L'actualité de la crise: une histoire qui s'achève, par François Leclerc

Billet invité.

UNE HISTOIRE QUI S’ACHÈVE

Sur proposition de l’administration Obama, le Sénat vient d’accorder in extremis 26,1 milliards de dollars d’aide budgétaire aux Etats américains – dont nombre d’entre eux sont au bord de la faillite – en attendant que les membres de la Chambre des représentants interrompent d’urgence leurs vacances pour entériner cette décision. Il s’agit d’assurer la rentrée scolaire prochaine en donnant aux Etats les moyens de payer 100.000 enseignants, de financer Medicaid (l’aide médicale aux défavorisés) et de sauver les emplois des pompiers et des policiers.

Afin de trouver une majorité, il a fallu déshabiller Paul pour habiller Jacques et couper sur les crédits du programme de bonds alimentaires à partir de 2014. Car ni les sénateurs ni les représentants ne veulent désormais apparaître, dans la perspective des mid-terms de novembre prochain où ils vont être exposés au vote des électeurs, comme contribuant à l’augmentation du déficit de l’Etat. On en est donc aux expédients budgétaires.

Dans un registre que l’on ne lui connaissait pas, Tim Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, vient de reconnaître que « nous vivons dans une des économies les plus riches du monde, mais un Américain sur huit dépend de coupons alimentaires aujourd’hui. Et l’Amérique est un pays moins égalitaire aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ans en partie à cause des réductions d’impôts pour les 2% les plus riches mises en place en 2001 et 2003 ».

Une forte rumeur s’est par ailleurs répandue, selon laquelle Barack Obama s’apprêterait à rendre public un gigantesque plan de sauvetage des détenteurs de prêts immobiliers qui doivent aux organismes prêteurs plus que la valeur actuelle de leur maison et sont financièrement dans l’impasse. 15 millions de prêts seraient concernés, pour un montant négatif de 800 milliards de dollars qui serait donc épongé sur fonds publics, dans le cadre d’un programme lancé sous l’administration Bush, intitulé Home Affordable Refinance Program (HARP). Cette mesure, qui demande à être confirmée, aurait l’avantage de ne pas devoir être entérinée par le Congrès. La réunion annoncée pour le 17 août prochain du Trésor à propos du dossier de Fannie Mae et Freddie Mac pourrait être l’occasion d’en savoir plus sur la réalité des intentions de l’administration.

La polémique politique bat son plein, par ailleurs, à propos des dégrèvements fiscaux décidés par l’administration Bush en 2001 et 2003, dont l’application vient à expiration au 31 décembre prochain. Les démocrates proposent en effet de poursuivre ceux-ci uniquement pour les contribuables gagnant moins de 200.000 dollars annuels (250.000 dollars pour une famille) et de ne pas les renouveler pour les revenus plus élevés. Les républicains veulent que les dispositions soient renouvelées pour les plus hauts revenus, avec comme argument qu’il ne faut pas briser la reprise ! L’incidence pour les revenus les plus élevés serait de relever le taux d’imposition de 35 à 39,6%. La rentrée parlementaire de septembre sera très mouvementée et la partie s’annonce compliquée, de nombreux démocrates risquant de faire défaut à l’administration Obama.

Un grand débat fiscal portant sur de nombreuses autres mesures est engagé au couteau. Dans un contexte où le coût de toutes les mesures d’allégement fiscal prises au fil du temps pèse très lourd, alors que les classes moyennes sont par ailleurs durement atteintes par la crise économique et les restrictions de crédit. L’étau se resserre, pour elles comme pour Barack Obama et les démocrates.

Alan Krueger, l’économiste en chef du Trésor, vient de reconnaître que la situation budgétaire était « un défi considérable à long terme ». Record absolu, le déficit de l’année devrait culminer au 30 septembre 2010 à 1.471 milliards de dollars, soit 10% du PIB. Le gouvernement prévoit de le ramener à 5,6% du PIB à la fin de l’exercice 2012, puis à 4,3% en 2013, mais en s’appuyant sur des perspectives de croissance qui sont considérées comme de moins en moins crédibles. Ce qui a amené le FMI à considérer comme inévitable un ajustement budgétaire portant sur les dépenses et les recettes de l’Etat.

