oui, comment ?

    Réponse (De Gaulle) – Je vais tâcher d’expliquer ma pensée sur ces points, A mesure que les États de l’Europe occidentale, décimés et ruinés par les guerres, recouvrent leur substance, la situation relative qui avait été la leur par suite de leur affaiblissement apparaît comme inadéquate, voire abusive et dangereuse. Rien, d’ailleurs, dans cette constatation n’implique de leur part et, notamment, de celle de la France quoi que ce soit d’inamical à l’égard d’autres pays, en particulier de l’Amérique. Car, le fait que ces États veuillent, chaque jour davantage, agir par eux-mêmes dans tout domaine des relations internationales procède simplement du mouvement naturel des choses. Il en est ainsi pour ce qui est des rapports monétaires pratiqués dans le monde depuis que les épreuves subies par l’Europe lui firent perdre l’équilibre. Je veux parler – qui ne le comprend ? – du système apparu au lendemain de la Première Guerre et qui s’est établi à la suite de la Seconde.

    On sait que ce système avait, à partir de la Conférence de Gênes, en 1922, attribué à deux monnaies, la livre et le dollar, le privilège d’être tenues automatiquement comme équivalentes à l’or pour tous paiements extérieurs, tandis que les autres ne l’étaient pas. Par la suite, la livre ayant été dévaluée en 1931 et le dollar en 1933, cet insigne avantage avait pu sembler compromis. Mais l’Amérique surmontait sa grande crise. Après quoi, la Deuxième Guerre mondiale ruinait les monnaies de l’Europe en y déchaînant l’inflation. Comme presque tontes les réserves d’or du monde se trouvaient alors détenues par les États-Unis, lesquels, en tant que fournisseurs de l’univers, avaient pu conserver sa valeur à leur propre monnaie, il pouvait paraître naturel que les autres Etats fissent entrer indistinctement des dollars ou de l’or dans leurs réserves de change et que les balances extérieures des paiements s’établissent par transferts de crédits ou de signes monétaires américains aussi bien que de métal précieux. D’autant plus que l’Amérique n’éprouvait aucun embarras à régler ses dettes en or si cela lui était demandé. Ce système monétaire international, ce « Gold Exchange Standard », a été par conséquent admis pratiquement depuis lors.

    Cependant, il ne paraît plus aujourd’hui aussi conforme aux réalités et, du coup, présente des inconvénients qui vont en s’alourdissant. Comme le problème peut être considéré dans les conditions voulues de sérénité et d’objectivité – car la conjoncture actuelle ne comporte rien qui soit, ni très pressant, ni très alarmant – c’est le moment de le faire.

    Les conditions qui ont pu, naguère, susciter le « Gold Exchange Standard » se sont modifiées, en effet. Les monnaies des Etats de l’Europe occidentale sont aujourd’hui restaurées, à tel point que le total des réserves d’or des Six équivaut aujourd’hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Six décidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu’ils ont à leur compte. C’est dire que la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde. Mais, en outre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiement, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils lui doivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de les leur payer totalement avec de l’or, dont la valeur est réelle, qu’on ne possède que pour l’avoir gagné et qu’on ne peut transférer à d’autres sans risque et sans sacrifice.

    Cette facilité unilatérale qui est attribuée à l’Amérique contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un moyen de crédit approprié à un Etat.

    Évidemment, il y a d’autres conséquences à cette situation.

    Il y a en particulier le fait que les Etats-Unis, faute d’avoir à régler nécessairement en or, tout au moins totalement, leurs différences négatives de paiements suivant la règle d’autrefois qui contraignait les États à prendre, parfois avec rigueur, les mesures voulues pour remédier à leur déséquilibre, subissent, d’année en année, une balance déficitaire. Non point que le total de leurs échanges commerciaux soit en leur défaveur. Bien au contraire ! Leurs exportations de matières dépassent toujours leurs importations. Mais c’est aussi le cas pour les dollars, dont les sorties l’emportent toujours sur les rentrées. Autrement dit, il se crée en Amérique, par le moyen de ce qu’il faut bien appeler l’inflation, des capitaux, qui, sous forme de prêts en dollars accordés à des Etats ou à des particuliers, sont exportés au dehors. Comme, aux États-Unis même, l’accroissement de la circulation fiduciaire qui en résulte par contrecoup rend moins rémunérateurs les placements à l’intérieur, il apparaît chez eux une propension croissante à investir à l’étranger. De là, pour certains pays, une sorte d’expropriation de telles ou telles de leurs entreprises.

    Assurément, une telle pratique a grandement facilité et favorise encore, dans une certaine mesure, l’aide multiple et considérable que les États-Unis fournissent à de nombreux pays en vue de leur développement et dont, en d’autres temps, nous avons nous-mêmes largement bénéficie. Mais les circonstances sont telles aujourd’hui qu’on peut même se demander jusqu’ou irait le trouble si les États qui détiennent des dollars en venaient, tôt ou tard, à vouloir les convertir en or ? Lors même, d’ailleurs, qu’un mouvement aussi général ne se produirait jamais, le fait est qu’il existe un déséquilibre en quelque sorte fondamental. Pour toutes ces raisons, la France préconise que le système soit changé. On sait qu’elle l’a fait, notamment, lors de la Conférence monétaire de Tokyo. Étant donné la secousse universelle qu’une crise survenant dans ce domaine entraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter que soient pris, à temps, les moyens de l’éviter. Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier.

    Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir de critère, d’étalon, autres que l’or. Eh ! oui, l’or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. D’ailleurs, en dépit de tout ce qui a pu s’imaginer, se dire, s’écrire, se faire, à mesure d’immenses événements, c’est un fait qu’encore aujourd’hui aucune monnaie ne compte, sinon par relation directe ou indirecte, réelle ou supposée, avec l’or. Sans doute, ne peut-on songer à imposer à chaque pays la manière dont il doit se conduire à l’intérieur de lui-même. Mais la loi suprême, la règle d’or – c’est bien le cas de le dire – qu’il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, c’est l’obligation d’équilibrer, d’une zone monétaire à l’autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges.

    Certes, la fin sans rudes secousses du « Gold Exchange Standard », la restauration de l’étalon -or, les mesures de complément et de transition qui pourraient être indispensables, notamment en ce qui concerne l’organisation du crédit international à partir de cette base nouvelle, devront être concertées posément entre les Etats, notamment ceux auxquels leur capacité économique et financière attribue une responsabilité particulière. D’ailleurs, les cadres existent déjà où de telles études et négociations seraient normalement menées. Le Fonds monétaire international, institué pour assurer, autant que faire se peut, la solidarité des monnaies, offrirait à tous les Etats un terrain de rencontre approprié, dès lors qu’il s’agirait, non plus de perpétuer le « Gold Exchange Standard », mais bien de le remplacer. Le « Comité des Dix », qui groupe, aux côtés des États-Unis et de l’Angleterre, d’une part la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique, d’autre part le Japon, la Suède et le Canada, préparerait les propositions nécessaires. Enfin, il appartiendrait aux Six États qui paraissent en voie de réaliser une Communauté économique européenne d’élaborer entre eux et de faire valoir au-dehors le système solide que recommande le bon sens et qui répond à la puissance renaissante de notre Ancien Continent.

    La France, pour sa part, est prête à participer activement à la vaste réforme qui s’impose désormais dans l’intérêt du monde entier.

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