Se voulant rassurant, Ben Bernanke, président de la Fed, a préféré ne pas aborder le sujet de la lutte contre le déficit public, qu’il a abandonné depuis quelques temps après avoir commencé à l’enfourcher. Il a déclaré que « après une chute vertigineuse fin 2008 et début 2009, l’économie des Etats-Unis s’est stabilisée au milieu de l’année dernière et croît désormais à un rythme modéré ». La suite du discours qu’il a prononcé en Caroline du Sud, en début de semaine, témoigne toutefois des fortes inquiétudes qui continuent de monter à propos de l’évolution de la croissance américaine, alors que son ralentissement enregistré au second trimestre est confirmé.

« Nous avons encore un chemin considérable à parcourir avant que notre économie ne soit totalement rétablie, et de nombreux Américains luttent toujours contre le chômage, les saisies immobilières et la perte de leurs économies » a-t-il reconnu. Il se confirme en effet que la contribution de la consommation à la reprise était beaucoup moins forte que les données précédemment publiées ne le laissaient croire, celle-ci étant le moteur principal de l’activité. Enfin, Ben Bernanke a également une nouvelle fois admis que la croissance de l’emploi ne permettait pas d’envisager une baisse du taux de chômage.

A ce propos, les chiffres officiels que le Département du Travail vient de publier sont en effet plus mauvais encore que prévus. En net, 113.000 emplois ont disparu en juillet, la fin des 143.000 contrats temporaires du secteur public (affectés au recensement) contrebalançant et au-delà les emplois crées par le privé. Le marché du travail a continué de décliner en juillet, selon le rapport officiel sur l’emploi publié vendredi, qui s’est avéré bien plus mauvais que prévu. Tandis que les chiffres de juin, déjà publiés, ont été revus à la baisse. Le taux de chômage est resté de 9,5%, mais c’est grâce à une baisse de la population active. Si l’on prend en compte les personnes qui ne cherchent même plus de travail et celles qui sont en chômage partiel, le taux global grimpe à 16,5%.

Dans ces conditions, que faire si l’Etat n’est plus en mesure de financer la relance ? Dans l’attente de la prochaine réunion du Comité de politique monétaire de la Fed, le 10 août prochain, qui pourrait donner lieu à une importante annonce au moins symbolique, Ben Bernanke a réaffirmé que la Fed restait prête à prendre de nouvelles mesures de soutien à l’économie, tout en jugeant que le moment n’en était pas venu. Un vif débat est en effet en cours au sein de l’institution, les partisans d’une reprise d’une politique d’achat de bons du Trésor faisant entendre de plus en plus fort leur voix, manifestant la crainte d’une prochaine dangereuse déflation. La boussole étant détraquée et les repères habituels évanouis, les recettes traditionnelles ne fonctionnant plus, les points de vue les plus opposés s’affirment au sein de la Fed.

Problème toutefois, le bilan de la Fed a déjà triplé en volume depuis 2007, atteignant désormais le montant de 2.300 milliards de dollars. L’idée serait donc de profiter de l’arrivée à maturité d’obligations d’Etat déjà achetées pour utiliser le cash afin de réinvestir dans de nouveaux achats de bonds, sans augmenter la taille du bilan. Car la Fed a donc aussi, toute banque centrale qu’elle est, ses petits soucis. Cela ne sera pas suffisant et ce sera reculer pour mieux sauter.

Entre des débats fiscaux et budgétaires difficiles et s’annonçant très houleux au Congrès et des arbitrages de la Fed tout aussi délicats à rendre, les Etats-Unis font face à une histoire qui s’achève. Il serait bien étonnant que cela ne soit pas dans le désordre.

Le mythe du retour aux valeurs perdue de l’Amérique et la dénonciation de la bureaucratie de Washington et du rôle envahissant de l’Etat ne relanceront pas l’économie et ne rétabliront pas dans leur prospérité à crédit les classes moyennes. La puissance financière du pays, protégée par une régulation financière qui a tourné à la farce, ne sera pas suffisante pour maintenir une prédominance militaire mondiale, l’un de ses points d’appui. Le déclin américain est bien engagé. Cela ne sera pas sans conséquence pour le reste du monde occidental, dont les Etats-Unis étaient la locomotive.

Très discrètement, le FMI a rendu public en avril dernier un document qui vient seulement d’être remarqué et n’a pas d’autre portée immédiate que de prendre une fois de plus date. Intitulé « Reserve Accumulation and International Monetary Stability » (L’accumulation de réserves et la stabilité monétaire internationale), il a été rédigé sous la responsabilité de Reza Moghadam, son directeur de la stratégie. En 35 pages très charpentées, il préconise rien de moins que la substitution au dollar du bancor imaginé par Keynes, au terme d’un long processus qui pourrait passer par un rôle accru des droits de tirage spéciaux du FMI. Il n’en avait jamais été autant dit. La voie sera longue, mais elle est tracée.

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61 réflexions au sujet de « L'actualité de la crise: une histoire qui s'achève, par François Leclerc »

  1. Le FMI est et a toujours été un instrument aux ordres des USA. Donc, si les USA sombrent financièrement, il serait très surprenant que le FMI y résiste. Donc, je ne vois pas bien l’interet de prendre les souhaits du FMI (de jouer un rôle plus grand dans l’avenir) pour base de travail.

    Non, ce qui est bien plus probable, après la faillite prochaine des USA et de la GB – de leurs banques centrales respectives – est une période trouble capitalistiquement parlant. Un retour aux valeurs plus locales. Ce qui, d’ailleurs, est en phase avec plusieurs besoins/demandes:

    – écologique, en réduisant l’utilisation de transports
    – nationalisme, et remettant la préférence nationale à la mode
    – financière, car il est plus facile de faire confiance aux personnes « pas trop loin »
    – budgétaire, en réduisant la balance commerciale

    1. « Le nationalisme, c’est la guerre ! » François Mitterrand – dernier discours devant le Parlement européen si ma mémoire est bonne.

    2. Ça fait rien Zolko ! Je trouve cette formule très juste et comme elle est de Mitterrand, je rends à César ….
      Quant à la guerre économique, aussi regrettable soit elle, et c’est un euphémisme, elle a quand même fait moins de morts et engendré moins de souffrances non ?

    3. @Didier

      Il ne vous est jamais venu à l’idée que la guerre tout court pouvait être la continuation de la guerre économique par d’autres moyens?

    4. à Didier sur la guerre économique:
      Vingt-quatre mille personnes dont plus de 16 000 enfants meurent de faim chaque jour… soit près de 9 millions par an. Sur seulement 5 ans c’est autant que la derniere guerre mondiale .

    5. Souvarine : me prendriez vous pour un demeuré par hasard ? 😉

      Si il y a un lien entre guerres économique et « militaire », il y a aussi une différence de nature. Le nationalisme, c’est la guerre, c’est la mort, c’est la souffrance. Si vous n’y voyez pas de différence de degré, moi oui.

    6. @Didier

      Je ne dis pas qu’elles sont de même nature, je dis qu’elles sont dialectiquement liées. Elles fonctionnent l’une avec l’autre. Les deux faces d’une même pièce.
      En quoi la guerre économique n’aurait elle nécessairement rien à voir avec le nationalisme?

      Et je n’ai pas pour habitude de prendre les gens pour des demeurés, je réagis à ce que vous écrivez, c’est tout.

    7. Le nationalisme c’est la guerre! Tu parles d’une révélation! Venant de Mitterrand, qui plus est, on rigole doucement, et on s’abstient de répéter de pareilles niaiseries.
      Et l’anti-nationalisme, c’est pas la guerre? Et l’impérialisme, c’est pas la guerre? Et le régionalisme ou l’indépendantisme, c’est pas la guerre? Et les religions, c’est pas la guerre? Les ethnies, c’est pas la guerre? Les idéologies totalitaires, c’est pas la guerre? L’ultra libéralisme, c’est pas la guerre?
      Ce qui est sûr, c’est que le nationalisme, ou, plutôt, les nations ne sont pas mortes, bien au contraire. Et que nos grands hégéliens de pacotille et autres partisans plus ou moins convaincus de la fin de l’histoire peuvent réviser leur classiques.
      C’est bien le nationalisme qui est en train d’abattre l’empire US en Afgha ou en Irak, allié, ironiquement, à des religions soit-disant devenues inoffensives. Et rien à voir non plus avec le « choc des civilisations de Huntington. ..

    8. Toujours dans la nuance mais hélas aussi le jugement à l’emporte pièce Monsieur Vigneron ! Je crois qu’on vous apprécie pour cela 😉

    9. la deuxième guerre mondiale à forte connotation nationaliste n’est-elle pas l’enfant de la crise financière de 1929 ? Sans généraliser voilà un exemple de nationalismes exacerbés et très destructeurs amplifiés par une crise économique .

  2. Merci pour cet article: d’Europe, pour le commun des mortels comme moi, on ne se rend pas forcément compte de la gravité de la situation de l’autre côté de l’atlantique. Si on ne fait pas partie d’un certain cercle, comment voulez-vous être « au courant »? Ce ne sont pas les médias « classiques » qui vont tirer la sonnette d’alarme… La question que je me pose: le « retour sur investissement » (ce pourrait être de l’humour noir, mais cela n’en est pas, en la stricte circonstance), de la guerre que mène les Etats-Unis depuis les attentats n’arrivant pas, et « l’arsenal d’artifices » (c’est le cas de le dire…) sur un plan financier et économique ayant été utilisé jusqu’à la lie -je veux dire que le côté strictement politique a joué à fond-, ne serait-ce pas le signe que les Etats-Unis auraient perdu cette guerre (d’ailleurs pas si facilement définissable? Garder sa place de leadership économique et financier?). « Vaste sujet… », comme aurait dit « le Grand Charles »! Si c’est le cas, notre NS en affichant son pro-américanisme de façade (= il n’est pas moins interventionniste et surtout technocrate que ses prédécesseurs), serait à contre-courant: looser?

    1. Bruno : je ne résiste pas à faire un peu de pub ! Je suis sûr que vous connaissez « Après l’Empire » d’Emmanuel Todd – Gallimard 18.50€ – de 2003, OK, mais encore valide, il y a beaucoup de choses très intéressantes mais surtout une approche différente.

    2. Merci Didier pour l’info: effectivement je connais Emmanuel Todd, et l’existence de cet ouvrage, mais ne l’ai pas encore lu. Une erreur à vite réparer. NOTA: étant de nature assez curieux -vous l’avez sans doute remarqué-, je ne m’arrête pas à « l’étiquette » que l’on se met sur le dos, ou, encore pire, que les autres vous décrètent… Cordialement

  3. L’administration Obama n’a pas voulu. ou pu, affronter les banques ni l’alliance militaro industrielle qui pompe des milliards de dollars chaque mois de guerre en Irak et afghanistan. Rien d’étonnant que ce pays se trouve dans un tel état de banqueroute. Je ne sais pas en quoi le passage au bancor pourrait changer quelque chose.

    1. Un tel bouleversement du système monétaire international sonnerait en premier lieu le glas de la prééminence du dollar et de toutes ses conséquences. En second, la conception même du bancor modifierait totalement les règles de pouvoir au sein du jeu monétaire global.

      Voir à ce sujet ici.

    2. Oui, mais si le BANCOR est le jouet et émis par le seul FMI qui est lui-même le jouet des Etats-Unis, les règles imposées à la communauté européenne soutiendront toujours une égémonie américaine qui continueront à tirer les ficelles !

      Ce sont les structures internationales, OMC et FMI, qu’il faut remettre à plat en leur redéfinissant leurs objectifs et leur gouvernance. Prenons les choses dans l’ordre.

    3. L’un n’ira pas sans l’autre, c’est exact ! Une refonte du système monétaire implique celle de ses structures, fondées précisément en l’une de ces occasions: Bretton-Woods.

      Les rapports de force économiques mondiaux sont tout simplement en train de pivoter.

    4. @ François Leclerc
      Ne pas être aveuglé par le terme. Je ne suis pas sûr que le bancor auquel fasse référence ce document du FMI soit le système auquel Keynes avait pensé. Dans le document, il est question de « The global central bank that issues bancor … » pas vraiment d’une chambre de compensation.

    5. @ fujisan

      Je n’ai encore lu le texte que dans ses grandes diagonales, je vais m’y mettre. Un simple coup de chapeau à Keynes n’est effectivement pas exclu.

    6. Le FMI et la Banque Mondiale sont nés avec Bretton Woods. Elles n’ont jamais été que des armes politiques au service de l’hégémonie américaine. Bretton Woods n’avait eu lieu que pour entériner la nouvelle configuration de la domination mondiale après la guerre.
      Ces institutions périront avec la fin de cette hégémonie. Je ne comprend même pas pourquoi on s’évertue à en attendre encore quelque chose.

  4. Article intéressant et qui explique pourquoi l’euro a stoppé sa chute par rapport au dollar.
    Avez-vous les chiffres de l’émigration aux Etats-Unis. En baisse ou en hausse?
    Les gens devraient normalement aller chercher ailleurs ce qu’il n’ont plus sur place.
    Merci et bonne journée

    1. L’émigration joue un rôle fonctionnel dans l’économie américaine, qui a besoin d’une main d’oeuvre à bas prix dans de nombreux secteurs, par exemple l’agriculture.

      Son évolution générale n’est donc pas significative du déclin américain.

  5. De ma fenêtre de non-spécialiste, votre phrase d’économiste ci-après a un goût délicieux :

    Enfin, Ben Bernanke a également une nouvelle fois admis que la croissance de l’emploi ne permettait pas d’envisager une baisse du taux de chômage.

    Plus sérieusement, le « déclin » américain n’est probablement pas uniquement du à l’économie. La situation alimentaire (l’obésité) ou la consommation de drogues, pour ne prendre que deux exemples frappants, ne vont-ils pas faire autant de ravages que le chômage, l’immobilier ou la guerre en Irak ?

    1. Quant une civilisation est fondée sur la consommation de marchandises, quelles que soient les marchandises, légales ou illégales, quant tout est devenu marchandise, quand « plus rien n’est vrai, tout est permis » l’effondrement de l’économie, parvenue à ses limites et fondée sur une consommation délirante et à crédit de marchandises pauvres et superflues, folie qui n’ a d’égale que la pauvreté et le manque du nécessaire dans d’autres zones, et l’effondrement de la civilisation sont un même mouvement.

  6. J’aime la langue de bois des politiques:.

    Comme le résume Stephen Gallagher, de la Société générale, pour le Wall Street Journal, « les [chiffres des] créations d’emploi dans le secteur privé ne sont pas assez mauvais pour faire craindre une nouvelle récession, mais pas assez bons pour écarter ce risque ».

    Délicieux !

  7. Cette inexorable montée de l’insolvabilité de l’ensemble des acteurs économiques nous conduit droit à la déconfiture générale.

    L’inflation comme porte de sortie ?
    Notons, tout d’abord, que nous faisons d’ores et déjà face, sur fond de déflation, à un début d’inflation par les matières premières (raréfaction des métaux précieux, hausses du prix du gaz et de l’électricité,…) et autres charges fixes (Assurances minées par les catastrophes naturelles).

    Les ménages, durement éprouvés par le chômage (le leur ou celui de leurs proches), étranglés par des prêts immobiliers adossés à des immeubles largement surévalués, ne pourront plus entretenir la croissance par leur consommation. Au demeurant, leur insolvabilité progresse partout et frôle le seuil fatidique au-delà duquel les banques (sans fonds propres suffisants) sautent. Et ceux qui demeurent solvables épargnent.

    Et puis le quantitative easing ne tourne-t-il pas déjà à plein régime, quasiment au point de rupture ? Ce dernier n’alimente-t-il pas essentiellement les trappes à liquidités ?

  8. Le dollar est mort en tant que monnaie internationale. Les États-Unis gagnent du temps en faisant racheter par le Trésor fédéral les dettes des gros débiteurs trop visiblement insolvables. La Fed est obligée d’émettre de la monnaie sans limite rationnelle en contrepartie des dettes publiques qui remplace les dettes privées.
    Il n’existe qu’une seule voie de redressement : la dévaluation du dollar… par rapport au bancor. Donc il faut créer le bancor par rapport à une réalité mesurable et non par transformation du DTS qui est un panier de monnaies décrochées de la réalité économique mondiale. Toutes les monnaies sont mortes en tant qu’unités de mesure des équilibres économiques dans la durée. Pour créer un bancor stable, intelligible en réalité éprouvée par les agents économiques du monde entier, il n’y a pas d’autre solution que d’instaurer un vrai marché financier international. Un marché où la mesure du crédit et du risque soit calculable par l’égalité des droits indépendamment de la nationalité.
    Le vrai marché en vraie monnaie est un droit international à la démocratie. Le but est fixé identifiable pour toute la société humaine mais chaque société le poursuit à son rythme par les moyens qu’elle élabore par elle-même à un prix d’équilibre d’offre et de demande transnationales.
    Merci à François Leclerc de sa description de la faillite du dollar. Il est heureux que le FMI commence à l’analyser par le bancor.

    1. Je doute que des manipulations sur la monnaie, quelque soit l’intérêt de ces manipulations pour retarder la fin d’un système entré en agonie, soient à même de sauver une civilisation qui n’en peut plus.

    2. « Donc il faut créer le bancor par rapport à une réalité mesurable »

      Toujours ce petit problème, qui parait annexe et technique si l’on se focalise sur les enjeus politiques et de « puissances » à court terme et pourtant central quant il faudra bien en venir aux actes : qu’est ce que la réalité et comment la calculer, et dans un consensus mou au minimum, qui plus est… En attendant ce qui ne pourra être qu’une capitulation d’une ou plusieurs des puissances en présence pour signer ce pacte de paix, précaire par essence (cf Bretton-Woods, durée de vie même pas trente ans), on va va voir défiler les cadavres au fil du fleuve des illusions trompeuses (ou perdues…).
      Pas sortis de l’auberge… (rouge, l’auberge).

    3. Je me demandais pourquoi ce document datant d’avril 2010 ne venait à jour sur ce blog que maintenant. Une brève recherche montre que le PDF date du 4 juin et est déjà cité dans un PDF de la Magyar Nemzeti Bank début juin. Je n’ai pas trouvé d’occurrence antérieure à début juin soit le PDF mis en ligne. L’article sur le Bancor date du 24 mai.
      Je m’associe au lièvre soulevé par Vigneron sur la définition d’une réalité comptable, et à son allusion au roman de Balzac : « où irait-on s’il fallait chercher l’origine des fortunes ? ».
      Avez-vous une idée PSDJ, où irait-on ?

  9. le XXIe siecle sera celui de l’euthanasie des petits rentiers occidentaux (dont je fais partie);
    euthanasie physique pour certains (développement de la pollution cancérigène sous toutes ses formes),
    euthanasie financière pour la plupart (bye-bye retraite et epargne, bonjour les manipulations monétaires),
    euthanasie fiscale pour tous (toujours plus d’impôts pour ceux qui ne peuvent y échapper);
    le rentier étant une espèce prolifique dans nos contrées et résistante à toute rationalité, cela nous promet une apocalypse lente et ennuyeuse;
    seul espoir de distraction, d’inédites catastrophes naturelles, de possibles invasions barbares, de certaines guerres démocratiques.

    1. Vous voulez dire que vous vous distrairez de l’agonie de vos économies par des « catastrophes naturelles, de possibles invasions barbares, de certaines guerres démocratiques »?
      J’imagine exclusivement si d’autres en seront victimes, comme d’autres en sont déjà victimes ici et maintenant.

      C’est une façon de voir les choses… Mieux vaut en rire qu’en pleurer sans doute.

    2. il vaut mieux rire que pleurer, et l’humour grincant a des vertus cathartiques;
      ca aide à évacuer ce présent-futur déprimant;
      ca aide à participer l’esprit plus léger à d’autres futurs plus optimistes.

  10. Il y a en toile de fond, comme en Europe, une crainte de la part du gouvernement, de ‘troubles civils’,
    ,’Civil Unrest’, face à la crise de la démocratie représentative. Le dernier article de Matt Taibi
    sur les ‘petits arrangements’ de la loi Dodd-Franck sur la régulation financière, rend bien compte de
    ce ‘corporatisme’ rampant, qui amène certains à proner la création d’un troisième parti:

    Wall Street’s big win

    1. le « néolibéralisme » et « l’ultralibéralisme » peuvent être compris comme la visibilité de la folie essentielle d’un système économique fondé sur l’intérêt particulier et la domination de la valeur.

      Tous les moyens sont désormais envisagés pour faire durer un système qui est en entré dans le coma, sans espoir de retour.

  11. Les chinois en 2009, le FMI en 2010…
    Peut être qu’en 2011, les USA et l’Europe finiront par parler du bancor ?

  12. Bravo à la Hongrie pour son courage !!

    Hongrie : le gouvernement veut relancer l’économie sans le FMI

    samedi 07 août 2010, 14:45
    La Hongrie veut prendre ses propres décisions économiques et relancer la croissance économique seule, malgré les contraintes liées à un prêt de 20 milliards d’euros accordé en octobre 2008 par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI), selon le cabinet du Premier ministre. « Nous aimerions regagner notre souveraineté économique, prendre nos propres décisions, et nous aimerions que la population puisse comprendre que la croissance économique est due aux décisions de son gouvernement et non pas à toutes sortes de crédits pris à l’étranger », a déclaré Mihaly Varga, le secrétaire d’État dirigeant l’office du Premier ministre Viktor Orban, dans une interview accordée vendredi soir à la chaîne privée Hir TV.

    lesoir.be

    1. ouais. et ça confirme mon message (le #1 dans la liste) que les économies vont redevenir plus locales, nationales. Qui peut penser que des gros-pleins-de-cigares gagnant des millions à New-York sont les mieux placés pour déterminer ce qui est bon pour l’économie d’un petit pays, relativement agricole, à la croisée de l’Europe, et ayant une éducation publique excellente ?

  13. Le travail ‘gratuit’ ou presque très en vogue chez les US…

    L’Etat de Géorgie qui a lancé le processus. Michael Thurmond, son directeur du département du travail, a réaménagé un programme tombé en désuétude, intitulé « Georgia Works ». Une « initiative innovante pour stimuler les embauches », explique le site. Pour 24 heures de présence hebdomadaire payées 100 dollars durant six semaines, un chômeur peut « se former à un nouveau job » chez un employeur qui, à l’issue du « test », décidera s’il l’embauche ou non.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/08/07/les-etats-unis-decouvrent-le-chomage-de-longue-duree_1396739_3234.html

  14. Un pays riche, qui perd toutes ses guerres, devient immanquablement un pays ayant perdu sa richesse ! Il suffit de regarder l’Histoire et voir ce que sont devenus les pays riches qui ont perdu leurs guerres jusqu’à devoir se replier sur eux-mêmes !

    1. L’allemagne ne s’est pas trop mal remise de sa dernière guerre,elle avait perdue la précédente.

    2. Senec : l’Histoire à peu près récente ne démontre pas vraiment ce que vous dites je crois.

      La France a perdu la guerre de 1870 mais est restée riche, tellement riche qu’elle a pu payer les 5 milliards de Francs-Or à l’Allemagne en échange de l’évacuation des troupes allemandes de notre territoire. Et 20 ans après mener ses conquêtes coloniales.

      L’Allemagne a perdu en 1918 et en 1945 mais 20 ans après ses défaites, elle est redevenue une puissance riche.

      A l’inverse, la Grande Bretagne n’a cessé de gagner ses guerres au 19e et 20e siècles. Elle n’en a pas moins décliné et s’est appauvri régulièrement.

    3. Senec : sans être désagréable, il me semble que votre argumentation est contestable tant les situations sont variées.

      La France a perdu la guerre en 1870. Elle n’en a pas perdu sa richesse pour autant.
      20ans après 1918 et 1945, l’Allemagne n’était pas un pays pauvre !
      A l’inverse, la GB qui a gagné toutes ses guerres s’est appauvrie.

      Donc, je crains que votre logique soit discutable.

    4. Je pense que Senec parle de la France, qui a perdu toutes les guerres au XX-ième siècle (elle s’est fait marcher dessus par l’Allemagne en 1914 et 1939, a perdu les guerres d’Indochine, de Suez et d’Algerie, et est en passe de perdre celle d’Afghanistan, mais aussi celle d’Iraq (qui, bien que commencée en 1991, n’est toujours pas finie).

      La seule « chance » pour la France est que d’autres lui sont venus à le rescousse.

  15. La croissance du PIB américain a été de 2,4% au second trimestre, en dessous des besoins résultants du simple accroissement démographique.

    La consommation des ménages n’y contribue plus que pour 40% (70% avant la crise).

    Question : comment relancer la consommation, pour en faire autant de la croissance, sans accroître un endettement des ménages dont ils n’ont plus les moyens, pas plus que les banques ?

    1. Plan de relance à 1500 Milliards de $ mini. Taux d’intérêt négatifs. Monétisation de la dette. Dévaluation. Ce qu’ils feront.
      Et recommencer… 🙂

    2. Augmenter les salaires ,
      Distribuer un « revenu citoyen » sans condition, par monétisation fédérale…

      D’ailleurs, c’est marrant, on pourrait aussi faire cela en France si nous n’étions pas bloqués par des Traités iniques!

  16. Bonsoir à tous
    Sur zero hedge: la demande en distillats de pétrole de l’industrie étasunienne « dégringole comme d’une falaise »
    Chine, Inde Brésil sont en train de resserrer le crédit…US , UK c’est le QE 2 qui se profile…

    Vers l’an 800 le changement climatique dans le nord allait déclencher l’expansion des vikings dans toute l’europe. Cette expansion s’est poursuivie par l’expansion de toute l’Europe pendant environ 12 siècles…. voici venu le temps du reflux…..
    Cordialement…

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